‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 136 sur 190 · L'ARMÉE DE L'EST ET BELPORT · texte numérisé non relu

L'ARMÉE DE L'EST ET BELPORT

Tarmée des Vosges et une armée qui se consUluait (ant bien que mal à Lyon, au milieu des émeutes, grâce aux efforts du préfet Challemel-Lacour et du général Bressolles.

L*armée des Vosges, que Garibaldi avait menée de Dôle à Autun, avait fini par compter iGOOO hommes. Mais elle ne faisait que parader et son général, malade, vieilli, entièrement dominé par Tancien pharmacien Bordone, son chef d*état-major, n'agissait qu'à sa guise, sans souci des ordres du gouvernement, et, comme disait Bordone, en dehors de toute ingérence, dans une indépendance absolue. Pourtant Ricciotti, un des fils de Garibaldi, surprit le 17 novembre a Chàtillon-sur-Seineun détachement de troupes d'étape. Huit jours plus tard, l'armée des Vosges marchait sur Dijon et s'emparait de Pasques et de Prénois. Mais à Hauteville elle fut saisie de panique et le 27 novembre elle regagnait précipitamment Autun. Le général de Keller se mit à ses trousses avec une brigade ; le 1^' décembre, il poussait audacieusement sur Autun, et sans les mobiles qui soutinrent le choc avec bravoure, sans un intrépide Polonais, Bossak-Hauké, la ville tombait dans les mains de l'ennemi.

Combats de Nuits. — Le capitaine d'élat-major Cremer, à qui Bressolles avait donné le commandement d'un petit corps de 6000 hommes, répara cet échec des garibaldiens. Il défit le 20 novembre à Nuits une reconnaissance dirigée par l'étatmajor de Werder et, le 3 décembre, il se jetait au devant de la brigade Keller qui venait d'Autun et lui tuait a Châjeauneuf plus de 200 hommes.

Moltke prescrivit de refouler Cremer pour isoler Besançon et couvrir le siège de Belfort. Le 18 décembre, la division badoise de Glûmer attaquait Cremer à Nuits et sur le plateau de Chaux. Les Badois perdirent 900 des leurs; mais, si les mobiles de la Gironde se battirent avec vaillance, les mobilisés du Rhône refusèrent de marcher; Cremer se replia sur Beaune et de là sur Ghagny.

Campagne de l'Est *. — C'esl alors qu'eut lieu cette mémorable diversion qu'on nomma l'expédition de l'Est et qui

I. Quelques délails sur celle campagne de l'Est sjnt tirés d'un mémoire inédit du colonel de Bigot.

se faisait trop lard ou trop tôt : trop tard, car il eût mieux valu déboucher de Besançon en octobre, et, la droite appuyée a Belfort et la gauche à Langres, entrer en Lorraine par les vallées de la Meuse et de la Moselle, réoccuper les cols des Vosges, couper Tadversaire de TAlsace et tenter le débloquament de Metz; trop tôt, car il eût fallu ne se mettre en mouvement qu*après avoir laissé passer les plus grands froids et pris le temps de réunir à Besançon et sur le plateau jurassique aulanl d*hommes et de matériel que possible.

La Délégation avait décidé de chasser Werder qui cantonnait à Dijon, de délivrer Belfort assiégé, d*inlercepter les communications des Allemands. Une armée qui comptait plus de 100000 hommes était chargée de Topéralion. Elle comprenait quatre corps : le 15° corps, de Martineau ; le i8% de Billot; le 20^ de Glinchant; le 24*, de BressoUes, el, en outre, la division Cremer ainsi qu*une réserve commandée par le capitaine de frégate Fallu de la Barrière. Son général en chef fut Bourbaki. Mais Bourbaki n*avait plus Tardeur de jadis; il répétait qu*il ne faut pas jouer son va-tout qu*à bon escient; il se défîait de ses troupes et ne sut pas les entraîner; il craignait d'être soupçonné: « Je vois d*ici, avait-il dit, ce qui se passera; dès qu*il pleuvra pu que la neige tombera, les soldats crieront à la trahison, et comment ne trahirais-je pas, puisque j'étais aide de camp de Tempereyr! »

D'incroyables lenteurs compromirent le début de l'expédition. Les brigades, les- divisions n'arrivèrent que peu à peu, par une ligne ferrée à une seule voie. Pas de magasins préparés d'avance. Pas de convois organisés.

VillersezeL — Cependant la supériorité numérique de Bourbaki était telle qu'il obligea, sans coup férir, le général de Werder a reculer de Dijon à Vesoul, et le 9 janvier il le battait à Villersexel. La lutte fut obstinée, non seulement à Marat, à Moimay, mais dans le village de Villersexel, et notamment dans le vaste château de Grammont, oii les Allemands occupaient le rez-de-chaussée et les Français le premier étage el les caves. Bourbaki se montra le brillant soldat d'autrefois.

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« A moi rinfanlerie ! s'écriait-il au fort de la mêlée ; est-ce que rinfanlerie française ne sait plus charger? >

Héricourt. — Mais le vainqueur, au lieu de se hâter et de suivre Werder sans relard, hésita, perdit du temps, se laissa durant trois à quatre jours amuser par des démonstrations d*a van t- postes. Werder put concentrer son armée sur la ligne de la Lisaine, la gauche à Montbéliard, le centre à Héricourt, la droite à Chenebier, et sa position, défendue par des canons de gros calibre que lui envoyèrent les assiégeants de Belfort, était formidable.

Peut-être aurait-il dû l'abandonner, si Bourbaki avait exécuté la manœuvre qui lui fut proposée par le lieutenant-colonel de Bigol, chef d'état-major du général Uolland, gouverneur de Besançon. Qu'un corps de 20000 hommes débouche des plateaux de Blamont et de Croix, qui s'abaissent en étages successifs jusque dans la vallée de rAllaine entre Montbéliard et Délie, et que Bigot a fait garnir de redoutes et d'épaulements ; que ce corps, dont les flancs sont assurés à droite par le territoire suisse et à gauche par la vallée du Doubs, descende dans la vallée de TAllaine presque entièrement dépourvue de troupes; qu'il occupe le plateau de Dambenois sur la rive gauche de la Savoureuse, et Werder, tourné, coupé en partie, abandonne le siège de Belfort. Mais après avoir promis à Bigot de lui fournir pour cette opération la première division du 15*^ corps, Bourbaki lui envoya seulement la brigade Minot, et lorsque celte brigade alteignit Pont-de-Roide el Blamont, il la rappela sur la rive droite du Doubs; Bigot ne disposait plus que de 7000 hommes, et le mouvement décisif qu'il voulait entreprendre sur les derrières de Werder ne put s'accomplir.

Pendant trois jours, du 15 au 18 janvier, 130 000 Français assaillirent 45 000 Allemands sur les bords de la Lisaine. Partout l'artillerie allemande fit reculer les Français, qui bataillaient sur son fronl et ne lenlaient que des attaques décousues et trop distantes les unes des autres, au lieu de diriger la plus grande partie de leurs forces sur un seul point, sur l'extrémité de sa droite. Pourtant, le 16 janvier, Cremer et l'amiral Penhoat s'emparèrent de Chenebier, qui n'était qu'à neuf kilomètres de

Belfort et le lendemain matin, malgré les assauts réitérés des Badois, ils conservèrent ce village.

Il était trop tard. Les Français s*épuisaiont. Tous n*entraient pas en ligne : le tiers des compagnies allait au feu, et le reste se dérobait. Le froid sévissait, et sur des routes difGciles les subsistances n'arrivaient que très lentement. Dès le 8 janvier, dans une lettre à Chanzy, Bourbaki prévoyait de quel préjudice seraient à Texpédilion «r la difficulté de faire vivre des troupes, lorsqu'elles s'éloignent des voies ferrées, et le mauvais état des chemins qu'une couche de verglas rendait peu praticables ». 11 se retira sur Besançon.

Retraite sur Besançon. — Le danger que couraient ses communications le déterminait autant que l'épuisement de ses troupes. Une armée dite du Sud, commandée par Manteuffel, marchait au secours de Werder. Elle se composait de deux corps prussiens, le II* de Fransecliy et le VII* de Zastrow, qui couvraient jusqu'alors le blocus de Paris aux environs de Montargis et d'Auxerre. Les garibaldiens auraient pu la retarder dans les défilés delà Côle-d'Or; ils ne bougèrent pas, abusés par une vigoureuse démonstration de la brigade Kelller, qui les tint en respect durant quatre jours, du 20 au 24 janvier, et leur livra deux combats, à Talant, et à Pouilly, où elle eut l'avantage. Cependant, ManteufTel, passant presque sous les yeux de Garibaldi, tournant Dijon par le nord, débouchait dans la région du Doubs et do l'Ognon, pour couper à Bourbaki le chemin de Lyon et ne lui laisser d'autre retraite que les routes malaisées du Jura.

Bourbaki avait fait occuper par le 24° corps de BressoUes la ligne du haut Doubs et les plateaux du Lomont : il se couvrait ainsi contre Werder, qu'il prenait en flanc et immobilisait sur la rive droite du Doubs. Mais il ne put rien contre Manteuffel. L'armée du Sud ne fut arrêtée nulle part, sauf au pont d'Osselle et au défilé de Salins : elle passa le Doubs à Fraisans, à Dampierre, à Dôle; elle arriva parla forêt de Chaux sur les positions de Byans et d'Abbans-Dessus, ainsi que dans la vallée de la Loue ; elle prit possession de la roule et du chemin de fer de Besançon à Lyon.

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