‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 31 sur 190 · LE PORTUGAL · texte numérisé non relu

LE PORTUGAL

de sa vie, comptait presque autant d^opinions successives que d*années. » — Costa Cabrai, dur et autoritaire, avait pour lui rhabitude des affaires et la pratique du gouvernement. Pendant deux ans (1847-49) Saldanha réussit à le tenir en échec, puis en 1849 Costa Cabrai remporta à son tour. En habile politique, il essaya de retenir le vieux soldat et de Tenchaîner à sa cause, mais lamour-propre parla plus haut chez Saldanha que Fintérèt, il refusa toute proposition d'accommodement et passa à l'opposition. Il mit deux ans à préparer ses batteries, il gagna la confiance des hommes les plus distingués du pays, Ferrer, Soure, Pestana, Herculano, il se fit libéral, pour mieux duper les libéraux, qui espéraient trouver en lui un chef de parade et gouverner sous son nom en le flattant et en le payant bien. Le n avril 1851, il souleva Porto avec l'aide d'un riche manufacturier progressiste, Victorino Damasio. La cour ne fit aucune résistance, et, le 15 mai, Saldanha triomphant entrait à Lisbonne au milieu d'une population enthousiaste qui saluait en lui le régénérateur du pays.

La régénération. — La coalition qui avait porté Saldanha au pouvoir était surtout un syndicat de financiers et de gens d'affaires. Saldanha servit d'enseigne à la maison, mais au lieu de la régénération morale que demandait le candide Herculano, ce fut le progrès matériel que décrétèrent Rodrigo, le poniifey et Fontes, le diacre du nouveau culte. La régénération portugaise ne fut en somme que le règne du capital. Fontes résumait l'esprit du nouveau système en disant « qu'il répondrait du salut du pays s'il était possible de faire une loi qui obligeât tous les Portugais à voyager trois mois par an ».

Don Pedro V. — La mort de la reine Dofta Maria (15 nov. 1853) donna la couronne à D. Pedro V, jeune prince de seize ans, qui régna d'abord sous la tutelle de son père D. Fernando de Saxe. Le régent était un prince instruit, de goûts artistiques et d'esprit très moderne, qui se prêtait en philosophe à tous les changements à vue de la politique portugaise. Il avait confié son fils à l'historien Herculano, et pour compléter son instruction il le fit voyager en France, en Angleterre, en Suisse, en Belgique et en Italie. Déclaré majeur en 1855, D. Pedro

apporta à son pays une intelligence cultivée et un vif amour du bien public, mais son savoir Tavait fait trop supérieur à son peuple, et ses voyages le firent étranger, en lui révélant les misères de la société portugaise. Sa complexion délicate, son penchant naturel au mysticisme le portèrent à croire à sa fin prochaine. Il sembla plutôt assister à son règne que vraiment régner. Il vit succéder le parti historique au parti régénérateur^ il vit tomber Saldanha (1856) et passer au pouvoir après lui le duc de Loulé, grand seigneur de naissance, mari d*une infante, chef des révolutionnaires et franc-maçon, portant dans la révolution ses grandes façons et son impassible sérénité de fîdalgue du vieux temps, — le duc d*Avila, — le régénéi-aleur Terceira. Il n aima et n'estima vraiment que Loulé. Il s'attira une immense popularité par le courage dont il fit preuve dans les épidémies de choléra et de fièvre jaune qui désolèrent Lisbonne. Sa femme, la belle et bonne Stéphanie de HohenzoUern-Sig^ maringen, fut bientôt aussi populaire que lui. Mais la mort prématurée de la jeune reine augmenta encore la mélancolie du roi. Il se vit accuser de cléricalisme parce qu'il avait introduit les Sœurs de charité en Portugal ; il ne se sentit pas l'énei^ie nécessaire pour se mettre résolument a la tète du gouvernement, comme son peuple l'y conviait, et il mourut le 11 nov. 1861, regretté de tous ses sujets, qui un moment crurent à un crime et se répandirent dans les rues de Lisbonne en poussant des cris de mort et de vengeance.

Don Lniz r\ — D. Luiz, duc de Porto, succéda à son frère D. Pedro, et s'entoura d'hommes nouveaux comme Cazal, Serpa, Martens, Sampaio, qui donnèrent à la politique portugaise une tournure progressiste marquée. Mal vues des libéraux et du clergé portugais, les Sœurs de charité furent expulsées du Portugal. Le roi épousa une fille de Victor- Emmanuel.

Les intérêts industriels et commerciaux furent l'objet de la constante sollicitude du roi et des ministres. L'année même où fut inaugurée la ligne de Badajoz à Lisbonne, les passeports furent abolis dans l'intérieur du royaume pour les nationaux et les étrangers. En 1866, une Exposition universelle fut ouverte à

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