‹ HistoireChapitre 71 sur 134 · V. Conclusion. — La Chute · texte numérisé non relu

V. Conclusion. — La Chute

Victor Hugo avait peut-être songé à mettre en tête du second volume une préface; car nous avons trouvé la note suivante :

Depuis que la publication, point inutile, de cette histoire est commencée, la situation, de grave qu'elle était, est devenue redoutable.

Au commencement de mars 1871 , à l'époque où l'Assemblée siégeait à Bordeaux, l'auteur de ce livre adressait, dans le onzième bureau, aux membres de la droite monarchique l'avertissement qu'on va lire :

« Prenez garde. Si vous voulez la monarchie et si vous rejetez la République, vous soulèverez Paris.

«Le soulèvement de Paris vous obligera à la répression de Paris.

« La répression de Paris vous amènera au désarmement des gardes nationales.

«Le désarmement des gardes nationales, c'est la France livrée aux chefs militaires, c'est la dictature de l'obéissance passive , c'est la consigne supérieure à la loi , c'est l'abîme. »

Nous y voilà.

Encore un pas en arrière, nous y tombons. Ne faisons point ce pas.

Au moment où Victor Hugo donnait cet avertissement, on était en pleine bataille électorale , la situation était périlleuse , les républicains luttaient contre les candidats officiels du maréchal de

Mac-Mahon. Le sort de la République était en jeuj Victor Hugo se rendait dans les réunions, et le 12 octobre il allait soutenir au gymnase Paz la candidature de Jules Grévy.

Le second volume annoncé pour le 2 décembre ne put paraître.

La raison en est indiquée dans cette note de Victor Hugo :

M. Victor Hugo a en ce moment de tels devoirs publics qu'il ne peut donner à l'achèvement de VHiffoire d'un Crime le temps qu'une telle œuvre réclame. Tout le monde le comprendra. La publication du second volume est nécessairement ajournée. Ce second volume, qui devait paraître le 2 décembre, paraîtra le 15 janvier.

11 devait être encore ajourné.

On lit dans les carnets :

6 mars 1878 :

J'ai envoyé aujourd'hui à l'imprimerie la fin du manuscrit de VHiffoire d'un Crime, Ce second volume paraîtra lundi 14 mars. Le premier tirage est de 88,000.

Ce second volume était mis en vente le 15 mars chez Calmann-Lévy.

Le Rappel j dans son numéro du 20 mars, insérait la note suivante sur l'édition à 2 francs :

Le tome premier a été vendu dans cette édition in-i6 k 165,000 exemplaires, divisés en 110 éditions à 1,500 exemplaires par édition.

Pour épargner aux acheteurs l'inconvénient d'avoir lu les deux volumes dans des éditions différentes, le tome second ne portera pas d'indication d'édition.

Le premier tirage du tome second a été fait à 100,000 exemplaires qui étaient retenus d'avance par les libraires de Paris et des départements.

Mais l'imprimerie Quantin ne discontinue pas le tirage, pour qu'il n'y ait pas interruption dans la vente.

Des traductions avaient été faites dans plusieurs langues.

HISTORIQUE DE UHISTOIKE D'UN CMME. 255

M. Angelo de Gubernatis écrivit, le 27 octobre 1877, à Victor Hugo :

Je suis content que YHifioire d'un Crime paraisse à Rome dans la typographie du Sénat italien. UHilîoire d'un Crime doit flétrir aussi l'occupation de Rome, et il est bien qu'elle soit lue à Rome en même temps qu'à Paris. La traduction de votre œuvre sera faite par un de nos meilleurs écrivains, M. Giulo Barrili, poète et romancier de grand mérite, qui lui fera aussi une belle introduction.

Le journal anglais The Graphie ani:ionçait, le 6 octobre 1877, qu'il publierait la semaine suivante VHiftoire d'un Crime et qu'il la continuerait hebdomadairement jusqu'à la fin.

Et en effet elle paraissait le 13 octobre et était terminée le 22 juin 1878. Elle était illustrée de dessins d'Adrien Marie, Robert, Brion et Emile Bajard.

Le traducteur espagnol était Emilio Castelar, l'ancien président de la République espagnole. Au moment de publier le tome II, il le fit précéder d'une admirable préface dont nous donnons plus loin un extrait. (Voir p. 259.)

UHiffoired'tin Crime obtint un immense succès. Elle était servie par les événements. Elle devenait un merveilleux instrument de propagande contre les tentatives des conspirateurs royalistes. En face du pouvoir personnel s'affirmant dans les discours et les manifestes du chef de l'Etat se dressait cette terrible leçon du passé qui était un salutaire avertissement pour un suffrage universel plus éclairé et plus clairvoyant. Victor Hugo , en flétrissant dans son livre le coup d'Etat du 2 décembre 18 51 et en luttant dans ses discours contre l'usurpation inconstitutionnelle du 16 mai 1877, servait la France et la République avec toute sa passion de républicain et toute son ardeur de patriote.

Il se souvenait des anciennes heures tragiques, des avertissements de l'histoire, il voyait poindre à l'horizon des menaces de coup d'Etat, il restait sur la brèche,

conservant au bout de vingt- cinq ans toute sa colère et toute son indignation contre le crime victorieux; et nous avons retrouvé dans ses papiers ces lignes de 1877, qui sont un écho de ses révoltes deiSji :

Je ne suis pas désarmé. D'ordinaire, vivre, et surtout avoir vécu, cela refroidit. Pas moi. L'approche de la mort désintéresse. Les vieillards sentent qu'ils ne sont plus que campés. Je ne suis pas de ces doux vieillards.

Il avait toute la fougue et toute l'impétuosité des jeunes combattants à l'heure des grandes batailles. Il écrivait encore :

Je reste exaspéré et violent. Je crie et je m'indigne et je pleure. Malheur à qui fait du mal à la France! Je ne m'apaiserai pas.

Et il terminait par cette phrase :

Je déclare que je mourrai fanatique de ma patrie.

C'est en effet l'amour de la patrie qui avait armé contre le coup d'Etat Victor Hugo et en même temps les hommes les plus illustres comme les plus obscurs.

Un grand nombre d'entre eux, même parmi les plus connus, sont aujourd'hui oubliés ; la plupart des autres sont ignorés. Ils dorment dans les cimetières, et rien ne rappelle leur héroïsme et leurs vertus. Ces réflexions nous venaient à l'esprit lors d'une visite au cimetière du Père-Lachaise; notre attention fut éveillée par cette inscription gravée sur une tombe en bordure d'une avenue montante , à gauche :

HISTOIRE D'UN GRIME CHAPITRE XV, FIN COMMENT ON SORTIT DE HAM VICTOR HUGO

Pas d'autre indication. Aucun nom.

Le titre d'un chapitre d'histoire, signé d'un grand nom. Celui qui avait choisi cette épitaphe savait qu'au bout de quelques années les noms, pour la plu-

NOTES DE L'EDITEUR

part, perdent leur signification sur la pierre des tombes. On passe à côté d'eux sans les connaître ou les reconnaître.

Les événements auxquels ils ont été mêlés sont effacés, et, dans la grande foule des morts^ peu d'inscriptions nous frappent. Celui qui avait décidé de faire graver le nom de Victor Hugo sur sa tombe, en remplaçant simplement le sien par le titre d'un chapitre d'histoire, consacrait d'une façon durable son souvenir avec beaucoup de modestie. C'était le baron Coppens. Son aventure est, en effet, racontée à la fin du chapitre : Comment on sortit de Ham.

Coppens, caché depuis cinq semaines, quittait la France et se trouvait dans le même wagon que le général Bedeau. 11 avait avec lui sa femme et ses enfants , et portait la livrée de son domestique pour échapper à la police.

Quand on relit toute cette histoire, quand on parcourt la liste de ceux qui, avec un si généreux désintéressement, exposèrent leur vie, sacrifièrent leur liberté et brisèrent leur avenir pour servir une noble cause, on ne peut se défendre d'une profonde tristesse en songeant que la plupart n'ont connu que les épreuves de la lutte et les amertumes de la défaite.

Lorsque Victor Hugo écrivit ce livre retentissant de Napoléon-le-Petitj son Histoire du Deux-Décenihre j et ces vers vengeurs des Châtiments , les familiers de l'Elysée qui considéraient sans doute que l'exil ne parvenait pas à étouffer ce cri formidable de la conscience outragée , employèrent une arme à leur portée, la calomnie : ils affirmèrent dans leurs journaux que Victor Hugo combattait le coup d'État parce qu'on lui avait refusé un ministère.

Jamais Victor Hugo n'avait répondu a une aussi sotte invention, jamais il n'avait consenti à ce qu'on répondît en son nom.

Aujourd'hui, à l'occasion de cette publication, nous remplissons une de ses volontés en publiant la note suivante, écrite de sa main :

On m'assure que l'empereur dit que je lui ai, jadis, demandé un ministère et qu'il me l'a refusé.

A cela je n'ai qu'ime réponse à faire, la voici :

Si l'empereur dit cela, l'empereur en a menti.

Après le premier paragraphe, ces mots biffés : ce qui expliquerait ce qu'il appelle ma haine contre lui.

A ce démenti était jointe cette note :

Ceci aurait l'air d'une réponse indirecte à une calomnie bête, au-dessous de moi.

Paraîtra après ma mort.

Nous n'ajouterons qu'un mot. Victor Hugo n'a pas recherché dans la politique les honneurs. Il n'a jamais quêté les mandats de sénateur et de député. Il n'entrait ou ne rentrait dans la vie publique que quand on l'en sollicitait, remplissant très simplement son devoir.

Mais on ne lui pardonnait pas d'avoir joué un grand rôle, d'avoir été, pendant la lutte, un adversaire irréconciliable et dans l'exil, un justicier inflexible. Il avait, pour obéir à sa conscience, fait le sacrifice de ses intérêts, de son repos, de ses convenances . Cette Hiftoire d'un Crime, écrite en 1852 , lui avait inspiré les admirables pages de Napoléon-le-Vetit et ces vers inoubliables des Châtiments.

Les persécutions lui avaient élevé un piédestal assez haut, son génie lui avait assuré une gloire assez grande pour que la calomnie ne put l'atteindre ou l'effleurer.

Il avait grandi dans sa lutte contre la violation de la loi j il grandissait plus encore dans la majesté de l'exil, car il était l'image même de la liberté proscrite.

REVUE DE LA CRITIQUE

REVUE DE LA CRITIQUE

La critique s.ilua avec une chaleureuse reconnaissance l'apparition de VHisîoire d'un Crime; elle n'admira pas seulement la merveilleuse ordonnance du récit, la peinture si lumineuse des faits, la vigueur et la sobriété du style; elle loua Victor Hugo d'avoir rendu un nouveau service à la démocratie à l'heure où les libertés publiques étaient menacées par un retour offensif du pouvoir personnel. Elle voyait dans cette tragique évocation du passé une grande leçon et dans cette publication si opportune un acte. Noi:s reproduisons des extraits d'articles puisés dans des journaux d'opinions diverses.

C'est un hommage unanime et éclatant rendu à celui qui se donna modestement comme un témoin, qui fut en réalité un des instigateurs les plus énergiques de la résistance et plus tard un juge.

Nous aurions voulu citer, à titre de curiosité, les commentaires des journaux bonapartistes. La plupart d'entre eux ont gardé le silence. Nous n'avons découvert qu'un seul article dans le Pays sous la signature de M. Albert Rogat. Le journaliste bonapartiste s'est livré aux injures coutumières sans même essayer une apologie timide du coup d'Etat. Voici un échantillon : « Ce livre sera lu par le troupeau épais des nigauds qui se figurent que l'auteur des Châtiments peut être l'écrivain impartial et par conséquent utile à lire d'un tel événement. » Or, dix jours après la publication cent mille nigauds avaient déjà acheté le livre. Le rédacteur ajoutait : «M. Hugo, historien , n'a rien à nous apprendre pour une raison bien simple qu'il n'est pas un historien, mais un pamphlétaire, et des plus audacieux, et de ceux qui rccu-

HISTOiRE. II.

lent le moins devant le mensonge et la calomnie. »

La vieille génération avait des souvenirs à retrouver, la nouvelle avait presque tout à apprendre, car jamais histoire ne fut plus lue en France et en Europe et les feuilles bonapartistes ne tentèrent même pas de réfuter cette « déposition » qui avait la valeur d'un document historique, ainsi que le constatent tous les journaux dont nous invoquons ici l'opinion.

La Prefie.

Jules Claretuî.

Jamais Victor Hugo ne fut, en devenant un tragique historien, un écrivain plus grand et un plus puissant poète que dans cette œuvre. Il jette sur l'anecdote la pourpre de son style. Il avait foudroyé comme Dante, il raconte comme Tacite, ou plutôt non, il raconte comme Victor Hugo.

Qui eût écrit des lignes semblables à celles ou il mêle le sourire de l'enfant à la sombre voix du canon .''

.. Ainsi, la lecture de ce premier volume d'un livre urgent j comme dit Victor Hugo, nous reporte à ces journées sombres et à ces lugubres souvenirs.

Hélas ! ce ne sont pas des spectres que combat le poète, ce sont des revenants.

Il y a donc dans une telle œuvre hautaine, sévère et vraie, non seulement le génie de l'écrivain, mais le courage de l'homme. Cette lecture sera salutaire. Elle fera réfléchir ceux qui songent peut-être à des aventures nouvelles, car la publication seule d'un tel livre prouve que tout forfait a son lendemain.

L? Journal des Débats.

BÉr.vrd-Varagnac.

... Ce 2 décembre que les générations nouvelles n'ont point vu, dont elles n'ont qu'une

NOTES DE L'EDITEUR

idée vague ou fausse, il faut montrer, il faut enseigner cela. Il faut que le dernier paysan , qui est électeur, soit instruit de ce passé; il faut raviver partout ces haines saintes; il faut dessiller tous les yeux. Tel est l'objet du livre de M. Victor Hugo; le 2 décembre y revit, avec un relief saisissant, comme en un miroir que l'auteur nous présente, disant ; Jugez et votez! — Nous ne pensons pas être suspects de partialité envers M. Victor Hugo; admirant son génie, nous n'avons pas toujours suivi sa voie; mais nous serions injustes si nous ne disions pas que ce livre est plus qu'un beau livre; c'est un acte, c'est un service, un grand service.

Et qui pouvait le rendre ce service, à l'éi^al de M. Victor Hugo ? Ce n'est pas seulement parce qu'il est le plus populaire de nos écrivains; mais ce sujet lui appartenait; c'est sa chose, sa proie, si j'ose dire, il la marque de sa griffe d'airain, il sera le Tacite de cet Empire.

M. V. Hugo eut un beau rôle dans l'exil quand proscrit, seul en face du tout-puissant vainqueur, il le dénonçait au monde, lui appliquait le fer rouge de ses Châtiments et l'envoyait dans l'histoire marqué au front de ce nom de petit que les événements justifièrent, que la postérité retiendra.

... NapoIe'oii-le-Petitj c'est le plaidoyer au nom de la justice, c'est l'inexpiable forfait, analysé, retourné, disséqué dans ses causes, dans ses moyens, dans ses conséquences, dans ses éléments psychologiques; c'est la philosophie du 2 décembre révélée, c'est un sublime pamphlet.

UHiîfoire d'un Crime, c'est l'histoire proprement dite, c'est le récit d'un témoin, c'est un exposé des faits, mais un exposé merveilleux de clarté et de précision convaincante. Déposition accablante, et sur un ton de simpHcité, de modération, d'impartiaUté même, remarquable, si l'on songe que Victor Hugo l'écrivait au lendemain de la bataille. Nulle emphase ici, rien de forcé, tout est naturel et vrai.

. . . M. Victor Hugo peint cela avec sa puissance d'évocation, son style sobre, nerveux, taillé et comme sculpté dans le granit — style, quand il veut, unique d'énergie, d'ironie mordante, luisant et tranchant comme une épée — soudain, des coups d'ailes, des sentences frappées, des portraits à l'emportepièce, celui du duc de Morny, par exemple.

des scènes où , sous la tragédie, court une verve de comique incomparable.

Le Télégraphe.

Louis Ulbach.

Le livre de Victor Hugo est d'une émotion contenue, qui lui donne des allures épiques! Ce n'est plus l'inspiration des Châtiments, de Napoleon-le-Petit. La pitié pour la patrie, reconquise après tant de crimes et de malheurs, donne une sérénité auguste à ce juge modeste qui s'intitule témoin de peur de paraître trop fier de son rôle.

Il raconte, avec son art habituel, tous les incidents de ce forfait. Il révèle des particularités inconnues; il esquisse au courant de la plume des portaits indélébiles; il dit la vérité à tous et sur tout.

Il écrit enfin un livre d'histoire que tout le monde lira avec profit.

Le Réveil.

Léon Cladel.

...L'écrivain prodigieux qui nous a donné successivement tant de récits, tant de discours, tant de poèmes, tant de drames, qui dispense à son gré les rayons et les ombres; l'auteur invraisemblable et vrai de Noire-Dame de Paris, de la Légende des siècles, des Châtiments, des Misérables, de l'Année terrible et de rA.rt d'être ^and-pere, 6 merveille! nous accorde aujourd'hui YHifloire d'un Crime.

...C'est convenu, le maître, ici comme ailleurs, triomphe. Il triompheen nous racontant sa défaite et celle de la nation entière, dont il était alors, comme il est aujourd'hui, l'un des plus loyaux mandataires et c'est surtout au courageux représentant, qui fit son devoir en ces journées maudites, que doivent s'adresser les remerciements de cette génération dont je suis, sur laquelle pesa tout le poids de l'empire, car, devenue majeure a l'heure même où la presse et la tribune avaient cessé d'être, elle s'étiola, loin du forum désert et vécut en balbutiant des rondeaux, des sonnets, des romances dédiés la plupart au couple impérial. Ah! décembre! décembre, il nous fallait pour le clouer à jamais au pilori le Père qui demeura si longtemps là-bas, dans l'île.

REVUE DE LA CRITIQUE

ha France.

OJysse Barot.

II est des écrits qui ne sont pas seulement des écrits, des livres qui ne sont pas seulement des livres, mais qui sont aussi et surtout des actes.

11 y a vingt-cinq ans, Victor Hugo marquait d'un fer rouge, dans ses vers immortels, aux applaudissements du monde entier, les hommes et les choses du 2 décembre.

Le forfait qu'il avait stigmatisé, il le raconte aujourd'hui; après le poète, l'historien, après la muse vengeresse, la prose justicière; après les Châtiments j YHilfoire d'un Crime j après Dante, Tacite.

Jamais œuvre ne parut plus opportunément, plus à propos, jamais récit du passé ne vint, plus à son heure, éclairer le présent, protéger l'avenir ; solennel avertissement pour quelquesuns; éloquente et mémorable leçon pour tous.

Le Mot d'orârt

Henry M.\ret.

Ce livre, qui est de l'histoire, est d'une lecture plus attachante que le roman le plus intéressant. Rien de vivant comme ce passé, qui, sous la plume du génie, cette baguette de magicien , se dresse et sort du tombeau ! . . .

On ne loue plus les œuvres de Victor Hugo. On en est réduit à imiter Boileau , et à dire à ce conquérant : «Cesse de vaincre ou je cesse d'écrire.»

Chacun de ses volumes entre de plain-pied dans l'immortalité et, lorsqu'on prétend en faire l'éloge, on tombe dans la banalité, car on ne répète que ce qui est su de tout le monde, comme lorsqu'on parle de Corneille ou d'Homère.

lue Siècle.

...Que dire de l'écrivain qu'on n'ait déjà dit du Victor Hugo des autres œuvres. C'est toujours le même épanouissement du style, la même splendeur de la forme, l'intensité et la profondeur de l'impression rendues par une incomparable richesse de coloris.

Et à côté des passages tragiques, des récits ardents, que d'observation fine, que de portraits charmants. Voici un Morny complet en quelques lignes. . .

Victor Hugo nous promet le second volume pour le 2 décembre prochain. Ce jour-la l'œuvre sera complète, le second empire aura son Tacite dans l'auteur de VHilfoire d'un Crime, comme il a déjà son Juvénal dans le poète des Chntitnents.

Le Charivari.

Pierre VÉron.

... Le glorieux poète avait déjà fait acte de terrible justicier dans les Châtiments et dans Napole'on-le-Petit , ces deux œuvres écrites «postérité restante».

C'est l'historien qui aujourd'hui vient compléter la tâche expiatoire que la conscience du maUre lui avait imposée. La parole est aux faibles.

Ce sont eux qui parlent dans VHilfoire d'un Crime et qui parlent avec une éloquence sous l'émotion de laquelle le lecteur reste placé d'un bout à l'autre du volume au style magique. Il court dans ces p.ages frémissantes ce grand souffle de vérité qui fait vibrer les récits de Tacite.

Aux nouvelles générations qui ne connaissaient le Deux-Décembre que par ouï-dire, VHiftoire d'un Crime vient mettre sous les yeux CCS pièces de conviction irréfutables.

Nous terminons cette revue de la critique en publiant un fragment delà belle préface d'Emilio Castelar placée en tête de l'édition espagnole et que M. Farcy traduisit pour les lectetirs de la France.

La France.

Emilio Castelar.

Traduction de Camille Farcy.

Dans le laps de temps qui s'est écoulé entre l'époque où l'histoire du coup d'État a été écrite par Victor Hugo et celle où ce livre a été pubhé, la société française s'est à ce point transformée qu'une démocratie impériale et réactionnaire s'est changée en une démocratie libérale et républicaine. Pour ceux qui examinent les sociétés à leur surface, un tel changement est le produit d'un concours d'événements fortuits, mais pour ceux qui regardent au fond des choses, il est né de la force créatrice des idées. Aucun homme parmi les français n'a semé autant d'idées sur notre généra-

NOTES DE L'EDITEUR

t on que cet immortel Victor Hugo dont les œuvres contiennent, en substance, toute la philosophie moderne, en même temps qu'elles sont ornées de tout l'éclat de la poésie et de l'art. J'ai vu le Paris de l'Empire et le Paris de la Republique. J'ai assisté aux événements

qui ont marqué l'une et l'autre période et j'ai fait partie de ces deux sociétés. Je puis conséquemm;nt témoigner de la modification profonde qui s'est opérée et de l'influence qu'a eue le génie d; Victor Hugo sur cette transformation.

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