CHAPITRE XII
De 1848 à 1870.
/. — Le Danemark.
L*hi8toire du Daneinai'k durant la période qui s*élend de 1848 à 1864 est dominée tout entière par les difficultés relatives aux duchés de TElbe. Les crises extérieures que celles-ci provoquèrent à deux reprises furent assez violentes pour suspendre à peu près complètement la vie politique intérieure du pays. D*autreparl, telles questions qui dans d'autres pays relèvent uniquement de la politique intérieure, les réformes constitutionnelles notamment, se trouvaient compliquées sans cesse par les rapports singuliers existant entre le royaume proprement dit et les duchés. Tout ramène donc en quelque sorle à ceux-ci, et c*est pourquoi il convient de les mettre constamment au premier plan, quand on doit, en retraçant rapidement l'histoire du Danemark à cette époque, dégager ses traits essentiels.
Avènement de Frédéric Vn. Réformes constitutionnelles. — Frédéric \1I succéda à son père Christian VllI en janvier 1848. Le nouveau souverain se trouvait, dès son avènement, en présence de deux ordres de questions également graves : le problème constitutionnel et celui relatif aux duchés
de Schleswig et de Holstein. Ni Tud ni Tautre n*était nouveau : nous avons vu, en effet, les progrès et les efforts du libéralisme pendant les règnes précédents \ en même temps que les essais tentés pour concilier ses aspirations avec les traditions et les désirs de la couronne; les difficultés que soulevait la situation remontaient plus haut encore, mais avaient pris, nous Tavons vu aussi, un caractère particulièrement aigu au cours des règnes de Frédéric VI et de Christian VUI. Or, le fait même que ces questions étaient agitées depuis longtemps rendait les solutions chaque jour plus nécessaires, d*autant plus que le contre-coup des événements de France et d'Allemague vint bientôt surexciter davantage encore les esprits. Questions constitutionnelles et affaires des duchés étaient du reste étroitement mêlées et réagissaient constamment les unes sur les autres, encore que la nécessité d'être clair oblige, dans un récit abrégé, à les séparer presque complètement.
A peine monté sur le trône, Frédéric VII voulut donner satisfaction aux désirs de ses sujets, et une proclamation du 28 janvier i848 annonça une constitution dont elle indiquait sommairement les principes essentiels : les Etats provinciaux institués par Frédéric VI seraient maintenus, mais une Diète commune à toute la monarchie serait créée à côté ou au-dessus d*eux et chargée de délibérer sur les impôts, Tadministralion des finances et les lois. Une assemblée nommée partie par le roi et partie par les Etats provinciaux devait étudier ce projet et lui donner une forme définitive. Deux mois plus tard, Frédéric VII faisait un pas nouveau : en même temps qu il appelait des ministres plus libéraux, il promettait formellement à son peuple de partager le pouvoir avec lui (22-24 mars 1848). Une assemblée constituante élue sur des bases très larges se réunit à Copenhague, le 23 octobre de la même année; ses travaux aboutirent à la constitution promulguée le 5 juin 1849 et qui est encore en vigueur aujourd'hui, au moins dans ses parties essentielles.
Celte constitution de 1849, qui dotait le Danemark d'un véri-
i. Voir ci-dessus, t. X, p. 683 et suiv.
table syslëme représentatif était, par conséquent, beaucoup plus libérale que le projet annoncé par le roi dans sa proclamation de Tannée précédente. D*autre part, elle n*avait pas été imposée par la violence; Frédéric YII se trouvait donc avoir accompli une évolution marquée. Plusieurs causes avaient pu Vy déterminer. Et d abord, son esprit assez ouvert et intelligent no répugnait point aux innovations de ce genre. De plus, la vue de ce qui se passait dans d'autres Etats de TEurope était de nature à le faire réfléchir. Lors donc que des manifestations libérales se produisirent à Copenhague et que des assemblées populaires y réclamèrent une constitution repré* sentative, il jugea plus prudent d*accéder à ces vœux. Enfin, une crise venait d'éclater dans les duchés, et tellement grave qu'il ne serait évidemment possible d'en venir à bout qu'avec le concours du peuple danois tout entier. De là, nécessité absolue d'éviter la moindre mésintelligence entre la nation et le gouvernement. Frédéric YII y réussit complètement. Il jouit, dès les premiers mois de son règne, d'une popularité très considérable, et la conserva jusqu'à la fin de sa vie.
Soulèvement dans les duchés '. — Le projet de constitution contenu dans la proclamation de janvier 1848 avait causé un certain mécontentement dans le royaume. Certaines dispositions tendaient à faire deux parts dans la monarchie, opposant en quelque sorte le royaume aux duchés. Dans les duchés, ce même projet souleva des récriminations et des colères plus vives encore. On lui reprochait, au nord du Kongeaa, de sacrifier le royaume aux duchés ; au sud, de méconnaître les droits légitimes de ceux-ci. Le parti schleswig-holsteinois, qui suivait le duc d'Augustenboi'g, avait à plusieurs reprises déjà manifesté ses tendances allemandes. L'état d'effervescence qui régnait alors en Allemagne et la nouvelle des événements qui s'y déroulaient l'excitèrent donc et le poussèrent à faire valoir ses revendications. Une réunion tenue à Rendsborg, le 16 mars 1848, décida d'envoyer une députation au roi pour lui demander une constir tution commune aux deux duchés et l'incorporation du Schleswig