POLICE BELGE
Jeanty Sarre réussit à s'échapper de Paris, arrive à Bruxelles, et va à la police.
L'homme préposé aux étrangers le reçoit en le regardant de travers.
— Qui êtes-vous, monsieur.'' probablement un réfugié politique... Jeanty Sarre l'interrompt :
— Moi, par exemple! J'étais dans le commerce, je n'ai pas réussi dans mes affaires, j'ai été forcé de déposer mon bilan, et je viens à Bruxelles...
— Pour échapper à vos créanciers, dit l'homme en souriant. Ah! c'est bien différent, monsieur. Donnez- vous la peine de vous asseoir. Vous resterez à Bruxelles.
— Monsieur, vous êtes un démagogue.
— Pour qui me prenez-vous.'' je suis un banqueroutier.
— A la bonne heure !
374 CAHIER COMPLEMENTAIRE.
Caillaud — lieutenant-colonel de la garde républicaine. Il a formé ce corps.
Ne pas le nommer dans ce qui pourrait le compromettre.
2 décembre.
Rue des Petits-Augustins, des commissaires de police en écharpe à la tête de deux compagnies de ligne lancées au pas de course, investissaient la rue et pénétraient dans les maisons pour chercher les représentants qu'on y croyait cachés. — Vers ii heures. — Dans ce même moment passaient rue Jacob des petits coupés avec des sergents de ville dedans allant faire des arrestations — mettaient pour cela les hacres en réquisition sur toutes les places voisines. Crémieux arrêté dans ce moment-là. (Antérieurement au coup d'Etat, 15 jours avant le 2 décembre. M'"' Thuillier, dont le fîls travaillait au P^rf X^//f^///^^ habite rue de Neuilly, dans une pension. Elle dit au colonel Caillaud : Je ne sais ce qui se passe, mais le secrétaire d'un commissaire de police vient dîner ici. Depuis quelque temps, il s'en va tout de suite, car nous sommes tom consignés j dit-il. Tout ce qui appartient à la police est consigné, commissaires, secrétaires, etc. Il y avait des rumeurs à la préfecture de police et l'on entendait des agents dire : Qu'est-ce que cela nous fait à nous.'* Nous arrêterons tout! Un disait : J'arrêterai mon père ^ si l'on veut!)
Le 2 au soir, un maître charpentier de la barrière du Combat, nommé Cuvillier, parcourait la rue Saint-Martin avec son poignard dans sa poche, prêt au combat.
Le 3 décembre.
Au soir, sur les boulevards , cris : Vive la République ! — Groupes. Manifestations du boulevard Poissonnière à la Porte-Saint-Denis. Un individu, cheveux gris et barbe blanche, vêtu de noir, criant : A bas le tyran! Le lendemain 4, le même rue de Choiseul, avec deux prêtres. — Agent légitimiste probablement.
Le 4.
xif arrondissement — peu ému. — Pourtant 200 ou 300 hommes prêts à combattre. — Descendent rue Saint-Martin. — Le colonel Caillaud en emmené les plus résolus, il voulait trouver le i^" léger, qu'il espérait enlever.
Il rencontre le 15^ en effet, place de la Concorde, il était une heure, mais tout s'ébranlait pour le combat, cavalerie, artillerie, par divisions et brigades et marchant en ligne. Le 15" a marché, au reste. Regards d'intelligence d'un chef de bataillon républicain et de Caillaud. Nul doute au il n'eût tourné ^.y te son bataillon, et peut-être son régiment. Caillaud les suit jusqu'à la rue de Choiseul, là, séparé par la foule. Est forcé de faire le tour par la rue de la Paix et la rue Neuve-Saint- Augustin, retardé rue de la Paix par le passage des lanciers (ivres, et en particulier les deux adjudants-majors dont //;/ ne pouvait pas se tenir sur son cheval. On s'attendait à le voir tomber a chaque inHant. )
La ligne était sur la chaussée au centre, sur les trottoirs marchaient les gendarmes mobiles. Un lancier (ivre) qui s'était porté en avant rencontre des bourgeois, sabre à la main, frappe les bourgeois, 50 ou 60 jeunes gens l'entourent en criant : Arrête'^! Le lancier revient au galop. On crie : a l'aj^apn ! préludes.
Caillaud prend des pistolets, puis va par la rue des Jeûneurs, espérant retrouver le if. Impossible. — Par la rue Mulhouse gagne le Petit- Carreau, trouve une barricade faite — g^g^^ ^^ Porte Saint-Denis — là commencent, rue Poissonnière et rue des Jeûneurs et rue Saint-Fiacre, les feux de peloton et les feux de deux rangs. Le feu dure 20 minutes sans arrêter. — Rue des Jeûneurs plus de 200 s'enfuient, poursuivis parles balles, une porte est ouverte, ils s'y jettent, le portier veut la fermer; un jeune homme, locataire, crie au concierge : laissez la porte ouverte! et les 200 sont sauvés. — (Le 4 au matin à 10 heures rue Neuve-des-Petits-Champs à la hauteur de la rue Richelieu, une voiture du Trésor à 4 chevaux, trois employés en tricorne sur le dôme de la voiture, venant de la banque et très chargée visiblement se dirigeait du côté des finances. — Une autre, à 3 heures, pareille à celle du matin, rencontrée sur la place de la Bourse, allait vers le Trésor par la rue Neuve- Saint- Augustin.
Quai de l'école, Caillaud accompagné de 5 ou 6 du vi* arrondissement, marchant séparés à 10 pas de distance, est arrêté par des sergents de ville. — Où allez-vous.'* — Je vous connais, vous êtes le colonel Caillaud. — Il s'était
débarrassé de ses pistolets à l'entrée ■'' ( tout désert
sur les quais) il y avait 30 gardes républicains
... prêts à mettre en joue, allant de ci de là, dans l'attitude de chasseurs qui attendent le gibier. — Sur les marches du pont, derrière Caillaud, ils disent : — N'allé'^ pas plus loin. Jete'^nom-le. Nous allons le fusiller là. — Caillaud se retourne : — Qu'est-ce que j'entends .'' Qu'est-ce que vous dites.? Vous n'êtes pas des soldats français, vous n'êtes pas même des vous êtes des
"' Ici, et à la ligne suivante, le papier est rongé.
assassins. — Le sergent de ville regarde fixement Caillaud avec un air de profonde indécision, 5 minutes, puis se baisse vivement, lui tâte les poches de la redingote, n'y trouve rien, et crie aux autres : — Pas encore! — On le mène au terre -plein de la statue Henri IV. Là les chefs de police. On le fait rester en arrière. Il n'entend pas la conversation. Il voit seulement le bras d'un officier de paix levé vers la préfecture de police. — On l'y conduit. Cour de Harlay, le sergent de ville entre chez le commissaire un moment, puis revient, on le fait entrer, on lui demande ses noms, il demande lecture du procès-verbal, on lui dit : CeB inutile. — Conduise'7 M. au dépôt. — Le sergent de ville oublie d'aller chercher un billet d'écrou au bureau de permanence, le directeur du dépôt refuse de recevoir Caillaud. On mène Caillaud à la permanence au chef de bureau Lemaire. Là, Caillaud raconte le fait des marches du Pont-Neuf, et le sergent de ville s'écrie : Vous êtes bien heureux que je n'aie rien trouvé sur vous! Vous ne seriez pas ici! — Caillaud connaissait le directeur du dépôt. — (Voir les paroles du directeur sur la feuille jaune ^'\)
Caillaud était au dépôt dans une salle au premier donnant sur les écuries de la préfecture. Il voyait par la fenêtre tout ce qui se passait. Sous la fenêtre un garde républicain et un sergent de ville en faction les yeux fixés sur les fenêtres. Un visage apparaissait, couché en joue : Va-t'en, ou je fais feu! — Cependant Caillaud regardait. A chaque instant, 8 et 10 fois par jour (le 5, le 6, le 7, le 8) on amenait des prisonniers. Sitôt entrés dans la cour, on les assommait à coups de massue à boules de plomb. Un se défendait avec son parapluie, le crâne enfoncé. On les jetait ainsi ensanglantés dans les cachots. Cris nuit et jour. — (A la Conciergerie 18 ou 19 hommes assommés et mutilés par les sergents de ville, mis dans un cachot au-dessous du niveau de l'eau, les uns sur les autres, sans voir clair, sans rien. Le lendemain on leur a jeté un morceau de pain comme à des chiens.
Une telle rage d'arrestations que rue Mouffetard, près de la caserne de la garde républicaine, les agents se sont présentés chez un portier et ont dit : Donnez les noms de vos locataires. Le portier a donné les noms. Onze ou douze locataires. Ils ont tout arrêté. (Ceci le 5 ou le 6.)
Fait du beau-frère du général Le Flô, juge d'instruction à Morlaix, en congé à Paris. (Voir la feuille j2Lune fus! /tades)^-\ Il demande à écrire à M'"' Saint-Arnaud. M'"" Saint-Arnaud a fait envoyer un aide de camp de son mari qui l'a élargi , mais en le menant lui-même au chemin de fer.
f'' Cette feuille jaune a été utilisée, t. Il, dans le chapitre : Autres choses noires. — ^'^^ Idem.
Caillaud reste au dépôt ii jours. On les menait à pied à Bicêtre, armes chargées, et ceci : le premier qui bouge, fusillé. — Caillaud fut mené en voiture cellulaire. — 25 jours tant à Bicêtre qu'à Ivry. — Le 17 janvier part avec AmableLemaître. — Le 9 il y eut trois transferts au fort d'Ivry, dont un venait de la préfecture, environ 80 prisonniers dans lesquels la police mêle des repris de justice, 7 ou 8. — Le 10, sur le Can.id.i. A la pointe de Plymouth, manque échouer, touche deux fois. Un câble tombe dans la machine. La machine par bonheur broie le câble. Sans quoi perdus. — (Transbordés du Canada sur le DuguescliiL ) Le capitaine Mallet leur dit : J'ai reçu des feuilles vous concernant tous. Votre position m'est connue. Les uns condamnés à l'Afrique et plm, les autres à l'Afrique et luoiiis, les uns police correctionnelle, les uns expulsés, les autres déportés, ceci n'est pas officiel, mais officieux. — Tartuffe loup de mer.
Vermine. Caillaud couvert de petites plaies de la tête aux pieds. — - Eau infecte. Après avoir bu, on restait la bouche ouverte pour en perdre le goût. — Pas tous les jours de l'eau douce, habituellement de l'eau de mer distillée qui laissait le goût infect que je viens de dire. Fadeur, corruption, goût de cadavre, chien noyé.
Les républicains ch2Lnt^\cntJusqu'au coup de car.on. (Le capitaine Mallet étant le plus ancien commandant de la rade, son vaisseau donnait matin et soir par un coup de canon le signal du service.) A partir du coup de canon, profond silence. — - Mallet, honteux de sa position, ne regardait pas les déportés en face , toujours les jeux sur ses hottes.
Le colonel Caillaud, toujours glacé, ne sentait plm ses jambes. Beau vieillard, à cheveux blancs, barbe et moustaches blanches.