En avril 1865, dans la discussion de l'adresse
sa confiance et dans son optimisme. L'excellence du césarisme ne paraissait plus a tous ses membres un dogme intangible. Entre l'opposition persistante des hommes qui voulaient renverser TEmpire et la docilité tenace de ceux qui ne reconnaissaient pas la nécessité de Taméliorer, il y avait place pour une opposition conslitutionnelley et déjà commençait à se former ce tiers parti qui allait bientôt demander à l'Empire de se régénérer par le développement progressif des libertés publiques. Les personnages marquants de ce groupe (Buffet, Ghevandier de Yaldrome, Martel, le marquis de Grammont, Plichon, Brame, Maurice Richard, Segris, Latour-Du moulin, etc.) étaient d'anciens parlementaires ou des impérialistes désabusés par les excès et les mécomptes de la politique impériale. Il y avait aussi parmi eux des ambitieux qui trouvaient que le personnel gouvernemental du 2 Décembre avait assez joui du pouvoir, et qu'il était juste qu'un personnel nouveau le remplaçât aux affaires.
Le général en chef de cette petite armée fut Emile OUivier, qui, en soutenant sans réserve, comme rapporteur, le projet de loi du gouvernement sur les coalitions (avril-mai 1864), avait consommé sa rupture avec les députés de la gauche, et ne leur paraissait plus qu'un traître. Récemment (mars 1865), il s'était rallié à l'adresse de la majorité par un vote « d'espérance », comme il disait, déclarant qu'iY ne regretterait pas d'avoir employé toutes les forces de sa volonté à conclure une alliance durable entre la démocratie et la liberté par la main d'un jyouvoir fort et fiational. Aussi l'empereur et l'impératrice, avec qui, peu de temps après, il fut mis personnellement en relations, jugèrent-ils bon, sans se livrer à lui, d'entretenir par quelques encouragements ce dévouement de néophyte. Après Morny, qui venait de mourir, le comte Walewski, parent et ami de Napoléon III, le patronnait, moins sans doute par amitié pour lui ou par libéralisme que par aversion pour Rouher, dont la faveur et l'omnipotence l'offusquaient. Bientôt, l'empereur, en appelant Walewski à la présidence du Corps législatif, parut témoigner moins d'éloignement que par le passé pour le programme libéral d'OUivier. Ce dernier, qui, rejeté par la gauche, était resté quelque temps isolé, trouva des partisans quand on
put croire que sa personne était devenue ajpréable en haut lieu. Il en put réunir jusqu'à quarante-cinq qui, sous son inspiration, profitèrent de la discussion de Tadresse (en 1866) pour formuler dans un amendement célèbre le programme du tiers parti. € La France, était-il dit dans ce texte, fermement attachée à la dynastie qui garantit Tordre, ne lest pas moins à la liberté, qu'elle considère comme nécessaire a Taccomplissement de ses destinées. Aussi le Corps législatif croit-il être aujourd'hui l'interprète du sentiment public en apportant au pied du trône le vœu que Votre Majesté donne au grand acte de 1860 les développements qu'il comporte. »
Cet amendement était encore trop hardi pour que la majorité du Corps législatif osât s'y rallier. Le ministre d'Etat représenta que dépasser les bornes marquées par l'empereur à la liberté, c'était se jeter dans les aventures révolutionnaires. On trouva celte fois encore qu'il avait raison. Mais, au scrutin, le vœu des quarante-cinq réunit 63 suffrages, et quelques jours après un amendement spécial du tiers parti en faveur de la liberté de la presse en obtint 6o.
Le parti de la résistance et le sénatus-consulte du 14 juillet 1866. — Rouher, effrayé des progrès que l'idée de liberté avait faits depuis peu au Palais-Bourbon, n'épargna rien pour faine partager ses appréhensions à l'empereur. Aidé de tous ceux qui, comme lui, s'étaient trop compromis à servir l'Empire autoritaire pour pouvoir être acceptés par un autre régime, il lui remontrait que se prêter aux vues du tiers partie c'était ouvrir la porte non seulement au parlementarisme, mais à la république. A son sens, il n'était que temps de couper court aux fantaisies de revision constitutionnelle qui se manifestaient de toutes parts. Le droit d'adresse avait ébranlé l'Empire en remettant en question les lois fondamentales de 1852; il serait sage de le supprimer. En tout cas il fallait se hâter d'élever un nouveau rempart autour de la constitution.
Le souverain s'élant rangé à cet avis, le gouvernement répondit à l'amendement des quarante-cinq par un projet de sénatus-consulte qui devint loi de l'Etat le 14 juillet 1866 et en vertu duquel la discussion de tout changement à la.constitution
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élail désormais réservée exclusivement au Sénat.. Tout débat de ce genre était donc interdit au Corps législatif, ainsi qu*à la presse, et ce sons peine d'amende pouvant s'élever jusqu'à dix mille francs. Les pétitions au Sénat en vue d'une modifîcation constitutionnelle ne pouvaient être rapportées en séance publique qu'avec l'autorisation de trois bureaux au moins et ne pouvaient être mentionnées que dans le compte rendu officiel.
Après ce retour en arrière, il semblait bien que les partisans du statu quo eussent décidément le dessus. Mais ils ne le gardèrent pas longtemps. Au bout de six mois à peine. Napoléon III crut devoir faire une nouvelle volte-face.
Affaiblissement de l'Empire et progrès de l'opposition. — Après avoir imprudemment favorisé l'alliance de l'Italie et de la Prusse, Napoléon III avait assisté, impuissant et bafoué, au triomphe de cette dernière sur l'Autriche, à ses conquêtes et à l'inféodation de l'Allemagne au cabinet de Berlin. Ses demandes de compensations territoriales avaient été repoussées avec une hauteur presque insultante. Usé avant l'âge et malade au point qu'en juillet 1866 son entourage l'avait cru près de sa (in, il n'avait pas osé recourir au.x armes. Du reste, il sentait bien que notre armement suranné no nous permettait pas d'attaquer les vainqueurs de Sadowa avec des chances sérieuses de succès. Des détournements ou des virements inavouables avaient réduit nos régiments à un efTeclif presque ridicule. L'expédition du Mexique, qui durait depuis cinq ans, avait consumé le meilleur de nos troupes, épuisé nos arsenaux et démoralisé notre armée. Si encore elle eût réussi! Mais malgré les assurances du ministre d'Etat, on savait bien que Maximilien, notre protégé, n'était pas maître du Mexique. On n'ignorait pas qu'à ce moment même Napoléon III rappelait de ce pays ceux de nos soldats qui s'y trouvaient encore, et cela sur l'injonction formelle et comminatoire des Etats-Unis. Ainsi après tant de vies d'hommes sacriGées, tant de millions détournés du Trésor ou soustraits à l'épargne française S cette entreprise, d'ailleurs injuste, n'aboutissait qu'à une humiliante