CHAPITRE LIV
Ulrich Schmidel quitte le port de Spiritu-Sancto. -^11 arrive à Tercere dans les îles Açores* et ônsuke en Espagne. — 11 s embarque pour les Pays-Bas; mais le mauvais tampt le force
de rentrer dans le port.
Quand nous eûmes quitté le port de Spiritu-Saneto nous restâmes quatre mois en mer sans découvrir la terre. Nous arrivâmes ensuite à une île nommée Tercère , où nous
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primes du pain, de l'eau , et toutes les provisions dont nous avions besoin. Nous y passâmes deux jours : elle appartient au roi de Portugal.
Quinze jours après, c'est-à-dire le 3 septembre i553, nous entrâmes dans le port de Lisbonne. Deux des Indiens que j'avais
emmenés avec moi v moururent- Nous al-
làmes de là à Séville , qui est éloignée de quarante-deux milles : nous fîmes ce voyage en six jours. Je passai quatre semaines dans cette ville en attendant une occasion pour m'embarquer. Je partis de là pour Saint-Lucar, où j'arrivai le second jour, et j'y passai la nuit. Je continuai ma route par terre, et j'arrivai le lendemain à Puerto Santa-Maria, et de là à Cadix où il y avait des vaisseaux hollandais prêts à mettre à la voile. Ils étaient vingt - cinq en tout : il y en avait un très - beau , tout neuf, qui n'avait fait qu'une seule fois le voyage d'Anvers à Cadix. Les négociants me conseillé-
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rent de m'embarquer à bord de ce navire, dont le capitaine, nommé André Schertz, était un fort honnête homme. Je fis donc prix avec lui pour mon passage et ma nourriture, et j'envoyai à son bord mes bagages , mes vivres , ainsi que quelques perroquets que j'avais rapportés des Indes. Il me promit bien de ne pas mettre à la voile sans me prévenir; mais heureusement pour moi , s'étant enivré ce soir - là , il fit lever lancre deux heures avaîat le jour, et partit en me laissant à terre. Quand je le cherchai le lendemain il était déjà loin, de sorte que je fus obligé de traiter avec un autre capitaine pour le même prix.
Bientôt après les vingt-quatre vaisseaux appareillèrent; le vent fut très-favorable pendant les trois premiers jours; mais ensuite il s'éleva une tempête si forte, qu'après avoir tenu la mer pendant une huitaine dans l'espérance que le temps deviendrait meilleur, nous fûmes obligés de chercher à regagner la terre.
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Le vaisseau d'André Schetz sur lequel j avais chargé tous mes effets se trouva donc le dernier detous. Gomme il faisait déjà très-sombre quand nous arrivâmes à l'entrée du port de Cadix , Tamiral ordonna de placer des fanaux au grand mât pour servir de ralliement.
Toute la flotte ayant jeté l'ancre autour de lui , il les fit éteindre. Quelques instants après on alluma , quoiqu'avec de bonnes intentions , un gi^and feu près d'un moulin situé à une portée de fusil de Cadix. Schetz , prenant ce feu pour les fanaux du vaisseau amiral , gouverna droit dessus , et se jeta sur des écueils, de sorte qu'il fut brisé en mille morceaux, et en moins d'un quart d'heure la mer engloutit la cargaison et les passagers. Il périt vingtdeux personnes dans ce naufrage : le capitaine et le pilote seuls réussirent à se sauver sur un màt. Six grands coffres pleins d'or et d'ai^entqui appartenaient à sa majesté impériale furent perdus ainsi qu'une grande quantité de marchandises : ce malheur
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causa la ruine de plusieurs négociants. J'eus donc bien lieu de remercier le Seigneur de m'avoir fait la grâce de ne pas m'embarquer à bord de ce vaisseau.