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AGRICOL PERDIGUIER

(Agricol Perdiguier était employé dans un atelier de menuiserie où il travaillait ses treize heures. Le soir, après sa journée bien remplie, il faisait des chansons; envoyé à la Constituante, puis à l'Assemblée législative, il fut arrêté et incarcéré le 2 décembre, interné à Anvers; il passa en Suisse en 1853. Il ne rentra en France qu'en 1857 et monta un petit commerce de librairie.)

Cher collègue.

N'oubliez pas, dans votre histoire du crime du 1 décembre, de signaler que Louis-Napoléon, le prétendu ami du peuple, a été sauvage et cruel envers les ouvriers que le peuple avait élus représentants. Sur dix, huit ont été expulsés et vivent sur la terre étrangère j voici leurs noms :

Pelletier, aubergiste, actuellement en Angleterre} Nadaud, maçon, en Angleterre; Bandsept, cordonnier, en Angleterre; Greppo, tisseur, en Angleterre; Benoît, tisseur, en Suisse; Faure, coutelier, en Belgique; Michot, menuisier, en Belgique; Perdiguier, menuisier, en Belgique.

Les deux qui ont pu rester en France sont :

Guilgot, serrurier; Doutre, typographe.

Pour me faire sentir la sympathie de Louis-Napoléon pour les ouvriers, on est venu m'arrêter le 7 décembre au matin, au petit jour, dans mon lit. On m'a conduit à pied, entre vingt soldats et trois agents de police, de mon domicile en face la grande porte de la prison de Mazas. Là on m'a fait monter dans une voiture avec les agents, et on m'a conduit à la préfecture de police. Au greffe, on m'a pris mon couteau et mon canif; puis on m'a renfermé dans la salle n^a, au deuxième étage, avec environ deux cents prisonniers, de toutes conditions, de toute nature.

A la nuit, quelques-uns de nos collègues ayant su que j'étais là me firent demander par le directeur, et j'allai leur tenir compagnie. Je fus un peu mieux.

Je vous ai parlé de mon arrestation par les soldats et de ma détention au grand dépôt parce que ces deux faits me sont particuliers, et qu'ils prouvent la haine des agents de Louis-Napoléon pour les ouvriers que le peuple avait choisis pour ses représentants.

Je ne décris rien, je ne peins rien; je m'en tiens à ces deux faits. Je laisse de côté la prison cellulaire de Mazas, et Sainte-Pélagie, et tout ce qui m'a été commun avec d'autres.

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