V. — La politique et les conquêtes coloniales
Celte politique et ces conquêtes sont, en grande partie, les conséquences de la guerre de Crimée : arrêtée en Europe, la Russie dut chercher, en Orient, non seulement des compensations d'amour-propre, mais encore des positions qui lui permettraient, en cas de nouveau conflit européen, de menacer
directement les intérêts de TÂngleterre, la plus obstinée de ses ennemies. De là les négociations avec la Chine, qui aboutirent à Tacquisition du territoire de TÂmour : de là aussi la reprise des opérations déjà tentées, sous Plicolas P% contre les souverains musulmans de TAsie centrale; de là enfin les cflbrts méthodiquement poursuivis, de 1857 à 1864, pour affermir d*une façon définitive la domination russe dans le Caucase. Nous n'avons à nous occuper ici que de cette dernière province *.
L'achèvement de la conquête du Caucase. — Au moment où éclata la guerre de Crimée, la domination russe n'était solidement établie, au sud du Caucase, que dans la vallée qui, de la mer Noire à la Caspienne, sépare le massif arménien du massif caucasien. Dans celui-ci, à droite et à gauche de la route militaire du Dariel, les montagnards étaient à peu près indépendants : à l'est, Schamyl et ses Murides élaient maîtres du Daghestan; à l'ouest, les Abkhazes, sur une étendue de trois cents kilomètres le long de la mer Noire, tout en reconnaissant nominalement la suzeraineté russe, com* muniquaient librement avec la Turquie, y échangeaient des esclaves contre des armes et des munitions qu'ils utilisaient la plupart du temps contre les Kosaks de la ligne du Kouban. Un soulèvement de toutes ces populations, pendant la guerre de Crimée, eût fait courir à la Russie des risques autrement graves que la chute de Sébastopol. Heureusement pour elle, les alliés ne tentèrent rien de sérieux de ce côté : les tribus indisciplinées des Abkhazes no surent pas s'unir pour la révolte; et quant à Schamyl, il ne bougea pas, par défiance, soit des protecteurs chrétiens qui s'offraient à lui, soit du sultan lui-même, dont l'autorité religieuse lui était suspecte.
La guerre finie, le gouvernement russe se hâta d'en finir avec le péril auquel il venait d'échapper quasi miraculeusement. On commença par Schamyl. Un nouveau gouverneur général, le prince Bariatinski, lui enleva, en 1858, sa résidence.fortifiée de Viden (dans le Daghestan occidental). L'année suivante, les
1. Pour l'annexion de la province de l'Amour et la conquête de l'Asie centrale, voir ci-dessous, chap. xx.