‹ Histoire véritable d'un voyage curieuxChapitre 22 sur 59 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Des Indiens Carios,

Apres avoir été forcés de quitter cette nation, nous arrivâmes chez les Carias^ qui habitent à cinquante milles des Aygais.

Nous y trouvâmes, grâce à Dieu, et comme on nous l'avait dit, des provisions en abondance, du blé de Turquie ou mais, des patates,

racines qui ressemblent aux pommes et qui ont à peu près le même goût; d'autres racines nommées mandioch pobior, qui ont un goût de châtaigne. Les Carios fabriquent du vin avec la mandeboere : ils ont aussi de la viande , du poisson, des cerfs, des sangliers, des autruches, des moutons du pays, presque aussi grands que nos mulets, des poules, des chèvres et des lapins. On y trouve beaucoup de coton, et du miel avec lequel les habitants préparent une boisson fermentée.

Le territoire des Carios a environ trois cents milles d étendue en tout sens Ils sotit petits, d'une forte corpulence : les hommes ont un trou à la lèvre dans lequel ils placent un morceau de cristal jaunâtre, de la grosseur d'une plume, de deux palmes de long, et qu'ils nomment parabol ; ils sont tous nus comme la nature les a créés , quels que soient leur sexe et leur âge.

Chez cette nation , le père vend sa fille, le mari sa femme; quelquefois m)ème le frère

d'ulrich sghmidel. 87

vend sa sœur. On achète une femme pour une chemise, un couteau , un hameçon ou quelque autre bagatelle du même genre. Ils mangent de la chair humaine quand ils peuvent s'en procurer. Ils engraissent les prisonniers qu'ils font à la guerre, comme nous engraissons les porcs. Cependant s'ils prennent une femme jeune et belle, ils là gardent quelques années ; mais lorsqu'ils en sont dégoûtés , ils la tuent , et font pour la dévorer un festin d'apparat , comme nous faisons un repas de noce. Si leur prisonnier est d'un âge avancé ils le laissent mourir de sa mort naturelle.

Les Carios entreprennent de plus longs voyages qu'aucune des nations qui habitent les rives du Rio de la Plata. Ils sont très- vaillants. Leurs villages sont construits sur des collines , le long du fleuve Parabol.

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