IV. — L'industrie
Progrés généraux. — Le rnouyemeot industriel atteint pendant la période de 1848 à 1870 toute son ampleur. La science devient de plus en plus Tauxiliaire de Tindustrie, et 8*eQbrce de tirer de ses découvertes des applications pratiques. Après la mécanique, la physique et la chimie viennent à leur tour lui apporter leur aide.
Le cliamp d*aclion de Tindustrie s'étend avec une rapidité inattendue. Le développement des chemins de fer. lui ouvre de nouveaux marchés que Téloignement Tempèchait d*atleitidre jusqu'alors, et sa clientèle nationale s*accrott à mesure que la prospérité va en augmentant, La réforme de 1860, si redoutée des industriels, qui craignaient de se voir suhmei^er par leurs concurrents étrangers, produit, somme toute, malgré des souffrances particulières inévitables, les résultats les plus heureux. Elle amène une transformation plus rapide de Toutillage, Textension de Tusage des machines perfectionnées, et l'adoption des procédés nouveaux, toutes choses dont le résultat final est raugmentation de la productivité.
Cet élan se traduit par une élévation considérable du nombre des brevets d'invention demandés chaque année. En 1847, on en avait demandé 2000; en 1867, le nombre de^ demandes est plus que double.
L'emploi de la vapeur comme force motrice se généralise; la force utilisée par Tindustrie en 1869 est de plus de 320000 chevaux, ayant plus que quintuplé depuis vingt ans. La quantité de houille consommée a triplé; en 1869, elle dépasse 20 millions de tonnes.
Industrie métallurgique. — L'industrie métallurgique est celle qui fait, pendant cette période, les progrès les plus marqués.
La production de la fonte et du fer se développe d'une manière considérable. En 1869, on évalue à 1300000 et 900 000 tonned respectivement cette production. L'emploi du
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combustible yégélal peut être regardé comme défiaitivement abandonné; s*il est encore employé, ce n*est que pour la fabrication de mélaux devant présenter des qualités spéciales. La différence du prix de revient lui rend impossible la lutte avec son rival. Le quintal de fonle au bois revient à 13 fr. 14, tandis que celle au coke ne coûte que 8 fr. 08; la proportion pour le fer est à peu près la même.
La diminution survenue dans le prix du fer, supérieure à 30 p. 100 dans une période de vingt ans, a permis l'usage courant de ce métal, que Ton substitue rapidement au bois, dans un grand nombre d*emplois jusqu'alors exclusivement réservés à celui-ci. L'emploi du fer dans la construction se développe ; la coniAruction des machines lui fournit un débouché toujours croissant, celle des chemins de fer en absorbe une grande quantité pour la fabrication des rails, et on commence à l'eni* ployer pour la construction des navires.
L*inventîon de l'Anglais Bessemer, en 1853, bientôt appliquée en France, permet de réduire de moitié le coût de fabrication de l'acier, qui cesse par suite d'être un métal de luxe, et dont la production décuple en peu de temps, s'élevant en 1869 à 110 000 tonnes.
Deux faits intéressants à constater se produisent dans l'industrie métallurgique. D'abord, un déplacement général de celle industrie, qui abandonne peu à peu les localités où elle était installée, pour aller s'établir dans le voisinage des mines de houille et de fer. Puis, un mouvement de concentration très rapide; à mesure qu'on abandonne l'emploi du combustible végétal, le nombre des hauts fourneaux diminue, malgré l'augmentation constante de la production. Les petites exploitations, trop onéreuses, cèdent la place aux grandes; tandis que les anciens hauts fourneaux au bois rendaient de 3 à 5000 kilogrammes de fonte par jour, vers 1867, il y a des hauts fourneaux au combustible minéral qui produisent jusqu'à 50 000 kilogrammes.
Industries textiles. — Les industries textiles voient également, par l'emploi de plus en plus répandu de l'outillage mécanique, leur production aller en se développant. Deux
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inventions nouvelles, les peigneuses Heilmann et Hubner, qui facilitent la préparation du coton, de la laine, et même de la bourre de soie, viennent encore, dès le début de la période, accélérer leur progrès. A partir de 1860, Tindustrie française emprunte à l'Angleterre ses métiers à filer perfectionnés, dits métiers renvideurs.
De 1848 à 1869, Findustrie du colon fait plus que doubler le chiffre de sa consommation de matière première; à cette dernière date, elle consomme annuellement plus de 120 millions de kilogrammes de coton brut, et la filature emploie près de 7 millions de broches. Malheureusement, cette industrie subit, de 1861 à 1865, une crise violente. La guerre de Sécession, aux Etats-Unis, cause une brusque interruption de la culture du coton dans les Etats du Sud, alors presque seuls producteurs. Une véritable famine du coton se produit, et son prix s*élève brusquement, quintuplant presque de 1860 à 1864. Mais, avant même que la paix fût rétablie, de nombreux centres de culture étaient créés, aux Indes anglaises et en Egypte. Après 1865, les Etals-Unis reprenaient à leur tour cette culture, avec plus de succès encore qu'auparavant. Vers 1868, le coton était retombé au même prix qu'avant la guerre.
Celte crise violente de Tindustrie colonnière profita aux autres industries textiles, particulièrement à celle de la laine, dont la consommation de laine brute dépassa 130 millions de kilogrammes. C'est de cette époque que date la grande extension prise par les lainages légers, qui vinrent remplacer les tissus mélangés de laine et de coton, que le prix élevé de celle dernière matière avait temporairement fort renchéris.
L'industrie linière bénéficia aussi de cette élévation de prix, qui amena la substitution des toiles de lin aux toiles de colon. En 1867, la filature du lin et du chanvre occupait 600 000 broches et on comptait 9000 métiers mécaniques.
L'industrie de la soie ne demeura pas en arrière. La fabrique lyonnaise occupe à elle seule, en 1865, 115000 métiers et consomme environ 2 millions de kilogrammes de soie, c'està-dire à peu près la moitié de la consommation totale.
Industries diverses. — L'industrie des produits chimiques fait des progrès inattendus. Des inventions successives
permettent de meltrc à la porlée de Tindustrie des produits demeurés jusqu'alors des produits de laboratoire. Le sodium, qui valait 7 000 francs le kilogramme en 1840, ne vaut plus que 6 francs trente ans plus tard; le sulfure de carbone tombe de 200 francs à 1 franc le kilogramme. Sans être pour tous aussi extraordinaire, une baisse importante a lieu pour les autres produits; et, malgl*é celte diminution considérable des prix, rimportance acquise par cette industrie est telle que la valeur totale de sa production fait plus que décupler de 1847 à 1865, époque à laquelle on ne lestime pas à moins de 700 millions de francs.
La découverte faite en 1856, par l'Anglais Perkins, des couleurs d*aniline vient révolutionner Tindustrie de la teinture.
L*industrie du papier subit de grandes transformations. En 1851, on réussit à fabriquer de la pâle de paille; pats, vers 1867, apparaissent les première^ pâtes de bois. Ces procédés ont pour résultat une grande diminution dans le prix de revient des produits.
EnOn, l'industrie du sucre de betterave prend un développement imprévu. Eu 1850, la mécanique la dote de Thydroextracteur, et, quelques années après, la chimie lui apporte le procédé économique de défécation parla chaux. De 1850 à 1870, la production du sucre indigène quadruple, dépassant, à la dernière date, 240 millions de kilogrammes.
La produotion industrielle. — L*enquète de 1865 évaluait à 12 milliards de francs la valeur totale de la production industrielle de la France, qui avait ainsi plus que doublée en vingt ans, malgré une baisse très forte des prix pour un grand nombre de produits. La grande industrie fournit à peu près la moitié de ce total, et sur un chiffre de plus de 3 millions de patrons et d'ouvriers, auquel on évalue alors la population industrielle de la France, elle en occupe près de 1300000, dont 1 100 000 ouvriers environ.
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