‹ HistoireChapitre 118 sur 134 · LORIN · texte numérisé non relu

LORIN

Paris, i"' avril 1878.

Monsieur et illustre Maître,

J'ai lu avec un intérêt pa'ssionné votre second volume de VH/fforre d'un Crime, digne du premier.

Un passage m'a frappé tout particulièrement, celui qui concerne Cournet. J'étais, moi, troisième dans la voiture et je puis attester que tous les détails que vous donnez dans le récit de cet épisode émouvant sont parfaitement exacts, sauf un sur lequel je prends la liberté d'appeler votre attention, au cas où vous croiriez devoir le rectifier dans les prochaines éditions.

L'agent n'a été qu'à demi étranglé et la preuve, c'est que le lendemain je l'ai revu à la porte du café Sainte- Agnès , rue Jean-Jacques Rousseau, et que j'ai failli retomber entre ses mains.

Veuillez agréer, Monsieur et illustre Maître, l'assurance de mes sentiments de respect et d'admiration.

Je me serais permis de vous demander audience pour vous remercier de ces belles pages vengeresses, si mon infirmité ne m'en avait empêché. Je suis devenu aveugle depuis quelques années, et condamné à une réclusion qui m'est bien pénible !

M- VICTOR HUGO

(Nous publions quatre extraits de lettres adresse'es en 1852 par M"" Victor Hugo à son mari.

Dans le premier extrait, elle signale une visite qu'elle a reçue. Quelques ci oyens ont rédigé une proclamation qu'ils ont signée du nom de Victor Hugo, et l'un d'eux, E. Alstorphius, a remis à M"'° Victor Hugo une lettre de décharge, en la priant de la transmettre à son mari.

Les autres extraits concernent une visite d'Alexandre Dumas, la remise d'une somme pour les victimes du coup d'État et un entretien avec Jérôme Napoléon.)

...Le mercredi 4 — je crois bien que c'est le 4 — un monsieur demande à me parler. Ce monsieur me dit : Madame, le coup d'Etat est sur le point de réussir. Aucune protestation, venant des journalistes, ne paraît. Les représentants n'ont pu jusqu'ici, à ce qu'il me semble, faire afficher leurs proclamations. On les dit traqués et empêchés. Dans cette impérieuse occurrence , nous avons rédigé, mes amis et moi, une proclamation. Il nous fallait un rrom au bas de cette proclamation. Nous avons pris celui de M. Victor Hugo, ce nom étant, d'entre tous, le plus aimé et le plus populaire. Nous avons imprimé cette proclamation que voici dans une cuisine, après nous être procuré des caractères.

Comme il faut tout prévoir, comme il est possible et même probable que nous serons vaincus, j'adresse à Monsieur Victor Hugo une lettre à décharge, lettre qui témoignera au besoin que nous nous sommes servis du nom de Monsieur Victor Hugo à son insu. '

J'ai remercié ce monsieur d'avoir usé de ton nom pour le bien d'une sainte et grande cause, pour le triomphe de la liberté et des lois.

Ce à quoi Paul'^^, qui était témoin de cette conversation, s'est écrié après le départ de ce monsieur : Ma sœur conspire! Quand je pense que ma sœur conspire! — bon garçon du reste, mais ayant le nez fort court, et par trop craintif.

Je t'ai remis lorsque je suis allée à Bruxelles la lettre que m'a apportée pour toi, en même temps que cette proclamation, ce monsieur. Cette proclamation est celle, j'en suis sûre maintenant, dont je t'ai envoyé copie. — Proclamation que t'a attribuée ce Mayer ^^'.

^'' Paul Foucher, frère de M'"" Victor Hugo. — '-' Paul Mayer.

M'"^ VICTOR HUGO. 449

Voici le texte de la lettre à laquelle M'"' Victor Hugo fait allusion ; Citoyen ,

Pendant la journée aucune proclamation de la Montagne n'ayant paru, quelques-uns de mes amis et moi avons eu l'idée d'en faire une. Trouver 2 ouvriers et les caractères nécessaires a pris un certain temps. Enfin à l'heure qu'il est, 9 heures, environ 2,000 exemplaires sont tirés et en train d'être affichés. — Cette proclamation devait être signée d'un nom populaire, nous avons emprunté le vôtre.

Les événements pouvarft tourner contre nos espérances démocratiques, vous pourriez être poursuivi et condamné pour ce fait. En vous en remettant un exemplaire, je viens en assumer la responsabilité en déclarant ici au nom de la vérité que vous n'avez pas autorisé à user de votre nom pour ce fait et que cette proclamation a paru à votre insu.

Si une autre déclaration était nécessaire, veuillez être assez bon pour me le faire savoir. A chacun les conséquences de ses actes.

Salut et Fraternité.

Paris, 2 décembre 51 — 9 heures du soir.

Le vendredi 5, vers onze heures du soir, Dumas me vient trouver. Il était accompagné d'un individu. — Dumas me dit : Monsieur que voilà a quelque chose de fort important à vous dire. — Le monsieur me dit : Madame, j'ai été camarade de collège avec un garçon, lequel garçon est maintenant officier au icf de ligne. Cet officier sort de me dire : Si vous

450 CAHIER COMPLEMENTAIRE.

connaissez quelqu'un qui approche Monsieur Victor Hugo, avertissez Monsieur Victor Hugo qu'il se mette en garde, la troupe ayant reçu ordre de le tuer. — Cet assassinat passerait pour un accident. — Que Monsieur Hugo ne sorte donc pas, surtout la nuit venue.

Le samedi 6, quelqu'un demande à me parler. — Ce quelqu'un me dit : Madame, je suis un petit commerçant de la rue Montmartre. Je n'ai pu me joindre à ceux qui ont résisté au coup d'État, ma femme étant au lit, malade. Je voudrais faire quelque chose pour mon parti. Je vous apporte 50 francs, ce sont mes économies. Je voudrais que Monsieur Victor Hugo en fît l'emploi qu'il voudrait, qu'il le donnât à quelque pauvre veuve, ou à quelque blessé, par exemple. Je n'ai jamais vu Monsieur Victor Hugo, mais je serais tranquille et content s'il voulait lui-même distribuer cette petite somme d'argent.

J'ai lu à Napoléon ce que tu dis sur lui. Il m'a semblé charmé. — Il demande que tu laisses son nom en toutes lettres. — Il m'a priée de te témoigner sa reconnaissance. — Il demande seulement que tu écrives : il flétrit énergiquement Va£te de son cousin au lieu de dire le crime de son cousin *^l — Il prétend que tout va mal pour son cousin. Girardin, après avoir lu ce que tu écris sur lui, m'a dit : il n'y a pas un mot à changer.

(') Voir, t. II, le chapitre : Décrets des représentants relte's libres.

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