‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 121 sur 190 · LES PREMIERS DESASTRES · texte numérisé non relu

LES PREMIERS DESASTRES

arrière de Wissembourg, sur des hauteurs qu'il n'avait pas garnies d'ouvrages de campagne, de crainte de fatiguer le soldat.

Les 45 000 hommes de Mac-Mahon occupaient le plateau où se trouvent les villages de Frœschwiller et d'Elsasshausen : Ducrot était à gauche, à Nehviller; Raoultet ConseiUDumesnil, au centre, à Frœschwiller; Lartigue, à droite, dans le Niederwald.

Jusqu'à midi, les Français furent victorieux, et dans leur joie, ils acclamaient Mac-Mahon partout où il passait. Ducrot repoussa les Bavarois. Raoult refoula les Prussiens de Kircbbach, qui furent à plusieurs reprises pourchassés jusqu'au bas du plateau dans les rues de Wœrth. Lartigue rejeta les Prussiens de Bose au delà de la Sauer.

Mais déjà, comme elle fit du reste dans toute la campagne, l'artillerie allemande, se présentant en grandes masses, avait réduit au silence l'artillerie des Français, et elle accablait leur infanterie par un feu intense. Enfin, à une heure, des corps entiers, et non plus des avant-gardes, prenaient part à l'action, et, si Ducrot conserva ses positions, si Raoult ne perdit que le mamelon du Calvaire, Lartigue dut céder à Teffort obstiné de Bose. Débordé, voyant les Prussiens pénétrer dans le Niederwald et s'établir au village de Morsbronn, Lartigue appelle à son aide la brigade Michel : deux escadrons de lanciers et deux régiments de cuirassiers, le 8" et le 9". La brigade Michel se précipite dans Morsbronn où elle est décimée par les balles prussiennes qui crépitent sur ses cuirasses avec le bruit de la grêle ^ Lartigue saisit l'offensive ; au bout d'un instant, il faiblit et Qéchit de nouveau. La ligne française était rompue à son extrémité et allait se briser peu à peu sous la double attaque que Bose et Kircbbach dirigeaient sur son flanc et sur son front. Vainement les troupes de Mac-Mahon déployèrent la plus grande valeur. Il fallut abandonner le Niederwald, abandonner Elsasshausen. A trois heures et demie, le maréchal ne tenait

1. C*eât la fameuse charge des cuirassiers de ReichshofTen; mais il faudrait dire les cuirassiers de Morsbronn, et la colonne que la France a fait élever en l'honneur de ces braves gens, sur un plateau, à Tangle de la route de Morsbronn à Mertzwiller, porte Tinscription : « Aux cuirassiers dits de ReicbsbofTen. •

plus que les alentours de Frœschwiller. Il amena son artillerie de réserve : elle fut écrasée. Il engagea les quatre régiments de cuirassiers de la division Bonnemains, ^^\ 2"*, 3^, 4* : ils furent arrêtés par les fossés, les vignes et les houblonnières autant que par la fusillade des tirailleurs ennemis. Il lança les turcos, le seul régiment qui fût encore intact : ils reculèrent sous une pluie de mitraille. A quatre heures et demie, Prussiens, Wurtembergeois, Bavarois entraient dans Frœschwiller. Le maréchal se retira sur ReichshoiTen et de là sur Saverne. Sa retraite fut couverte par une division du 5"^ corps de Failly qui n arrivait que pour assister à la déroute. Il avait perdu 16000 hommes, tués, blessés ou prisonniers, et son l""' corps, corps d'élite, composé des plus belles troupes d'Afrique, était presque entièrement hors de combat.

Forbach. — Le même jour, 6 août, les Allemands, vainqueurs sur un autre point, envahissaient la Lorraine. Le 2*" corps de Frossard avait quitté Sarrebruck pour occuper Forbach et le plateau de Spicheren. Il y fut attaqué par la V^ armée de Sleinmetz, et, débordé sur sa gauche, cédant au nombre, évacua les hauteurs après une perte de 8000 hommes environ. Comme à Frœschwiller où une reconnaissance du général Walther avait entraîné la bataille, cette affaire de Spicheren ou de Forbach était due à la soudaine détermination du commandant de Tavant-garde, Kameke, qui prit sur lui d'assaillir les Français parce qu'il les croyait en retraite, et, successivement, Kameke, Stiilpnagel, Gœben, Zastrow, Sleinmetz avaient dirigé l'opération au fur et à mesure que de nouvelles troupes arrivaient. Mais tandis que les Allemands marchaient hardiment au canon, et avec confiance, en bons camarades, dans le meilleur esprit de solidarité, volaient au secours les uns des autres, les Français ne bougeaient pas ou ne faisaient que d'inutiles mouvements, n'osaient aller de l'avant. Bazaine, qui se trouvait à Saint-Avold, aurait pu dégager Frossard; il le laissa se dépêtrer tout seul. Frossard pouvait, dans la première partie de la journée, proOter de la supériorité numérique qu'il avait pour rompre la mince ligne de bataille que lui opposaient les ennemis, et jusqu'à trois heures de

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