‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 25 sur 190 · NAPOLÉON III ET CAVOL'R · texte numérisé non relu

NAPOLÉON III ET CAVOL'R

très désireux d*abaisser rAutriche). Ces deux souverains proposèrent vers le milieu de mars de soumettre la question italienne à un congrès. C'était vouloir la rendre insoluble. La cour de Vienne, qui se croyait sûre de la victoire", émit en effet la prétention d'exclure la Sardaigne de ce congrès (tout en y admettant les autres gouvernements italiens) et d'obliger cette puissance à un désarmement immédiat. La cour de Turin n*épargna rien pour porter la mauvaise humeur de rAutriche à cet état d*exaspération où Ton ne raisonne plus et où Ton se jette tète baissée dans tous les pièges. Cavour adressa un appel retentissant aux patriotes italiens, encouragea les audaces de la presse piémontaise, confia ofKciellement à Garibaldi le soin de former un corps de volontaires. Bref, dès le commencement d'avril, la cour de Vienne prit l'irrévocable résolution d*attaquer, et les efforts de l'Anglelerre ne la retinrent que peu de jours. Cavour, une fois assuré qu*elle allait commettre cette irréparable faute, crut pouvoir sans péril prendre une attitude conciliante. Le 21 avril, il déclarait adhérer au principe du désarmement général mis en avant par le cabinet de Londres ^ A ce moment même il savait qu'on venait de décider à Vienne renvoi d'un ultimatum par lequel le gouvernement sarde serait invité à désarmer seul, sous menace d'attaque immédiate. Effectivement cette sommation lui fut remise dès le 23. Il ne lui était accordé que trois jours de délai, au bout desquels il répondit fermement : non. C'était la guerre. Le gouvernement français déclara aussitôt qu'il n'abandonnerait pas son allié. Une dernière tentative de médiation, faite par l'Angleterre, n*eut aucun succès, et dès le 29 avril (1859) les troupes autrichiennes, sousGiuIay, franchissaient le Tessin. Mais juste dans le même temps les premières colonnes de Tarmée française franchissaient les Alpes. De toutes façons TAutriche avait mal engagé la partie. Elle était fatalement destinée à la perdre.

i. Elle comptait sur le concours de la Confédération germanique, ainsi que sur la neutralité bienveillante et peut-être même sur l'alliance de l'Angleterre. De plus elle se croyait prête pour l'ofTensivc et était persuadée, ^ràce aux bruits répandus par ses adversaires, qu'ils ne Tétaient pas.

2. Le Piémont tenait à se faire attaquer, iiarce que, s'il etU pris lui-même l'olTensive, l'Autriche eût clé fondée à réclamer l'assistance <Ie la ('onfédération germanique.

//. — Formation du royaume d'Italie.

Napoléon m à Milan. — Giulay tâtonna quinze jours et n*ayança guère au delà de Novare. Quand il voulut pousser plus loin, déjà quatre corps d*armée français for^ mant un effectif de 100 000 hommes, unis aux 50 000 soldats de Yictor-Emmanuely couvraient la capitale du Piémont. Un cinquième corps, sous le prince Napoléon, partait pour la Toscane, d*où il devait se rabattre sur les bords du Pô. Enfin Tempereur annonçait fièrement par sa proclamation du 3 mai son intention d'aiïranchir lltalie jusquà r Adriatique y puis quittait Paris pour aller se mettre à la tète de son armée (10 mai). Dès qu'il fut arrivé en Italie, les alliés prirent ToiTensive. Au nord, Garibaldi, avec ses chasseurs des Alpes, tourna la droite des Autrichiens, enleva Varèse et en quelques semaines parvint victorieusement jusqu'à Gôme. Mais les grands coups furent portés ailleurs. L'armée française ayant feint de se concentrer au sud du Pô et de menacer Plaisance, Giulay se porta au-devant de cette place avec le gros de ses forces et vint prendre contact avec l'ennemi, à Montebello, où il subit un premier échec (20 mai). Par cette fausse manœuvre il avait découvert la route de Milan. Aussitôt, les Franco-Piémontais, par une rapide conversion à gauche, se jetèrent sur la Sesia, qu'ils forcèrent à Paleslro (31 mai), et deux jours après parvinrent à franchir le Tessin à Turbigo et à BufTalora. L'Autrichien, qui avait luimême ramené ses troupes vers le nord, s'efforça de les arrêter à Magenta où, pendant une partie de la journée du 4 juin, il eut l'avantage sur Napoléon III qui, presque isolé avec sa garde, fut un moment en grand danger. Mais l'arrivée opportune du général de Mac-Mahon, qui tomba vers le soir sur le flanc droit de l'ennemi, changea la défaite de l'empereur en une éclatante victoire. Quatre jours après, tandis que Baragueyd'Hilliers culbutait à Melegnano les débris de l'armée vaincue et les réduisait à fuir jusque derrière le Mincio, Napoléon III et Victor-Emmanuel entraient à Milan, et le premier de ces souve-

rains, grisé par le succès, lançait imprudemment à la nation italienne un appel auquel elle n*étaitque trop disposée à répondre. « Unissez-vous, disait-il aux^habitants de la Péninsule, dans un seul but, l'affranchissement de votre pays. Oi^nisez-vous militairement, volez sous les drapeaux du roi Victor-Emmanuel... et, animés du feu sacré de la patrie, ne soyez aujourd'hui que soldats; demain vous serez citoyens libres d'un grand pays. »

Soulèvement de l'Italie centrale. — Dans le même temps Napoléon III parvenait à renverser en Angleterre le ministère Derby (11 juin 1859), que remplaça le ministère Palmerston, beaucoup plus favorable i l'affranchissement de l'Italie. Il se concertait avec Kossuth pour provoquer un soulèvement en Hongrie. Bref il semblait avoir le vent en poupe. Mais il ne tarda pas à s'apercevoir que ses victoires pourraient lui être plus nuisibles que des défaites. Après avoir déchaîné la révolution en Italie, il constatait maintenant avec stupeur qu'elle gagnait le centre de la Péninsule, qu'elle ne Técoutail plus, qu'il ne pouvait la ramener en arrière, et que Cavour, comme tous les patriotes ses amis, tendait non point à la confédération, mais à Vunificaiion italienne. Dès la fln d'avril, la Toscane s'était soulevée et avait chassé le grand-duc Léopold; elle témoignait d'une façon non douteuse qu'elle ne voulait pas le prince Napoléon pour souverain. A Parme comme à Modène, les populations forcèrent aussi leurs princes à prendre la fuite (mai-juin 1859). Les Légations, évacuées par les Autrichiens après Magenta et Melegnano, prirent feu et en quelques jours secouèrent la domination pontificale. Le pape et le jeune roi de Naples François II, qui venait de succéder le 22 mai à son père Ferdinand II, étaient tenus en respect parla garnison française de Rome. Napoléon III n'avait pas le droit de s'opposer à des soulèvements qui avaient pour premier résultat de grossir l'armée franco-piémonlaise. Mais il ne pouvait se dissimuler qu'ils devaient avoir pour conséquence l'annexion à la SarJaigne des pays soulevés. A Parme, à Modène, à Bologne, tous les pouvoirs étaient maintenanl exercés par dos agents de Cavour*.

1. Buoncompagni à Florence, Farini û Modène, d'Az.e^lio à Bologne.

L'empereur des Français était effrayé, presque consterné. L'impératrice et le ministre Walewski lui adressaient les rapports les plus alarmants sur l'état de l'empire, où, sous l'influence du clergé, les classes riches et les populations rurales commençaient, disaient-ils, à se montrer fort mécontentes d'une politique si contraire aux intérêts du Saint-Siège, et sur les dispositions de l'Europe, où de redoutables complications menaçaient suivant eux de se produire, l'attitude de l'Allemagne visà-vis de la France devenant tout à fait menaçante.

Solférino et ViUafranca. — Sur ces entrefaites, l'armée autrichienne, renforcée et commandée par François-Joseph en personne*, s'était reportée en avant du Mincio, sur les hauteurs qui s'étendent de Castiglione à San-Murtino. C'est là que les alliés vinrent, presque sans s'en douter, se heurter contre elle et que s'engagea le 24 juin 1859 la bataille de Solférino, où 350 OOU hommes furent engagés sur une ligne de 5 lieues d'étendue. Après quinze heures de résistance, les Autrichiens, enfoncés au centre et à gauche par les Français, à droite par les Piémontais, furent encore vaincus et se retirèrent avec des pertes énormes.

C'était là certainement pour les alliés un glorieux succès. Mais Napoléon III n'en profila que pour se hâter d'offrir à François-Joseph une paix qui stupéfia toute l'Europe. Attristé par le sang qu'il avait fait couler S efl'rayé d'avoir en face de lui le Mincio et ce redoutable quadrilatère ' où l'Autriche pouvait longtemps encore défier ses efl'orts, alarmé par l'attitude du tsar, qui ne voulait pas d'insurrection en Hongrie, et de la Confédération germanique, qui commençait à mobiliser ses troupes, épouvanté surtout de l'irritation que le parti ultramontain manifestait contre lui dans toute la France, il n'hésita pas à faire les premières avances à l'empereur d'Autriche, qui, vaincu et ne voulant pas se mettre à la merci delà Prusse, alliée douteuse et par trop exigeante, n'eut garde de les repousser. Dès le 8 juillet

1. Du moins nominalemcnl; elle avait mainteinent pour chef réel le feldniaréchal de Hess.

2. La journée de Solférino avait coAlé 10 000 hommes à l'armée française.

3. C'est-à-dire les quatre places forles de Vérone et Legnago sur l'Adige, de Peschiera et Mantoue sur le Mincio.

un armistice fut conclu. Trois jours après» les deux souverains s€ rencontraient à Villafranca et concluaient des préliminaires de paix portant que la Lombardie serait cédée à la France et rétrocédée à la Sardaigne; que rAutriche garderait la Vénétie; que cette province ferait partie de la confédération italienne, laquelle serait placée sous la présidence honoraire du pape; que le grand-duc de Toscane, et le duc de Modëne rentreraient dans leurs États; que le Saint-Père serait invité à introduire dans les siens des réformes indispensables \ enfin qu^une amnistie serait accordée de part et d autre aux personnes compromises à Toccasion des derniers événements.

Napoléon m débordé par la révolution italienne. — Cette convention fut pour TEurope, et surtout pour la nation italienne, le coup de théâtre le plus imprévu. L*opinion générale fut que TAutriche sortait peu amoindrie de la guerre, qu a regard de la Péninsule sa position restait aussi menaçante que par le passé, puisqu'elle gardait le quadilatère de Vénétie et qu'elle allait entrer dans la confédération, où elle retrouverait la clientèle princière d'autrefois. Elle encourageait le grand-duc de Toscane, le duc de Modène, et leur fournissait des moyens daction. Le peuple italien regardait Napoléon ill comme un traître et demandait de toutes parts Tannexion au Piémont. A la nouvelle du traité, Cavour avail manifesté la plus violente colère. Dès le 13 juillet il avait bruyamment renoncé au ministère, où Rattazzi fut appelé à le remplacer. Au fond il gardait tout son sang-froid. Simple particulier, il recouvrait toute sa liberté d'action et il en usa largement. C'est sous son inspiration que furent institués avant la (in de juillet les gouvernements provisoires de Florence, de Modène et de Bologne, indépendants en apparence, mais en réalité dirigés par la cour de Turin et qui, encouragés par le gouvernement anglais, plus favorable maintenant que Napoléon III à la cause italienne \ n'hésitèrent pas

1. John Russell, chef du Foreign-Office, posa en principe, par une circulaire du 27 juillet, que les Étals romains devaient être évacués par les Français et que les populations de l'Italie centrale devaient pouvoir disposer librement de leurs destinées. Il convenait & TAngleterre d'exploiter le mécontentement des Italiens contre Napoléon III et de favoriser la formation non d'une confédération vassale de la France, mais d'un grand État, indépendante la fois de l'Autriche et de la France et capable, au besoin, de gêner ou d'inquiéter cette dernière puissance.

UlITOlRE OÉMtRALC. XI. 'o

i provoquer, du 16 au 20 août, des plébiscistes d'annexion au royaume de Sardaigne.

Napoléon III, ami des Italiens et théoricien du suffrage universel, n*osant ni approuver les révolutionnaires de la Péninsule, ni les combattre, suppliait Pie IX d'entrer dans la confédération, de faire des réformes et d'accorder Taulonomie aux Légations. D'autre part, il envoyait en Toscane et en Emilie des agents diplomatiques pour engager les gouvernements provisoires à se soumettre de bonne grâce aux arrangements de Yillafranca. Il publiait des notes dans le Moniteur^ il écrivait à Victor-Emmanuel (20 octobre). Mais c'était, peine perdue. Va cour de Rome se refusait a toute réforme tant que les Romagnols n'auraient pas fait leur soumission. Les populations soulevées répondaient qu'on ne les avait pas consultées pour disposer d'elles dans les préliminaires de Yillafranca et qu'elles n'avaient que faire de cette convention. Le roi de Sardaigne représentait que, s'il se dérobait aux vœux des patriotes, il serait lui-même emporté par la révolution, que Garibaldi et ses amis feraient la république en Italie et que l'exemple serait peut-être contagieux'. S'il ne permettait pas à son parent, le prince de Carignan, de se rendre à Modène, où la Ligue de l'Italie centrale l'appelait à la régence, il y laissait aller a sa place Buoncompagni qui, au su de tout le monde, n'était qu'un agent du gouvernement piémontais. Bref, l'annexion était en réalité effectuée. Et juste à la même époque, les plénipotentiaires de la France, de la Sardaigne et de l'Autriche, réunis à Zurich, concluaient philosophiquement trois traités destinés à assurer l'exécution des préliminaires de Yillafranca (10 novembre). Il est vrai que ces conventions ne prescrivaient pas formellement, comme les préliminaires, la rentrée des souverains détrônés dans leurs Etats. Mais elles réservaient leurs droits en termes exprès. C'était à un congrès, provoqué par l'empereur des Français, à rendre sur

I. En sepU'mhre. Ip< gouvernemenls lie Florence, «le Bologne el de Mo^lène avaient fonné une lijfiie el mis ^ur pied une armée qui, sous la direction révolutionnaire de Garibaidi. ;rros'ii •S'hait chaifuc jour. En octobre, r.arilvildi faisait appel à l'Italie entière, organisait une souscription pour l'achat d'un million de fusils el annonçait son intention de se diri{-'er sur les Marches el >ur les Deux-Siciles.

eepoiotun arrêt définitif. Mais ce congrès se réunirait-il? C*était déjà plus que douteux, TAngleterre voulant que les Italiens fussent libres de ne pas reprendre leurs princes, les Italiens ne voulant à aucun prix desdits princes, et T Autriche subordonnant à leur restauration préalable sa participation au congrès.

Napoléon m, Gavour et le traité de Turin. — Napoléon III en rendit lui-même la tenue impossible en se tirant par un nouveau coup de théâtre de la situation ridicule où il s*était placé. Jugeant les annexions inévitables, il pensa qu*il fallait s'accommoder aux circonstances et tâcher au moins d'en tirer quelque profit. Il commença par répandre (décembre 1859) une brochure anonyme {le Pape et le Congrès), par laquelle le Saint-Père était invité à renoncer à la plus grande partie de son domaine temporel; puis il lui écrivit pour lui conseiller d*abandonner au moins les Romagnes (31 décembre). Le pape répondit par une violente encyclique où les adversaires de son pouvoir temporel étaient déclarés dignes des mêmes anallièmes que ceux de son autorité spirituelle (19 janvier 1860). Mais à la même époque Napoléon III, sans s*émouvoir, se mettait d*accord avec le gouvernement anglais sur le principe de non-intervention en Italie et sur la légitimité des annexions, au cas où elles seraient demandées par des assemblées régulièrement élues. D*autre part il préparait le retour au pouvoir de Cavour et la réunion à la France de la Savoie et de Nice, qu'il n avait pas osé réclamer en 1859 et qui allaient être le prix de sa nouvelle complaisance. Bientôt Thomme de Plombières redevint premier ministre â Turin (20 janvier 1860). Dès le 27, il annonça rintentionde convoquer un parlement où les provinces du centre seraient représentées comme les anciennes provinces piémontaises; et, le 3 février, Tempereur exprimait publiquement Tidée que, si Tltalie centrale devait être réunie au Piémont, une rectification de frontières était due à la France du côté des Alpes.

Cette déclaration causa tout d abord quelque mauvaise humeur en Angleterre, où Ton ne tarda pas, du reste, a s apaiser, parce qu'on comprit que Tentenle de Tltalie et de la France serait certainement refroidie par le sacrifice que cette dernière puissance exigeait de la première. Pour la même

raison rAulriche ne crut devoir mettre aucun obstacle à Tannexion de la Savoie et de Nice. Napoléon III n'eut donc bientôt plus pour effectuer cette réunion qu'à prendre quelques précautions rendues nécessaires par la position délicate de Cavour vis-à-vis de la nation italienne en général et du peuple piémontais en particulier. Ce ministre, pour ne pas perdre sa popularité dans son pays, voulait avoir Tair d'avoir en cette affaire la main forcée. L'empereur des Français se prêta à ce jeu en invitant, pour la forme, le roi de Sardaigne à renoncer à la Toscane, et à se contenter d'être le vicaire du pape dans les Légations. Le cabinet île Turin répondit en invoquant le principe de la souveraineté et le droit plébiscitaire; les populations de la Toscane, de l'Emilie, des Légations, invitées par ce cabinet à se prononcer, votèrent du 15 au 20 mars, à la presque unanimité, la réunion de leur pays à la Sardaigne. Victor- Emmanuel déclara qu'il acceptait leurs suffrages, et le nouveau parlement fut convoqué le 2 avril. Dès lors il fallait bien que Cavour se décidât à abandonner Nice et la Savoie. Comme il feignait encore d'hésiter. Napoléon III lui envoya un agent spécial, Benedetti, qui avait pour mission de parler haut. Victor- Emmanuel et Cavour eurent l'air de céder à une sorte d'ultimatum et conclurent enfin à Turin (24 mars 1860) le traité qui livrait les deux provinces sous la réserve que les populations seraient consultées. Elles le furent en effet et se donnèrent à la France par les plébiscistes du 15 et du 22 avril suivant.

La nouvelle armée du pape; Lamoiicière. — « Vous voilà maintenant nos complices », avait dit gaîment le rusé ministre au plénipotentaire français en signant le traité du 24 mars. Mot profond que la suite des événements n'allait pas tarder à justifier. Après ce qui venait de se passer en Italie, tout le monde sentait bien que les deux gouvernements de Rome et de Naples n'étaient plus sftrs du lendemain. Napoléon m eût bien voulu les préserver de la ruine; mais il voulait aussi qu'ife fissent eux-mêmes pour cela le nécessaire, et ces gouvernements, frappés de vertige, semblaient courir d'euxmêmes vers l'abîme. Le pape venait de lancer contre Victor- Emmanuel et ses fauteurs une excommunication qui n'était pas

sans éclabousser quelque peu Napoléon III (26 mars). Il ameutait contre ce dernier Tépiscopat français. Il organisait à grand bruit, pour pouvoir se passer des troupes impériales (que de son côté Tempereur était fort désireux de rappeler), une armée fanfaronne et violente, où affluaient les légitimistes français, où on manifestait publiquement en Thonneur de Henri V. Il appelait à la commander un proscrit du Deux- Décembre, ardent ennemi de l'empereur, le général de Lamoricière. Il repoussait arrogamment une proposition de subside et de garantie territoriale, qui lui était adressée par le gouvernement français en même temps qu'une nouvelle demande de réformes (avril 1860). Aussi l'empereur, très froissé, paraissait-i] sur le point de rappeler ses troupes. Mais une fois qu'elles auraient quitté l'Italie, n'était-il pas à craindre que Cavour ne prît prétexte de quelques nouveaux cris de douleur pour procéder à de nouveaux afi*ranchissemenls et a de nouvelles annexions? Graribaldi en Sicile. — A Naples, on était encore moins raisonnable et moins accommodant qu'à Rome. Le successeur du roi Bomba, jeune homme ignorant et borné, dominé par une camarilla féroce et lâche, ne voyait de salut que dans l'absolutisme, la délation, la terreur. Aussi dédaignait-il depuis un an les conseils de Napoléon III, qui l'engageait à doter ses sujets d'une constitution et à s'allier avec la Sardaigne. La fermentation élait très vive dans tout le royaume. Bientôt la révolte éclata en Sicile (5 avril 1860). Ce mouvement fut le signal d'une campagne décisive entreprise peu après par le parti révolutionnaire en faveur de l'unité italienne. Garibaldi organisa ouvertement a Gènes, où les volontaires de tous les pays se rendaient à son appel, un corps expéditionnaire à la tète duquel il se proposait de gagner l'île insurgée. Gavour et Victor-Emmanuel, qui eussent pu l'en empêcher, fermaient les yeux, se réservant ou de le désavouer s'il échouait, ou, s'il réussissait, de substituer leur autorité à la sienne, sous couleur de garantir l'Italie et l'Europe de l'anarchie. Aussi le hardi condottiere put-il, dans la nuit du 5 au 6 mai, embarquer sa petite troupe (moins de 2000 hommes) sur deux navires que l'escadre piémontaise de Persano laissa complaisamment passer et qui, le 11, abor-

dèrcni en Sicile. Là, Garibaldi réunit en peu de jours une véritable armée; toute la population était pour lui; il vola de succès en succès. Dès les premiers jours de juin, après une lutte acharnée, il était maître de Palerroe, et avant la (in du même mois, Tile entière, à Texception de Messine et de quelques points sans importance, avait passé sous son autorité.

La révolution & Naples. — A ces nouvelles, plusieurs puissances, la France entre autres, s*émurent et reprochèrent à Cavour ses complaisances pour Garibaldi. Il les nia, mais fit observer que si TAutriche et la France n*empèchaient pas leurs sujets d*aller s'enrôler au service du roi de Naples ou du pape, il était naturel que la Sardaigne ne se montrât pas plus sévère pour ceux des siens qui allaient soutenir la cause d*un peuple opprimé. Quand le roi de Naples, qui venait d*invoquer les bons offices de Napoléon III, se décida, sur le conseil de ce souverain, à solliciter Talliance de la Sardaigne, Cavour demanda s'il était raisonnable que Victor-Emmanuel compromit sa popularité en Italie pour consolider le trône chancelant d-un de ses plus cruels ennemis. Toutefois il ne refusait point formellement le traité demandé. Mais il ne voulau le signer que si le roi de Naples accordait une constitution à ses sujets et la mettait effectivement en vigueur. Cette constitution, François II la publia (30 juin), mais personne ne la prit au sérieux. La camarilla du palais dissuadait le jeune roi de tenir sa parole et fomentait des manifestations absolutistes qui provoquaient de toutes parts des troubles de mauvais augure pour la dynastie. Dès la fin de juillet le roi remettait à une date indéterminée les élections parlementaires qu*il avait promises. C'était de sa part comme un suicide. Ses généraux, ses conseillers, ses parents même commencèrent à Tabandonner ou à le trahir. L'immense majorité de ses sujets tournait avec impatience ses regards vers le détroit de Messine.

Le hardi condottiere, invité officiellement par Victor-Emmanuel à s'arrêter, répondait qu'il était contraint, à son grand regret, de lui désobéir (27 juillet). Après ce refus catégorique, le roi se gardait bien d'insister. Le gouvernement français eût volontiers envoyé une escadre au phare de Messine. Mais l'An-

gleterre, ayant reçu du cabinet de Turin l'assurance qu aucune nouvelle cession de territoire ne serait faite i la France, ne voyait nul inconvénient à ce que le Piémont réalisât de nouvelles annexions. Elle rappela que Napoléon III avait adhéré au principe de non-intervention, et ce souverain, qui, à ce moment même, avait particulièrement besoin de rester en accord avec le cabinet de Londres S s'abstint, en fin de compte, de barrer le passage i Garibaldi. Ce dernier put donc, le 8 août 1860, franchir le détroit de Messine. Le cabinet des Tuileries se con-» tenta de rejeter sur FÂngieterre, par une note diplomatique, la responsabilité des événements graves qui pouvaient se produire en Italie. La cour de Londres, qui ne voulait rompre ni avec la France ni avec rAutriche, se hâta de déclarer qu'elle regarde* rait comme illégitime toute attaque de Garibaldi contre Rome ou contre Venise. Mais qui pouvait répondre que celte éventualité ne se produirait pas? Garibaldi avançait rapidement vers Naples. François II, trahi de toutes parts, se retirait, le 6 septembre, dans la direction de Gaêle. Dès le lendemain, Garibaldi entrait triomphalement, sans escorte, au milieu d'une foule en délire, dans la ville de Naples, y instituait un gouvernement provisoire et annonçait l'intention de continuer sa marche vers le nord. Il disait qu'il proclamerait Victor-Emmanuel roi d'Italie du haut du Quirinal. Il semblait alors tout à fait dominé par le parti avancé. Mazzini était accouru à Naples. Ses amis affluaient autour du dictateur, et la révolution italienne commencée au nom de la royauté, menaçait de s'achever au nom de la république. Gavour et son « complice » ; — Gastelfldardo et ses suites. — Gavour, fort désireux d'arrêter Garibaldi, qui pouvait perdre la cause italienne par ses témérités, avait envoyé devant Naples, avant même que François II s'en fût éloigné, plusieurs navires et 2 i 3000 bersaglieri, qui étaient descendus i terre après le départ du roi, mais n'avaient pu songer à barrer la route à l'armée révolutionnaire et à son chef. Il sut bientôt tirer de la complication même qu'il n'avait pu prévenir le plus merveilleux parti. Dès la fin d'août, il avait envoyé

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