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MTIONALE

AMABLE LEMAITRE. (Pontons.)

(Voici la troisième partie des notes prises par Victor Hugo d'après les récits d'Amablc Lemaître. Pour en faciliter la lecture, nous avons coupé ces notes par des titres.)

Le 9 janvier vers lo heures du soir ils étaient environ 300 au fort d'Ivry.

— On leur mit les chaînes aux mains. — Après un appel on les mit en rang deux par deux. On leur dit avant de partir que le moindre cri, le moindre geste, serait réprimé par la force, et on fit charger les armes. Escorte de cavalerie et d'infanterie, derrière deux pièces attelées dont les prisonniers entendaient le roulement sur le pavé. — A 10 h. partent, arrivent à Paris en silence vers i h. du matin. Nuit profonde. Paris mort. Passent devant Bonvalet, où il y avait une noce. Voient en passant danser les ombres sur les vitres éclairées. — Suivent les boulevards depuis la barrière Fontainebleau jusqu'au chemin du Havre. Là, force sergents de ville. — Brutalités.

— Canailles! gibier de Cayenne! etc. — Des coups de poing et de pommeau d'épée. — Là, des prisonniers d'Orléans et de Chartres. Embarqués silencieusement vers 2 heures dans des wagons de a^'classe, dans chaque v^^agon un gendarme et un sergent de ville, 8 prisonniers avec. En tout 475 prisonniers, sur lesquels t6 enfants de 14 à 17 ans.

Arrivés au Havre à 11 h. du matin. Placés entre deux haies de soldats, et immédiatement menés au port. Là le Canada^ frégate à vapeur, mauvais bâtiment, construit autrefois pour le service des paquebots transatlantiques. Une compagnie de soldats de marine en bataille sur le pont, les matelots avec les pistolets et le sabre d'abordage, le capitaine debout sur le pont. On commence l'embarquement, par des ponts en planches et des échelles.

— Pas de sympathie dans la population. Ils étaient annoncés co/mne des forçats. — Les premiers 40 qui arrivent sur le pont, le capitaine de frégate commandant fait une allocution : Vous serez traités avec sévérité, mais avec justice. Aucune résistance. La moindre velléité sera réprimée par la force. Obéissance passive. C'est la loi dans la marine. Ainsi gare à vous.

Un bossu qui ne pouvait plus se soutenir fut porté sur des fusils et embarqué malgré plusieurs prisonniers réclamant pour lui l'hôpital.

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