‹ Histoire véritable des temps fabuleuxChapitre 73 sur 114 · LES TROIS FILS DE NOE · texte numérisé non relu

LES TROIS FILS DE NOE

Hérodote * dit que les prêtres d'Egypte nommoîenl après Menés trois cent trente rois y maïs qu'aucun de ces trois cent trente n'avoit rien fait d'éclatant , excepté le dernier de tous , appelé Mœris. Hérodote ne marque point leurs noms.

Diodore * de Sicile ne compte que cinquante-deux descendants de Menas ou Menés , jusqu'à Busiris , qui est le même que Myris ou Mœris , appelé Besr ou Beisar aussi-bien que Mesr par les orientaux. Diodore , qui distingue Busiris et Myris , a été trompé , ainsi que quelques autres auteurs, parles différentes prononciations du même nom.

Manétlion ne compte que sept rois ^ entre Menés et Koè'thus , qui est encore Mœris ou Mesr , appelé aussi Beithir par les orientaux.

Eratostliéne n'en compte non plus que sept entre Minés ou Menés , et Mares , qui est encore Mœris. Les

' Herodot. a. loo. Mclâc S\ tovIov , xotltktyov ol Ipseç èx Bv?)lov , aXXe»y Bao-(Xca>y xpiinx^critiv xi xaà Tpt^xovla ivvéfialat. Ibid. 10 1. T»y Sï SXiiûV BaotXcov , ou yccp gXîyov o^JSt^i.i•nv tpytav ànoèi^tv , xoû* ou^«v cTvat lotfs.icpolviïoç y ntXviV cvoç toû ^;(0i1ou o»u7o>v Motptoç,

• Diodor. l. i, n. 39. EÇoî is apÇat léyilon rovî irpoctpvjjxivov Baat— i/oç Tovç à-Ttoyovowç ^uo trpoç xoTç iwvlnjxovla.... iy* 5v fxvi^iv dt^toy àva— ypciffffiç ysvcaOac.

' Dynast. I.

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septroîs nommés par Eratosthène , ne sont pas tous à la vérité , les mêmes que dans Manétlion. Ce qui en résulte , c'est que même ces sept rois u'étoienl pas bien constants. J'en montrerai Torigine.

Les trois cent trente prétendus rois d'Egypte descendants de Menés , que compte Hérodote, sont donc réduits à cinquante- deux dans Diodore , à sept dans Manéthon et dans Eratosthène, C'est déjà une réduction considérable ; j'en fais encore ime plus grande , puisque je réduis ces trois cent trente rois aux trois fils de Noé. Je pourrois en donner une preuve fort simple j c'est que Mènes , comme on l'a déjà vu , est Noé , Mœris , comme je l'ai déjà fait voir , et comme je le prouverai encore davantage , est Mesr , comme l'appellent les orientaux , ou Mesraïm , comme il est nommé dans l'Ecriture, petit-fils de Noé et père des Egyptiens. Or entre Noé et son petit-fils, il ne peut y avoir d'autre génération que les trois fils de Noé ; encore n'y a-t-Il que Cham père de Mesraïm , qui intéresse les Egyptiens en ligne directe ; mais par extension ils ont pu mettre dans leur histoire tous les trois fils de Noé; car ils ont quelquefois étendu leurs droits ; et on peut aisément leur pardonner d'avoir fait mention de tous les trois pères des peuples , à cause du degré de proximité.

Ce qu'on a sans doute plus de peine à croire , c'est qu'ils s'en soient fait trois cent trente rois ; car c'est une multiplication étrange. Aussi vais-je commencer par montrer Tinvraisemblance de cette multitude de rois , à l'envisager en elle-même , telle qu'Hérodote la présente ^ outre qu'elle est absolument prouvée fausse par l'Ecriture , et même par les autres historiens d'Egypte. Je ferai voir ensuite comment les Egyptiens ont

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fait cette multiplication ; et je finirai par donner des preuves positives que tout se réduit aux trois fils de Noé.

L On ne peut admettre cette eiilte de trois cent trente rois.

D'abord on voit assez que ce nombre de trois cent trente rois qui se succèdent les Uns aux autres , ne peut s'accorder avec l'Ecriture. A compter trois générations par siècle, comme fait Hérodote * , celte succession dure onze mille ans. Quelque texte ou quelque version qu'on suive , c'est trop pour la durée du monde jusqu'à nous ; beaucoup plus pour le temps dont il s'agît, qui ne s'étend que depuis Menés jusqu'à Mœris.

Mais ce ne sera pas cette raison qui arrêtera nos philosophes ; au contraire, ils n'en seront que plus portés à admettre celte durée. « C'est beaucoup pour nous » qui sommes d'hier » , dit humblement le Philosophe de rhisto'lre ' , en parlant d'une durée encore bien plus longue que les Caldéens s'altribuoîent; « mais c'est bien n' peu de chose pour l'univers entier. » On voit rue la philosophie aime à se perdre dans un abîme de siècles, comme si elle pôuvoît s'y dérober aux regar.ds de celui qui embrasse tous les temps.

Je ferai voir ailleurs à quoi se réduisoit la durée des Caldéens. Pour m'en tenir ici à cette prétendue succession des trois cent trente rois Egyptiens , à l'envisager seulement telle qu'Hérodote ' la présente , elle n'est pas admissible. Cet historien dit expressément qu'il y

* Herodot. a. i4a« Tptyixoaeae fiîv àvSpSif ytytcà Smictlctt fjLvpea flca jivtot) yàp TpÉÎç àvJpôilv , exaîov Hîa ici, ^ Philos, de rtiist. , chap. lO.

' Herodot. a. i/ja. Apx*P*«î *** Saq-iXtaç «/ul/poyç roo-ovloyç ytvo—

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