LE GENERAL CAVAIGNAC
Le lundi i" décembre, l'Opéra-Comique donnait la première représentation du Château de la Barbe-Bleue de M. Limnander. Cavaignac y était, et, dans la loge voisine, Morny. Morny avait déjà signé les décrets du coup d'Etat, et souriait à Cavaignac, qui deux heures après était arrêté.
(Conté par le général Le Flô.)
Quand on arrêta Cavaignac (le 2 décembre), il entra en fureur. Il se tourna indigné et frappant du poing vers les agents. Il mêlait les jurons du soldat aux injonctions du général. Il dit au commissaire de police : Souvenez-vous de ceci : je puis, tout est possible, rentrer au pouvoir, qui sait.^ Eh bien! si je rentre au pouvoir demain, après-demain je vous fais guillotiner. — Le commissaire pâlit : — Mais, général, vous n'êtes pas sanguinaire. — Cavaignac regarda l'homme fixement et lui dit avec un calme subit plus effrayant que sa colère : Je sens que je le deviens.
[L'original de cette deuxième note se trouve au dos de la déposition de Colfavru.]
312 CAHIER COMPLEMENTAIRE.