CHAPITRE XXX
Naufrage. — Quelques hommes parviennent à gagner Saint- Gabriel , et de là Buenos-Ayres. — Nouveau voyage à l'Assomption.
Le temps devint fort mauvais : nous fumes poussés sur la côte entre minuit et une heure du matin , avant d avoir pu jeter l'ancre , et nous échouâmes à environ un mille de terre , sans autre ressource que celle d'adresser nos prières à Dieu , et d'implorer sa miséricorde.
Notre navire fut bientôt rais en pièces par les vagues qui engloutirent quinze Espagnols et six Indiens. Quelques-uns ayant pu ^isir des morceaux de bois, se sauvèrent à la nage. J'arrivai à terre sur le màt, avee quinze de mes compagnons. Mais il nous fut impossible de retrouver les cadavres des quinze autres^ qui avaient péri. Que Dieu ait pitié de leur âme.
Nous avions perdu tous nos effets dans le naufrage; nous étions sans vivres, et il fallut parcourir plus de cinquante milles en cet état , ne vivant que de racines et de fruits sauvages, jusqu'au portde Sâînt-Gabrîel, où nous trouvâmes l'autm vaisseau qui était arrivé trente jours avant nous.
On avait fait savoir notre malheur au commandant, et il en était fort affligé ; car il nous croyait tous perdus. Déjà il avait fait dire des messes pour le repos de nos âmes.
Dès que nous fumes arrivés à Buenos- Ayres, il ordonna d'amener en sa présence le capitaine et le pilote de notre navire, et il leur
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fit subir un sévère interrogatoire. Sans de pressantes sollieitations , il aurait fait pendre le pilote ; mais il se contenta de le condamner à servir quatre ans sur une embarcation.
Notre chef fit mettre le brigantin à flot , réunit tout son monde , ordonna de détruire' les vaisseaux , après en avoir enlevé le fer , et nous remontâmes le Parana. Apr^s une longue navigation , nous atteignîmes de nouveau Nuestra Senora de l'Assomption , et nous y séjournâmes deux ans , en attendant les ordres de sa majesté impériale-