‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 137 sur 190 · L ARMEE DE L EST ET BELPOHT · texte numérisé non relu

L ARMEE DE L EST ET BELPOHT

Sur le conseil de son chef d*étaUmajor Borel et du lieutenanlcoloncl de Bigot, Bou^baki résolut alors de rester à Besançon. S'adossant à la Suisse, recevant ses approvisionnements par les deux voies ferrées de Pontarlier et des Brenels, il tiendrait les plateaux du Jura qui forment une immense forteresse naturelle par leurs escarpements presque partout inexpugnables et par leurs déGlés de facile défense. Le 24' corps de BressoUes s*établirait au Lomont, la droite au plateau de Blamont et la gauche au défilé de Pont-les-Moulins, en face de Baume-les- Dames; la garnison mobile de Besançon, dans la vallée du Doubs, entre Ponl-les-Moulins et le plateau de Busy; le IS*' corps de Martineau, entre le plateau de Busy et Salins, sur les positions qui dominent les défilés du Lizon; la division Cremer, aux défilés entre Pont-d'Héry et Andelot-en-Montagne, où passent la route et la voie ferrée de Pontarlier; le 20' corps de Clinchant, au mont Rivet et dans les vallées de TAin et de la Saône; le 18*" corps de Billot et la réserve, au centre du plateau, pour se porter partout où besoin serait et assurer les communications. Les instructions furent envoyées. Déjà le 15* corps de Martineau atteignait les emplacements qui lui étaient assignés et sa deuxième division repoussait deux attaques successives tentées par les Prussiens contre Busy qui ferme l'entrée du plateau entre le Doubs et la Loue. Déjà la division Cremer était dans la vallée de la Lone et s'approchait de Salins.

Mais les mobilisés du Doubs abandonnèrent les défilés du Lomont et BressoUes négligea de les réoccuper sur-le-champ. Le 24 janvier, les troupes de Werder, jetant des ponts en face de Baume-les-Dames, s'engageaient hardiment dans ces défilés et apparaissaient sur le plateau de la rive gauche du Doubs en face du ravin de Pont-les-Moulins. On pouvait les écraser en garnissant les hauteurs, les mettre entre deux feux. BressoUes reçut ordre de reprendre possession du Lomont et de se porter avec la gauche du 21® corps vers le ravin de Pont-les-Moulins pour assaillir les Prussiens sur leurs derrières. Billot dut, avec son 18' corps qui se reposait depuis deux jours dans des canton-^ nements, traverser Besançon, s'établir dans la soirée même du 25 janvier sur le plateau en arrière de la ville et aborder les

Prussiens le 26, au matin : sa droite occuperait le point dominant de Côte-Brune, d*oii elle pourrait battre toute la position de Tennemi ; sa gauche, poussant sur Dannemarie, se saisirait de Silley, qui commande le défilé de Pont-les-Moulins, et couperait ainsi toute retraite aux Allemands.

Malheureusement, Billot ne traversa Besançon que le 26 à trois heures du matin, et Bourbaki, qui comptait trouver les troupes du 18" corps aux prises avec l'adversaire dès le jour naissant, les rencontra à Montfaucon, à Gennes, à Saône, à Nancray, à trois lieues en arrière des positions où elles devaient être. Affligé, inquiet, mécontent, il rentra le soir à Besançon. Là, il reçut coup sur coup trois dépèches qui mirent le comble à son désespoir : Tune, de Freycinet, lui reprochait sa lenteur et laccusait de recommencer Metz ou Sedan; lautre Tinformait que le 24° corps de Bressolles abandonnait sans retour le Lomont pour se replier vers Morteau et Pontarlier; la troisième lui annonçait que Cremer se retirait également sur Pontarlier au lieu de défendre les défilés de Salins parce qu'il avait entendu le canon des forts. Le général tenta de se brûler la cervelle : la balle du revolver dévia sur Tos temporal.

Un conseil de guerre auquel assistaient Martineau, Clinchant, Borel, UoUand, et Bigot, délibéra sur la situation. Marlineau et Borel refusèrent le commandement; Clinchant l'accepta, à condition de battre en retraite sur Pontarlier pour prendre ensuite les roules du Sud.

Retraite de Pontarlier. — Deux divisions demeurèrent aux alentours de Besançon. Le reste de Tarmée de TEst gagna sans obstacle le premier plateau entre Besançon et la vallée de la Loue; mais sa marche devint désastreuse lorsqu'elle atteignit le deuxième, puis le troisième plateau. Les canons et les convois ne pouvaient plus suivre les colonnes. Les hommes et les chevaux tombaient harassés, transis, aOamés. Les Prussiens, venant d'Arbois par les routes que Cremer aurait dû défendre, tournant le fort de Salins, barraient les issues, et le 29 janvier, à Sombacourt, une division française de 4000 hommes se laislait capturer avec deux généraux et toutes ses pièces d'artillerie. Clinchant se crut sauvé lorsqu'il apprit Tarmistice. Mais l'ar-

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mistice Texceplait. 11 signa la convention des Verrières avec Hans Herzog, général des troupes de la Confédération helvétique, et pénétra le l^** février sur le territoire suisse où son armée, qui comptait encore 80 000 hommes, fut internée. La résistance énei^ique que fit au défilé de la Cluse une arrièregarde dHnfanlerie commandée par Pallu de la Barrière ainsi que la canonnade des forts de Joux et de Larmont avaient protégé le passage.

Reprise de Dijon. — Dijon et Belfort succombaient en même temps. A la nouvelle de l'armistice qui ne s'étendait pas à la Côte-d'Or, Garibaldi avait reculé sur Lyon, et le 1"' février, le général Hann de Weyhern qui venait de rejoindre Kettler avec deux brigades badoises, entrait dans Dijon sans combat.

Siège de Belfort. — La place de Belfort, cernée depuis le 3 novembre, avait longtemps bravé l'effort des assiégeants et subi un bombardement do soixante-treize jours. Non que sa garnison fût solide : elle comptait 16000 hommes dont 3000 seulement avaient une valeur sérieuse. Mais elle avait eu le temps de se préparer aux épreuves qui l'attendaient et d'établir pour sa défense des ouvrages avancés d'un bon profil. D'excellents chefs animèrent les troupes de leur énergie : le capitaine Thiers qui tenait le fort de Bellevue, le capitaine La Laurencie qui dirigeait les batteries du Château, le colonel Denfert qui commandait la ville après y avoir commandé le génie et qui sut imposer à tous, aux bourgeois et aux soldats, son inflexible vouloir. Pourtant, sous les ordres de Treskow, les Allemands faisaient de jour en jour des progrès; ils s'emparèrent peu à peu de tous les villages environnants ; ils ouvrirent la tranchée contre les Hautes et les Basses-Perches. Le 8 février, Denfert dut abandonner ces deux mamelons, et de là, cinq jours plus tard, à mille mètres de distance, Treskow braquait sur le Château une centaine de pièces. Mais le 15 février, l'armistice était étendu a toute la région de l'Est. Le 18, Denfert sortait de Belfort avec armes et bagages, après avoir tiré le dernier coup de canon et avec la satisfaction de sauver à la France la seule ville qui lui reste de l'Alsace.

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