I. Mœris ëtoit un roi mémorable pour les Egyptiens
Hérodote ' , comme on Ta déjà vu , en comptant trois cent trente rois successeurs de Menés, avertit en même temps que les Egyptiens ne disoient rien de mémorable d'aucun de ces rois , excepté du dernier de tous appelé Mœris. ,
Ces trois cent trente rois , comme je l'ai fait voir, se réduisant aux trois fils de Noé; les Egyptiens ne pouvoient pas en effet en faire une longue histoire, ni trouver dans l'Ecriture , touchant les fils de Noé , de quoi remplir trois cent trente règnes. On n'a pas laissé d'en voir quelques traits dans Mauéthon qui , comme prêtre égyptien, avoît été plus à portée qu'Hérodote , d'être instiniit de ces faits moins considérables. On eu veri'a encore davantage dans la mythologie égyptienne , surtout de ce qui regarde Cham , père de Mesraïm ; car Sem et Japhet n'étant: que ses pndes , n'intéressoient pas directement les Egyptiens.
Cette prétendue succession de trois cent trente roîs^ suivant Hérodote , se terminoit à Mœris : pour celuici , les Egyptiens en parloient copime d'un roi mémorable.
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MESUAÏM. a63
C'est qu'en effets dans leur histoire, après les trois fils de INoé, vrais prototypes des trois cent trente rois ; ils dévoient s'attacher uniquement à Mesr ou Mesraïm leur père et leur fondateur. Ils dévoient laisser là les collatéraux , pères d'autres nations : on ne laissera pas de trouver dans Manéthon, Chus, frère aîné de Mesraïm, nommé avant lui dans TEcriture.
Je ne crois pas qu'on puisse raisonnablement incidenter sur ce qu'Hérodote, en donnant Mœris pour le dernier des trois cent trente rois , semble le comprendre dans ce nombre de trois cent trente formé des trois fils de Noé : il ne faut pas attendre une exactitude si scrupuleuse des Egyptiens ni d'Hérodote leur copiste , vu là manière dont leur histoire est formée. Après qu'ils se sont trompés jusqu'à faire trois cent trente rois de tix)is seulement , on peut bien leur supposer une erreur de calcul aussi peu considérable que celle d'avoir compté pour le trois-cent-trentième celui qui ne devroit être à leur compte, que le trois-cent-trente-unième ; ce n'est donc pas ce qui doit nous arrêter. Hérodote , ou les Egyptiens , auront compté Mœris pour le dernier des trois cent ti'cnte, parce que c'étoit à lui que cette longue succession aboutissoit , quoique dans la gi^ande exactitude il ne dut pas y être lui-même compris.
D'ailleurs je soupçonne un peu que les Egyptiens s'étant fait des trois fils de Noé le nombre de trois cent trente rois ; pour trouver des noms à tous ces rois , ilç à'étoient aidés des noms des descendants de ces trois fils , rapportés dans la Genèse ^ avant la dispersion de Babel , et peut-être ce nom de Babel , en hébreu bbl , aura- t-il fait, à cause de la ressemblance, imaginer aux Egyptiens le Bjblos^ ou livre où se trou voient tous ces noms; car byblos même pour signifier livre , est ôrigi-
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nairemeat un pipt égjpliei|i , étant le nom de la plante dont les Egyptiens se sei'voîent pour écrire ; alors Mœris sera du nombre des trois cent trente rois , puisque Mesraïm est du nombre des hommes nommés avant la dispersion de Babel : on verra dans la suite d'autres métamorphoses de ce nom de Babel.
Du reste, je ne donne cette conjecture que pour ce qu elle vaut ; voyons d'autres preuve^ de l'identité de ])Iœrîs et de Mesraïm.