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LE REGIME ALIMENTAIRE

Exaction sur les vivres : on leur vendait i fr. 10 des pains blancs qui ne coûtaient à Brest que quinze sous. Viandes si avariées qu'un jour le médecin en dut faire jeter à la mer. Nulle taxe aux cantinières. Les prisonniers livrés à leur caprice. Ils demandèrent qu'on leur permît d'acheter du vin. Point. Le commandant fit distribuer des jeux : damiers, échecs, cartes, sources de querelles et de troubles. Et il refusait des cuillers pour manger. Il avait promis des livres. Les jeux seuls vinrent.

Le commandant en second, Picard, haineux et hautain. Le colonel Forget chargé des détenus les molestait pour plaire à Picard. Leur annonçait toutes les mauvaises nouvelles et s'en faisait une joie, en leur disant sans cesse : Vous êtes pour Cayenne. — Raillait. — Biscuit plein de vers. — Tout le biscuit est comme ça, c'est la vie de mer, dit Forget. — Sa vue voulait dire : îuauvaise nouvelle. Il disait : ha morue, pour être bonne, doit être gâtée. — Un jour, un qui est à Lambessa, Lavaur, lui dit : Vous serez peut-être un jour à notre place et nous à la vôtre. Eh bien! nous serons meilleurs que vous. — Bah! dit Forget.

— Mallet, ancien bonapartiste, doucereux, jésuite. — Les médecins, bien. — Les visages étaient si altérés que le médecin dit : Il faut absolument du vin. — On donna du vin à 40 par jour. — Augmentation de dépense. Le cinquième jour on cessa la distribution. Le médecin offrit de payer le vin de ses deniers. — Non! dit Picard. (Les galeux demandèrent de la pommade camphrée, on ne voulut leur donner que de la pommade soufrée, en haine de Kaipail. )

A. Martin, Pereira et Michot-Boutet furent mis à terre sitôt l'arrivée à Brest et enfermés au château de Brest avec Sainguerlé. Xavier Durieu tomba malade et fut porté à l'hôpital. — 50 lits à l'hôpital toujours occupés par les prisonniers. Il y a à bord deux escaliers extérieurs pour entrer et sortir du vaisseau : l'escalier du commandant, commode, et l'escalier des matelots, échelle fixe appliquée contre la paroi du bâtiment, avec deux cordes pour l'aide. Gymnastique. Les malades forcés de descendre par là. Défense de passer par l'escalier du commandant. Les visiteurs, oui, les malades, non. C'e^ le règlement. Les déportés étaient du bétail à bord. — A Brest, quand on les sut arrivés, des canots vinrent côtoyer le Duguesclin pour leur témoigner sympathie. Cela fit fermer les sabords et ôter l'air aux prisonniers. — Pas de tables. Quelques bancs. Tous pêle-mêle à terre dans le faux pont. 300 et quelques places de hamacs, le reste devait coucher par terre ou ne poi se coucher du tout (disait Forget). — Changez de place tous les jours, disait-il. L'un couchera aujourd'hui, l'autre demain. — Sur les côtés du navire, des planches où l'on pouvait mettre ses effets. Vers 6 heures nuit. Pas de lumière. La lueur qui descendait des escaliers. On avait froid. Les vieux surtout. — On se querellait, on se battait quelquefois (des propriétaires riches, des notaires, des médecins) pour une vieille couverture en guenilles. — On devenait farouche et malveillant. On cachait tout. Chacun pour soi. L'égoïsme s'éveille. — La promiscuité, chose affreuse. Pour le moindre mot : mouchard! — II y avait là un ancien garde mobile, Albert, qui avait soutenu M. Afîre quand il était tombé, décoré pour sa con-

duite en juin. On lui faisait la vie assez dure. Rixes. Les uns l'attaquaient, les autres le défendaient.

Un jour qu'il montait sur le pont, M. Warée, fils du libraire, faisant des vers, prit à droite au lieu de prendre à gauche. — Le gendarme qui les gardait le pistolet au poing, le prit assez brutalement par le bras. — Ne me touchez pas, dit Warée. — Mais je ne vous déshonore pas, dit le gendarme. — Si, vous me déshonorez. — -F... cet homme aux fers, dit un officier. Warée fut mis aux fers. — L'évêque offrit la messe aux détenus. On la refusa. Plus tard le commandant Alallet organisa une chapelle avec un aumônier. Ordre de se taire pendant la messe à la batterie basse. Un jour on trouva qu'ils avaient parlé. — On les priva d'aller sur le pont pendant quatre jours. — La promenade sur le pont durait deux heures.

Le 24 février fut un mardi gras, le commandant défendit la solennité aux prisonniers, permit les mascarades aux matelots.

Les détenus, chiens en cage. L'officier chargé de la nourriture a en compte les rations. Son intérêt est de donner moins. Souvent le commis aux vivres volait des portions. S'appelait Duval.

Mauvaise qualité. Pain plein de vers. Il fallait manger cela. — Le plus rapproché des autres navires qui mouillaient dans la rade était à plus d'une demi-lieue. — A Toulon, sur le Vahiiy, les détenus recevaient leurs familles, avaient de la viande, avaient du vin, pouvaient y^/Vv laver leur linge (faveur), montaient sur le pont librement. A Brest, point. Une mère vint d'une quarantaine de lieues voir son fils détenu. Mallet refusa de la laisser monter. Elle ne put voir son fils que de loin dans un canot qui rôdait autour du navire comme une âme en peine. Un monsieur Mercier de Craon avait l'autorisation du ministre de voir son fils, le capitaine lui créait mille obstacles : C'eH^ dimanche, ce n'eHpas l'heure, cela gêne les manœuvres , etc. Le pauvre père subissait tout cela. — La crainte était qu'on ne passât des lettres.

Les vêtements arrivés en guenilles. Tous en haillons. Quinze jours après l'arrivée on leur distribua de vieilles capotes militaires, quelques pantalons, des bonnets de coton, des souliers, une chemise par homme. On avait fait acheter quelques défroques bourgeoises chez les fripiers de Brest. — En arrivant, ils avaient fait une espèce d'état civil des prisonniers, le commandant ne sachant pas qui il avait à son bord, la confusion des prénoms avait fait détenir ou relâcher tel ou tel. Un pour une erreur d'âge de 10 ans, Pujol, fut retenu et non relâché, — un nommé Bouvet resta tout le temps à bord pour une erreur de prénom qu'on finit par reconnaître. Relâché au bout de deux mois. Sur l'état on mettait ce dont chacun avait besoin. Il y avait des hommes en pantalon de toile (plein hiver), d'autres pieds nus dans

leurs souliers. — Quelques farouches refusèrent les capotes militaires, songeant à ce qu'avait fait l'armée, et aimant mieux endurer le froid et la nudité que porter l'uniforme.

Un déporté mangé de poux, voyant des visiteurs le regarder avec un air de pitié, leur dit : Vous autres, vous avez vos préfets, vos sous-préfets et vos juges.

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