‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 41 sur 190 · Voir ci-dessus, t. X, p · texte numérisé non relu

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dans la Confédération germanique. Mais avant mémo que la délégation eût apporté le refus du roi, le 23 mars, à Kiel, quelques soldats se mutinèrent et arrachèrent leurs cocardes danoises; le même soir, un gouvernement provisoire se constituait, et dos le lendemain le duc d*Auguslenborg s*emparait de la forteresse de Rendsborg. Les duchés étaient en révolte ouverte et le temps des confuses discussions constitutionnelles était passé.

La première conséquence de ces événements fut de faire taire en Danemark les discussions de partis et de montrer que le roi était parvenu à s'assurer Tappui du pays tout entier. Des mesures furent prises pour réprimer Tinsurreclion et un corps de 10 000 hommes se concentra dans le Schleswig septentrional; Tarmée schicswig-holsteinoise, forte d'environ 7000 hommes, se composait de quelques régiments qui avaient abandonné la cause danoise, et de nombreux volontaires. S'élant avancée vers le nord, elle rencontra les troupes royales à Bov, et fut mise en déroule. Deux jours après, les Danois réoccupaient la ville de Schleswig. Le roi de Danemark semblait donc devoir rétablir très rapidement son autorité; toutefois, les choses changèrent bientôt de face, car la question des duchés cessa d'être purement danoise pour devenir, en quelque mesure, européenne.

Un des premiers soins du duc d'Augustenborg et de ses partisans avait été de chercher des appuis au dehors. Une députation se rendit à Francfort, auprès du Parlement, et le duc luimême alla à Berlin. Les délégués furent favorablement accueillis, leurs revendications estimées justes, et la Prusse reçut mandat de les appuyer (12 avril 1848). Frédéric-Guillaume n'avait, du reste, pas attendu cette requête pour agir : quelques jours auparavant, le 6 avril, sans avoir préalablement déclaré la guerre au Danemark, il avait fait entrer une petite armée dans les duchés. D'autres Etals allemands, le Hanovre notamment, l'imitèrent, et bientôt les 10 000 hommes qui représentaient toutes les forces danoises dans le Schleswig se trouvèrent aux prises avec des adversaires trois fois plus nombreux. La première bataille eut lieu le 23 avril, jour de Pâques, aux portes même de la ville

(le Schleswig; Farmée danoise fut battue et se relira sur Flensborg, d*où elle passa ensuite dans Tile d*Als, qui n*est séparée de la terre ferme que par un canal très étroit : elle devait être ainsi en mesure de se porter sur les derrières de l'armée allemande si celle ci se dirigeait vers le Jutland. Et en effet, les Prussiens marchèrent vers le nord, jusqu'aux environs d'Arhuus, après avoir laissé en observation en face de Tile d'Als les contingents hanovriens; ceux-ci furent culbutés à la bataille de Dybbél (28 mai 1848). Pendant que les opérations se poursuivaient ainsi sur terre, avec des fortunes diverses, les Danois avaient sur mer des avantages marqués. A vrai dire, il n'y avait même pas de luUe, aucun de leurs adversaires n'ayant de marine militaire à opposer à la leur. Ils profilèrent donc de cette situation pour bloquer étroitement les ports et paralyser complètement le commerce prussien.

Intervention des puissances. Armistices de Malmo. — La diplomatie, d'autre part, ne demeurait pas inactive. Les insurgés avaient trouvé des secours en Allemagne, le Danemark essaya d'intéresser l'Europe en sa faveur. Diverses puissances, la France et l'Angleterre notamment, avaient garanti au Danemark la possession du Schleswig. Mais c'étaient là des engagements très anciens. La France adressa néanmoins quelques observations à Berlin, et l'Angleterre offrit sa médiation. La Suède, de son côté, se montrait inquiète des avantages de la Prusse et du danger que courait le Danemark. Poussée par le désir de sauvegarder sa propre sécurité, et aussi par les sentiments scandinavistes dont nous avons déjà parlé et auxquels nous aurons encore à revenir, elle fit, dès le mois de mai, des représentations énergiques à Berlin, déclarant qu'elle ne tolérerait point une occupation du Jutland ; et, pour donner plus de force à ses réclamations, elle arma une escadre et concentra des troupes. La réponse du cabinet de Berlin ne l'ayant pas satisfaite, elle envoya un corps d'armée dans l'ile de Fionie. La Russie protestait de son côté. Estimant, selon les propres expressions de Nesseirode, « que la guerre menaçait... de porter atteinte à la paix générale, au commerce et aux intérêts des puissances riveraines de la Baltique Py elle adressa également

des observations à Berlin et les appuya par l'envoi d*une escadre sur les côtes danoises. Des manifestations aussi énergiques disposèrent naturellement le gouvernement prussien à la conciliation. Les négociations pendantes depuis quelque temps déjà s'accélérèrent, et, le 2 juillet 1848, un armistice de trois mois était signé à Malmô, en Suède, sous la médiation de l'Angleterre. Il stipulait, entre autres choses, que le gouvernement des duchés serait confié jusqu'à la paix définitive à des commissaires danois et prussiens qui éliraient un président pris en dehors d'eux et chargé de les départager. Bien que très régulièrement conclu, cet armistice ne fut pas exécuté. En même temps que les négociations de Malmô, des pourparlers se poursuivaient entre l'état-major danois et le général en chef prussien Wrangel. Celui-ci voulut apporter des modifications aux stipulations de Malmô et insérer en outre une clause réservant la ratification par le vicaire de l'Empire. Le général danois s'opposant à ces prétentions, les hostilités recommencèrent le 24 juillet, et le Danemark proclama immédiatement le blocus de tous les ports prussiens. En présence de celte altitude énergique, la cour de Berlin se prèla à de nouveaux pourparlers, et le 26 août la Prusse, munie de pleins pouvoirs du gouvernement fédéral, signait, toujours à Malmô, un nouvel armistice, conclu celte fois sous la médiation de la Suède et la garantie de l'Angleterre. Aux termes de cet acte, conclu celte fois pour sept mois, le Schleswig et le Holslein, évacués par les troupes allemandes et danoises, seraient gouvernés par des commissaires nommés par le roi de Danemark et par le roi de Prusse, ainsi qu'il avait été convenu au mois de juillet.

Reprise des hostilités. Paix de Berlin. — L'armistice, une fois signé, les négociations se poursuivirent en vue d'arriver à la conclusion d'une paix définitive. Celle-ci était difficile, les intentions des partis différant sensiblement. Si la Diète de Francfort vota la ratification de l'armistice, ce ne fut point sans protestations, et ce vote même provoqua chez les patriotes une explosion de colère qui témoignait de leur intention bien arrêtée d'incorporer les duchés à l'Allemagne qu'ils rêvaient. En Danemark, au contraire, on entendait maintenir l'intégrité

absolue de la monarchie, et un ministère qui conseillait au roi de consentir à certaines concessions touchant Tadministration du Schleswig, fut obligé de se retirer. Les Danois enfin ne tardé* rent pas à s*apercevoir que la prolongation de Tétat de choses établi par larmistice de Malmô était tout à leur désavantage, car leur retraite avait complètement livré les duchés à Tin* fluence allemande. Lors donc qu'à louverture de la Diète, le 23 octobre 18i8, le ministère annonça que des négociations étaient en cours, il insista sur la nécessité d*augraenter les armements et, de fait, les préparatifs militaires furent poussés avec ardeur. Enfin, le 21 février 18i9, Frédéric VII fit savoir qu'il reprendrait les hostilités à Texpiration de Tarmistice, soit le 26 mars. A cette date, le Danemark mit en ligne 33000 hommes environ; les troupes confédérées envoyées dans les duchés s'élevèrent à plus de 60 000 hommes. Malgré cette disproportion, la campagne se poursuivit avec des fortunes diverses. Les Danois essuyèrent des pertes fort sensibles. Deux de leurs vaisseaux, s'étant approchés trop près des batteries ennemies, furent détruits; un corps dut se réfugier de nouveau dans Tlle d'Als. Le reste se replia vers le nord : une partie se maintint dans la forteresse de Frédéricia; une autre passa dans Tlle de Fionie, une troisième enfin se réfugia dans la péninsule de Helgcnaes. La situation du Danemark était à ce moment très critique. Mais, grâce à sa supériorité maritime , les troupes d*Als et de Helgenaes furent transportées en Fionie, et les 20000 hommes ainsi concentrés attaquèrent, le 6 juillet i849, les Sclileswig- Holsteinois (|ui assiégeaient Frédéricia, et leur infligèrent une défaite complète.

Cependant, les mêmes causes qui avaient déterminé la Prusse à signer Tarmistice de Malmô continuaient à agir; d'autre part, la situation toujours [dus troublée de TAUemagne lui faisait souhaiter la fin des difficultés. Les négociations entamées depuis quelque temps déjà sous la médiation de l'Angleterre s'activèrent donc brusquement et aboutirent, le 10 juillet, à Berlin, a la signature d'un armistice et d'un protocole arrêtant les préliminaires de paix. Aux termes de l'armistice, les troupes allemandes devaient évacuer le Jutlandelle Schleswig septentrional,

qui serait gardé provisoirement par des troupes suédo-norvégiennes; le Schleswig serait administré par une commission de trois membres : un Danois, un Prussien et un Anglais. Le protocole posait les principes de la constitution à donner aux duchés. Il était entendu que tous les liens politiques unissant le Schleswig au Holstein seraient rompus, et celte clause pouvait être considérée comme avantageuse pour le Danemark, puisqu'elle limiterait peut-être Tingérence de la Confédération. Mais elle était largement compensée par le fait très grave que le Danemat*k négociait les principes de droit constitutionnel qu*il appliquerait dans le Schleswig et promettait de ne rien décider à cet égard sans Tintervention de la Prusse. C'était préparer toute une ère de difflcullés nouvelles : elles ne se firent pas attendre. Les négociations pour la paix définitive à peine engagées, les vues du Danemark et celles de la Prusse touchant la situation future du Schleswig apparurent comme absolument inconciliables : le premier n*entendait concéder qu*une simple autonomie provinciale; la seconde souhaitait un état de choses ressemblant fort à une union personnelle. Les pourparlers se prolongèrent sans aucun résultat. Pendant ce temps, une querelle particulière surgissait entre la Prusse et les pouvoirs fédéraux qui estimaient que les intérêts de la Confédération avaient été sacrifiés dans les actes de Berlin. En même temps, les puissances neutres se montraient de plus en plus disposées à intervenir : leurs représentants se réunissaient à Londres pour s'occuper des affaires du Danemark, que la Russie paraissait vouloir soutenir assez énergiqucment. Dans ces conditions, la Prusse voulut se borner pour le moment à réserver Tavenir, et ainsi le traité signé à Berlin, le 2 juillet 1850, se borna à rétablir la paix en laissant pendantes toutes les questions litigieuses.

Répression de rinsurrection des duchés. — La paix de Berlin avait mis fin à Tintervention allemande dans les duchés, mais la paix n'y était pas rétablie par cela même : restaient en efTet les insurgés, ceux-là même dont l'Allemagne élait venue soutenir les revendications. Ces revendications subsistaient aussi : le Danemark était simplement

LE DANEMARK ^^Ij^lU^

assuré maintenant de pouvoir imposer sa volonté dans le Schleswig et réclamer Tintervention des autorités fédérales allemandes pour le rétablissement de Tordre dans le Holstein. Une nouvelle campagne commença donc. L*armée danoise fut complètement victorieuse à Isted (23 juilloi) et Tautorité du roi de Danemark rétablie dans tout le Schleswig. Le roi de Danemark s'adressa ensuite à la Diète ; TÂutriche, qui depuis Olmutz reprenait en Allemagne une situation prépondérante, prit en main TafTaire. Ses troupes, appuyées par des corps prussiens maintenus en réserve, occupèrent le Uolstein. Le gouvernement holsteinois fut dissous et Tautorilé confiée provisoirement à trois commissaires, un Danois, un Autrichien et un Prussien (janvier 1851).

Deux ordres de questions restaient à régler : les difficultés depuis longtemps pendantes avaient pour origine la situation complexe et bizarre des duchés et Timpossibilité où se trouvait le roi de Danemark de les considérer comme partie intégrante de son royaume : il fallait donc préciser quelle serait leur situation constitutionnelle. D*aulrc part, Frédéric VII n'avait point d'héritier direct, et bien qu'il fût âgé seulement de quarantedeux ans, on ne devait point compter qu'il en eût jamais d'apte à lui succéder, car il venait de conclure un mariage morganatique. Or la loi de succession en cas d'extinction de la descendance directe était-elle la même dans le royaume et dans les duchés? La question, on s'en souvient, avait été controversée et formait précisément le fond des revendications du duc d'Augustenborg. Pour éviter des complications nouvelles , il convenait donc de désigner immédiatement un héritier pour toutes les parties de la monarchie.

Mais il fallait nécessairement que cet héritier fût reconnu par l'Europe. Le roi de Danemark, d'autre part, ne pouvait trancher les questions constitutionnelles de sa seule autorité. Le Holstein était membre de la Confédération germanique; d'où, nécessité de tenir compte des vues de cette dernière; l'intervention active de la Prusse et de l'Autriche et les assurances qui leur avaient été données rendaient un accord avec elles indispensable; enfin, les diverses puissances qui s'étaient occupées

Histoire oknciialb. XI. »'0

43i LES ETATS SCANDINAVES

plus OU moins activement du conflit ne pouvaient se désintéresser maintenant des solutions définitives ; et, en effet» dans une conférence tenue à Londres le 2 août 1850, les plénipotentiaires de Grande-Bretag:ne, de France, de Russie et de Suède-Norvège, rédigèrent une déclaration à laquelle i*Autriche accéda et qui, posant le princi|>e du maintien de Tintégrité de la monarchie danoise, prenait acte de Tintention du roi de Danemark de fixer à nouveau Tordre de succession. Deux négociations s*ouvrirent donc pour régler : 1* la succession au trône; 2® la situation constitutionnelle des duchés en appliquant les principes posés dans les actes de Berlin.

liOi de succession. — Le prince désigné pour succéder à Frédéric MI fut Christian de Glûcksbourg, qui se trouva réunir en sa personne des droits nombreux. Par lui-même, il descendait de mâle en mâle de Christian III et avait épousé une fille de Louise-Charlotte, sœur de Christian VIII, mariée au landgrave de Hesse. Or, aux termes de la loi admettant pour le royaume la succession cognatiquc, Théritier de la couronne aurait dû être le fils de cette même Louise-Charlotte : par un accord de famille, il transmit tous ses droits à son beau-frère. L*eropereur de Russie avait, en sa qualité d*01denbourg, des droits soutenables, au moins sur certaines parties du Holstein; par un autre acte, il s*en démit, lui aussi, en faveur du prince Christian. Ces divers arrangements furent ensuite solennellement ratifiés et garantis par un traité que les cinq grandes puissances et la Suède-Norvège signèrent à Londres le 8 mai 1852. D'autres Etats, le Hanovre et la Saxe notamment, accédèrent à cet acte, mais il est à remarquer que la Confédération germanique n'y adhéra point. Enfin, le duc d'Auguslenborg, descendant lui aussi de Frédéric III et dont les droits primaient ceux du prince de Glûcksbourg au point de vue de la descendance agnatique, fut amené à traiter avec le roi de Danemark. Tous les domaines qu'il possédait en Danemark lui furent achetés 6 000 000 de couronnes, en échange de quoi il signa, le 30 décembre 1852, un acte par lequel il s'engageait à ne plus provoquer de troubles et reconnaissait l'ordre de succession. La nouvelle loi de succession fut promulguée en 1853.

Exécution du Traité de Berlin. — La situation constitutionnelle des duchés était difficile à résoudre à cause de la complexité de leur situation de droit que nous avons indiquée déjà. Il fallait arriver en outre à concilier les désirs légitimes du Danemark d'établir solidement son autorité avec les aspirations du pangermanisme et les susceptibilités des puissances allemandes. Mais ce n'était point tout : la constitution danoise du 5 juin 1849 étant fort libérale, la Pi-usse et TAutriche, approuvées en cela par la Russie, la voyaient d'assez mauvais œil et souhaitaient qu'elle ne fiU appliquée dans aucune partie des duchés. Le roi de Danemark aurait désiré tout d'abord incorporer complètement le Schleswig à la monarchie, conception que l'on appela dans le jargon politique, celle du < royaume jusqu'à l'Eider > (Eiderstat). Celte conception n'étant pas approuvée, précisément pour les raisons que nous venons de dire, le Danemark y renonça peu à peu et en arriva à admettre le principe dit de « l'Etat complexe ». Le Schleswig ne conserverait plus aucun lien avec le Holstein, mais ne serait pas non plus absolument réuni au royaume : chacun des duchés, tout en restant séparé à certains égards, serait réuni par une constitution commune. Cette doctrine fut développée dans un manifeste royal du 28 janvier 1852, qui annonça l'élaboration de la constitution commune. L'Autriche et la Prusse se déclarèrent satisfaites; la Diète approuva leur conduite et déclara qu'en ce qui concernait le Holstein et le Lauenboui^ le manifeste du 28 janvier ne contenait rien de contraire à la constitution fédérale (juillet 1852). Les duchés furent donc complètement évacués par les troupes allemandes (février 1852).

La « Constitution commune » de 1855. — L'application des principes posés dans le manifeste du 28 janvier ne laissait pas que de présenter des difficultés sérieuses. Il ne s'agissait point simplement de tenir compte des tendances inconciliables de l'opinion publique dans les duchés et dans le royaume, mais les procédures mêmes qu'il fallait appliquer se trouvaient être embarrassantes et compliquées. Avant de doter là monarchie entière d'une constitution commune, force était

bien de donner à chacune de ses parties une constitution séparée en harmonie avec Tœuvre projetée, et pour cela reviser la constitution du 5 juin 1849 en la limitant au royaume, et doter chacun des duchés des lois nécessaires. Le roi soumit des projets aux Etats du Schleswig et à ceux du Holstein. Les uns et les autres, les derniers surtout, firent des objections très vives; mais comme ils n'avaient que voix consultative, le roi passa outre : la constitution du Schleswig fut promulguée le i5 février 1854, et celle du Holstein le 11 juin suivant. Leur trait essentiel était d'accorder aux Etats provinciaux voix délibérativc en ce qui concernait les affaires locales.

Dans le Danemark proprement dit, les clioses allèrent moins aisément. La constitution du 5 juin garantissait à la Diète des pouvoirs étendus et Ja majorité des députés se montraient mécontents de la solution donnée à la question des duchés, voire de la nouvelle loi de succession. L'opposilion devint plus vive encore, à la suite d'incidents de politique purement intérieure. Le minislère alors aux affaires n'avait point les sympathies du parlement; le roi fit une dissolution, mais en même temps composa un nouveau ministère ultra conservateur qui tenta de profiter de la revision nécessaire de la constitution pour restreindre les libertés publiques. De là naquit un conflit aigu où Frédéric VII perdit même pour un temps sa popularité. Au milieu de celte crise une constitution commune fut promulguée par un décret du 26 juillet 1854, mais sans être toutefois immédiatement et complètement applicable, puisque certains votes nécessaires n'avaient pu être obtenus encore de la Diète danoise. De nouvelles élections n'ayant fait que renforcer l'opposition, le roi changea de politique et composa un ministère plus libéral; la Diète se montra aussitôt traitable, vola les mesures qu'on lui proposait, si bien que la constitution commune fut enfin régulièrement promulguée le 2 octobre 1855. Différant assez sensiblement de la constitution beaucoup moins libérale promulguée l'année précédente, elle instituait une Diète commune aux différentes parties de la monarchie en lui laissant des pouvoirs assez étendus.

La constitution de 1855 ne fut pas une solution. Dès la pre-

mière session de la Diète commune, onze députés des duchés protestèrent contre la situation faite à leurs pays et qu'ils jugeaient insuffisante. Aussitôt la Prusse et rAutriche appuyèrent diplomatiquement ces revendications et, peu après, la Dièle de Francfort, saisie par les députés protestataires, intervint à son tour et déclara qu'en ce qui concernait le Holstein et le Lauenbourg, la constitution commune de i85S était inconstitutionnelle au point de vue du droit public fédéral. La crise recommençait donc. L'Angleterre tenta de s'interposer et parla de soumettre la question à une conférence : le projet échoua devant l'attitude de la Prusse qui déclarait l'afTaire purement allemande (1861). Livré à ses seules forces, le Danemark essaya des concessions. Un décret avait, dès 1858, abrogé dans le Holstein et le Lauenbourg la constitution de 1855. Puis des projets nouveaux furent soumis aux députés de ces provinces, en môme temps que des négociations très confuses s'engageaient avec la Diète de Francfort où l'on recommençait à parler d'exécution fédérale (1859- 1860). En même temps, les puissances allemandes s'appliquaient à élai^ir le débat et à remettre en question la situation du Schleswig, qui pourtant ne faisait point partie de la Confédération. Entre temps, les Danois, reconnaissant les inconvénients de la constitution commune, se mettaient en devoir de la modifier. Renonçant à la théorie de « TEtat complexe », un manifeste du 30 mars 1863 déclara rompus tous les liens constitutionnels entre le Holstein et le reste de la monarchie, et une nouvelle constitution, s'inspirant de ces principes, fut votée par la Diète commune le 13 novembre suivant : elle ne prononçait pas l'incorporation complète du Schleswig, mais revenait cependant au principe du « royaume jusqu'à l'Eider. » Or c'était là précisément ce que les puissances allemandes ne voulaient pas admettre : la Diète protesta contre* le manifeste du 30 mars et réclama le rétablissement de l'ancienne union entre le Schleswig et le Holstein (9 juillet) et, le l*' octobre, somma le Danemark de se soumettre, sous peine d'exécution fédérale. Sur ces entrefaites, le roi Frédéric VII mourait (15 novembre 1863).

Christian IX. Seconde guerre des duchés. — L avènement du prince de Glûcksbourg, sous le nom de Christian IX, ne ni que susciter des embarras nouveaux. Les difGcultés constitutionnelles demeurèrent les mêmes ; un autre litige vint s*y ajouter. Le duc d'Augustenborg, qui avait renoncé pour lui-même à ses droits, les transmit à son flls qui s*empressa d*en faire usage, annonçant aux habitants des duchés son avènement sous le nom de Frédéric VIII et le notifiant à la Dièle fédérale. Celle-ci, qui n avait jamais reconnu le traité de Londres, décida de le soutenir, refusa de laisser siéger Tenvoyé de Christian IX et résolut enfin de faire occuper militairement le Holslein. En même temps, la Prusse et TAutriche, qui avaient négocié en 1851 et 1852 le règlement des difficultés constitutionnelles et envers qui le Danemark se trouvait avoir pris de ce fait certains engagements, prétendirent que ces engagements n'étaient pas fidèlement exécutés, manifestèrent l'intention d'intervenir de leur côté, et ce, malgré l'opposition de la majorité des membres de la Confédération, qui voyaient une telle démarche avec jalousie. Elles adressèrent un ultimatum au Danemark, l'invitant à abroger la constitution du 13 novembre 1869 dans le Schleswig, ce qui tendait à séparer de nouveau celui-ci du royaume (janvier 1864). Ne jugeant pas la réponse obtenue suffisante, elles firent avancer des troupes. Il se produisit donc à ce moment, en Danemark, deux interventions militaires allemandes, parallèles mais distinctes : des contingents saxons et hanovriens occupèrent le Holstein au nom de la Confédération, une armée austro-prussienne traversa le Holstein pour envahir le Schleswig.

L'issue de la guerre qui commençait ainsi ne pouvait guère être douteuse. Pour des raisons tenant à leur politique particulière, et que l'on trouvera indiquées au moins implicitement dans les chapitres se rapportant à chacune d'elles, aucune des puissances européennes n'était disposée à secourir efficacement le Danemark; le roi de Suède seul fit une démarche que nous rapporterons plus loin en en montrant l'insuccès. Or les forces de Christian IX ne lui permettaient pas de résister longtemps aux efforts combinés de la Prusse et de l'Autriche. Les hosti-

lités commencèrent le 1*' février 1864. Quelques jours plus tard, les Danois se voyaient obligés d*évacuer, presque sans coup férir, les positions du Dannevirke; en mars, le gros de leur armée était refoulé dans Ttle d*Âls tandis que le Jutland était envahi, et le 9 mars un armistice dut être conclu. Depuis quelques semaines déjà, les puissances signataires du traité de Londres, auxquelles se joignit la Diète germanique, avaient entamé des négociations dans Tespoir de trouver enfin une solution définitive de la question des duchés; mais les pourparlers ne servirent qu'à faire ressortir la divergence absolue des opinions. Tandis que TAngleterre parlait de séparer du Danemark le Holstein et les districts méridionaux du Schleswig, la Diète, la Prusse et TAutriche se refusaient absolument à admettre un morcellement de ce dernier duché : elles étaient néanmoins loin de s'entendre entre elles, car la Diète tenait toujours pour le duc d'Augustenborg et réclamait pour lui le Holstein et le Schleswig entiers, alors que la Prusse et l'Autriche, hostiles au duc, voulaient unir de nouveau les duchés par un lien déclaré indissoluble et les rattacher ensuite à la monarchie danoise par une union personnelle. Le Danemark, enfin, ne se résignait pas encore à accepter des propositions trop rigoureuses. Les opérations militaires recommencèrent donc à la fin de juin. Au milieu du mois suivant, les troupes austroprussiennes étaient parvenues à Skagen et, le i^ août, le Danemark, définitivement écrasé, signait à Vienne les préliminaires de paix qui furent confirmés par le traité du 30 octobre 1864; par ces actes, le roi de Danemark renonçait purement et simplement, en faveur de la Prusse et de TAutriche, à toute souveraineté sur les duchés de Schleswig, de Holstein et de Lauenbourg. La question des duchés était définitivement tranchée en ce qui concernait le Danemark.

La perte des duchés soulevait, en Danemark même, de nouvelles difiicultés constitutionnelles. Deux lois fondamentales étaient en vigueur : la constitution commune du 13 novembre 1863 et la constitution du 5 juin 1849. Les duchés abandonnés, une seule suffisait, mais il ne suffisait point de décider que la constitution commune était abrogée, car plusieurs de ses disposi-

lions étaient indispensables, tout ce qui concernait certaines catégories d'affaires ayant été supprimé dans la loi de 1 849 au moment de la mise en vigueur de la première constitution commune de 1855 : une revision générale de la constitution s'imposait donc. Elle se poursuivit lentement au milieu des discussions parlementaires, et ce fut seulement le 28 juillet 1866 que la nouvelle loi fondamentale put être promulguée.

//. — Suède et Norvège.

Oscar P'. — Le règne de Charles-Jean avait été marqué, en Suède comme en Norvège, par d'importants progrès * : ils continuèrent sous le gouvernement de son fils Oscar qui lui succéda en 1844. Grâce à d'heureuses mesures législatives, le développement du commerce et de l'industrie se poursuivit. A peu près toutes les branches de l'administration, l'enseignement public, les finances, les affaires ecclésiastiques, furent successivement améliorées. Les lois pénales et le régime des prisons reçurent notamment des améliorations heureuses, car le nouveau souverain s'intéressait très personnellement aux questions pénitentiaires, sur lesquelles il avait écrit un ouvrage. Et l'initiative de la plupart des mesures ainsi prises ne provenant point des Diètes, l'activité réformatrice dont le gouvernement témoignait contrastait assez vivement avec les efforts que Charles-Jean avait toujours faits, durant les dernières années de sa vie, pour éviter les changements. En s'occupant d'améliorer la situation intérieure de ses royaumes, le nouveau roi demeurait cependant fidèle aux traditions paternelles. A un autre point de vue, il s'en écartait complètement.

Bien qu'âgé de quarante-cinq ans lors de son avènement, le roi Oscar avait eu jusque-là un rôle assez effacé. Sauf en de rares occasions, son père l'avait systématiquement écarté des affaires, le tenant, surtout à la fin de sa vie, en véritable suspicion. Par contre, le prince royal jouissait d'une popularité

i. Voir ci-dessus, l. X, p. 680 et suiv.

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