‹ HistoireChapitre 86 sur 134 · JOANNY · texte numérisé non relu

JOANNY

fermée par un cadenas rattachait les deux battants de la grille, mais restait lâche. Jcanty Sarre les avait rejoints. Deux hommes dans le passage s'opposaient à l'ouverture de la grille. Eux font effort, et forcent la grille au moment où le gardien arrivait avec sa lanterne pour leur ouvrir. Suivent le passage. Poursuivis. Là encore, grille. L'épicier les fait passer par sa boutique, ils sortent par-dessous la porte qui était coupée du bas. Rue Marie- Stuart tiennent conseil. Un des leurs arrive et leur dit : Tout est fini. On a dissipé le rassemblement des cadavres. — Rentrent chez eux.

Le 4 au matin, va chez Ledouble, y trouve le père Viguier qui lui dit ce que nous avons fait. Vont sur les boulevards. Trouvent les représentants Guilgot, Bard, etc. Au coin du faubourg Montmartre rencontrent Amable Lemaître.

— Cela va commencer. On dit que Canrobert et T. . . ont brisé leur épée. — Bah! dit Joanny. — Va, dit Lemaître, dans le v" arrondissement avec tes amis. A midi, on commencera. Il était lo h. 1/2.

... La barricade Guérin-Boisseau, en face l'entrepôt des glaces, barrait la rue en travers. — Faite de pavés et de deux charrettes. Hauteur d'homme. Aucune gorge ni à droite ni à gauche. Les autres se bâtissaient mollement. Il y avait peu de monde. — 50 à la Guérin-Boisseau, 4 à l'ane, 6 à l'autre, 200 au plus pour toutes. Ouvriers aux fenêtres, refusaient de descendre, disant: Donnez-nous des fusils et des cartouches. — Les gardes nationaux s'empressaient de donner leurs armes et écrivaient sur leurs portes : arwes données. On exigeait qu'ils laissassent leurs portes ouvertes.

2 h. 1/2. On attaque la grande barricade de la Porte Saint-Denis. — - Qu/est-ce.^ — Joanny monte sur la barricade son sabre à la main, appuyé sur un pavé. — Ne bougez pas. — Cela dure 10 minutes. Les pantalons rouges passent. — La barricade est prise. — Attention, dit Joanny, c'est à nous. Ne tirez qu'à bout portant. — Joanny, dit Watripon, on va nous prendre par derrière. — Il y va. Coup de canon à mitraille.

Une femme frappée en pleine poitrine tombe sur la face. Watripon va la ramasser.

Le plâtre volait des maisons et aveuglait. — Tout à coup les soldats arrivent par la rue du Poncenu et par la rue Saint-Denis. Un frère de Joanny le fait prévenir par sa femme qu'ils ont barricadé la rue Guérin-Boisseau. — Soyez tranquilles, la rue Guérin-Boisseau est barricadée. — Ne pouvaient tenir. Barricades trop basses. Se replient. Gagnent la rue du Cadran, où il y avait une barricade très forte, par la rue Saint-Sauveur où ils prennent quelques fusils et un tambour de la garde nationale. Ils ont la caisse, mais

334 CAHIER COMPLEMENTAIRE.

pas les baguettes. Impossibilité de s'en servir. Rencontre un receveur d'Embrun qui lui dit : Pas de munitions! et on reste là à nous regarder!

Avec 20 ouvriers, Joanny va travailler à une barricade rue du Mail, ils y vont. Au moment où ils arrivent, une décharge de la troupe qui fracasse le bras à un maître d'hôtel de Metz qui voulait empêcher la barricade.

— Un charcutier voisin dit : — C'est bien fait. De quoi se mêle-t-il.'* — Joanny va rue du Cadran. Fait la barricade du coin qui se rattachait à la barricade du Petit-Carreau. Le marchand de vin avait deux portes par lesquelles les deux barricades communiquaient. — 5 ont été tués dans la barricade de la rue du Cadran, dont un petit ouvrier formier. Les soldats, la barricade prise, ont tiré dans la rue du Cadran, mais sans y entrer.

Rue de la R. ,4 citoyens furent saisis « en contravention » dans

une arrière-boutique. Ils se donnèrent comme représentants du peuple, pensant qu'on les respecterait sous ce titre et qu'ils se sauveraient ainsi. Un d'eux avait sur lui une écharpe. On les crut, et ils furent immédiatement fusillés.

L'un de ces hommes, celui qui avait l'écharpe, était un ouvrier monteur en bronze, il se nommait Pierrebot. Son nom n'est pas sur la liste mortuaire publiée par les gens du coup d'Etat.

Le vendredi 5, Joanny sort de chez lui à 7 heures du matin et trouve devant la porte Thureau qui tenait l'hôtel n" 25, rue du Cadran, et qui lui dit : 5 ou 6 sont là, couchés comme des chiens dans la rue. Surviennent officiers et soldats portant fusils et sabres ramassés et des cacolets à blessés.

— Tous les morts militaires ramassés.

Rue du Cadran, en face le marchand de vin Thuillier, à côté du passage qui va de la rue Mandar à la rue du Cadran, cadavre du petit ouvrier formier vêtu d'un pantalon de coutil rayé, sans veste, en chemise, sur le dos, sur le trottoir. Sang. — - Deux cadavres sur les pavés de la barricade du Cadran à moitié défaite. Trois cadavres sur les pavés de la barricade Petit-Carreau, dont un enfant de 14 ans. Mare de sang. Un avait une blouse, un avait avec son pantalon une chemise de linge très fin. Mares de sang partout dans la rue. Dans une deux guêtres de soldats.

Il va faubourg Montmartre, rencontre Guilgot, puis Gasperini, un médecin rédacteur de la Kévolution. Voulait aller à la Chapelle, trouve le chemin barré par les troupes. Rentre chez lui.

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