‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 134 sur 190 · Cf. A. Chuquet, La Guerre de 1870-74, p · texte numérisé non relu

Cf. A. Chuquet, La Guerre de 1870-74, p

Goulmiers. — Gambetta débuta par un brillant succès. La Motterouge avait, après l'abandon d'Orléans, conduit le IS"" corps débandé à La Ferlé Saint-Aubin, sur la rive gauche de la Loire. Il fut remercié pour n avoir engagé qu'une partie de ses forces à l'affaire d'Artenay. D'Aurelle de Paladines lui succéda : homme ferme et rigide, qui réunit les troupes àSalbris et tâcha, non sans résultat, de les instruire, de relever leur moral et, comme disait Freycinet, de les façonner à son austère discipline. Bientôt d'Aurelle eut sous son commandement, outre le i^^ corps, un 16* corps qui s'était formé à Blois et qui fut conGé d'abord à Pourcet, puis a Chanzy. Ces deux corps durent, sur Tordre de la délégation, reprendre Orléans.

Ils y réussirent. Le 9 novembre, l'armée de la Loire — la première armée de la Loire, ainsi qu'on la nomme d'ordinaire, — après avoir livré l'avant-veille le combat de Vallière, remportait la seule victoire franche, entière, incontestable, qu'ait eue la France dans cette campagne.

Le général de Tann, averti, avait évacué Orléans et concentré ses 15000 hommes autour de Goulmiers. Mais il ne put soutenir le choc des 60 000 Français qui, dans cette grande plaine nue et à peine accidentée, marchaient à lui sur deux lignes, en très bon ordre, de même qu'à une revue. Éleclrisés par l'exemple de leurs généraux qui s'étaient mis à leur tête, nos jeunes soldats enlevèrent d'assaut les villages que les Bavarois avaient crénelés et fortifiés, Baccon, Goulmiers, Géminy, Rosières, Ghamps, Ormeteau. A quatre heures de l'après-midi, Tann recula sur Arlenay. Il était défait, mais non complètement, comme l'avait espéré la Délégation de Tours. Un général de cavalerie S chargé de le tourner, l'avait inutilement canonné, et Martin des Pallières qui s'avançait par Gien pour lui barrer le chemin, arriva trop lard : on croyait que l'ennemi résisterait plus longtemps et Martin des Pallières ne devait déboucher que le 10 au soir ou le 11 au malin.

i. Le général Rcyau, tiré du cadre de réserve, parfail cavalier du reste et qui savait manœuvrer selon les principes de Saumur; à la vue d'une colonne qui s'avançait par la route de Châteaudun, et qui n'était autre que le corps des francs-tireurs de Lipowski, il fit demi-tour : le gouvernement le remplaça surle-champ.

D*Aurelle fut nommé général en chef de raimée de la Loire, et certains esprits impatients crurent qu'il allait pousser sur Paris et rompre les lignes d'investissement. Mais le prudent d'Aurelle comprenait que ses bataillons n'étaient encore ni assez aguerris ni assez outillés pour risquer cette offensive téméraire, et il les installa dans la forêt d'Orléans en un vaste camp retranché qui, par Gidy et Chevilly, s'étendait de la Chapelle à la Loire. Il savait d'ailleurs que le prince Frédéric-Charies, libre de ses mouvements après la capitulation de Metz, amenait de Metz à marches forcées trois de ses corps, le III* de Constantin d'Alvensleben, le IX* de Hanstein et le X* de Voigts- Rhetz, et il voulait, avec des troupes concentrées et qu'il aurait sous la main, attendre l'attaque des Allemands dans des positions bien étudiées, armées avec grand soin, pourvues de tranchées-abris et défendues par des pièces de marine à longue portée.

Beaune-la-Rolande. — Mais la Délégation, fiévreuse, préoccupée avant tout de débloquer Paris qu'elle regardait comme le « suprême objectif », pressait d'Aurelle de sortir des boqueteaux de la forêt. Elle lui avait donné, outre le 17* corps de Chanzy, trois nouveaux corps, le 17% le 18* et le 20', commandés par Sonis, Billot et Crouzat. Pourquoi ne pas aller de l'avant avec toutes ces forces qui montaient à 250 000 hommes? Elle ne songeait pas que la plupart de ces hommes n'étaient pas soldats et que ces nombreux régiments, dénués d*organisation et d'instruction, mal équipés, mal vêtus, mal armés, nullement prêts à combattre, ne pourraient tenir devant les Allemands.

Dans sa hâte d'agir, et, comme elle disait, de faire quelque chose, la Délégation prit sur elle de diriger les opérations des deux ailes de l'armée. EUe lança le 24 novembre sur Pithiviers la 1'* division du 16* corps, celle de Martin des Pallières, et les deux corps de Crouzat et de Billot. Mais Martin des Pallières s'embourba dans les mauvais chemins de Chilleurs-aux-Bois à Loury, et les rencontres de Ladon et de Maizières où trois brigades de Yoigts-Rhetz se heurtèrent aux troupes de Billot et de Crouzat, n'eurent d'autre résultat que de mettre Frédéric- Charles sur ses gardes.

Quatre jours après, le 28 novembre, sur l*ordre de la Délégation, le 18" et le 20^ corps, réunis sous le commandement de Crouzat, se portaient derechef en avant pour ne livrer que de stériles et sanglants combats. Crouzat enleva Saint-Loup, Nancray, Batilly, mais trouva devant Beaune-la-Rolande une très vive résistance. Billot se rendit maître de Maizières, de Juran* ville, de Lorcy, des Côtelles, mais ne vint qu'à la nuit au secours de Crouzat qui battait en retraite. Dans cette journée, comme plus tard sur les bords de la Lisaine, les Allemands, confiants dans leur solidité, s étaient considérablement étendus; leur ligne de bataille, si mince qu'elle fût, avait victorieuse* ment soutenu Teffort des Français, et Yoigts-Rbetz, qui luttait seul avec son X"* corps, qui déployait toutes ses troupes jusqu'au dernier homme, qui n'avait plus de réserve à sa disposition, Yoigts-Rhelz avait fait front partout jusqu'à l'arrivée de deux divisions de cavalerie que lui envoyait Alvensleben.

LiOigny-Poupry. — Â cet instant une dépèche partie de Paris par ballon annonçait qu'une armée sortait de la capitale et s'avançait au-devant de l'armée de la Loire. Le ballon était allé tomber en Norvège, et la dépêche venait tardivement, le jour même où avait lieu la sortie. La Délégation ordonna de marcher sans délai sur Fontainebleau par Pithiviers et Beaunela-Rolande. Mais les troupes, dispersées sur une ligne de soixante kilomètres, ne pouvaient s'entr 'aider. A gauche, l'un à Saint-Péravy, l'autre dans la forêt de Marchenoir, étaient le 16" corps de Chanzy et le 11' corps de Sonis, accouru de Chateaudun où le gouvernement l'avait, sur de faux bruits, inutilement envoyé; au centre, en avant d'Orléans, le 45" corps que d'Aurelle commandait en personne et qui comprenait les trois divisions Martin des Pallières, Marlineau et Pey tavin ; à droite, à Bellegarde, du côté de Gien, le 18" et le 20"* corps de Billot et de Crouzat.

Chanzy avait le plus de chemin à faire. Il s'ébranla d'abord, et le 1" décembre il chassait les Bavarois du général de Tann de plusieurs villages, de Guillonville, de Gommiers, de Terminiers, de Faverolles et de Yillepion.

Mais le 2 décembre, toutes les forces du grand-duc de Mec-

klemboui^ que Moltke avait chargé de couvrir la route de Paris, étaient en face de Chanzy : deux divisions d'infanterie et trois divisions de cavalerie avaient rejoint les Bavarois. Malgré son énergie et celle de ses lieutenants, Barry et Jauréguiberry, Chanzy échoua contre Lumeau et le château de Goury. Il avait perdu Loigny lorsque Sonis, qui lui servait de réserve, arriva de Patay. Sonis n'avait avec lui que de Tarlillerie, une brigade, les mobiles des Côtes-du-Nord et les zouaves pontificaux ou volontaires de l'Ouest. Il plaça ses batteries à Yillepion et envoya le 51* régiment de marche sur Loigny. Ce régiment s'enfuit. Sonis, hors de lui, se mit à la tête des 300 zouaves pontificaux et s'élança vers le village sous une grêle effroyable d'obus; il prit une ferme, la ferme de Villours, mais il ne put atteindre Loigny ; lui-même tomba, gravement blessé, et avec lui, son chef d'état-major Bouille ainsi que le colonel Gharette ; 60 zouaves seulement échappèrent.

Deux divisions du IS"" corps, Martineau et Peytavin, appuyaient la droite de Chanzy; elles furent repoussées au moulin de Morale et devant le village de Poupry.

Seconde prise d'Orléans. — Cette défaite de Loigny- Poupry obligeait l'armée de la Loire à la retraite. A son aile gauche, une des trois divisions de Chanzy, la division Morandy, s'était sauvée à Huêtre, derrière les lignes de la forêt d'Orléans, et les lieutenants de Sonis assuraient que le 17^ corps était harassé, incapable d'opérer un mouvement. A son aile droite, les troupes de Billot et de Crouzat, que Freycinet avait jusqu'alors dirigées et qu'il rendait trop tard à d'Aurelle, ne se trouvaient pas assez près pour être d'aucune utilité, et, rompues par la bataille de Beaune-la- Rolande, se laissaient mettre en échec par le général de Hartmann, qui n'avait qu'une division de cavalerie, quatre bataillons, etsix^ièces de canon. Restait le centre formé par le ib^ corps et déjà sensiblement atteint par l'affaire de Poupry. Il fut aisément accablé par une attaque concentrique de Frédéric-Charles. Chassé le 3 décembre de Chilleurs-aux- Bois et de Chevilly, il dut battre en retraite dans le plus grand désordre et ne put même tenir derrière les épaulements et les tranchées-abris construits avec tant de peine en avant d'Orléans.

Soldais et officiers étaient démoralisés. Ils remplissaient les cabarets et les cafés. En vain d*Aurelle et son état-major tentèrent de rallier ces bandes éparses et de les ramener au combat. Des Palliëres réussit quelque temps, avec ce qu*il réunit des trois divisions du 15" corps et grâce à l'artillerie de marine que commandait le capitaine de vaisseau Ribourt, à couvrir les abords de la ville. Mais le 4 décembre, à onze heures et demie du soir, il évacuait Orléans. La Délégation rejeta sur d'Âurelle la responsabilité du désastre : elle Taccusa de n'avoir pas concentré ses troupes, de n*avoir pas « opposé la simultanéité de ses forces aux attaques de Tennemi », — bien que d*Aurelle n*eût cessé, dans ses dépèches, de protester contre la dissémination de son armée, — et lui enleva le commandement.

Josnes. — La première armée de la Loire n'était plus. Chanzy, qui n avait pu, selon Tordre de d'Aurelle, marcher vers Orléans, demeurait sur la rive droite du fleuve avec le 16° et le 17*^ corps. Le reste, 15% IS'' et 20"" corps, avait passé sur la rive gauche : le IS'' par le pont de pierre d'Orléans, qu'il ne fit pas sauter, faute de poudre; le 18*, par le pont suspendu de Sully; le 20% par le pont de Jargcau.

Le gouvernement, menacé, quitta Tours le 8 décembre et alla s'installer à Bordeaux. Mais il ne se décourageait pas et Gambetta se disait inaccessible au désespoir. Il forma deux armées : l'une, la deuxième armée de la Loire, commandée par Chanzy et composée du 16* et du 17' corps; l'autre, la future armée de l'Est, commandée par Bourbaki et composée des 15°, 18* et 20* corps, qui se rabattirent sur Bourges pour se remettre de l'état de misère et de marasme où ils étaient.

Chanzy était un véritable homme de guerre, ferme, inébranlable, animé jusqu'au bout par l'espérance du succès, s'efTorçant par l'idée d'une offensive d'exciter et de maintenir la confiance des troupes, résolu de délivrer Paris et, suivant sa propre expression, se cramponnant à cette pensée.

Après avoir reculé derrière les bois de Montpipeau, il avait couvert la trouée par où doit passer un ennemi qui se dirige d'Orléans sur Tours, et le 5 décembre au soir il s'établissait à Josnes, sur le terrain accidenté qui s'étend de Lorges à Beau-

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gency, la gauche appuyée à la forôl de Marchenoir et la droite à la Loire. Trois corps constituèrent dorénavant son armée : le 16^, conduit par Tamiral Jauréguiberry ; le 17% mené par Je général de Colomb; le 21' qui venait d*6tre organisé au Mans et qui avait à sa tête le capitaine de vaisseau Jaurès.

Dès le 7 décembre, le grand-duc de Mecklenboui^ attaquait Chanzy. La lutte fut indécise : si les Français plièrent à Messas, ils forcèrent ladversaire d'abandonner Gravant et BeaumonI, ils maintinrent leurs lignes, ils couchèrent sur leurs positions.

Le 8, Tann et le grand*duc engageaient la bataille dite de Beaugency ou de Yillorceau. Leurs troupes souffrirent beaucoup du feu des chassepots et des mitrailleuses; elles laissèrent aux mains des Français Beaumont et Le Mée; le général de Tann fut un instant dans une situation très critique, et a la fin de Faction il n*avait plus de munitions, ne disposait plus que de deux faibles compagnies qu*il n*osait lancer « dans cet enfer où elles se seraient évaporées comme une goutte d'eau sur le feu brûlant ». Mais à Textrème droite de Chanzy, la colonne Camô avait dû évacuer Vernon, Messas et Beaugency.

Chanzy ne se retira pas. 11 mit sa droite sur les hauteurs de Tavers et résista dans la journée du 9 décembre avec la même vigueur : il lâcha Yillejouan et Origny, mais refoula les bataillons prussiens au delà du ravin de Tavers.

Le 10, il ressaisit Origny et si les Allemands reconquirent Yillejouan, il s'empara du château du Coudray.

Vendôme. — On a dit que ces quatre journées étaient peutêtre les moments les plus glorieux de la défense nationale. Tann avouait l'épuisement absolu de l'infanterie du V corps bavarois, qui depuis le 1*' décembre avait perdu sur le champ de bataille le tiers de ses hommes et plus de la moitié de ses officiers. Mais Frédéric-Charles venait à l'aide du grand-duc. Les troupes de son IX" corps s'avançaient par la rive gauche de la Loire; elles avaient enlevé le château de Chambord par un coup de main; elles se présentaient devant Blois. Chanzy allait être tourné, et, dans cette position si périlleuse, il appela Bourbaki à son secours, le pria de marcher aussitôt sur Orléans, et d'arrêter, de retenir Frédéric-Charles. Mais Bourbaki répondit

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qu'il ne pouvait imposer Toffensive à son armée délabrée. Clianzy insista, et le gouvernement joignit ses ordres aux sollicitations du général. De nouveau, et avec raison, Bourbaki objecla la détresse profonde de ses hommes qui manquaient de vêtements et de vivres, objecta Tétat lamentable de ses chevaux amaigris et écorchés sur tout le corps, objecta l'extrême lassitude de ses troupes qui tomberaient en dissolution dès qu'elles se porteraient en avant. Chanzy se replia le 11 décembre sur Vendôme, et le 13 il était le long du Loir.

Frédéric-Charles le suivit avec toutes ses forces. Il prit Frète val le 14 décembre et Bel-Essort le lendemain. Chanzy dut reculer encore. Il se dirigea sur le Mans par une pluie incessante et un froid rigoureux. Des bataillons entiers se débandaient. Une foule d'hommes se traînaient derrière les colonnes ou s'éparpillaient dans les fermes. Quelques-uns s'attardaient ou s'écartaient exprès pour se faire capturer par les uhlans. D'autres, prenant l'avance, se hâtaient de se rendre au Mans où ils croyaient trouver le repos et la fîn de leurs souffrances. Mais Chanzy fut à peine harcelé. Frédéric-Charles, trompé par un mouvement de Bourbaki, qui chassait de Gien un détachement bavarois, avait couru vers Orléans.

Le Mans. — Le 19 décembre, Chanzy était au Mans et se pressait de réorganiser son armée si rudement éprouvée. Quatre jours plus tard, deux colonnes mobiles, commandées par Uousseau et Jouffroy, allaient làter l'adversaire, l'une vers Nogenlle-Rotrou, l'autre vers Vendôme, et masquer le mouvement que le tenace général méditait d'opérer sur Paris. Ces deux colonnes eurent d'abord de petits succès, et celle de Jouffroy perça jusqu'aux faubourgs de Vendôme; mais elles durent bientôt céder à des forces supérieures. Le grand-duc de Mecklenbourg et Frédéric-Charles arrivaient, le premier par Nogent-le-Rotrou et la vallée de l'Huisne, le second avec ses trois corps, le IIP, le IX' et le X% Alvensleben, Maustein et Voigts-Rhetz, par les routes de Saint-Calais, de Vendôme et de Tours. C'étaient 58000 fantassins, 15 000 cavaliers et 300 canons qui s'ébranlaient contre Chanzy.

Le 6 janvier commençait une série de combats que les Aile-

mands comprennent sous le nom de bataille du Mans ou des c sept jours devant le Mans ». La lutte était vive dans ce pays ondulé, accidenté, coupé de haies et de talus, propre à la guerre défensive, et les rigueurs du temps se joignaient aux obstacles du terrain : des tourbillons de neige empêchaient de voir au loin; le dégel produisait une boue épaisse qui ralentissait les marches; le froid, succédant au dégel, formait un verglas qui rendait les chemins glissants et très difficiles. Mais les Allemands avançaient avec une lenteur sûre, et, comme ils disaient, les troupes qu'ils employaient contre l'énergique résistance de Chanzy, étaient des troupes d'élite, des troupes expérimentées et vigoureuses, des Kerntruppen.

Le 9 janvier, à leur droite, le grand-duc de Mecklemboui^ enlevait au général Rousseau les villages de Gonnerré et de Thorigné ; au centre, Alvensleben s'emparait d'Ardenay et derrière lui venait Manstein ; à gauche, se montrait Voigls-Rhetz.

Le 10, les Allemands étaient maîtres de Parigné-l'Evèque et de Changé. Sur plusieurs points, les Français se battaient avec héroïsme. Mais leurs généraux assuraient unanimement que les hommes n'en pouvaient plus, qu'ils ne sauraient que défendre les positions, et Chanzy était seul à prononcer le mot d'offensive.

L'affaire décisive eut lieu le H janvier sur un sol couvert de neige, par un temps froid et clair. Jaurès, qui tenait tète au grand-duc de Mecklembourg entre la Sarthe et l'Huisne, sur le plateau de Sargé, au nord du Mans, eut les honneurs de la journée comme des journées suivantes. Il garda Pont-de-Gennes, et Mecklembourg ne put opérer sa jonction avec Frédéric- Charles.

Au centre, entre l'Huisne et la route de Saint-Calais, Colomb était engagé contre Alvensleben et Manstein. S'il perdit le village de Champagne et, malgré la bravoure du capitaine de frégate Gougeard, la plus grande partie du plateau d'Auvours, il conserva les hauteurs d'Yvré-l'Evêque.

Chanzy croyait donc au succès et se disait satisfait de l'attitude de son armée. Mais à la tombée de la nuit, la droite des Français où Jauréguiberry, aidé de Jouffroy et de Roquebrune,

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ne s'était pas laissé entamer, fut soudain compromise. A la faveur de Tobscurité, Tavant-garde de Yoigts-Rhetz qui débouchait par la route de Tours, surprit les mobilisés d*Ule-et- Vilaine sur le tertre de la Tuilerie. On tenta de réoccuper la position. Mais les troupes se débandèrent, et il fut impossible, et dans la nuit, et aux premières lueurs du jour, de les rallier et de les ramener : elles refusaient de marcher et se couchaient dans la neige. Sur tous les points, même déb&cle. Pas un général ne répondait de ses soldats. La division Paris, saisie de panique, évacuait dans la matinée le plateau d*Auvours.

Le 12 janvier, Chanzy qui Tavant-veille défendait formellement toute retraite et déclarait qu'il fallait résister à outrance, Chanzy, pleurant de rage, quittait Le Mans. Il voulait d'abord se retirer sur Alençon, afin de rester plus près de Paris. Sur Tordre du gouvernement, il recula vers Laval pour s'établir derrière la Mayenne. Le 21" corps de Jaurès avait encore bonne contenance : il couvrit la retraite et refoula le 13 janvier, à SilIé-le-Guillaume, par une vive fusillade et par des salves de mitrailleuses , une colonne allemande qui poursuivait les vaincus du Mans. Mais une autre colonne, conduite par le général de Schmidt, fut plus heureuse, le 14 et le 15 janvier, aux combats de Chassillé et de Saint-Jean-sur-Erve, où elle enleva de nombreux bagages et fit un millier de prisonniers au 16° corps : ce corps, ainsi que le 17% n'offrait plus , selon le mot de Jauréguiberry, qu'une cohue inimaginable de fuyards.

II est vrai que les ennemis étaient, de leur côté, presque entièrement épuisés. Certains de leurs régiments avaient perdu les deux tiers de leurs officiers. Des sergenls-majors commandaient des compagnies. Les soldats, déguenillés, mettaient les pantalons de toile des paysans ou les pantalons bleus des mobiles dont ils arrachaient la bande rouge. Quelques-uns marchaient en sabots. D'autres n'avaient pour chaussure que des jambières de linge. Mais l'armée de la Loire était à bout de forces, et avec elle s'évanouissait la grande et suprême ressource de la défense nationale. L'invasion allemande ne cessait de s'étendre : le 17 janvier, après un court combat avec les

francs4ireurs de Lipowski, le grandnluc de Mccklembourg entrait i Alençon, et le i9, une colonne, sous les ordres du général de Hartmann, occupait Tours.

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