‹ Histoire véritable des temps fabuleuxChapitre 58 sur 114 · XVI. Apriès détrôné · texte numérisé non relu

XVI. Apriès détrôné

Pharaon Ephrée détrôné par Nabuchodonosor, roi de Babylone.

XVn. Amasis , qui détrôna Apriès.

Nabuchodonosor , qui fut ensuite maître de l'Egypte.

Voilà des points fixes déjà établis par ce rapprochement général. Ce sont les principaux règnes de l'histoire d'Egypte , les seuls qu'on trouve dans Hérodote , qui est le plus ancien historien ; les mêmes , à peu près , qu'on trouve aussi dans Diodore. Manéthon et Eratosthèiie ne nous offrent de plus qu'une longue suite de noms , avec très-peu de faits ; et malgré cela , on a déjà pu voir comment ces listes de noms commencent à s'éclaircir , par le jour que les règnes déjà reconnus répandent sur elles. On y verra clair de plus en plus ; et ce qui restera d'obscur ne méritera pas la peine qu'on s'y arrête, et pourra servir tout au plus de matière à <:onjectures pour quelque savant , dans ses moments de loisir. Ce n'est pas que je n'en hasarde aussi quelques-

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unes , maïs en laissant à chacun la liberté d'en chercher de meilleures. Du reste , je crois que le fond de l'ouvrage n'en souffre point.

Assurés que nous sommes de ce fond de l'histoire d'Egypte , reprenons-la en y joignant le détail , sans jamais perdre de vue le rapprochement général ; car il seroit contre l'équité d'exiger que je fisse reconnoître en euxmêmes tous les traits ; il s'en trouve ^ comme on a déjà vu, qui sont bien altérés, el à demi -effacés; mais la place qu'ils occupent parmi d'autres plus reconiioissables , sert à les faire reconnoître eux-mêmes , pour peu qu'ils conservent de ressemblance. Il en est comme d'un tableau du crucifiement , ou de la sainte famille : qu'un des personnages soit à demi-effacé , ceux qui restent et qui sont bien reconnus, servent à le faire connoître luimême , souvent sans crainte de s'y méprendre. Si l'on veut un autre exemple encore plus simple , au riiilieu de ces paroles , Au nom du Père,,,, et du Saint-Esprit, un enfant même n'hésitera pas à suppléer et du Fils , quoiqu'il ne l'y voie pas. C'est sur ce principe que je ne m'arrête pas à prouver en eux-mêmes certains traits qui sont assez reconnoissables par tout ce qui précède et ce qui suit, et sur lesquels on a fait de longues disserta»tions , souvent à pure perte , en les prenant isolés , faute d'avoir saisi le fil de l'histoire.

C'est pourquoi je ne m'attache point non plus à réfuter tous les systèmes des savants ; j'en dirai seulement quelques mots par occasion. Le vrai , s'il est une fois bien prouvé, est de nature à faire tomber les systèmes. Un philosophe qui a écrit récemment sur les égyptiens ' , compte cent dix-sept systèmes ; et il finit par

> Recherch. philosoph. sur les Egyptiens.

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dire qu'il faut qu'un philosophe s'en mêle. Je doute qu'un philosophe tel qu'il Tentend, soit propre à y réussir ; car c'est le même auteur qui regarde comme une prévention presqu'inconcevable de penser seulement à concilier l'histoire des Juifs avec l'histoire des Egyptiens, Je laisse à juger de quel côté est la prévention presque inconcevable. Il en est , dit l'Apôtre ' , qui se croient sages , et qui deviennent insensés.

Je ne m'arrête point no^i plus à répondre à des questions qui sont étrangères à mon objet; comment , par exemple , si le rapport de l'histoire d'Egypte avec l'Histoire Sainte est constant , on a pu être tant de siècles sans s'en apercevoir. La question ne touche point au fond; car il s'agît de voir si le rapport est, ou n'esl pas prouvé. Si on le voit , ce rapport, il est assez inutile de chercher comment on ne l'a pas vu jusqu'ici. J'en ai cependant apporté quelques raisons. Ce sont les vides qui se trouvent dans l'histoire des Egyptiens, et qui ont empêché en remontant des temps connus, de rapporter, par exemple, AsychisautempsdeSalomon, etMycérinus, son prédécesseur immédiat, au temps de Moïse. Pour penser à faire ce rapprochement, il falloit savoir qu'où l'Ecriture ne parle point de l'Egypte , il y a des lacunes dans l'histoire des Egyptiens. Il eût fallu savoir, par conséquent, que Thistoire des Egyptiens n'est qu'un extrait altéré de l'Ecriture; c'est-à-dire, qu'il eût fallu savoir d'avance la chose même qui étoit inconnue.

On a déjà vu que les Pères de l'Eglise ont bien dit en général que les païens, dans leurs histoires fabuleuses, n'ont souvent fait qu'altérer et défigurer l'Histoire

' Rom. 1. ai. Diccntes eniro se esse sapîentes, stulti facti sunt.

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Sainte ; mais ils ayoicnt assez d^autres armes plus fortes pour défendre la religion, sans recourir à celles-ci- Dieu les a peut-être réservées pour confondre une fausse philoso})hie , qui prétend tirer contre TEcriture plus d^ayantage des histoires païennes, que les païens n'en tiroient eui-mêmes.

Quant aux Juifs , qui auroient dû encore mieux sV percevoir des plagiats des Egyptiens , on sait qu'ils se faisoient un point de religion de ne point lire les fables païennes ; et , dans le fond , ayant pour eux des monuments incontestables, ils avoient raison de ne point s'en embarrasser. C'étoit probablement à eux que les Egyptiens en vouloient , lorsqu'ils comparoient à un onocépbale , ou animal à tête d'àne , ceux qui ne vouloient pas écouter les histoires étrangères; car on sait d'ailleurs que les païens reprochoient aux Juifs d'adorer une tête d'âne ; on verra dans cette histoire sur quel fondement, ou plutôt sur quelle bévue.

L'historien Josèphe , qui avoit plus de connoissance des auteurs profanes , étoit d'un autre côté trop esclave des païens pour oser leur dire , ou même pour apercevoir lui-même tout le vrai. D'ailleurs il ne s'étoit pas assez appliqué à étudier l'ancien hébreu; on le voit dans quelques endroits de ses ouvrages ; et pour faire un dévoilement qui paroît d'abord insensé, il ne faut pas être esclave de la sagesse du siècle.

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