‹ Histoire véritable des temps fabuleuxChapitre 84 sur 114 · III. Prodige de Babaste du temps de Boëthus · texte numérisé non relu

III. Prodige de Babaste du temps de Boëthus

Boè'tlius est le premier roi de la seconde dynastie de Manéthon ; la première est, comme on l'a vu , formée de Noé et de ses trois fils. Après les trois fils de Noé, les Egyptiens , en prenant de l'Histoire Sainte ce qui a rapport à la leur, ont dû placer Mesraïm, qui est leur père. On vient de voir comment le nom de Boéthus , probablement altéré , a pu se former de celui de Mestr ou Mesraïm , qui se trouve aussi appelé Beisar ou Beithir par les orientaux.

Outre toute la suite de l'histoire des Egyptiens, qui prouve que Boëthus est Mesraïm , la note qui nous reste de Manéthon , nous aide à le reconnoître.

Manéthon dit que du temps de Boëthus , il arriva un prodige près de Bubaste , et qu'il y périt beaucoup de monde • : c'est du moins ce que porte la version de Jule-Africain , où on Vil pliasma, qui signifie |)ro^ dige : celle d'Eusèbe porte chasma , qui signifie une

• Continuât. Grcgor. Turon., c. 48. Sclavi... Vuinid» Erfulri.

* Synceli. pag* 54* IIpoiloç Bov}6^ç,.... t^' Zyj ^oi7fi.a (al. x'^'^V^ ) ^^^

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séparation , une Ouverture de terre. Que ce soit en général un prodige , que ce soit en particulier une ouverture ou une séparation de terre , nous pouvons tirer également parti de Tun et de l'autre : il faut toujours que ce soit un événement frappant et mémorable, puisque c'est le seul fait qui nous a été conservé du règne de BoëtHus dans Manéthon. ObseiTCz que si l'on ne reconnoît point Mœris dans le Boèthus de Manétlion, il ne s'y trouve point, dar il n'a point de Mœris , ni d'autre nom où Ton puisse le reconnoître avant Sésostris; et néanmoins Hérodote et Diodore js'accordent tous deux à faire Mœris ou Myris antérieur à Sésostris.

Le prodige en général , ou la séparation de terre en particulier^ conviennent également au temps de Mesr ou Mesraïra , père des Egyptiens , et l'un des chefs de familles du temps de la dispersion des hommes pour peupler la terre. Cette dispersion fut , comme on sait, opérée par un prodige , par celui de la confusion des langues ; c'est ainsi que l'Ecriture la présente , et Ton ne peut , sans forcer le sens , l'expliquer autrement.

Si l'on aime mieux y en suivant la version d'Eusèbe, que Manéthon parle d'une séparation de terre ; ce sera la séparation ou la dispersion des hommes opérée par le même prodige , pour les obliger à peupler la terre. Je sais que le mot grec cliasma , ne signifie qu'une séparation ou une fente de la terre qui s'entr'ouvre ; mais les traducteurs grecs ont bien pu mal entendre la séparation ou le partage de la terre dont l'Ecriture ' fait mention : ce n'est pas la seule bévue qu'ils aient faite , eux ou les Egyptiens.

■ Gènes, li. 8. Atque ita diyisit eos Dominus ex illo loco in uoi?erêus terras...

MESUAÏM. 269

Ce qu'ajoute Manétlion , que ce fut près de Bubaste, en est encore un indice. Comme les Egyptiens , sur la ressemblance du nom , ont pris pour la ville de Thébes, ce qui est dit de la thbe ou de l'arche de Noé , ils auront aussi transporté à Bubaste , ville de leur pays , ce que l'Ecriture dit de Babel. Babel s'écrit en hébreu ' Bbl^ sans aucune voyelle. A écrire de même sans voyelles le nom de Bubaste , Bbst , on ne trouve point d'ancien nom de ville d'Egypte plus approchant.

Je sais que l'Ecriture appelle Bubaste , Fhibsth , ou Phi-beseth , comme on le trouve dans Ezéchiel : saint Jérôme interprète ce nom , l'essai de la bouche. Si les Egyptiens lui donnoient le même nom, ils auront eu une nouvelle raison d'y transporter le prodige de Babel, où commença la diversité des langues, et où les différentes bouches » pour m'exprimer ainsi, firent J^eur essai. Je ferai voir dans les mythologies que , sur quelque ressemblance de nom , et sur d'autres fondements aussi légers , les païens ont transporté le prodige de Babel non-seulement à Byblos en Phénicie, mais à Bathos en Arcadie : c'étoit là , suivant Pausanias * , que quelques-uns plaçoient l'entreprise des géants qui voulurent escalader le ciel : il falloit qu'il y eut une autre raison que l'avantage de la situation, puisque Bathos étoit une vallée profonde , et le nom même le signifie. Les Arcadiens auroient plutôt dû placer le fait sur quelque haute inontagne , mais on sVttachoit aux anciens mémoires qu'on avoit^ et même en alté-

« V33 hhl, Babel.

* Pausan. Arcard. seu lib. 8 , p. 5o5. A/yoverc Sï oi ApxoiStç rviv ^leyojxe'viiv Tiyoivltav p-ocx'^JV xai Oeuv cvlavOa , xoù hvx «y rp Qpçfxtc^ ytvtçfQat Tloiy.'kriV'ti,

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rant et en travestissant les faits, on conserVoît toujours des vestiges de la vérité primitive. Si l'on n'avoît pas un nom bien ressemblant, on s'autorisoit d*un nom approcbant , comme font quelquefois des familles pour s'enler sur d'autres.

Manétlion ajoute qu'il périt beaucoup de monde. L'Ecriture ne dit point qu'il en périt à Babel. Dieu ne vouloit que déconcerter les projets des bommes , qui s'obstinoient à demeurer tous ensemble contre sa volonté. Mais les orientaux , comme on le voit dans Abydène , cité par Eusèbe ' , ont aussi supposé un grand désastre arrivé à Babel.

Les premiers bommes , dit cet auteur , nés de là terre , fiers de leurs forces et de leur baute taille , s'imaginant être plus puissants que les dieux, bâtirent une tour fort élevée dans l'endroit où est Babylone; cette tour toucboit presque au ciel. Mais les vents venant au secours des Dieux, renversèrent sur les bommes l'édifice qu'ils avoient construit.

Abydène parle aussi de la confusion des langues arrivée dans le même temps , mais son témoignage trouvera sa place dans une autre partie de cet ouvrage.

Dans ce renversement de la tour de Babel , sur ceux mêmes qui l'avoient élevée , on retrouve un désasti'e, comme dans Manétbon, qui fait périr beaucoup de monde à Bubaste. Le nom même de Babel^ qui signifie confusion , et qui est un monument du miracle de la confusion des langues , aura fait imaginer aux païens , le désastre dont ils parlent.

' Euseb. Praepar. 1. Qt c, i4* ^v*^^ ^' ^^ Isyovvt roùç irpwlovçcx 7-7$ àva9)(^6vlctçy pwjxv} T£ xa\ fuytQti ;(avvo>9cy7a( , xctt ivi QtSv xa7a^poyvi— aav7a; o^e'tvova; ccvai, Tlvpy<ùv Tvpatv *i^À(^a7ov ùttptiv ^ Iva vûv BaSv^wy Içiv, "h^ri Tc aff7ov cTvai tov ôvpavov. xai Tov^ àv/juiovçy âtovJt 0ori6<»v7oic «yu7p/4'«» ««f * àw7ora» to jatox*»^!**

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