‹ HistoireChapitre 87 sur 134 · CHAMBOLLE · texte numérisé non relu

CHAMBOLLE

ChamhoUe. — Chez Barrot, 24, rue de la Ferme. — On y signait une protestation. — Barrot était sorti. — Il y eut 25 ou 30 signatures. — Il y avait des soldats à tous les angles de la rue. — On devait la porter chez Daru, 75, rue de Lille. — Chambolle y arriva que les soldats approchaient. Il y avait une sorte de séance assez nombreuse (10 h. 1/2 du matin). ■ — Barrot dictait une protestation. Daru ajoutait çà et là quelques mots. — Ternaux était un de ceux qui écrivaient. Il y avait Falloux. Silencieux. — Au moment où l'on signait on entre, et on dit : La maison est envahie. Piscatory entre et dit : Que faites-vous ici .^ Temps perdu. Maison cernée. Sortons. Je viens de la mairie du x^ Là nous serons reçus. — Enfin c'est une mairie ! nous avons chance d'y être défendus par la garde nationale et par le peuple. — Les soldats entraient. — On est parti avant la protestation finie et par conséquent non signée. — Quelques-uns restent. Daru du nombre. Un officier entre, et lui dit qu'il est prisonnier chez lui. Broglie, Barrot, Tocqueville peuvent sortir et rejoindre la mairie. — Les soldats étaient depuis plus d'une heure devant la maison Daru et y ont laissé entrer librement les représentants. (Daru. — Très grand salon. — Plusieurs pièces adjacentes.) Daru lui-même était à la porte et ne laissait entrer que les représentants.

. . . Chambolle était à Mazas dans une cellule du rez-de-chaussée. On entendait les gardiens dire : C'est pourtant bien triste de voir ici l'élite de la France! — Une nuit, la seconde, de mercredi à jeudi, Chambolle entend une vive fusillade — puis des cris — puis rien. — (Eclaircir le fait - — est-ce une attaque sur Mazas .^ est-ce une exécution militaire.^)

336 CAHIER COMPLEMENTAIRE.

Benoit. — Ouvrier cordonnier. Du comité socialiste de Paris — 30, rue Saint-Sauveur.

2 décembre.

Tout le monde se cherchait, personne ne se trouvait. — Vers 10 heures les ateliers commencent à se vider et les rues à s'animer. — Le comité socialiste dit : Il faut attendre ce que fera la îuontagne. — Benoît et Mallarmet rencontrent sur le boulevard des troupes, et crient : Vive la Constitution! Vive la République! Les soldats répondent. Les sergents de ville se ruent sur eux, et dispersent le groupe. — Benoît, ancien capitaine dans la 5''. Il va chez les officiers. — Presque tous se font malades. — Cependant vers midi, un quinzième du 3" bataillon se réunissent rue Thévenot, et disent qu'ils veulent bien marcher, mais qu'il faut qu'un chef les couvre.

La colère monte. — On arrache les affiches. — A 5 heures Benoît fait une démarche près du lieutenant-colonel Duthel, de la 5- légion, faubourg Saint-Martin, 104, qui répond : h crains d'être fmiJlé.

La permanence de Benoît était rue Rambuteau, 80. — Trois permanences dans le vi° arrondissement sous la direction de Mallarmet, Raffet et du comité socialiste. Une au coin du carré Saint-Martin, une rue de Bretagne, une autre rue de Le soir, 50 membres des associations et des corps d'ouvriers, cordonniers, monteurs en bronze , etc. , en plein vent, au marché Saint- Martin. — On décide qu'on ira dans les quartiers où l'on est connu et qu'on fera des barricades.

Le matin du 2, Benoît était au moment du passage de L. B. rue de l'Echelle. Cortège piteux. Air d'un ho?nme qui a pafé trois nuits dans une maison de filles. Larochejaquelein arrive. Les ouvriers crient : Vive la République! il crie comme eux. — En ce moment L. B. entrait aux Tuileries. Attitude hésitante des soldats. 11 eût été possible d'enlever là Louis Bonaparte. C'est ce qui lui a fait rebrousser chemin, et entrer brusquement aux Tuileries. — A minuit, font des cartouches et de la poudre. — On creuse des bûches et on y met de la poudre blanche^ une mèche et le feu, c'est un projectile terrible. La poudre blanche casse le fusil et veut être employée avec précaution.

3 décembre.

A 6 h. du matin se réunissent rue Rambuteau, vis-à-vis la rue Quin-

campoix. A peu près 15. Décident d'aller au faubourg Saint-Antoine, puisque c'est l'ordre de la gauche. — Arrivent comme la barricade finissait.

— S'en vont. — L'association des tailleurs était réunie A la bouteille (marchand de vin), en face son local, faubourg Saint-Denis. — Ils y vont. Les tailleurs y étaient tous. Décidés au combat. Benoît rencontre Bonnassieux, rédacteur de la Kévolutiou, qui lui dit : Avez- vous une presse.'' — J'en ai deux. — Bonnassieux lui remet ma proclamation. Ne pas le nommer.

Duputz et Buvignier viennent le rejoindre rue Rambuteau. Duputz est d'avis d'attendre que les départements fassent. Rouche, un fabricant de lampes de la rue Sainte- A voye, et Cailleux, le tambour major de la 5% sont froids. — Mes ouvriers rentrent a l'atelier et ne sont pas décides à se battre. — A 7 h. rue du Vert-Bois, rendez- vous. Quelques officiers de la 5", sans uniforme, Jeanty Sarre, Barthoud. Une partie des tailleurs était là avec des cannes à épée. Vignes et Anglade, représentants, avaient promis de venir. Ne viennent pas. Benoît se résout à ajourner. — Rue Bourg-l'Abbé , des groupes de 100 à 120 personnes, disposées à l'action. Benoît et Mallarmet y vont ensemble. Benoît avait une presse cachée chez lui, qu'on appelait dans le comité socialiste la pre^e du vf arrondij^e/nent. — Imprime, aidé par plusieurs, ma proclamation et mes décrets.

A minuit, on bâtissait une barricade au coin de la rue aux Ours et de la rue Mauconseil. Le marchand de vin du coin hostile à la barricade. Vers une heure une patrouille dissipe les hommes et renverse la barricade.

— A 5 h. du matin avaient tiré environ 1,500 de la proclamation et 500 d'un décret fait par eux et donnant à l'armée l'élection de ses chefs. — A 3 heures, on construisait une barricade au coin de la rue Quincampoix. Chargée par les chasseurs de Vincennes et détruite à coups de canon. Les sergents de ville frappaient du pommeau de l'épée les boutiquiers qui fermaient leurs boutiques.

4 décembre.

A 8 h. du matin affichent rue Rambuteau et faubourg du Temple les proclamations imprimées la nuit, rue Saint-Martin, rue Saint-Denis, pointe Saint-Eustache. — A midi barricade rue Rambuteau vis-à-vis une maison en construction entre la rue Saint-Denis et la Halle 5 deux autres barrant la rue Saint- Denis. — Font une petite barricade de retraite rue Mondétour. On avertit Benoît qu'on veut fusiller quelqu'un, disant : C'eiî un mouchard. Les gens des fenêtres disaient les uns oui, les autres non. — Benoît le fouille, ne trouve rien sur lui, le fait lier à la barricade au coin des rues Saint-Denis et Rambuteau, et dit : Ajournons l'exécution. (On avait fait cette barricade avec les voitures du roulage Leblanc. Une jeune femme bien

338 CAHIER COMPLÉMENTATRE.

mise y travaillait, prenait les pavés les plus lourds. On amène à Benoît deux porteurs des proclamations du traître. Ils en avaient 7 ou X cents. Fait déposer les exemplaires au coin de la petite barricade Mondétour, et y fait mettre le feu. Enthousiasme.) L'homme qu'on voulait fusiller, 38 ans, barbe blonde, pardessus blanc, haute taille, décoré, disait être un ancien capitaine démissionnaire de la 4'' légion de la garde nationale de Paris. On finit par trouver sa carte d'agent de police dans le fond de sa culotte. Un enfant indigné lui tire un coup de pistolet qui rate.

La barricade attaquée en ce moment par les gendarmes mobiles venant de l'Hôtel de Ville. Une partie des hommes se sont repliés vers les boulevards, les autres vers la Seine (on n'a su ce que le mouchard ix.-x\\. devenu), d'autres à la barricade de la maison en construction , puis à la barricade Mondétour. Deux hommes, blessés aux jambes, dont un enfant de 15 ans qui tombe en criant : Vive la République! — S'en vont. — {Je regardais dans les roulages pour voir s'il fij avait plus rien qui put nom servir à faire des barricades. )

On construisait des barricades au coin de la rue Mandar et de la rue du Cadran. Ils y distribuent des cartouches. Vont rue Saint-Denis. Combat acharné. Charges de cavalerie rue Thévenot. Pourtant peu de monde dans les barricades. — A 3 heures battent en retraite. Se cachent dans les maisons. A la nuit tombante, les rues des Deux-Ponts-Saint-Sauveur, la rue Saint- Sauveur, la rue du Petit-Lion Saint-Sauveur et la rue Beaurepaire jonchées de fusils. Les fusils cachés derrière les grilles des marchands cie vin et sous les soubassements des trottoirs. Les ouvriers empêchent d'allumer le gaz.

Barricade du Petit-Carreau.

Les soldats attaquaient par trois côtés différents en criant : Vive le peuple! Vive la République! Quelques hommes mangeaient un morceau de pain chez le boulanger, rue Montorgueil, en face Turpin, épicier. Ils sortent. On les fusille. — Vom allev a la barricade, leur dit-on. A la prise de la barricade, les fugitifs ont vainement cherché à entrer dans les maisons 5 un qui avait l'artère de la cuisse coupée est mort le lendemain faute de soins. Le marchand de vin du coin de la rue du Petit-Carreau et de la rue du Cadran a reçu dans les deux cuisses vingt coups de bayonnette^ arrêté, a guéri.

La barricade prise, perquisitions dans les maisons voisines. Une vingtaine d'hommes pris dans les maisons au hasard et sans preuves sont amenés au pied de la barricade. En même temps une vingtaine d'autres arrêtés dans le petit passage qui conduit de la rue du Cadran au passage du Saumon. Le gardien du passage, gros, borgne, guidait, une chandelle à la main, les perquisitions des soldats. On en fusille 17. Le lendemain, on voyait leurs

cadavres dans le passage. Un des fusillés avait réussi à se relever et s'était assis sur un banc vis-à-vis un marchand de jouets d'enfants qui est dans le passage^ est resté là jusqu'à 3 h du matin, où il a expiré. Pendant 3 heures il demanda un verre d'eau, les soldats le défendaient, personne n'osa le lui donner. Il est mort ainsi. Les vingt amenés au pied de la barricade fusillés. Après la fusillade, les soldats replacèrent les pavés. Ils les jetaient à tour de bras sur la face des cadavres. Le lendemain matin, on trouvait un pied entre deux souliers vernis dans les pavés. Un autre, les hanches lui sortaient. Un autre avait les genoux déboîtés. Un autre, père de famille, ouvrier en

châles, 35 ans, travaillant chez Leblanc, nommé , tellement mutilé et

broyé qu'il n'avait plus forme humaine. La tête rentrée dans l'eftomac. Figurez-vous un morceau de mou enveloppé d'une blouse. Benoît s'était caché sur un toit d'où il parvint à rentrer chez lui.

Vers 4 h. du matin, un homme, pour échapper aux massacres du boulevard, s'était réfugié dans une maison avec une femme. Les soldats l'ont pris, l'ont fouillé, ont dit avoir trouvé des grains de poudre dans sa poche, l'ont arraché des bras de la femme et fusillé. Au jour levant, la rue pleine de cadavres, des chandelles auprès, presque à toutes les portes. Les soldats enlevaient et cachaient leurs morts. Un soldat disait à un autre : Dire que je 71 ai encore tué personnel Mon fmil n'a pas étrenné. — Indignation dans le quartier. Colère et douleur. Si vous eussiez entendu les cris de grâce de toutes les femmes aux fenêtres! Les gens qui passaient, on fusillait tout! une fille publique, rue Thévenot, cacha chez elle 10 blessés républicains et mit dans son antichambre deux soldats blessés afin de couvrir les autres. Un fumiste essayait de fuir par les toits. Au moment où il touchait à sa lucarne, il a glissé et est tombé. S'est tué. Buvignier et Duputz étaient dans le quartier et y ont passé la nuit à la disposition des combattants.

Le lendemain, les cadavres sont restés dans la rue jusqu'à plus de 8 h. du matin. Les chandelles brûlaient encore à côté. On leur jetait de l'eau bénite. On les embrassait. On leur serrait la main. La barricade défaite, des mares de sang. Là une casquette. Là une blouse. Des lambeaux de chair. Sur le trottoir, un jeune homme de 30 ans, brun. On ne lui avait laissé que sa chemise, très blanche. On eût dit une figure de cire, et qu'il n'avait pas souffert. Tué d'une balle au cœur. Les femmes s'exclamaient. Un disait en le voyant : — Tiens, je regrette de n'avoir pas de linge blanc quand je viens me battre. On est plus regretté.

A la barricade d'en haut, sur la rue Bourbon-Villeneuve, une voiture de plâtre versée par les soldats pour cacher le sang. Des éclaboussures de cervelles sur les murs.

340 CAHIER COMPLEMENTAIRE.

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