‹ HistoireChapitre 123 sur 134 · GASTON DUSSOUBS · texte numérisé non relu

GASTON DUSSOUBS

(Gaston DussoLibs était représentant de la Haute-Vienne et appartenait à la gauche. Victor Hugo a tracé de lui ce portrait en trois mots : « Il était spirituel, courageux et doux. » Malade au moment da coup d'État, il se désespérait de ne pas pouvoir se joindre à ses collègues. On connaît son mot : « Je suis déshonoré. Il y aura des barricades, et mon écharpe n'y sera pas. »

On sait que son frère Denis prit l'écharpe de Gaston et fut tué sur une barricade. Gaston adressa à Victor Hugo cette lettre touchante sur son frère ; il y parle d'un cahier qui contient 23 lettres en effet fort intéressantes, parce qu'elles montrent la noblesse du grand cœur de Denis, mais elles ne sauraient trouver place ici, n'ayant aucun rapport avec les événements du coup d'Etat. Parmi ces 23 lettres, plusieurs étaient adressées à celle qu'il appela « ma chère Maria », à celle qui eut son dernier souvenir, puisqu'on trouva sur lui une lettre inachevée au moment où il tombait frappé par les balles à la barricade da Petit-Carreau [Voir t. II , 4" journée]. )

Anvers, 9 juin 1852.

Mon cher monsieur Victor Hugo,

Vous trouverez à la fin du manuscrit qui vous sera remis par Leray une lettre qui renferme quelques nouveaux détails sur la dernière journée de mon frère. Ce cahier contient 27, lettres écrites pendant sa captivité dans les prisons de Poitiers, Fontevrault, Belle-Isle. Mon frère est tout entier dans cette correspondance.

C'était un de ces hommes rares, sans peur et sans reproche, qu'on peut montrer avec orgueil à ses ennemis comme à ses amis.

A Limoges il jouait sa tête le 2^ février 48, en proclamant la Répubhque, alors qu'on ignorait les événements accomplis le 24 à Paris. Le 27 avril de la même année, dans un mouvement populaire, il exposa plusieurs fois sa vie pour empêcher l'effusion du sang. Trois ans de prison furent la récompense de son dévouement et de son abnégation. Il était en liberté depuis quatre mois et à Paris, où il était venu chercher un refuge contre les poursuites du fisc qui réclamait les frais du procès, depuis quinze jours seulement, lorsque Bonaparte consomma l'attentat du 2 décembre.

Je vous recommande sa mémoire, une page de vous sera la récompense d'une vie bien courte mais bien remphe, puisqu'elle fut consacrée tout entière à la recherche du beau, du vrai et du juste. Elle sera une consolation pour une mère septuagénaire et un père âgé de quatre-vingt-deux ans, elle sera un baume sur la plaie de ces deux vieillards qui s'éteignent dans la solitude.

Si par hasara vous quittiez la Belgique, veuillez, je vous prie, remettre ce cahier entre les mains de Baune.

Recevez, Monsieur, lassuraace de ma profonde estime et de ma v,ve

sympathie.

PREVERAUD.

(Préveraud, propriétaire au Donjon, était le beau-frère du représentant Terrier; il avait pris les armes pour combattre le coup d'État et avait été condamne à mort, Terrier le sauva; on a lu, au chapitre les Expatries, le récit de sa fuite.

Ce fut Préveraud qui , au moment de l'expulsion de Jersey, vint chercher à Marine-Terrace les manuscrits de Victor Hugo, à la nuit tombante. Il s'était affublé d'une blouse et avait mis une casquette pour ne pas être reconnu; il descendit les manuscrits qu'il plaça dans une charrette à bras, traîna lui-même la charrette et mit les manuscrits en sûreté chez lui à Plaisance-Villa.)

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