‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 26 sur 190 · A cause des aflaires de Chine et de Syrie · texte numérisé non relu

A cause des aflaires de Chine et de Syrie

vers Napoléon III, qui visitait alors la Savoie, son collègue le ministre Farini et le général Gialdini pour lui représenter qu'il était ui^ent d'arrêter Garibaldi, qui ne tarderait pas à marcher sur Rome; que la France, ne pouvant ni tourner ses canons contre la révolution italienne, ni permettre à l'Autriche d'opérer la contre-révolution, et ne voulant pas d'autre part s'engager dans une nouvelle guerre contre cette puissance, devait laisser à la Sardaigne le soin de sauver l'ordre monarchique. Il fallait que l'armée piémontaise se portât sur la frontière napolitaine et pour cela que, traversant les Marches, elle passât sur le corps de Lamoricière. Mais était-ce là une violation du droit des gens? L'armée pontificale ne menaçait-elle pas ouvertement les anciennes Légations et la Toscane? La population des Marches n'appelait-elle pas Victor-Emmanuel? Napoléon III se rappelait les engagements compromettants pris par lui envers Cavour et dont celui-ci avait la preuve; il avait moins que jamais à se louer des procédés du pape. Il donna donc à entendre qu'obligé de désapprouver en paroles la nouvelle politique piémontaise, cependant en fait il ne la contrarierait pas. « Fale presto, faites vite », dit-il, et, comme pour échapper au spectacle des événements qui se préparaient, il partit au plus tôt pour un voyage en Algérie.

Faire vite, c'était bien l'intention de Cavour. Dès le 7 septembre, le gouvernement pontifical fut sommé de dissoudre l'armée de Lamoricière et, avant même que son refus eût pu parvenir à Turin, Gialdini franchit la frontière de l'Ombrie. Peu après, les pontificaux étaient mis en déroute à Castelfidardo (18 septembre), puis leur chef, bloqué dans Ancône, était réduit à se rendre (29 septembre). Les Français occupant Rome et le petit territoire connu sous le nom de patrimoine de Saint- Pierre, les Piémontais s'abstinrent d'y toucher; mais ils occupèrent l'Ombrie, les Marches, et arrivèrent au commencement d'octobre sur la limite des Deux-Siciles.

Bien que le Piémont ne fût point en guerre avec le roi de Naples, cette limite fut aussitôt franchie. Les allures de Garibaldi inquiétaient de plus en plus le gouvefoeineaL. sarde. Ce dictateur semblait vouloir retarder le plébiscite des Deu*Sîciles

FORMATION DU ROYAUME D'ITALIE 28t

en faveur du Piémont jusqu'après la conquête de Rome. Il gouvernait i tort et à travers, entouré d'une coterie révolutionnaire qui n'avait pour Gavour et même pour son roi qu'un fort médiocre attachement. Lui-même demandait le renvoi du grand ministre sarde. Pour déjouer ses menées, ce dernier venait de faire convoquer le parlement de Turin, dont le premier acte allait être d'autoriser le roi i annexer les provinces pontificales récemment occupées et le royaume des Deux-Siciles. Du reste, Garibaldi, attaqué par les troupes de François II, qui avaient repris l'offensive, venait de subir sur le Vullurne de sanglants échecs. Il n'avait dû sa demi-victoire du 1'^ octobre, devant Gapoue, qu'à l'aide des bersaglieri venus de Naples. Il y avait donc, aux yeux de Gavour, doublement urgence à faire marcher Gialdini sur Naples. Dans une circulaire à l'Europe, le ministre sarde se justifia par cet allument que François II, en quittant sa capitale, avait de fait renoncé à sa couronne; que, par conséquent, on ne lui prenait rien ; et que, d'ailleurs, il fallait bien préserver l'Italie de l'anarchie. A la nation italienne il tenait un autre langage : Viclor-Emmanuel devait, disait-il, se conformer au vœu populaire qui l'appelait de toutes paris. Déjà ce souverain était en route pour les Deux-Siciles. Le 21 octobre, ce royaume se donnait à lui, ainsi que les Marches, par un plébiscite solennel. Quelques jours après, il rejoignait Garibaldi, qui, non sans quelque mauvaise humeur, mais très loyalement, lui cédait la place. Pendant ce temps, François II, débusqué du Vullurne par les Piémontais, allait s'enfermer dans Gaête, la seule place qui lui restât, et faisait mine d'y tenir bon, tout en essayant d'intéresser l'Europe à son sort par de violentes, mais inefficaces protestations.

L'Europe et le royaume dltalie. — Le gouvernement français, par convenance, manifesta son mécontement en rappelant de Turin son plénipotentiaire; mais il y laissa un chargé d'affaires, prouvant par là que cette rupture n'était pas sérieuse. Le cabinet de Berlin ne protesta que très platoniquement contre les derniers a^sde Gavour et ne s'offensa point quand le mini^|^^^^^^B)ondit : c Je donne un exemple que, probablJ^^^^I^^Hlque temps, la Prusse sera très heureuse

(l*imitcr. » Mais le gouvernement autrichien fit mine de saisir cette occasion pour commencer une guerre de revanche. Il eût certainement attaqué de nouveau Victor-Emmanuel s*il eût été assuré de l'assentiment de la Russie. Mais le tsar, bien que désapprouvant la spoliation du roi de Naples, ne lui eût promis une neutralité bienveillante que dans le cas où Victor-Emmanuel eût pris l'offensive, et cfe concert avec Vempereur des Fran-çais, — Napoléon III lui ayant déclaré qu'il n'aiderait point la Sardaigne à attaquer l'Autriche et qu'il se bornerait à lui garantir, quoi qu'il pût arriver, le bénéfice du traité de Villafranca, Alexandre II, dans l'entrevue de Varsovie, détourna François-Joseph de prendre les armes (22-26 octobre) et ce dernier souverain, dont tous les États étaient en fermentation, ne crut pas devoir persister dans ses projets de guerre.

A la même époque (27 octobre), le gouvernement anglais, par Toi^ane de John Russell, se prononçait en faveur des peuples qui venaient de se donner à Victor-Emmanuel et soutenait cette thèse que les nations ont toujours le droit de changer de gouvernement. Cette profession de foi visait surtout Napoléon III, l'apôtre attitré de la souveraineté nationale et du suffrage universel, que Russell se donnait le malin plaisir de battre avec ses propres armes. L'empereur des Français manifestait encore une certaine sollicitude pour le roi de Naples, par égard pour le pape, qui avait hautement pris parti en faveur de François II, et aussi parce qu'il se réservait, en assurant à ce prince sa liberté personnelle, de troubler quelque peu la sécurité de Victor-Emmanuel. Une escadre française croisait devant Gaële et ne permettait pas à la flotte sarde de bloquer cette place par mer. Mais au nom du principe de non-intervention, l'Angleterre en demanda bientôt l'éloignement, et Napoléon III, que les affaires de Chine et de Syrie obligeaient encore à de grands égards pour cette puissance, ne crut pas devoir lui refuser celte satisfaction (19 janvier 1861). Dès lors la place de Gaële était perdue. Elle capitula le 13 février, et François II se retira aussitôt à Rome, auprès de Pie IX, qui tint j^^^eur de rendre au fils de Ferdinand II l'hospitalité que lu^^^||n|îf|^ue à Gaête en 1848.

En contraste avec celte infortune royale, TEurope contemplait rinouïe prospérité de la maison de Savoie. Toutes les provinces annexées au Piémont venaient d*ètre invitées à élire leurs députés; le premier parlement italien se réunissait à Turin (18 février 1861) et, peu après, proclamait Victor-Emmanuel roi dltalie. La politique de Cavour avait porté ses fruits. L*unilé politique de la Péninsule était un fait accompli. Sans doute Venise et Rome manquaient encore à la patrie reconstituée. Mais le grand ministre était plein de confiance dans Favenir. Aussi ne craignit-il pas, le 27 mars, de faire proclamer en principe par la Chambre des députés que Rome était la capitale de lltalie.

///• — Venise et Rome.

Pie EC et la politique du « non-possumus ». — Partisan de r Église libre dans VÉtat libre^ Cavour ne désespérait pas d'amener le pape à résigner de bonne grâce ce qui lui restait de pouvoir temporel. Il lui faisait remontrer par Tabbé Slellardi, le docteur Pantaleoni, le P. Passaglia, que le sacrifice d*une étroite et embarrassante principauté serait amplement compensé pour lui par les garanties dont ITtalic entourerait son autorité spirituelle. C*était là une argumentation que le Vatican goûtait peu. Mais elle avait quelque succès aux Tuileries, car Napoléon III était plus que jamais désireux de mettre un terme à loccupation de Rome. 11 est vrai qu il ne voulait à aucun prix se brouiller avec TËglise.

La mort de Cavour, arrivée presque subitement le 6 juin 1861 , étonna TEurope et consterna Tltalie. L*empereur des Français ne voulant pas aggraver les difficultés qu'une telle perte pouvait causer à Victor-Emmanuel, se hâta de reconnaître officiellement le nouveau royaume. Il Taida peu après, par la surveillance qu'il exerça dans TÉtat pontifical, à réprimer dans les provinces napolitaines le brigandage bourbonien, qui s'alimentait à Rome, grâce à François II et au pape, et dont Cialdini eut beaucoup de peine à triompher (juillet-septembre 1861). Ricasoli, successeur de Cavour au ministère, trouva le plus

énergique appui auprès du pape dans Tambassadeur de France à Rome, La Yalelle, qui, le 11 janvier 1862, fut chargé par son gouvernement de demander au Saint-Siège s'il ne pourrait, sans renoncer formellement à ses droits, c consentir à des transactions de fait qui amèneraient le calme dans le sein de TEglise catholique et associeraient la papauté au triomphe du patriotisme italien >. Mais le secrétaire d*État du Saint-Siège répondit qu'à cet égard c aucune concession ne pourrait être faite par Pie IX ni par aucun de ses successeurs de siècle en siècle ».

Rattazzl et Garibaldi en 1862. — Ce non-possumus provoqua naturellement en Italie une fort vive agitation. Le parti révolutionnaire reparut dans la rue et prépara une nouvelle prise d*armes. Le comité national du Provedimento annonça des manifestations menaçantes pour Venise et pour Rome. Garibaldi semblait sur le point de se remettre en campagne. Ricasoli fermait les yeux ou en avait Tair. Aussi le gouvernement français cessa-t-il de le soutenir et salua-t-il avec plaisir Tavènement de Raltazzi, qui prit sa place en mars 1862. Ce dernier, particulièrement cher à Napoléon III (comme à Victor-Emmanuel), mit toutd*abord quelque énergie à réprimer les menées des agitateurs. Aussi le cabinet des Tuileries crut-il devoir lui venir en aide en chargeant La Valette de proposer formellement au Saint-Siège un modus vivendi portant : que le statu quo territorial serait maintenu en Italie; que le pape, tout en réservant ses droits, se résignerait à ne plus les exercer hors du domaine de Saint-Pierre \ que les relations seraient renouées entre Rome et Turin; que les puissances catholiques s'entendraient pour fournir au Saint-Père une liste civile convenable; enfin qu'elles lui garantiraient la possession de Rome et du territoire qui lui restait, ne lui demandant en retour que de doter ses sujets de réformes en rapport avec Fesprit moderne (30 mai 1862).

A ce programme Antonelli ne répondit encore que par un refus catégorique. Et en même temps. Pie IX, dans une allocution adressée i plus de 2S0 évèques, préludait aux anathèmes dont il devait deux ans plus tard foudroyer sans exception les principes de la Révolution (10 juin).

Ces manifestations irritèrent Napoléon 111, qui redoubla de complaisance envers le cabinet de Turin. Grâce à lui le royaume d^ltalie fut reconnu par la Russie en juin 1862, et peu après par la Prusse, si bien qu*on put prévoir dès cette époque Tétroilc entente qui devait un jour s'établir entre la cour de Berlin et le gouvernement italien.

L'excellente position du ministère Rattazzi fut tout à coup dérangée par la folle équipée de Garibaldi, dont Tidée fixe était de marcher sur Rome et dont il ne fut bientôt plus possible de contenir rimpatience. Le 19 juillet, le hardi partisan débarquait en Sicile avec 1 500 volontaires. Peu après, il franchissait le détroit de Messine et annonçait Tintention de se diriger vers TEtat pontifical. Le gouvernement italien se hâta de lui barrer la route, mais ne put l'arrêter qu'à coups de fusil. Garibaldi fut blessé et fait prisonnier à Aspromonte (27 août). Sa petite troupe se dispersa aussitôt. Le héros fut conduit à la Spezzia et, réduit à l'impuissance par sa blessure, ne tarda pas à être amnistié.

Napoléon m et la politique de réaction. — Le cabinet Rattazzi se prévalut peu après de la correction avec laquelle il venait de se conduire pour déclarer à l'Europe (par la circulaire du 10 septembre 1862) « que la nation tout entière demandait sa capitale, et que l'état de choses actuel, devenu intolérable, finirait par avoir pour le gouvernement du roi des conséquences extrêmes, qui compromettraient de la manière la plus grave la tranquillité de l'Europe et les intérêts religieux de la catholicité ». Cette mise en demeure, accueillie froidement par la Russie et par la Prusse, et avec défaveur par l'Autriche, provoqua les applaudissements du cabinet britannique, qui était bien aise de voir la France dans l'embarras. Quant à Napoléon III, il eût, au fond, voulu céder aux vœux des Italiens. Le prince Napoléon et ses amis l'y engageaient vivement. Mais l'impératrice, Walewski, les chefs du parti conservateur l'en détournaient de toutes leurs forces. Ils lui représentèrent que l'opposition cléricale qui s'était formée contre lui en France depuis 1859 pouvait détacher de lui une grande partie du pays aux élections de 1863. L'empereur fit donc volte-face, rappela

Benedelli de Turin et La Valelte de Rome, donna le portefeuille des affaires étrangères à Drouyn de Lhuys, ministre agréable au Saint-Siège (15 octobre), et fit signifier au cabinet de Turin qu'il n'entendait pour le moment donner aucune suite aux propositions impliquées dans la circulaire du 10 septembre. Le résultat de celte déclaration fut la chute du ministère Rattazzi (5 décembre). Victor-Emmanuel dut former un cabinet d'afTaires et prendre Taltilude du recueillement. L'entente franco-italienne sembla de fait rompue.

Nouvelle volte-face; convention du 15 septem^ bre 1864. — Pendant toute Tannée 1863 et une partie de la suivante, le gouvernement italien (sous les ministères Farini et Minghetli) ne parut guère préoccupé que de difficultés intérieures (équilibre financier à établir, congrégations religieuses à supprimer, etc.). Dans le même temps, les grandes puissances portaient principalement leur attention sur les affaires de Pologne et de Danemark. On sait ce que ces affaires valurent au gouvernement français de déconsidération et de discrédit. Napoléon III manœuvra si mal qu'il s'aliéna tout à la fois la Russie, la Prusse et l'Autriche et put craindre de voir ces trois cours reconstituer contre lui la Sainte-Alliance. N'ayant, pour bien des raisons, aucune assistance à attendre de l'Angleterre, il ne vit plus à ce moment pour lui qu'une alliance possible, celle de l'Italie. C'est pourquoi il fit de nouveau volte-face et reprit avec le cabinet de Turin, en juin 1864, les négociations interrompues en 1862. Celte fois les agents de Victor-Emmanuel (Nigra, Pepoli, etc.), secondés par le prince Napoléon, par Benedetti, par La Valelte, se gardèrent de demander Rome. Mais ils rappelèrent que Napoléon III avait promis de faire l'Italie libre jusqu à V Adriatique, A cela l'empereur objectait qu'il ne pouvait essayer de lui donner Venise sans s'exposer à une guerre avec les trois puisr sauces du Nord. Pepoli et Nigra n'insistèrent pas. Mais ils firent remarquer que si l'Italie n'attaquait pas, elle serait sans doute attaquée un jour ou l'autre par l'Autriche; qu'en ce cas il lui fallait une capitale vraiment stratégique^ à l'abri d'un coup de main; que Florence, protégée par le Pô et les Apennins, lui donnerait plus de sécurité que Turin. Le gouvernement fran-

çais n*y conlredit pas. Alors ils remontrèrent que la translation (lu gouvernement en Toscane produirait dans toute la Péninsule un fâcheux effet, et que si les Italiens, qui tenaient tant à Rome capitale, devaient subir encore une déception pareille, il était juste de leur donner une légère consolation en faisant cesser l'occupation de TÉtat pontifical par des troupes étrangères. Le pape, du reste, n'aurait rien à craindre pour ce qui lui restait de son domaine temporel; Victor-Emmanuel n*y toucherait pas et saurait au besoin le faire respecter. Napoléon III ne demandait qu'à se laisser convaincre. Voilà comment fut conclue la convention du 15 septembre 1864, par laquelle Tltalie s'engageait à ne pas attaquer les possessions actuelles du Saint-Siège et même à les défendre, la France promettant de retirer ses troupes à mesure que l'armée du Saint-Père serait organisée, mais dans un délai maximum de deux ans. Le pape restait libre de constituer cette armée comme il le jugerait bon, à condition pourtant qu'elle ne pût dégénérer en moyen d'attaque contre ritalie. Enfin Tllalie prendrait à sa charge une part proportionnellede la dette des anciens Etats de l'Eglise. Un tel pacte dénotait bien des sous-entendus et des arrière-pensées. Si une révolution, qu'il lui était si facile de provoquer, éclatait à Rome, le gouvernement italien se proposait évidemment d'occuper cette ville, sous couleur de rétablir Vordre: Mais en vue de cette éventualité le gouvernement français se réservait de son côté toute liberté pour une nouvelle intervention. La convention de septembre semblait pour le moment un gage de réconciliation entre l'Italie et Napoléon III; elle devait plus tard le brouiller sans retour avec cette puissance.

Pie IX et le Syllabus. — Cet acte, que l'empereur avait conclu sans consulter la cour de Rome, devait naturellement exaspérer le pape. Pie IX y répondit par une publication qui devait augmenter notablement les embarras de ce souverain. C'est en effet peu après (le 8 décembre 1864) qu'il lança l'encyclique Quanta ctiray suivie du Syllabus, série de propositions qu'il anathématisait solennellement au nom de l'Eglise comme impies ou hérétiques. Cette double profession de foi, renouvelée du moyen âge, était la négation explicite de toutes les libertés

modernes. Elle condamnait, avec une franchise aussi brutale que naïve, les principes élémentaires du droit public que la France de 1789 a proclamés et qu'à son exemple la plus grande partie de l'Europe (ritalie en particulier) a fini par adopter.

L'alliance italo-prussienne. — Ce manifeste, que Victor- Emmanuel affecta de dédaigner, mais dont Napoléon III se montra fort irrité (parce qu'il redoubla Taudace du clei^é français à son égard), resserra la nouvelle union franco-italienne. Pour faire prendre patience aux Italiens, dont Rome était toujours le plus cher désir, Napoléon III se montra bientôt assez disposé à leur faciliter Tacquisilion de Venise, non point eu faisant pour eux la guerre à TAutriche, mais en leur procurant Talliance de la Prusse qui, la guerre des Duchés finie, avait hâte de chercher querelle à cette puissance. Victor-Emmanuel venait d'appeler à la tète du ministère le général La Marmora, dont la prussomanie était bien connue. Benedetti, ami éprouvé de Tltalie, venait d'être envoyé à Berlin comme ambassadeur de France (octobre 1864). M. de Bismarck et Napoléon III s'étaient entretenus déjà de grands remaniements à faire subir à la carte de l'Europe. Vers le milieu de 1865, le chancelier de Prusse, croyant pouvoir entraîner son maître à la guerre, adressa des propositions formelles d'union à La Marmora. Les conditions d'une alliance entre les cabinets de Berlin et de Florence furent rapidement débattues. Mais au moment de tirer l'épée, le roi Guillaume, retenu par des scrupules légitimistes et conservateurs, aima mieux traiter avec l'Autriche, qui, intimidée par l'entente italo-prussienne, consentit à la convention de Gastein (14 août 186S).

L'Italie, compromise inutilement et si cavalièrement abandonnée, témoigna d'abord une mauvaise humeur que partagea Napoléon III. Ce souverain se mit à négocier secrètement avec l'Autriche et s'efforça de lui faire comprendre que, pour n'avoir pas à lutter à la fois contre la Prusse et contre l'Italie, son intérêt était de céder à l'amiable la Vénétie à cette dernière puissance (septembre 1865). Mais François-Joseph repoussa cette proposition comme déshonorante. Par contre, M. de Bismarck revint peu après à Biarritz tenter l'empereur des

Français, qui, ealratné d*une part par ce grand séducteur, se figurant, d*autre part, qu'il saurait le jouer quand il le voudrait et qu*il lui serait facile de prendre, au moment opportun, entre TAutriche et la Prusse, la position de médiateur souverain, consentit de nouveau à ce que Victor-Emmanuel s*alliât à Guillaume pour la conquête de la Yénétie. La guerre austro-prussienne parut pour la seconde fois imminente quand on apprit Farrivée à Berlin du général Govone, que La Marmora venait d*y envoyer sous prétexte d*étudier les fortifications prussiennes, mais en réalité pour traiter avec le gouvernement prussien (9 mars 1866). Mais cette fois lltalie voulut prendre ses sûretés. Le pacte conclu le 8 avril 1866 portait qu'elle attaquerait rAutriche avec toutes ses forces, mais seulement après que la Prusse aurait pris Toffensive. Cette dernière puissance choisirait son heure pour déclarer la guerre ; mais si elle ne l'avait pas commencée dans un délai de trois mois, le traité serait considéré comme nul par le gouvernement italien. Les deux alliés promettaient de ne pas faire de trêve séparée et de ne déposer les armes que lorsque l'un aurait obtenue la Yénétie, et l'autre des territoires équivalents en Allemagne. Enfin, le roi de Prusse devait fournir à Victor-Emmanuel un subside de 120 millions. Campagne de 1866 et annexion de Venise. — La guerre fut encore retardée par des complications diplomatiques. La politique de Napoléon III devenait de plus en plus confuse et contradictoire. Il s*était remis à négocier mystérieusement avec l'Autriche, et, grâce à un traité secret qu'il conclut avec cette puissance le 12 juin, il espérait amener l'Italie à faire sa paix séparée moyennant la remise de la Yénétie. M. de Bismarck, craignant que le cabinet de Florence ne se détachât de la Prusse, se décida enfin à brusquer l'ouverture des hostilités, qui commencèrent en Allemagne le 16 juin. Aussitôt les contingents italiens s'ébranlèrent, et pendant que Garibaldi, avec un corps de volontaires, allait essayer de pénétrer dans le Tyrol, deux grandes armées régulières attaquèrent de front la Yénétie, l'une par le Mincio, l'autre par le Bas-Pô (20 juin). Mais la première, et la plus considérable, qui marchait fort en désordre (sous La Marmora), subit presque aussitôt un revers éclatant

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sur les hauteurs déjà célèbres de Cuslozza, où.rarchiduc Albert Tattaqua et la mit en pleine déroute le 24 juin. Ce début paraissait d*un fâcheux augure pour les Italiens. Mais fort peu de jours après, le triomphe éclatant de la Prusse à Sadowa (3 juillet) leur permit de relever la tète.

Le lendemain même de cette dernière bataille, TAutriche, éperdue, se hâta de faire la part du feu en invoquant la médiation de Napoléon III et lui offrant la Yénélie pour qu*il la rétrocédât à lltalie. L'empereur des Français eût bien voulu déterminer cette dernière puissance à poser les armes et dicter aussi la paix à la Prusse. Mais il eût fallu pour cela de sa part une démonstration militaire qu'il ne put ou n'osa faire. L'Italie profita de son inertie — ou de son impuissance — pour rester unie à la Prusse. Elle n'était pour son compte, malgré son échec, nullement disposée à suspendre les hostilités. Si la Prusse eût été vaincue, il en eût été autrement et elle eût accepté avec empressement de Napoléon III la Vénétie, qu'il lui offrait. Après Sadowa, elle croyait devoir parler haut. Le souvenir de Custozza lui était cuisant. Il lui tardait de venger l'honneur de son drapeau. Elle voulait ne devoir la Vénétie qu'à la conquête. Celle province, du reste, ne lui suffisait pas. Les Italiens convoitaient Trente, et même Triesle. Ils reprochaient à la France de vouloir les humilier, les tenir en tutelle. Aussi repoussèrent-ils toute suspension d'armes et, dès le 8 juillet, ils s'empressèrent d'attaquer pour la seconde fois le territoire vénitien (où, du reste, ils ne devaient plus trouver d'ennemis). Mais si rien ne les arrêta sur terre, ils furent moins heureux sur mer, où leur flotte, dont ils comptaient se servir pour un débarquement en Illyrie, fut entièrement défaite à Lissa par Tamiral autrichien Tegctlhoff (20 juillet) *. Pour comble de déception, ils virent peu de jours après (26 juillet) la Prusse, qui, grâce à la complaisance inespérée de Napoléon III, n'avait plus rien à désirer en fait d'annexions territoriales, conclure avec l'Autriche, sans les consulter, les préliminaires

I. L'amiral Persano, qui la commandait, fut accuî>(^ de n'avoir pas fait son devoir dans cette journée, et, traduit plus tard devant un conseil de guerre, fut condamné à la dégradation.

de Nikolsbourg, que suivit bientôt la paix de Prague (24 août).

Lltalie n*appri( pas sans colère ce nouvel abandon. Elle prolesta; mais en vain. M. de Bismarck répondit qu'on lui avait promis de laider à conquérir la Vénétie, rien de plus. Or la possession de ce pays lui était assurée. Napoléon III y envoyait le général Lebœuf pour en faire, après un plébiscite, remise aux Italiens. Force fut donc i Victor-Emmanuel de signer les préliminaires de la paix (10 août) et, quelque temps après (3 octobre 1866), le traité définitif qui les confirmait. La nation italienne ne dissimula pas sa mauvaise humeur. Elle parut surtout irritée, chose étrange, contre la France; et elle donna le triste spectacle d*un peuple recevant presque comme une offense d'une puissance amie le don d'un territoire qu'il n'avait pas su lui-même conquérir.

La question romaine en 1867. — Le souvenir de ses humiliations la rendait désireuse d'en effacer l'éclat par l'acquisition de Rome, à laquelle elle n'avait jamais renoncé. N'ayant plus que sa capitale à prendre pour compléter son unité territoriale, elle la demandait à grands cris et ne voulait plus attendre. Elle se montrait, au commencement de 1867, d'autant plus âpre et plus hardie dans ses revendications, qu'elle voyait Napoléon III achever de perdre dans de décevantes négociations avec la Prusse le peu de prestige et de crédit politique qu'il gardait encore avant Sadowa. Au plus fort de la crise du Luxembourg \ Rattazzi remontait au pouvoir à Florence (10 avril 1867). Ce ministre, qui plaisait à l'empereur, ne lui épargnait pas les protestations de dévouement. Mais, invité à s'unir à lui, il ne le payait que de bonnes paroles et déclarait qu'entre ses deux bienfaitrices, la France et la Prusse, il était bien difficile à l'Italie de prendre parti. De fait, il ne voulait servir ni Tune ni l'autre. Son objectif, c'était Rome. Garibaldi* agitait ouvertement l'Etat pontifical, organisait de nouvelles bandes; et le ministre le laissait faire, se disant que le conflit franco-prussien lui fournirait sans doute l'occasion d'aller impunément planter sur les bords du Tibre le drapeau de l'unité italienne.

1. Qui faillit, on le sait, au comniencemrnl rravril IS07, amener une collision entre la France et la Prusse.

292 LLNITÉ ITALIENNE

Ce conflit fut, il est vrai, retardé par la conférence de Londres (mai 1867), et la maison de Savoie dut ajourner lexécution de ses projets; mais elle ne renonça pas à ses espérances. Du reste, le mouvement garibaldien ne s'arrêtait pas. Le gouvernement prussien Tencourageait, parce qu'il était de son intérêt d'entretenir la mésintelligence entre le cabinet de Florence et Napoléon IIL Rattazzi, pour sa part, ne le contrariait pas et, protestant de son respect pour la convention de septembre, représentait d'autre part à l'empereur des Français qu'il ne pouvait, sans provoquer une révolution, heurter violemment de front sa nation parce qu'elle demandait Rome pour capitale.

Napoléon III voulait en finir avec cette question romaine, son constant cauchemar. Mais personne ne l'y aidait. Il avait sans aucun succès, vers la fin de 1866, proposé un congrès aux grandes puissances pour la résoudre. La cour de Rome persistait à refuser à ses sujets toute réforme sérieuse. Pie IX, en juin 1867, faisait applaudir à 450 évèques les doctrines du Syllabus et parlait de convoquer un concile œcuménique pour faire ériger en dogme non seulement cette singulière politique, mais le principe de l'infaillibilité du pape. Tant de provocations ne paraissaient pas lasser la complaisance du gouvernement français, qui, pour servir le Saint-Siège, prenait à cette époque de telles libertés avec la convention de septembre, que la cour de Florence fut bientôt en droit de lui adresser les réclamations les plus amères. Le souverain-pontife avait en effet à son service plusieurs milliers de Français, soi-disant volontaires, mais qui sortaient pour la plupart de notre armée et dont un certain nombre n'étaient même pas encore libérés du service; beaucoup de leurs chefs étaient des officiers attachés encore à nos régiments et qui, sans perdre leurs droits, étaient autorisés par le gouvernement impérial à passer sous les drapeaux du pape. C'était ce qu'on appelait la légion d'Antibes, car cette troupe s'était formée dans cette ville, publiquement; elle y avait son dépôt et continuait à s'y recruter. A ce moment môme (juin-juillet 1867), un général français en activité de service*, la passait ouvertement en revue à Rome, la réorganisait

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