LE GÉNÉRAL LAMORICIÈRE
en chef) et sa suite ( Lamoricière). — On veut vos papiers? — C'est ce qui les a. — Cependant on le laisse passer.
Où voulez vous descendre à Bruxelles? demande un agent. — A l'hôtel de Bellevue. — C'est bien. — A la gare, ils ne le perdent pas de vue, et le mènent à l'hôtel comme un prisonnier. A l'hôtel, Lamoricière dit : Donnez-moi une chambre. Le moins cher possible. — L'agent en chef ajoute : — Une chambre sous la même clef. — Stupéfait.
Thiers arrive, envoie promener les agents j lui dit : Vous êtes en Belgique. — Mais je n'ai pas de papiers, dit Lamoricière. — On vous en donnera ici. — J'ai promis d'aller à Cologne. Je reviendrai ensuite. — Thiers lui conte que le gouvernement français pesait sur le belge et le forçait de partir. Dînent ensemble. Charras vient. Quelques députés belges. Le procureur du roi survient, et dit à Lamoricière : — Etes-vous libre? Voulezvous la protection de l'autorité belge? — J'ai promis d'aller à Cologne, j'irai, dit Lamoricière, je tiens à des papiers réguliers. Ils ont ordre de m'en déhvrer. Je ne réclame rien. — Pouvez-vous m'écrire cela? dit Verhaeyen. — Lamoricière lui signe une déclaration en ce sens. — Le lendemain matin Lamoricière avait la fièvre. — Ils le firent lever à 6 heures. Il pleuvait, il a rattrapé là sa ?nalaâie. Ils l'ont mené à Cologne. Il leur met la puce à l'oreille. Avez-vous un passeport pour l'Allemagne? — Non. — Allez vite chez Quinette, prenez des passeports pour vous et moi. — Ils y vont, de là à Cologne, et lui demandent un certificat de bon traitement. — Je ne vous en donne pas. Rien de commun entre vous et moi. — Il les congédie ainsi. Y reste 20 jours malade, puis revient à Bruxelles.
Lamoricière dit : J'entrerai en France sur un âne, sur un chameau, sur une charrette, sur une pièce de canon, sur tout ce qu'on voudra, pourvu que ce soit contre Bonaparte'^' !
"' Cette dernière note a été écrite à part, sur une couverture Je brochure.
358 CAHIER COMPLÉMliNTAIRE.
MARC DUFRAISSE
(Victor Hugo avait pris de nombreuses notes sur Marc Dufraisse; en tête de ce Cahier nous avons publié celles qui sont relatives aux préliminaires du coup d'État j celles qui établissent le rôle joué par Marc Dufraisse depuis son entrée à l'Assemblée jusqu'à son départ de la caserne d'Orsay en voiture cellulaire ont été reproduites, avec des développements, dans VHiffoire d'un Cri/ne. Nous reprenons les notes inédites au moment où Marc Dufraisse est enfermé à Mazas.)
Marc Dufraisse défait son hamac et le gardien lui dit : Il paraît que vous connaissez cela, monsieur? — 5 heures sonnaient au moment où Marc Dufraisse défaisait son hamac dans sa cellule. — Pas de draps. — Se couche habillé, s'enveloppe dans deux couvertures de laine grège. — Très froid. — Marc Dufraisse dormit très bien et passa toute la journée à fumer des cigarettes.
— Tabac acheté à la cantine d'Orsay. — Le lendemain des draps. — Pas de couteau. Un gardien lui en apporte un. — Marc Dufraisse a acheté un eustache pour deux sous. A. Thouret a brisé ce couteau à Sainte -Pélagie.
— Mercredi sans papier ni plumes ni livres. — Du papier le jeudi matin.
— Marc Dufraisse écrit une lettre qui ne parvient chez lui que le vendredi soir. Le dimanche matin reçoit ses livres, les deux premiers volumes de Tacite, et un foulard pour se couvrir la tête. — Quatre jours pleins en présence de lui-même. — Promenade tous les jours une heure, rognée par l'allée et venue. On n'a que trois quarts d'heure. — Les gardiens polis. — Est resté jusqu'au 17 — nourri de la pitance, voulant expérimenter le régime. — Malpropre plutôt que mauvais. — Bœuf pouvant se manger a toute force. — Gamelles de fer battu sales, point lavées. — Pain de prison. Pas trop mauvais , dit Marc Dufraisse, peu dijficile. — Une fois la visite du directeur : Comment vous trouvez-vous .f* — Très bien. — Puis un officier d'état-major.
Le 17 on le transfère à Sainte-Pélagie, à 8 h. du soir. — Vous allez partir.
— Tant mieux. — A Sainte-Pélagie. — Soit. — Encore voiture cellulaire,
— plus que des républicains. — C'était le fond du sac. — Benoît, Gambon, Delbetz, Malardier. — Entraient un à un dans le parloir des avocats à Sainte-Pélagie. — On s'ébahissait, on se reconnaissait. — Tiens, c'est vous!
— Et depuis quand .^ — On se disait les nouvelles. — Jusque-là on n'avait pas vécu. — Dans des cellules, par trois et quatre. — Marc Dufraisse, Burgard, Richardet et Miot, dans la cellule n''3 du premier corridor. — Sur les quatre, trois pour la liste de déportation. — Chambre de voleurs blanchie à la chaux. — On leur fait mettre des étagères. — On ne les bouclait pas
MARC DUFRAISSE. 359
la nuit. — • Meilleur régime qu'à Mazas. — Café au lait le matin, soupe grasse à midi et bœuf; le soir des légumes. — On faisait venir ce qu'on voulait. On était libre dans l'intérieur de la prison. — On se promenait dans la cour politique, pas avec les voleurs, par où s'était faite l'évasion de 1836. — Gais, calmes, sereins. — Des voleurs les servaient. — Quelques-uns ont pris l'habit de la prison, ayant froid avec leurs habits usés. — Entre autres Antony Thouret, veste et pantalon de drap gris. — Après le décret de déportation, Marc Dufraisse prend aussi l'habit comme plus chaud et plus commode. — Le directeur lui fait donner un pantalon de velours bleu et une vareuse de gros drap, cravate et casquette. — Le décret paru, les gardiens plus durs. Cela dura peu.
Marc Dufraisse voyait librement Proudhon. - — Proudhon disait : Cela peut durer. S'il fait du socialisme, s'il entre dans le. . . il durera. Sinon,
il tombera dans le grotesque, et il aura aussi son mardi gras (impérial) qui le perdra. — Avant les décrets Proudhon avait fait un projet de colonisation volontaire (Asie Mineure, Hauts -Carpathes), à substituer à Cayenne. — En parle à Marc Dufraisse, puis à Carlier. — Cela vaut mieux que Cayenne, dit Marc Dufraisse. — Carlier goûta la chose et s'en fit honneur près de Morny. — Morny écrivit de sa main à Proudhon une permission de sortie de Sainte-Pélagie. — Carlier donnait rendez-vous à Proudhon pour aller chez Morny. — Ils se virent au ministère. — Projet examiné, non repoussé. — Proudhon réclame pour la polémique libre. — Vous bornez-vous à Veuillot.^ — Alorny dit : On pourra bien s'entendre.
36o CAHIER COMPLÉMENTAIRE.
ARSENE xMEUNIER.
(Arsène Meunier était un des membres du comité socialiste. II avait été arrêté et enfermé à Mazas. Victor Hugo a utilisé une partie de ses notes sur Arsène Meunier dans le chapitre : le Dedans de l'Elysée; nous reproduisons ici l'autre partie, mais, pour la clarté du récit, nous la faisons précéder de trois lignes publiées.)
[Arsène Meunier occupait le n" 32 de la 6" division. Au numéro 30, il y avait un comte de ... représentant, qui depuis quatre jours avait perdu la tête. La nuit, Meunier l'entendait crier et gémir.)
Le 13 à II heures du soir on vint le chercher. On le mena dans la cour. 11 y avait un convoi de 300 personnes. — On les conduisit à Bicêtre. — Lanciers et une pièce de canon attelée qui les suivit. Trajet à pied. Silence. Coups de poing des sergents de ville à qui parlait. On les mit dans les deux casemates 11 et 12 de la 2" division. Dans la 11", ils étaient 152. En marche le bruit des pas et de la pièce permettait de dire quelques mots, — A une heure du matin arrivent à Bicêtre, au fort. En sueur. Ils avaient marché au pas de course. Coups de plat de sabre aux dernières files. Pavé glissant.
Dans les casemates ni feu, ni chandelle, ni paille, pavage en bitume, très humide, ruisselant d'eau. On apporte 12 bottes de paille. Ils se couchaient tour à tour 40 pendant deux heures. Les autres marchaient deux par deux au milieu de la casemate. A. M, ne connaissait personne dans ses codétenus. Le colonel Forestier avait été transféré à Bicêtre. Il était dans la casemate n" 6. On y transvasa Arsène Meunier, qui s'y retrouva avec H. Magen, Crocé-Spinelli, Genillier, Goudounèche, maître de pension, Polino, ancien officier au service du shah de Perse.
Nourriture : le matin un bouillon, un demi-pain de munition (750 grammes), le soir un morceau de bœuf ou un plat de légumes. Chacun avait une écuelle qu'on lui avait donnée en entrant. Ni cuiller, ni fourchette. Plus tard, cantine autorisée. — Tabac, vin, etc. — Dans les premiers jours, les familles venaient en si grand nombre qu'il y avait cohue et impossibilité de se voir. (Au fort de Bicêtre pendant l'instruction, au fort d'ivry après la condamnation, et de là au Havre, puis les pontons, Afrique, Cayenne).
Le jour on relevait la paille, le soir on l'étendait, poussière suffocante. Impossibilité de respirer. Il n'y avait de prise d'air que parles deux créneaux
ARSENE MEUNIER. 361
et les impostes au-dessus de la porte (très étroite). Les casemates ont 24 mètres sur 8 mètres, et 5 mètres de haut. Voûtées. — 'Plus tard des couvertures, puis une paillasse pour quatre, puis deux, puis trois. On les mettait en travers. On les allongeait avec de la paille et cela allait. Vers la fin de décembre des couvertures. Jamais de draps. Tous des maux de gorge à cause de la poussière. Dans la casemate n" 6, ils étaient cent. Arsène Meunier était délégué de cette casemate. Il dut un jour donner une liste de vingt-deux qui avaient besoin de l'infirmerie. Chaque casemate nommait un ou plusieurs délégués pour représenter la casemate devant l'administrateur. (Sous l'autorité mihtaire, mais un directeur civil, chargé du ménage.) — Tous les jours une promenade de vingt ou trente minutes dans la cour, casemate à casemate. — Cour assez vaste. Clôture en planches dans la grande cour du fort, qui est grande comme la place de la Concorde.
Dans la casemate 10, première division, casemate-infirmerie, Démosthènes Ollivier, Lachambeaudie. — Peu d'hommes politiques. En général des ouvriers arrêtés sur la voie publique.
Arsène Meunier sorti le 31 décembre. Il avait passé dans le fort de Bicêtre 1,900 détenus, dont 1,700 à la fois. Plus que plein. Il y a trente casemates dans ce fort, mais plusieurs employées au service militaire. — Sur ces 1,900, 750 mis en liberté. — 600 au fortd'Ivry (condamnés)''', 500 encore prisonniers le 31 décembre.
Arsène Meunier arrêté de nouveau le 28 [janvier]. Par un mandat du 11. Pendant son dîner, 15, rue de Ponthieu, chez lui. L'agent dit : ce n'est pas une arrestation. On veut vous parler. — ■ Il le mène à pied à la Préfecture. Etait armé. On voyait dans sa poche un pommeau de pistolet. Vient Sylvain Blot, le secrétaire général. Puis Henricy, chef de la police politique. La conversation étrange avec Henricy. — - Envoyé au Dépôt. Béranger vient l'y voir. Est ramené à Bicêtre. Puis le 14 février au fort d'Ivry. Y reste jusqu'au 23 mars. Condamné à dix ans de Lambessa. Interrogatoire : monsieur Manceaux, juge d'instriiction, qui lui dit : Vous avez été arrêté le 2 décembre, relâché le 30 en vertu d'un arrêt de non-lieu. Vous êtes arrêté de nouveau. Ce ne peut être pour les faits du 2 décembre. C'est donc pour vos antécédents. Vous êtes socialiste et ancien instituteur primaire. Justifiez -vous. — Béranger a demandé qu'on commuât Lambessa en exil. — Élargi et expulsé.
On a amené à Ivry les prisonniers de 15 départements.
Quelques-uns étaient dévorés de vermine. On leur a donné des chemises,
('j [Voir t. I, chap. ii (3" journée)].
des sabots, quelquefois des pantalons. Pour la moindre chose appareil mili-
taire.
Dans la nuit du 17 au 18 décembre, au fort de Bicêtre, on jfît sortir les prisonniers, casemate par casemate, on leur dit à demi- voix de se lever, de se mettre 2 par 2 et de sortir. On se réveille. On voyait par la porte entr'ouverte des torches de résine allumées et de la troupe. On crut qu'on allait être fusillé. On s'interrogeait du regard. Bonne contenance du reste. On les mit dans la cour en face des portes des casemates. Les soldats rangés en face le long du mur au port d'armes, homme pour homme. Deux soldats les prenaient par les bras en sortant. Dans cette position vingt minutes. Un officier, ayant un manteau sur ses épaulettes, les compta, en silence, du doigt. Puis on leur dit : Rentrez. En rentrant, ils aperçurent derrière les soldats des scribes à une petite table et M. Hatton, juge d'instruction.
AMABLE LEMAITRE. (Casemates.)
(Les notes de Victor Hugo sur Amable Lemaître se divisent en trois parties : Journées de Décembre [on a lu plus haut ce fragment], Casemates, Pontons. Nous avons suivi cet ordre et nous donnons ici tout ce qui concerne le séjour d'Amable Lemaître à Mazas, puis à Sainte-Pélagie.)
M. Lemaître arrêté à Paris le 14 décembre. On arrête toute la maison disant qu'il y avait là un représentant. Il restait une petite fille de 10 ans qu'on fut obligé de mettre dans une maison voisine. On dit à Lemaître : — On vous dit représentant, suivez-moi, et monsieur aussi (M. Paul, négociant en vins) pour vous avoir donné asHe.
On les mena au dépôt. — Nous serons bien mal là, dit Lemaître au commissaire. — Non. Vous serez bien. Vous serez entre politiques, dit le commissaire, fîz ce moment-ci, tous les délits, on les laijie de coté (un des commissaires du viif arrondissement; il demeure rue de Harlay, au Marais).
Il y avait au dépôt deux salles au premier et au second étage. On y était si entassé qu'on ne pouvait s'asseoir sur les bancs qui faisaient le tour des murs que les uns après les autres. Le soir on abaissait des lits de camp dressés contre le mur par des charnières. On ne pouvait pas s'y coucher toute la nuit. La place manquait. On se comptait au pouce pour savoir au juste combien chaque homme pouvait occuper de place. On n'avait chacun qu'un tiers de nuit (3 heures) pour dormir coucl)é Ce détail se reproduira dans les casemates. Là, de très jeunes enfants; ce qu'on appelait des politiques était un peu mêlé de voleurs. Dans certaines rues, on avait arrêté tout le monde. On arrêtait l'un parce qu'il était chez le marchand de vin, l'autre parce qu'il avait une blouse. Rue des Fossés-Saint-Marcel, on arrêta tous les mâles, y compris les petits garçons. On les confia aux filles publiques (c'est l'usage au dépôt; elles en ont soin.) qui ont un local à part. — Il y en avait trop. Le surplus des enfants reflua dans les salles des hommes.
On ne pouvait écrire à sa famille pour ses besoins que le 3^ jour après l'arrestation; recevoir aucune visite. Ils restèrent 8 jours ainsi sans sortir des salles, on les faisait monter sur les banquettes le long des murs et l'on jetait des seaux d'eau à travers la salle. Infection. Cassaient les carreaux malgré le froid, pour avoir de l'air. Très froid. Quelques-uns mirent la tête aux carreaux. Couchés en joue par les sentinelles. Le gardien les prévient que les soldats avaient ordre de tirer sur toute tête qui voudrait respirer. Le 8* jour, le directeur leur dit : On aurait dû vous interroger dans les 24 heures.
364 CAHIER COiMPLÉMENTAIRE.
On vom a oubliés. — Tellement mêlés que les gardiens disaient en désignant tel ou tel : Mais voilà un four a plâtre (on appelle ^^r à plâtre les vagabonds des environs de Paris qui couchent là). Le. soir du 8'^ jour vers 4 heures (nuit en décembre) on les mit dans des voitures cellulaires. Conduits l'un après l'autre à la voiture par deux gendarmes. Un enfant nommé Mazières (15 ans) fut passé de main ep main par les agents de police qui se disaient çn riant : Prends donc cet homme politique. L'enfant avait peur et pleurait. Ils croyaient qu'on les menait fusiller. Le bruit en avait couru.
Sales, fatigués, en haillons; les femmes des employés aux fenêtres dans la cour de la préfecture riaient et se moquaient d'eux.
Tous les transports du dépôt au fort de Bicêtre se faisaient le soir. On arrivait à Bicêtre vers huit heures. On défilait entre deux haies de soldats portant des torches. Comme il y avait eu beaucoup d'exécutions, ils avaient peur et s'attendaient toujours à être fusillés. On entendait ces paroles : Ah mon Dieu! ma pauvre femme! Ah! j'ai trois enfants! Que deviendront-ils .^^
Arrivés au fort, on les déposait dans des casemates glaciales, sept ou huit voitures vidées dans une casemate, 14 hommes par voiture. Paille sur le pavé. Une lanterne éclairant à peine. Une cruche d'eau. On les comptait. Aucun interrogatoire. Aucun écrou. Ils restaient là une heure, puis on les conduisait dans une espèce de greffe entre deux soldats de la ligne. (La ligne obligeante et affectueuse.) Les sous-officiers serraient la main des détenus pendant que les soldats marchaient en avant avec des lanternes. Un sous-officier du 14* dit : Citoyen Lemaître, vous devez bien nous en vouloir, — Dans le greffe, une table, trois hommes, trois greffiers, écrivaient les noms et constataient les individualités. — On demandait à ces greffiers : — Qui êtes-vous.^ Etes- vous des magistrats.^ Si vous n'êtes pas des magistrats, nous vous répondrons. Tous les magistrats étant des malfaiteurs, nous ne leur répondrions pas. — On donnait aux détenus un numéro d'ordre, une couverture, une écuelle en terre, et on les conduisait dans d'autres casemates. Là, paille. 120, 130 par casemate. Très haut, des châssis dormant. Le jour et l'air viennent avarement par des soupiraux de 2 pieds de diamètre. Ni tables, ni chaises, ni lits.
Amable Lemaître délégué de la casemate 11. — Le surlendemain on leur apporte des toiles à paillasses. Ils y mettent eux-mêmes leur paille. Ils ne purent faire que 67 paillasses pour 125 hommes. Les fourreaux de paillasse pour un n'ayant qu'un demi-mètre, il fallut mesurer l'espace à chacun. L'eau mesurée de même, deux bidons pour tous pour toute la nuit. On buvait à même au goulot. Pas de verres. On avait soif. — - Immondices dans un grand baquet découvert. Pour ne pas s'entrevoir, on mit une couverture devant le
baquet. Plus tard sur le Canada on n'était plus des hommes, on fit comme les animaux. Fétidité affreuse.
Nourriture des voleurs. 20 minutes de promenade par jour dans une grande esplanade palissadée sous l'œil des argousins. Quelquefois la sortie supprimée. Pas de service médical, pas de pharmacie. Les médecins bienveillants, mais n'ayant pas de remèdes. On donnait du camphre. Beaucoup de bronchites aiguës et quelques phtisies produites par la poussière de la paille toujours remuée. 4 casemates durent être converties en infirmeries. Là des lits et des draps. Quarante lits par casemate. — La vermine et les poux commencèrent. Presque tous sans linge. Qui avait une chemise était un grand seigneur. Une cantine venait tous les jours. On laissait acheter du vin et des provisions de mauvaise qualité — fort cher. Les malheureux exploités par les paysans de la banlieue. — Il fallait trois jours pour qu'une réclamation reçut réponse.
Dans toutes les casemates les détenus nommaient au scrutin un délégué chargé de servir d'intermédiaire entre les prisonniers et les geôliers. Un inspecteur venait tous les jours avec le directeur. Cet inspecteur nommé Besuchet, médecin, ancien républicain. — Recevait mal les réclamations. — Nous ne sommes pas nourris comme des prisonniers politiques. — Amable Lemaître lui dit : Que sommes-nous donc.^ — Je n'en sais rien, vous êtes des gens qu'on a ramassés. — Besuchet parlait le chapeau sur la tête. Il voulait qu'on se découvrît devant lui. Un jour, il vint, personne ne bougea, Lemaître gardait son béret blanc. Il vit un homme fumer et lui parler la pipe à la bouche. Il s'emporta. Il dit : — Comment osez-vous garder votre pipcf^ — - Vous gardez bien votre chapeau, dit le prisonnier.
Le f jour après l'arrivée, reçoivent des papiers timbrés, assignations à comparaître devant des juges d'instruction, ce qui leur fait voir qu'il existait encore quelque chose qui s'appelait la magistrature. — Tous ces juges d'instruction étaient des magistrats poussés depuis le 2 décembre, et créés pour la circonstance. — Simulacres hideux de justice. — Beaucoup refusèrent de répondre. Quelques-uns répondirent avec protestation contre le crime de L. B. — Après l'interrogatoire, on était élargi (très peu) ou envoyé à Ivry.
Les prisonniers voyaient leurs familles à Bicêtre dans une casemate-parloir avec couloir au milieu pour l'agent séparant les visités et les visiteurs. Bruit effroyable. Il fallait parler haut. Beaucoup aphones ne pouvaient parler. Entre autres Lemaître. Quelques-uns renoncèrent à voir leurs femmes. — Elles se trouvaient mal. Toutes, pour obtenir une permission, passaient devant le général Bertrand qui les interrogeait et tâchait de les faire se couper. Un jour les femmes firent effort, écartèrent les soldats, et embrassèrent leurs
maris et leurs frères. — Bah! dirent les soldats, faites faire ce service par des gendarmes. — Il n'y avait qu'un parloir pour toutes les casemates, de là lo minutes à peine pour se voir. Le parloir ouvrait à 8 h. et fermait à lo h. Elles devaient se lever à 6 h. du matin, faisaient queue (en hiver) à la porte du fort, étaient fouillées, et quelquefois ne voyaient pas ceux qu'elles aimaient. Deux visites par semaine. Les soldats, bons, servaient de petite poste. On était conduit au parloir entre deux soldats.
Ivry.
Là, divisés en catégories : i"*, i% f. Mêmes détails. — Seulement les femmes ne les virent qu'en plein air, sur l'esplanade. Double rang de palissades, couloir pour les sergents de ville. Pluie ou neige sur ces pauvres femmes. On parvenait quelquefois à se toucher la main dans un coin où les palissades s'écartaient.
Allèrent de Bicêtre à Ivry àpied, entre deux haies de soldats, fusils chargés devant eux. Troupe de ligne. Chasseurs de Vincennes. Gendarmerie mobile. — Si un s'échappe, tous responsables, disaient les officiers. — Un pauvre bossu nommé Decause, ne pouvant marcher aussi vite que le pas militaire, fut rudoyé. — Un soldat dit à l'autre : F. .. le au bout de ta bayonnette comme un jambon. — Dans le trajet on faisait éloigner les paysans. Ni cris de la République, rien. Ordre de ne parler qu'à demi-voix. Le trajet se fit le matin par convois de 40 ou 50. Quelquefois 100. Pas liés. N'ont été liés que pour aller d'Ivry au Havre.
Tant que les parisiens ont été près de Paris, très fermes. En mer, ils ne se sont plus senti pied, l'énergie a défailli.
VICTOR SCHŒLCHER.
(Victor Schœlcher était le fils d'un marchand de porcelaine de la rue Grange-Batelière. Il aimait les lettres et les beaux-arts ; il avait dix-huit ans lorsqu'il fit dans l'ArtiBe son premier compte rendu du Salon de 1822. C'est en 1829, quand il avait vingt-cinq ans, qu'il s'éprit, dans un voyage aux Antilles, de la grande œuvre de l'abolition de l'esclavage; républicain passionné, il combattit le gouvernement de Louis-Philippe en fondant des revues et des journaux : la Revue répiibUcaine , la Revue indépendante, le Journal du Peuple, la Réforme ; mais toujours il s'acharna à réclamer l'abolition de l'esclavage. Aussi il retourna auprès des noirs aux Antilles en 1840. Puis il voyagea en Orient, en Egypte, en Grèce, en Turquie, et, quelques années plus tard, en Afrique. Il revint en France. La République venait d'être proclamée; il la servit comme sous-secrétaire d'État au ministère de la marine, et le 27 avril 1848 il réalisa le rêve de sa vie en faisant paraître les décrets abolissant l'esclavage dans les colonies françaises; élu à la Constituante, puis à l'Assemblée législative, il vota avec la Montagne; au 2 décembre 18 51 il se rendit aux barricades du faubourg Saint- Antoine, lutta jusqu'à la dernière heure avec un courage indomptable pour organiser la résistance, fut expulsé, et se rendit en Belgique, puis en Angleterre. Il publia deux volumes sur les crimes du deux-décembre; il ne profita pas de l'amnistie de 1859 ni de celle de 1869, et ne revint à Paris qu'à la chute de l'empire, en 1870. Schœlcher fut nommé à dG ans colonel d'état-major de la garde nationale et prit le commandement d'une légion d'artillerie qu'il organisa pendant le siège de Paris.)
Clary entre 2 officiers supérieurs sur le boulevard Saint-Denis. Schœlcher passe pour aller chercher une voiture rue Saint-Denis. — C'est un éclair. Les officiers le voient et croient le reconnaître — ils vont l'arrêter. - — Vous, Clary, vous devez le connaître .f' — Non, dit Clary. Ce n'est pas lui.
Schœlcher s'en va par le haut. — On commençait rue de Charonne une barricade. Il y avait 12 pavés de remués. — Ils prennent par les boulevards extérieurs. — Pas de voiture au Père-Lachaise. A pied. — Hommes du peuple qui les applaudissent au passage. — Rue Meslay chez Forestier. — Persévérant et brave. — Tambours de garde nationale consignés — caisses gardées par des piquets de la ligne dans les mairies. — Avait été averti le matin, étant revenu chez lui. — Quitte Dulac et les autres. — Un ouvrier, membre de la commission de secours pour les familles des détenus politiques, accoste Schœlcher rue Meslay, lui demande ce qu'il y a à faire, et lui offie de le conduire au iif arrondissement chez le colonel de la garde nationale Favrel, batteur d'or, rue du Caire (aujourd'hui réfugié). Schœlcher voulait
d'abord aller à l'association des imprimeurs, faubourg Saint-Denis, pour faire imprimer ma proclamation qu'il avait copiée la veille rue Blanche.
Association absente. Personne. — Pas de gardes. — Ne voulaient plus se compromettre. — Déjà bourgeois. — De là chez Favrel. — Absent. — De là chez le chef de bataillon Laboulée, pharmacien, absent. — Rencontré par des ouvriers qui se disent prêts si la garde nationale sort. Le font entrer dans un cabaret au carré Saint-Martin, — Schœlcher avait pour idée fixe de publier ma proclamation. — Ils lui offrent de forcer l'imprimerie Malteste à l'imprimer. Schœlcher ordonne des barricades pour la soirée et promet de revenir. Un tanneur lui offre l'appui d'un ofHcier de la garde nationale, ancien actionnaire de la Réforme, rue Jean-Jacques-Rousseau, 5. — OfHcier très bien disposé, va voir ses chefs, mais espère peu. — Schœlcher s'endort chez lui une demi-heure. — L'ofHcier et le tanneur reviennent et disent : Cela ne donne pas. — De là chez Hovyn, rue des Jeûneurs, lieutenant-colonel de la 5" — absent. — On en était inquiet. Sorti le matin, en uniforme. — Va chez pour se reposer, et y apprend qu'on le poursuit.
Tohce à ses trousses. — Se cache chez M'"" Geoffroy Saint-Hilaire. — Puis chez deux jeunes prêtres qui se dévouent et qui eussent été perdus si Schœlcher eût été trouvé chez eux.
Schœlcher au f étage. — Le jeune professeur, leur frère, lui avait donné son lit. — Il logeait à côté sur un matelas à terre dans un bouge. — Abnégation. — Comment manger.^ personne ne se doutait que Schœlcher fût dans la maison. — C'était une pension de jeunes gens. — Le jeune professeur allait à la cuisine. — La grande affaire des pensions de prêtres, ceB de bien nourrir les élevés, de là des dithyrambes des enfants chez les parents. — Ce jeune homme allait à la cuisine, faisait des questions à la cuisinière, "et volait de quoi nourrir Schœlcher. — Pendant 15 jours. — L'aîné, l'économe, le meilleur des 3, sut que Schœlcher aimait le thé. — Tous les soirs à 10 heures venait prendre le thé avec Schœlcher. - — Comment faire du thé. — avait acheté une petite théière en porcelaine — on mettait la petite cafetière sur le poêle — on prenait là une tasse, les — Au bout de
quelques jours il acheta une et une casserole. — Mille difficultés — •
rendre les assiettes, etc. — Cela fut surmonté à force de dévouement. — - Schœlcher ne pouvait se servir lui-même. Ils le servaient en lui lavant sa vaisselle. — Admirables soins. — Vigoureux — fort. — Hercule. — Bonté de grand'mère. N'avait jamais vu Schœlcher.
Difficultés devant l'idée de faire faire une galantine. — L'économe l'apporte lui-même. — Schœlcher en vit dix jours. — La soutane du jeune allait à Schœlcher. — De là le déguisement.
VICTOR SCHŒLCHER. 369
Depuis 8 j. il souffrait que Schœlcher ne mangeât pas de soupe. — Il parvient un jour à voler une tasse de bouillon — • froid — puis vole du vermicelle. — Le jeune professeur et Schœlcher font du vermicelle. - — Pâtée affreuse. — Font grand feu pour corriger la chose — font bouillir — cela bout — cela fait de la bouillie. — Quelle incapacité ! dit le prêtre aîné en arrivant.
Schœlcher se couchait sur le lit le jour. — Le soir l'économe le lui refaisait, disant : Vous serez mal couché. — Révolté contre le coup d'État, mais point démocrate. — Maison du cul- de-sac des Feuillantines — de mon enfance. — Voyait le jardin — grenier. — Le soir voyait s'allumer les fenêtres studieuses de l'école normale. — Quelques-unes brillaient toute la nuit.
Puis achetait un heefBeack^de veau — l'apporte dans sa poche —
volait du beurre et faisait cuire le beefsteack de veau dans le laboratoire de chimie, — était obligé de brûler une foule d'ordures chimiques pour ôter l'odeur de cuisine. — Arrivait triomphant avec son beefsteack de veau.
— Les domestiques n'ont jamais rien su. — Le domestique était à moitié fou. Schœlcher se cachait dans un trou du grenier — et le domestique faisait la chambre dans son absence. — De temps en temps Schœlcher se cachait dans son trou et les trois faisaient des réceptions d'amis dans la chambre. — Un des grands embarras était de s'éclairer sans qu'on vît la lumière. — Mettait une bougie dans un verre qui lui servait de flambeau et cachait la lumière derrière un gros volume de Buffon.
Jeune professeur d'histoire naturelle. La grande affaire était de pouvoir s'en aller. — Ils étaient de Besançon. — Une fois à Besançon, sauve. — Nous répondons de vous. — Convenu qu'il s'habillera en prêtre. — Le costume du plus jeune des 2 prêtres lui allait. — D'abord éclaire le voyage : — le professeur part avec l'économe pour aller jusqu'à Dijon — y vont. ■ — Le professeur revient et dit : nul danger — partez — point de surveillance à la gare. — Schœlcher part le 22 décembre au soir.
A Dijon , au milieu de la nuit, l'économe attendait. — Prennent la diligence jusqu'à Besançon — était allé éclairer la route jusqu'à moitié chemin — pas l'ombre d'un gendarme. — A la gare saute au cou de Schœlcher : — mon cher frère, je vous attends — Schœlcher bien déguisé — rencontre Jacques Coste qui le salue, fait le grand tour et lui dit tout bas : courage ! — Partis à 3 h. du matin, à 9 h. à une lieue de Besançon ■ — descendent, l'économe et lui, entrent dans un couvent de missionnaires- — connu là — fête — déjeuner. Schœlcher fait le prêtre — dit le benedicite et les grâces — s'en tire.
— A I h. carriole du séminaire — connue j passe tous les jours à Besançon , — porte fortifiée. — ^ Première consigne {ï) laisser passer les séminaristes. —
370 CAHIER COMPLEMENTAIRE.
Voiture de louage de Besançon sur la route à suivre jusqu'au saut du Doubs. — Froid affreux — neige — montagnes — verglas — cabriolet ouvert. — S'arrêtent chez un curé, ancien condisciple, qui les reçoit. L'économe dit : je vais voir un cousin juge de paix à tel endroit — souper — coucher — repartent le lendemain par le mauvais temps... , toujours neige partout. — Déjà la douane — douaniers font l'office de gendarmes. — Schœlcher allait prêcher — c'était la veille de Noël — vraisemblable — craignant que le frère ne s'enrhumât et que cela ne l'empêchât de prononcer son sermon, les douaniers activent le feu du poêle. Midi — chez un autre curé inconnu — bien reçu, feu, dîner. — Finaud, inspecte Schœlcher — le curé buveur — fait boire Schœlcher — Je ne bois pas de vin. Jamais. — Comment ! mais vous êtes prêtre! — Schœlcher se rattrape comme il peut et songe aux burettes de la messe. — A 3 h. au village qui est à deux lieues du saut du Doubs , frontière. Juge de paix cousin de l'économe, élevé par lui, plus jeune. — Demeure à la maison de ville, la mairie et la gendarmerie — c'est là que Schœlcher se réfugie. — Schœlcher prêtre en congé d'une paroisse de Paris, curieux de voir des montagnes pleines de neige — ah ! si vous êtes curieux de voir de la neige, venez boire un verre de bière en Suisse. Vous en verrez là des montagnes. — A merveille, dit Schœlcher — café. — J'aimerais mieux la bière de Suisse, dit Schœlcher. Partent le soir, à pied, par d'affreux chemins — sapins. Précipices. Schœlcher tombe sept fois, nombre sacré. — Coude écorché, poignet égratigné, les deux l'aident et le soutiennent. — L'économe devient herculéen — se perdent en route — arrivent à 7 h. 1/2 du soir au saut du Doubs i craignent les douaniers — c'est la route des contrebandiers — cascade à truites, d'un côté maisons françaises, de l'autre maisons suisses — un homme leur fait passer le Doubs sur la glace.
Dans une visite faite à l'Elysée par Pleyel pour ses affaires, on lui avait dit : Quant à Schœlcher son affaire est grave — fiom le voulons, et nom l'aurons,
— Répété par les gens dans les visites domiciliaires chez Constance.
Le bon prêtre touche la terre suisse, dit à Schœlcher, eh bien, ils ne vous auront pas! (25 décembre 1851) — fatigué — plus sénégalais que sibérien, — Schœlcher dit : je reste. — Soupent. — Le laissent là. — Couche en Suisse nuit de Noël. Les femmes de la maison vont à la messe de minuit — le bon prêtre le lendemain vient lui apporter ses affaires de toilette — repart
— le soir l'économe le conduit aux Brenets, village suisse — à pied — une lieue sur la glace — un déluge. Passé la nuit — auberge — cabaret
— point de chambre à feu — on les mène dans une chambre où 4 hommes fument leur pipe dans l'obscurité. Cela les fait déguerpir. — Point d'autre auberge — une vieille femme les voyant prêtres leur dit : logez chez moi.
VICTOR SCHŒLCHER. ' 371
je suis catholique. — Accepté. — Mais la buraliste des diligences leur offre asile — ils choisissent cela — l'habit les protège — Schœlcher écrit, le prêtre dort. A 2 heures la diligence pour le train arrive, le prêtre part. — A 8 h. 1/2 les deux dames, buraliste et sa fille, lui servent à déjeuner, et n'osent qu'à peine et avec la plus vive résistance déjeuner avec sa révérence. — Comment payer.? Schœlcher fait la question — la femme refuse absolument. Schœlcher embarrassé donne sa bourse de curé, en perles avec glands d'acier, à la jeune fille qui rougit de bonheur d'avoir pour souvenir une bourse de curé. — Si jamais vous revenez, descendez ici ! — La jeune fille johe, fraîche, met sa petite chape, sa coiffe et ses gants fourrés, et le mène au bout de la montagne jusqu'au grand chemin. Charmante chose, le proscrit, faux prêtre, conduit par cette enfant dans ces fières montagnes suisses. Les Brenets sont sur une éminence — maisons éparses dans la neige au pied de la colline — le soir effet de lumières, étincelles dans la neige. — Sonorité de l'air — les aboiements des chiens sonnent comme des clairons — ^ de là à Baie — par le pays de Baie — jusqu'à Heidelberg par Fribourg, par le chemin de fer. — A Fribourgen Brisgau, un gendarme à grand chapeau galonné lui demande son passeport (pour la i'''" fois depuis Paris). — Heidelberg — Cologne — Aix-la-Chapelle — Verviers — Liège — Bruxelles — par le chemin de fer — très rapidement et sans incident. — Bateau à vapeur de Mayence à Cologne, dernier voyage de l'hiver du bateau. — Le Rhin charriait.