X. NITOCEIS
Nitocris se trouve hors de rang dans Hérodote , qui en parle par occasion , comme de la seule femme qui eût régné en Egypte , où il paroît qu'aucune femme ne pou voit régner dans ces premiers temps. Il la placer panni les trois cent trente rois dont il ne dit pas les noms, et qui se réduisent , comme on l'a déjà vu, aux trois fils de Noé. Peut-être les Egyptiens rappi'ochoient-ils ce règne du déluge universel ; c'est en effet pour eux , comme un second déluge.
C'est ici qu'on doit placer Nitocris , comme on le voit par Eratosthène , qui la met immédiatement après Garas , dont je viens de parler. Manéthon la met dans la sixième dynastie ; la quatrième et la cinquième sont composées des noms d'Osarsyph et de Mencherès , quiconviennent à Moïse , et d'autres noms semblables que j'expliquerai dans la suite. Celui d'Osarsyph ' signifiele désastre de la mer Rouge appelée en hébreu merde Suph ; xâr signifie ravage , tempête.
Dans la sixième dynastie , Nitocris se trouve entre deux Methusuph ou Methusuphis , nom qui signifié' mort dans la mer Rouge. Avec ces noms dont elle est escortée, on peutespéx^er delà reconnoitre; et Manéthon dit aussi que cette reine étoit de couleur tirant sur le
' *iyiC7 proceila, turbo, jyù m^ih, mortuus. ^10 Suph, nom de |a mer Jlouge.
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rouge. Hérodote et Diodore parlent aussi , à roccasîon de Mycérinus, d'une Rhodopé ou Rhodophis, nom' grec qui anuonce la même couleur. Tout nous indique donc les approches de la mer Rouge.
Nitocris, suivant Hérodote, voulant venger son frère, mis à mort par les Egyptiens, fit construire un long édifice souterrain , où elle sut attirer tous les plus distingués. Lorsqu'ils y furent réunis , elle les inonda tout à coup par un grand conduit caché , et elle se sauva elle-même dans un appartement plein de cendre.
Dans ce récit évidemment fabuleux , si on le prend à la lettre , je crois; à la suite de tout ce qui nous y amène , qu'on ne peut méconnoitre la submersion des Egyptiens au fond de la mer Rouge, où Dieu pour venger son peuple , ou Moïse son ministre pour venger ses* frères, avoit creusé un tombeau au roi d'Egypte et à son armée.
Le long édifice construit tout exprès où les Egyptiens se trouvèrent inondés tout à coup , sont les eaux éle-^' vées comme un mur à droite et à gauche pour laisser passer les Hébreux; lesquelles, en retombant, submergèrent Pharaon et toute sa suite.
Dieu avoit desséché le fond de la mer par un vent brûlant; les Hébreux y passèrent à pied sec; on peut reconnoître l'appartement plein de cendre ( trait fabuleux en lui-même ) où se sauva Nitocris.
Ajoutons que les Hébreux allèrent ensuite s'établir dans la Palestine. Que l'on consulte seulement Fin ter-* prétationdes noms hébreux , ordinairement jointe à la Bible , et on y verra que le nom de Palestine est interprété, conspersa cinere^ couverte de cendre.
Ajoutons encore que la dynastie où se trouve Nitocris commence par Othoès, nom qui , par $a signifîca-*:
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tion , annonce des signes ou. prodiges* J'ai déjà dit que c'esl par ses signes ou prodiges , comme par ses signes , lettres , ou écriture , que Moïse est un des prototypes du Thoth ou Athoth des Egyptiens.
Pour le nom d,e Nitocris, il se forme naturellement de nthq , qui signifie diviser, séparer; la mer Rouge s'entrouvrit , ses eaux se divisèrent ou se séparèrent , pour laisser un passage aux Hébreux. Athiq , qui vient de nthq^ diviser, signifie péristile , portique ; parce que c'est , dit Buxtorf , comme un lieu séparé ou détaché. Les Arabes , comme on le voit dans les Mémoires des Missions du Levant , appellent encore Eutaqua l'endroit où les Israélites passèrent, la mer Rouge.
Cette signification de péristile ou portique , a pu encore contribuer à faire imaginer le long édifice dont parle Hérodote. J'ajouterai d'autres preuves ou éclaircissements dans le rapprochement détaillé.
Si Hérodote , qui s'est contenté de recueillir les règnes les plus mémorables,. ne nous fournit que ceux de Mycérinus et de Nitocris formés des traits de Moïse , Diodore en a recueilli un plus grand nombre ; ceux d'Ammosis et d'Actisanès , qu'il fait postérieurs de plu* sieurs générations aux deux Sesoosis , qui sont, comme on l'a vu, Jacob et Juda. Plusieurs générations nous conduisent au temps de Moïse, et de plus le nom d'Ammosis nous annonce Moïse lui-même.
Diodore place aussi après Mycérinus , ou Chérînus , qui est Moïse, comme on l'a vu, les deux rois Gnephachthus et Bocchoris.
Je me contente d'expliquer ici en bref ces quatre règnes.
1.^ Ammosis. J'ai déjà dit que c'est sous ce règne que Manéthon fiait sortir d'Egypte les rois pasteurs,
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ce qui n'est pas étonnant , puisque ce prétendu roî est formé du nom même et de quelques traits de Moïse.
L'oppi'ession du peuple , que les Egyptiens lui attribuent, estau contraire celle qu'ils firent souffrir aux Israélites ; quoique les plaies, dont Moïse , ministre des vengeances du Très-Haut , affligea l'Egypte à son tour, aient pu aussi le faire regarder des Egyptiens comme un oppresseur, surtout en ne prenant son histoire que par traits détachés»
2.® Bocchoris , roî plein de sagesse, grand législateur, éclairé de Dieu même. Manéthondit qu'un agneau parla sous son règne.
n est aisé de reconnoître la sagesse , les lumières surnaturelles , et la législation de Moïse.
Le nom de Bocchoris signifie, en hébreu, premierné. Il a rapport au désastre miraculeusement opéré de la mort de tous les premiers-nés. L'agneau qui parla sous son règne ne permet pas d'en douter : c'est Fagneau de la pàque que les Israélites venoient de manger, à l'entrée de cette nuit terrible. Les interprètes des Egyptiens auront pris le mot phsé , qui signifie pàque, pour plitsé, qui signifie élever la voix*
Tacite fait sortir les Juifs d'Egypte sous le règne de Bocchoris. Ils sortirent en effet la nuit même de la mort des premiers-nés. On voit que les historiens disent quelquefois tous vrai , en paroissant se contredire ; et on ne dispute souvent que faute de s'entendre.
5." Actisanès, qui relégua des brigands, à quiilavoit fait couper le nez, dans un désert où ils se nourrissoient de cailles.
On peut voir que ce sont les cailles que Dieu envoya miraculeusement aux Israélites dans le désert ; et que
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les Isx*aéli tes eux-mêmes, qui emportèrent les dépouilles des Egyptiens, sont les pi^étendus brigands.
Quant aux nez coupés, si Ton en veut savoir Torigine, c est que Dieu dit aux Israélites , qui demandoient de la chair pour nourriture , qu'il leur en enverroit , suivant rbébreu mot à mot , tant qu^elle leur sortiroit par les narines ; c'est-à-dire, tant qu'i^ en seroientdé* goûtés.
De là les interprètes des Egyptiens ont inféré qu'ils avoient les narines coupées.
Le Philosophe de l'histoire, qui a trouvé l'idée plaisante , et à qui la plaisanterie tient lieu de preuve, à dit plus vrai qu'il n a cru , en donnant , d'après Herbert et Bolingbroke , ces prétendus nez toupés pour les ancé-> très des Jujifs.
4.° Gnephachthus qui , dans un désert d'Arabie , obligé de se contenter d'une nourriture fort légère , la trouva délicieuse, et fit des imprécations contre Menés.
Menés est ici la manne , en hébreu mn ^ que Dieu envoyoit miraculeusement à son peuple dans le désert d'Ai'abie, contre laquelle ce peuple, après l'avoir d'abord trouvée délicieuse , ne laissa pas ensuite de mur murer.
Les noms d'Actisanès et de Gnephachthus signifient les préceptes ou les commandements donnés sur le mont Sinaï , les commandements de Dieu que les Egyptiens appeloient Cneph , par la raison que j'ai déjà dite.
Je pourrois ajouter ici quantité d'autres noms de rois qui se trouvent dans Manéthon ou dans Eratosthène , et qui sont formés de Moïse et de ses traits; mais je crois que j'en ai dit assez pour faire connoltre que l'histoire d'Egypte réduite à sa juste valeur, en dit au
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fond ce qu'en dit l'Histoire Sainte, et qu'elle n'en est même qu'un extrait altéré. On verra le reste dans le rapprochement détaillé*
Après la sortie des Israélites , l'Ecriture passe environ cinq siècles , sans rien dire de nouveau concernant l'Egypte. Pendant tout le temps des Juges, il n'est fait menlion d'auci^i rapport du peuple Hébreu avec les Egyptiens. Ce ne fut que sous le l'ègne de Salomon que les liaisons recommencèrent.
Aussi , comme on l'a déjà vu , la partie la plus consi-' dérable de l'histoire des Egyptiens répond-élle à l'établissement , au séjour et à la sortie des Israélites. Manéthon , qui est si fécond en dynasties , n'en a que deux depuis Mènes , qui est Noé , jusqu'au temps de Joseph, qui se trouve dans la troisième , sous le nom de Soïph , ou Soïphis , qui cet le nom même d'Iosph ou de Joseph. Joseph y est encore sous d'autres noms que j'expliquerai.
Toutes les dynasties suivantes , jusqu'à la vingt-quatrième inclusivement, qui est composée du seul roi Bocchoris , sont formées de l'histoire de Joseph ^ de son père et de ses frères , et des Israélites leurs descendants en Egypte , jusqu'à leur sortie sous la conduite de Moïse , dont le nom et les traits forment eux seuls tant de rois. Bocchoris , comme on l'a vu , est un de ces rois formés de Moïse.
Depuis ce Bocchoris , le seul roi de là vingt*quatrième dynastie , Manéthon ne compte plus que douze rois dans deux dynasties, jusqu'au temps de la conquête de l'Egypte parles Perses. Ce n'en est guère plus qu'on n'en trouve dans Hérodote ou dans Diodore de Sicile. Encore les savants croient que Jule-Africain ou Eusèbe , qui nous ont ti'ansmis les dynasties de Manéthon , y ont
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ajouté les rois Sevechus et Taracus, qui sont Tharaoa et Sué , nommés dans TEcriture*
Les Egyptiens pour composer leur histoire , n'ayant fait qu'extraire ce que l'Ecriture dit de l'Egypte; et l'Ecriture , depuis la sortie des Israélites , ne disant plus rien ' des Egyptiens jusqu'au temps de Salomon , qui épousa la (ille d'un de leurs rois; o'est par conséquent à cette époque qu'il faut descendre pour trouver les rois qui vont suivre.
On voit de plus en plus combien tous les cbronologistes , faute de connoitre la source de l'histoire de» Egyptiens , ont dû se tromper dans leur calcul ^ parce^ qu'ils n'ont point supposé ces lacunes ou ces intervalles vides.
Avec la clef que nous avons , reprenons là suite desv rois d'Hérodote.