Voir ci-dessus, t. X, p
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demandent la revision de la constitution ; Fidée de re vision fait des progrès pendant les années suivantes.
Les libéraux réclament que la première Chambre soit élue par les Etats provinciaux; que la deuxième soit élue directement par des censitaires; que les séances des Etats généraux deviennent publiques; que les Etats aient en matière législative une initiative plus grande et le droit d'amender les projets présentés par le gouvernement; que la responsabilité du roi, Gclive à moins d'une révolution, fasse place à la responsabilité parlementaire des ministres, c'est-à-dire l'obligation pour eux de se retirer quand ils auront contre eux la majorité des représentants. Les libéraux demandent encore la suppression de la distinction des ordres dans les Elats provinciaux, le contrôle des administrations communales par le gouvernement. Ils promettent la liberté de la presse, des économies budgétaires et la réduction des dépenses militaires qui grevaient fortement le budget depuis la guerre avec la Belgique.
La Constitution de 1848. — Les libéraux gagnèrent à leur cause une partie des membres de la seconde Chambre. Dans la session des Etats généraux de 1847-48, pour éprouver leurs forces, ils essayèrent de faire repousser le budget présenté par le gouvernement, mais les députés catholiques du Limbourg et du Brabant, qui avaient promis leurs votes à l'opposition, changèrent d'avis au dernier moment et le budget fut voté par 34 voix contre 24. En revanche, un projet de réforme électorale proposé par le ministère et combattu comme insuffisant par les libéraux fut rejelé par 31 voix contre 27. Les séances avaient été si animées qu'on ne se rappelait pas en avoir vu de pareilles depuis 1830. Le roi Guillaume II fut impressionné par les progrès du parti libéral : la révolution de février 1848 et l'agitation républicaine et révolutionnaire en Europe achevèrent de le résoudre à céder à l'opposition parlementaire. Il forma en dehors de son ministère une commission chargée de reviser la Constitution : Thorbecke et trois autres libéraux en étaient membres. < Vous voyez, disait Guillaume parlant de sa conversion brusque à un diplomate, un souverain qui est devenu, en vingt-quatre heures, partisan de la réforme constitutionnelle. »
Les États généraux furent convoqués avec un nombre double de députés, et cette sorte de Constituante adopta la nouvelle Loi fondameiUale qui fut promulguée en novembre 1848.
La responsabilité du roi était remplacée par celle des ministres; aucun arrêté royal ne devait être exécuté s*il n'était contresigné par le ministre compétent. On promettait des lois qui régleraient d'une manière moins arbitraire Tavanceraent des officiers et l'administration des colonies. Les membres de la première Chambre étaient élus par les États provinciaux et pour neuf ans; ils devaient être choisis parmi les contribuables les plus imposés. On leur laissait l'indemnité de 3000 Qorins par an que leur avait accordée la Constitution de 1815. La première Chambre eut 39 membres. Les membres de la seconde Chambre étaient élus au suffrage direct par les contribuables payant un minimum d'impôts directs qui variait entre 20 florins dans les campagnes et 160 dans les grandes villes; ils devaient avoir trente ans, sans conditions de cens; ils recevaient 2000 florins par an. On comptait un député par 45 000 habitants; leur nombre devait être modifié après chaque recensement; il s'éleva de 68 en 1849 à 80 en 1869. (L'ancienne Chambre n'avait que 56 membres.) La seconde Chambre était nommée pour quatre ans et renouvelable par moitié tous les deux ans. Le roi pouvait la dissoudre. Une loi particulière déclarait inéligibles les militaires en activité, les membres du clergé, les fonctionnaires dans leur ressort. Les prérogatives des Etats généraux étaient augmentées. La seconde Chambre avait désormais les droits d'enquête, d'initiative et d'amendement. Le budget devait être voté chaque année. Les débats parlementaires devenaient publics.
A la réforme électorale et parlementaire s'ajoutèrent quelques autres mesures libérales. L'autorisation préalable pour les journaux fut abolie; on promit des lois pour donner une plus grande liberté de réunion et d'association, et pour établir partout des écoles primaires.
Les partis aux États généraux. — En janvier 1849 eurent lieu les premières élections avec le suffrage direct : la session s'ouvrit le 1" février. La majorité appartenait aux libéraux, et leur chef Thorbecke fut chargé de former le pre-
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mier ministère responsable des Pays-Bas. Dès lors, le régime devient i peu près parlementaire; c'est presque toujours la majorité qui gouverne ; le roi intervient pourtant quelquefois pour maintenir un cabinet en minorité et pour dissoudre la Chambre. Alors s'organisent les partis qui sont au nombre de quatre : 1^ le parti libéral, coalition de modérés -et de radicaux, tous monarchistes, attachés à la constitution de 1848 et divisés sur l'opportunité ou l'ui^ence des réformes à faire; 2* le parti conservateur, avec la plupart des nobles et une partie de la bourgeoisie, attaché au régime arbitraire et aristocratique d'avant i848, opposé à toute réforme nouvelle; 3"* le parti chrétien-historique, fondé par des pasteurs calvinistes orthodoxes et dirigé par Groen van Prinslerer; 4" le parti catholique, qui s'appuie sur un tiers de la population néerlandaise et dont les forces sont surtout en Brabant et Limboui^.
Les deux grands partis sont les libéraux et les conservateurs : en général les premiers ont pour alliés les catholiques qu'ils protègent contre l'intolérance des chrétiens-historiques, et ceux-ci sont coalisés avec les conservateurs. La lutte s'engage sur plusieurs questions; les libéraux veulent remplacer les impôts indirects sur les objets nécessaires à la consommation (taxe sur la mouture, sur le combustible, etc.), par une augmentation des impôts directs; les conservateurs résistent par crainte de l'impôt sur le revenu. Les libéraux réclament l'augmentation du budget des travaux publics, la construction rapide de chemins de fer, de lignes télégraphiques; les conservateurs veulent qu'on procède avec lenteur et économie. Les libéraux sont presque tous libre-échangistes, les conservateurs s'attachent à l'ancien tarif protectionniste. Les réformes aux colonies, la réorganisation de l'armée, les écoles primaires, les droits des catholiques donnent encore des sujets de conflit. Les libéraux ne sont pas toujours d'accord entre eux sur ces questions, particulièrement sur les colonies et l'armée, et leur parti est parfois divisé, parfois brouillé avec ses alliés temporaires, les catholiques.
Lie mouvement d^avril 1853. — Le premier ministère Thorbecke (1849-1853) fit compléter les réformes accordées en 1848. Le minimum du cens électoral dans les grandes villes fut
abaissé de 160 à 120 florins. On vota les lois qui réorganisaient les Etals provinciaux el les Conseils communaux conformément au programme libéral. Chacune des onze provinces eut des Etats élus par les mêmes électeurs que la seconde Chambre, pour neuf ans, et renouvelables tous les trois ans par tiers. La distinction des ordres fut abolie. Les députés reçurent une indemnité. Ce sont ces Etats, on Ta vu, qui désignent les membres de la première Chambre. Ils soccupent des travaux publics dans leurs provinces, et lèvent des impôts sous le contrôle du gouvernement central. Ils siègent deux fois par an et, dans Tinlervalle de leurs séances, sont représentés par six de leurs membres désignés par eux et appelés la Députalion des Etats. Etals et Députalion sont présidés par le commissaire royal ou gouverneur. Les communes furent administrées par des conseils élus pour six ans, renouvelables par tiers tous les deux ans et nommés par des censitaires qui payent au moins la moitié du cens nécessaire pour être électeur de la seconde Chambre. Le conseil choisit les échevins ou wethoudhers chargés du pouvoir exécutif; le bourgmestre, chef de la police, est nommé par le gouvernement. Les budgets des villes sont approuvés par la Députalion des Etals provinciaux et par le gouvernement. Depuis ces réformes le gouvernement local des Pays-Bas ressemble par beaucoup de points à celui de la Belgique. Ces réformes qui établissaient un contrôle du pouvoir central et qui remplaçaient des corps privilégiés el traditionnels par un^ administration moderne, sortie du suffrage et établie sur un plan uniforme, furent combattues vivement mais sans succès parles conservateurs (1848-1851).
Leur opposition fut plus heureuse quand le ministère voulut faire voler une loi qui soumettait les établissements d*assistance au contrôle de TElat. Les catholiques, les calvinistes, et les juifs qui voulaient conserver leurs bureaux de bienfaisance, leurs asiles, leurs hôpitaux confessionnels et autonomes s*unirent contre le projet; les Etats généraux le rejetèrent (1852). Le parti libéral belge avait mieux réussi dans des circonstances analogues. Déjà ébranlé par cet échec, le ministère Thorbecke ne put obtenir des Etals une augmentation d*impôts qu*il récla-
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mait. Sa chute, désormais assurée, fut précipitée par un conflit entre calvinistes et catholiques. Le pape Pie IX, par un bref du 3 mars i853, avait restauré l'archevêché d*Utrecht et les anciens évèchés des Pays-Bas, supprimés après la Réforme. Le cabinet Thorbecke était alors en négociation avec la cour de Rome pour l'abolition d'un concordat conclu pendant l'union avec la Belgique. Il parut surpris par le bref et se plaignit que le pape ne lui eût donné aucun avis préalable de la restauration des évèchés; mais fidèle à des principes libéraux et désirant conserver le concours des représentants catholiques, il n'agit pas. Les calvinistes s'élevèrent contre le projet de réorganiser les évèchés et le roi reçut un grand nombre de pétitions qui le priaient de c ne pas sanctionner les titres et dignités octroyés dans les Pays-Bas par un prince étranger ». Le mouvement anti-catholique se manifesta avec plus de force au mois d'avril, pendant une visite que le roi fit à Amsterdam. Les pétitions. Les adresses, les manifestations redoublèrent. Le 15 avril le roi fit à une députation calviniste une réponse qui était un désaveu de la conduite du cabinet. Le 20 avril les ministres donnèrent leur démission et furent remplacés par des libéraux modérés. Le nouveau ministère essaya d'arrêter le mouvement d'avril en donnant une demi-satisfaction à chacun des deux partis catholique et calviniste. Il déclara qu'il n'avait aucun moyen légal d'empêcher l'institution d'évèques catholiques, mais il obtint que l'archevêque d'Utrecht et trois des évèques résideraient dans de petites localités catholiques et non dans les villes, devenues calvinistes, dont leur diocèse portait le nom. Seul l'évêque de Roermond, ville catholique, put résider dans son chef-lieu. Pour donner une satisfaction plus importante aux calvinistes, le ministère fit adopter une loi qui exigeait pour l'exercice de tous les cultes l'approbation royale et la prestation par les prêtres d'un serment de fidélité et d'obéissance (novembre 1853). En somme le parti catholique s'est organisé aux Pays-Bas à peu près comme il l'était déjà en Belgique, sous la direction du pape, sans concordat et en dehors du gouvernement national. La force du parti catholique néerlandais s'accroît continuellement depuis 1853.
La loi scolaire de 1867. — Les élections de juin 1854 amenèrent une augmentation de la majorité ministérielle et de la minorité catholique (15 membres sur 68), et une défaite des chrétiens-historiques. Le nouveau ministère pour* suivit la réforme de Timpôt commencée avant lui. Dès le mois de juillet 18i7 le droit sur la mouture, qui rapportait 1 million et demi de florins par an, avait été partiellement supprimé et remplacé par une augmentation des droits sur Talcool et de la contribution personnelle. En 1833 ce qui restait de ce droit fut aboli; les droits de tonnage furent remplacés par les droits sur Talcool et sur le sucre. Le ministère modéré reprit la tradi* tion deTliorbecke et essaya d'établir le contrôle de Tadministra* tion sur les établissements de bienfaisance. Une loi qui établis*^ sait cette surveillance d'une manière très vague fut adoptée en 1834 malgré Topposition des partis confessionnels. Ensuite le minislcre présenta un projet pour établir des écoles primaires conformément à la promesse faite en 1848. La précé*^ dente loi sur renseignement primaire datait de 1806; elle avait établi le principe que les écoles publiques devaient être ouvertes aux enfants de toutes les confessions. L'école mixte fut défendue par le ministère dans le projet qu'il présenta en 1855 ; les chrétiens-historiques et une partie des conservateurs la combattirent énergiquement parce qu'ils voulaient que les écoles publiques fussent protestantes; les catholiques se rangèrent du côlé du gouvernement contre les calvinistes. Après deux années de discussions et d'agitation, le ministère parvint à faire voter la loi de 1837, qui oblige toute commune à entretenir des écoles publiques non confessionnelles. Le maître d'école ne doit rien c faire ou permettre qui soit contraire au respect dû au sentiment religieux des gens d'une autre foi ». La loi déclare que l'école publique a pour but « de développer les facultés intellectuelles des enfants », et elle ajoute c de les élever dan.s toutes les vertus chrétiennes et sociales ». Les frais de Técole sont [»ayés par le budget communal; la commune a le droit de lever une rétribution scolaire; l'enseignement primaire n'est [tas gratuit, l'Etat vient au secours des communes par (les subventions. Les instituteurs sont nommés
par le conseil communal, les iuspecleurs par TEtat. En théorie cette organisation est pareille à celle de TÂngleterre ; en pratique Tobligation d*élever les enfants dans les vertus chrétiennes a été interprétée par les conseils communaux, de manière à transformer Técole publique en école catholique ou calviniste, suivant leur foi. Dans cette intention les députés catholiques ont abandonné les libéraux qu*ils avaient soutenus en 1857 et ils se sont joints aux chrétiens-historiques.
Li*esclavage aux Indes ; le système des cultures aux Indes orientales. — A partir de i853, les questions coloniales prennent une grande place dans les débats des Etats généraux. Les libéraux réclament : i"" Tabolition de Tesclavage en Guyane et aux Antilles ; 2'' le contrôle du Parlement sur le budget de Tadminislration des colonies ; 3* Tabolilion du svstème des cultures (corvée des indigènes) dans les Indes orientales (archipel de la Sonde et Moluques). La majorité des représentants était contre l'esclavage, défendu seulement par quelques conservateurs, mais il y avait désaccord sur Tindemnité à payer aux planteurs et sur le degré de liberté qu*on pourrait laisser aux atTranchis. En i85i les Etats adoptèrent une loi qui promettait Témancipation des esclaves pour le l""* janvier 1860 au plus tard, contre une indemnité de iS millions de florins aux planteurs. En 1859 la promesse n'avait pas été réalisée; tous les ans le ministre des Colonies présentait aux Etats un projet qui était rejeté. Enfin, en 1862, le deuxième ministère Thorbecke réussit à faire adopter une loi qui déclarait l'esclavage aboli pour le 1" juillet 1868 au plus tard, qui accordait une indemnité aux planteurs et établissait une surveillance sur les affranchis. La loi fut votée à l'unanimité moins deux voix. Elle donnait la liberté à 36 000 esclaves en Guyane (population totale 53 000 hab.) et à 11 000 esclaves dans les Antilles (population totale 31 000 hab.). Le contrôle des Etats généraux sur l'administration des Indes néerlandaises fut établi en principe dans la même année 1854, et en fait sous le deuxième ministère Thorbecke (1864).
La solution de la troisième question coloniale, le système des cultures, fut plus longue et plus laborieuse et causa plusieurs crises ministérielles. On appelait système des cultures,
le régime introduit après 1830 par le gouverneur Van (1er Bosch. Van der Bosch avait reçu la mission de développer la production des denrées tropicales : il ne pouvait y parvenir par la culture privée, car Tesclavage n'existait pas a Java, et les Malais ne voulaient produire que le riz nécessaire à leur consommation. Le gouverneur imagina d'étendre au sucre et à Tindigo le système appliqué dès le xvm* siècle au poivre et au café. A la place de Timpôt foncier, il prit un cinquième des terres cultivées en riz, et comme les indigènes devaient soixante jours do corvée par an, on les fit travailler pendant ce temps à cultiver et à récolter les produits coloniaux sur les terres qu'on leur avait prises. Le gouvernement louait terres et corvéables à des entrepreneurs, qui se chargeaient de nourrir les travailleurs et qui cédaient suivant un prix fixé leurs récoltes à l'administration. Le café, le poivre, le sucre, l'indigo, le thé, le tabac ainsi produits étaient vendus à Amsterdam et procuraient de grands bénéfices au gouvernement. Le budget des Indes se soldait en moyenne par un excédent de 30 millions de florins qui servait à combler le déficit creusé dans le budget métropolitain par la guerre contre la Belgique et par les frais des travaux publics. On réussissait même à économiser une partie de cet excédent pour former un fonds de réserve.
L'excédent de 30 millions de florins, si utile au budget néerlandais, fournissait le principal argument aux partisans du statu quo; ils ajoutaient que les Malais ne travailleraient plus s'il n'y étaient pas contraints, qu'ils n'achèteraient plus rien à la métropole, puisqu'ils ne gagneraient plus de salaire, que le marché des produits tropicaux établi a Amsterdam perdrait son importance, que le commerce national baisserait. Tels étaient les arguments des conservateurs et des modérés. D'autre part, les libéraux démocrates réclamaient la suppression du régime des cultures, parce que l'obligation du travail était contraire à leurs principes et parce qu'elle avait amené des abus; ils montraient par exemple que le gouvernement prenait plus d'un tiers des terres fertiles, que les entrepreneurs faisaient travailler les corvéables plus de soixante jours, qu'ils ne les nourrissaient ni ne les payaient, enfin que le revenu colonial et les journées de
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corvées étaient absorbés par la métropole au Heu d*èlre employés à Tamélioration du sort des indigènes, aux travaux publics, à rinstruction. Ils dénonçaient ce système d'exploitation comme indigne d'un Etat moderne. Les partisans de la réforme remportèrent après de longs efforts et en plusieurs fois. D*abord, un ministère conservateur qui avait succédé au cabinet modéré de 1853 fut renversé en 1861 par les libéraux parce qu'il refusait de réformer le système des cultures. L'année suivante le ministre des Colonies du cabinet Thorbecke qui avait remplacé le. ministère conservateur, dut se retirer après l'échec d'un* projet pour établir la liberté de culture. En 1866, tout le cabinet Thorbecke démissionna parce que le roi avait promulgué le nouveau code pénal des Indes orientales par simple ordonnance au lieu de la soumettre à la discussion des Etats. Le ministère modéré qui le remplaça tomba bientôt sur la question des cultures. Sous le ministère conservateur qui lui succéda (1866-68), le portefeuille des Colonies changea trois fois de titulaire. EnGn les libéraux, revenus au pouvoir, firent insérer en 1869 dans le budget de l'année suivante une disposition aux termes de laquelle les colonies verseraient à la métropole 10107749 florins, c'est-à-dire la somme strictement nécessaire à l'équilibre du budget. Le reste de l'excédent devait être dépensé aux travaux d'utilité publique dans les colonies. En 1870 la corvée fut supprimée pour toutes les cultures auxquelles elle s'appliquait encore, sauf pour le café. Ces réformes eurent d'importantes conséquences budgétaires. Le revenu des Indes occidentales tomba plus bas qu'on ne s'y attendait. Le gouvernement avait absolument besoin, comme on Ta vu, d'un excédent colonial de 10 à 11 millions de florins par an pour équilibrer son budget. Or, en 1868, l'excédent tomba à 2 millions et demi de florins. Le ministre des Finances combla le déficit avec les résidus des excédents antérieurs : mais il fallut désormais prévoir pour chaque année un déficit et imaginer de nouveaux impôts, ce qui rendait difficile la situation du parti au pouvoir.
Les libéraux au pouvoir, malgré le roi. — Pendant la discussion du système des cultures, le pouvoir avait changé* plusieurs fois de main. Le deuxième ministère ThorbeckO'
(1862-66) succéda à un gouvernement conservateur. Il acheva la réforme fiscale; Timpôt sur le combustible et les octrois furent remplacés par une augmentation do,s droits sur les eauxde-vie. Il fit adopter en 1862 un tarif de douanes peu élevé, à Texemple de la France et de TAngleterre; il fit exécuter de grands travaux publics, amélioration du fleuve à Rotterdam, creusement d*un canal direct d*Amsterdam à la mer pour accroître le commerce des deux grands ports néerlandais (1863), construction par FÉtat de 888 kilomètres de voies ferrées à faire en dix ans avec les excédents coloniaux (1860), exploitation des chemins de fer nationaux par des compagnies privées (1863). Ces projets furent combattus comme trop coûteux par les conservateurs. Thorbecke garda contre eux sa majorité; mais comme il était mal vu de la cour, il se retira pour des raisons personnelles en 1866. Le roi prit un ministère conservateur (Van Zuylen), et pour lui donner une majorité recourut à la dissolution de la seconde Chambre (28 sept. 1866); les libéraux conservèrent une petite majorité! En outre les partis confessionnels se coalisèrent contre le cabinet conservateur parce qu*il ne voulait pas se déclarer contre la loi scolaire de 1857 et le principe de Técole publique mixte. Le 26 novembre 1867 l'opposition prit prétexte des négociations relatives au Luxem^bourg pour refuser de voter le budget des Affaires étrangères. Les ministres donnèrent leurs démissions, mais la Gazette offi^ cielle annonça c qu*il avait plu à Sa Majesté de faire connaître au Conseil des ministres qu*elle n'avait trouvé aucun motif de retirer sa confiance au cabinet, qu'en conséquence elle n'acceptait pas sa démission » (21 déc). La seconde Chambre fut immédiatement dissoute; les élections de janvier 1868 se firent à la fois sur la question des prérogatives du parlement et sur la loi scolaire de 1857. Les libéraux eurent la victoire : le roi n'osa tenter une troisième dissolution; il accepta la démission du cabinet Van Zuylen (avril), et prit un cabinet libéral dont Thorbecke ne faisait point partie (juin). Le ministère de 1868 se déclara pour le maintien de l'école mixte ; il supprima le droit de timbre sur les imprimés et les journaux (1869). Sa majorité s'augmenta légèrement aux élections partielles de 1869.
Le parlt libéral s*est heurté, en Belgique, à un parti catholique compact; dans les Pays-Bas, à une coalition de conservateurs. Dans les deux royaumes, les principaux sujets de conflit sont la réforme électorale et la question des écoles. Le régime parlementaire a été introduit dans les Pays-Bas; dans la Belgique, il fonctionne depuis 1831, aussi correctement qu*en Angleterre.
Pour les répertoires et périodiques bibliographiques, voir Ch.-V. Langlois, Manuel de bibliographie historique^ Paris, 1896, in-18. — En outre, la Revue bibliographique belge et les Catalogues des bibliothèques du ministère de rintérieur et du ministère des AlTaires étrangères du royaume de Belgique. Belgique. — Ouvrages de J.-J. Thonissen, Balau (catholiques) et de L. Hymans, Discaillet (libéraux) déjà cités ci-dessus (tome X). — Deux recueils d'esprit libéral : Palria Belgica, Bruxelles, 1873, 3 vol. in-8 (publié sous la direction de E. van Bemmel); et 1830-1880. Cinquante ans de liberté, Bruxelles, 1880, 4 vol. in-8 (partie politique par Goblcl d*Alviella). Jean van Danune -(pseudonyme de Frère-Orban, représentant libéral). Les Jésuites, renseignement et la convention d'Anvers, Liège, 1854, in-8; — La main-morte et la charité, Bruxelles, 1857, in-8. — M. Lauer, Entioickelung und Gestaltung des belgischen Volkschulwesen seit 1842^ Berlin. 1885, in-8. La Statistique générale de la Belgique parait régulièrement depuis 18il. — Voir Xavier Heuchling, Résumé de la statistique générale de la Belgique de 1841 à 1850, Bruxelles, 1852, in-8. — Statistique générale de la Belgique de 1861 à 1875, Bruxelles, 1876, 2 vol. in-4.
Sur le développement économique de la Belgique : Enquête commerciale et industrielle de 1842 et années suivantes, dans le Recueil des documents de la Chambre, et ce recueil en général. — Album du développement progressif du réseau des routes, voies navigables et des chemins de fer de 1830 à 1880, Bruxelles, 1881, 3 parties, in-f». — Dujardin-Baumetz, Histoire graphique de Vindustrie houillère en Belgique, Paris, 1888, in-f». — £. van Bruyssel, Histoire du commerce et de la marine en Belgique^ Bruxelles, 1861-65, 3 vol. in-8.
La principale revue libérale est la Revue trimestrielle (publiée par E. van Bemmel), à laquelle succède en 1869 la Revue de Belgique.
l*ays-Ba«. — Outre les histoires générales de De Bosch-Kemper (conservateur) et de Nuijens (catholique) citées ci-dessus (tome X) : — Thorbecke (libéral), Aantekening op de Gi'ondwet (Remarques sur la constitution), Amslerdami, 1841, in-8, et un grand nombre d'articles et de discours. - G.-J. de Vos (chrétien-historique), Groen von Prinsterer (n zijn tijd, t. 1, Dordrecht, 1886, in-8. — Chantepie de la Saussaye (pasteur), La crise religieuse en Hollande, Leyde, 1860, in-8. — Nippold, Die rômischkatolische Kirche im Kônigreich der Niederlande, Leipzig et Utrecht, 1877, in-8. — Alphonse Esquiros, La Néerlande et ta vie hollandaise, Paris, 1859, 2 vol. in-12. — E. de Laveleye, Études d'économie rurale. La Néerlande, Paris, 1865, in-8. — La grande revue libérale est De Gids; Torgane des chrétiens-historiques, De Nederlander.
Sur les deux royaumes : Ch. Seignobos, Histoire politique de VEurope contemporaine, Paris, 1897, in-8.