RAVISSEUR DE SARA
qui est la racine. On troave aussi dans Pliae ' des Arabes brigands ou ravisseurs , appelés Attalî , nom qui a la même origine : on voit donc déjà que Tlas dans Manéthon , est le roi ravisseur de Sai*a*
Si Ton veut encore plus, je puis ajouter que non-seulement Tlas , maïs aussi les deux qui suivent im-» médiatementdans Manéthon , Sethenès et Cboerès , sont tous des noms formés de cet enlèvement. Tlas , Sethe-* nés , Chœrès , en ôtant les terminaisons qu'on y ajoute en grec , se réduisent à * Tla-sethen-cfaœr , mots qui ea supprimant des voyelles, se réduisent encore à Thla^ xtli-nch ; ce qui signifie ravisseur de la femme d'un éti^anger, et se rapporte au roi ravisseur de Sara, épouse d'Abraham , qui étoit étranger en Egypte.
Notez que dans les anciens manuscrits, les mots nMtoient pas toujours bien séparés, et qu'on pouvoit aisément confondre une partie d'un mot avec celle do l'autre» Virgile a bien fait un seul nom,^ Inçirinié^ de deux mots dHomère ein Arimois. Quelques comtnen** tateurs ont voulu justifier cette bévue du prince de» poètes latins; elle ne donne pas atteinte à son mérite essentiel , non plus que celles que je pourrai faire voir dans Homère, ou dans les auteurs de la mythologie grecque , n'empêcheront pas Homère de surpasser en-n core l^s autres poètes , même philosophes ; du mjoin^ leurs altérations |i'étoient pas si criminelles, parcç
* Plin. Hist., lib* ^t cap. a6... Infestant Attali latrones Arabuia
- % fcrSn Tl-a. in raplor.
^ÏW" xlh-n, flIC^K niulicr.
*13 chr. 133 alienigena.
' lliad. a, y. 783. Eti; Apt^foi;, 061 ^otat Tvywçoç «pfuvat hiitd^, .
• ••••• Daramque eablle»
la«>im« Jovif imperiia impoiU Tjpliaeo.
Soo TLAS OU TULIS, '
qu'elles étolent moins réfléchies , moins en baîne de la vérité.
On a déjà vu quatife rois égyptiens formés de ITiîs* toîre d'Abraham qui alla en Egypte , Binothris , Tlas , Sethenès , Chœrès , qui se trouvent de suite dans la seconde dynastîie de Manéthon.
Si les Egyptiens se sont fait un roi Ghoérès de la fin des mots axth nchr , qui signifient femme d'un étranger; Fauteur du livre Juchazim, cité par Bochart, en a fait la reine Churia , qui , selon lui , fît présent à Sara d'Agar ' , esclave égyptienne.
Le Philosophe de l'histoire • tire des conséquences merveilleuses des présents faits à Abraham par le roi d'Egypte, quoiqu'il commence par ïéVoquer en doute le voyage de ce patriarche.
ce II est dit qu'Abraham reçut de grands présents dà » roi d'Egypte : ce pays étoit dès-lors un puissant état ; » la monarchie étoit établie , les arts y étoient donc » cultivés; le fleuve avoit été dompté, on avoit creusé • partout des canaux pour recevoir ses inondations , » sans quoi la contrée n'eût pas été habitable.
» Or, je demande à tout homme sensé , s'il n'avoîl » pas fallu des siècles pour établir un tel empire dans « un pays long-temps inaccessible et dévasté par les » eaux mêmes qui le fertilisèrent? Abram, selon la V Genèse , arriva en Egypte deux mille ans avant notre » ère vulgaire : il faut donc pardonner aux Manéthop , » aux Hérodote , aux Diodore , aux Eratosthène y e\ f» à tant d'autres , la prodigieuse antiquité qu'ils ao- M cordent tous au royaume d'Egypte. »
■ Bochart, Phaleg. 1. 4 > c. 36. Churia.*. ^m ancillam suam Agar Sara dédit.
• Phil. de rhist. « ch. i6.
BATISSEUR DB SARA. 3o|
. Le Philosopha suppose encore ici ce ({u'Il a donné dès le commencement de sa Philosophie pour une trèsgrande vérité dans Hérodote , qu'une grande partie de TEgypte n'ayoit pas été toujours terre , qu'elle ne s'étoit que peu à peu élevée au-dessus des eaux. On a vu dans le règne de Menés , quelle bévue sur le nom de Thhe ou de Tarche, avoit établi cette opinion des Egyptiens : l'Egypte avôît été toute couverte d'eau , ainsi que le reste de la terre, par un effet particulier des vengeances du Seigneur, qui, après le déluge, rendit de nouveau la terre habitable : on voit donc sur quoi portent tous ces beaux raisonnements du Philosophe.
Quant au puissant état ou à Tempire des Egyptiens , qu*il prétend nous faire envisager du temps d'Abraham, c'est sur les grands présents du roi d'Egypte qu'il se fonde : or quels sont ces présents? L'Ecriture • les marque expressément , des moutons , des bœufs , des ânes et des ânesses, des chameaux, des serviteurs et des servantes.
Le Philosophe riche^rmier ou cultivateur de terres dont Genève n'est qu'une petite voisine , ne pourroitîl pas lui-même , dans un accès de générosité , faire cle pareilles largesses , sans prétendre encore aller de pair avec un puissant monarque?
Les présents duroi d'Egypte à Abraham nous .donnent au contraire l'idée d'un état naissant , où la manière de vivre étoit encore fort simple , et dont les troupeaux faisoient la principale richesse. L'Ecriture n'y parle encore d'aucune ville , quoique le Philosophe fasse aller Abraham à Memphis ; elle semble même insinuer dans
' Gènes, is. 16. Fuenmtqac ei oves et'bovea^ et asîni, et servi et famulsB, et asinte et caxneli.
Sot TtiAS OU TULIS, etc.
un autre endroit, que Tanis, la plus ancienne ville d'Egypte dont elle fasse mention , ou n'existoit pas encore, ou ne faisoit que naitre : elle dit positivement que Tanis ne fut fondé que sept ans après Hébron ' : or, il n'est mention d*Hébron qu après le retour d'Abraham d'Egypte en Palestine ou dans la terre de Canaan *•
S'il faut donc pardonner aux Manéthon , aux ÏLéro^ dote, aux Diodore, aux Eratosthène, la prodigieuse antiquité qu'ils accordent au royaume d'Egypte ; c'est en leur pardonnant quantité de bévues d'après des in*^ terprètes ignorants qui avoient traduit, mais mal traduit l'Ecriture.
Au reste, ces anciens interprètes égyptiens ne sont pas les seuls qui aient défiguré l'Histoire Sainte : j'en puis citer des exemples bien postérieurs , et il se présente justement un Thulis que la ressemblance du nom a fait confondre avec l'ancien roi d'Egypte que nous venons de voir, mais qui en est fort différent : il faut le dévoiler en passant, pour faire voir combien un seul mal-entendu peut dérouter également et ceux qui écrivent une histoire, et ceux qui la critiquent.
■ Numer. i3. 33. Hebron septem annis ante Tanim urbean AKgypti condita est.
* Geùes. i3. 18. Abram yenit et habitaTit juxta conirallem Mann bre, qam pêi in Hebron*
THULIS DE SUIDAS.