‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 61 sur 190 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

De 1848 à 1870.

/. — L'Algérie.

L'Algérie en 1848. — En 1848, les grandes guerres d'Afrique sont terminées. Les puissants remueurs d*homnies en qui s*est incarnée la résistance, Abd-el-Kader, Bou-Maza, ont disparu de la scène; Ahmed-Bey, depuis longtemps réduit à ^ rimpuissance, va faire sa soumission. Les villes du littoral se transforment en villes françaises autour desquelles on voit surgir déjà une banlieue de villages européens. A l'intérieur, Constanlinc, Sétif, Aumale, Médéa, Orléansville, Mascara, Sidibel-Abbës, Tlemcen jalonnent le pays de lest à Touest et tiennent en bride les sédentaires du TcU. Plus loin, la ligne des anciennes forteresses d* Abd-el-Kader : Biskra, Boghar, Saïda, Sebdou, commande les Hauts-Plateaux. Pour achever la conquête, il ne reste plus qu'à soumettre les îlots montagneux des Kabylies, à maîtriser les nomades en occupant les principales oasis et en étendant sur le Sahara du Nord la domination ou l'influence française. 11 s'agit maintenant de mettre en valeur ce vaste domaine, dont les uns s'exagèrent, dont les autres méconnaissent la richesse. Désormais les questions d'organisation, de peuplement, de colonisation vont passer au premier plan.

HlSTOIRB QÉaÉRALI. XI. ^^

Les colons de 1848. — La constitution de 1848 déclara TÂlgérie partie intégrante du territoire français et lui accorda une représentation dans les assemblées nationales. On songea à Tutiliser pour résoudre le problème social tragiquement posé par les journées de juin. 11 fut un moment question d'y envoyer comme colons les insurgés prisonniers. Enfantin proposait de constituer pour eux des lots de 150 bectares qui, au bout d'une période de dix années, seraient attribués, moitié au colon qui les aurait fait valoir, moitié aux khammès ou métayers indigènes associés à l'exploitation. Ce plan ne fut adopté qu'avec des modifîcations qui le dénaturaient complètement. On se contenta d'embaucher les ouvriers parisiens que laissaient sans travail la suppression des ateliers nationaux et la persistance de la crise industrielle. On donna à leur départ une solennité un peu théâtrale. Ils prenaient passage avec leur famille sur des radeaux qui remontaient la Seine et l'Yonne, gagnaient la Saône par le canal de Bourgogne, puis descendaient jusqu'à l'embouchure du Rhône, d'où ils élaient remorqués jusqu'à Marseille. Des navires de l'Etat transportaient ensuite les émîgrants en Algérie. Chacun d'eux recevait en arrivant une concession d'une dizaine d'hectares, avec une maison toute bâtie, des instruments de labour et des semences. En attendant les * premières récoltes, on leur distribuait des rations de vivres et on leur prêtait des bestiaux. Cette entreprise, à laquelle fureot consacrés les 50 millions votés par l'Assemblée constituante, était vouée d'avance à un échec certain. Les lots étaient trop restreints, le recrutement trop défectueux. Outre qu'il n'était guère facile à des ouvriers d'art ou d'industrie de se transformer tout à coup en agriculteurs, beaucoup se reposaient sur l'Etat du soin d'assurer leur existence, et réclamaient comme un droit la continuation des secours temporaires du début. La commission d'enquête de 1849, dont Louis Iteybaud fut le rapporteur, ne dissimula point et exagéra plutôt l'insignifiaDce des résultats. Toutefois les quarante-deux villages qui avaient été créés subsistèrent, les mauvais éléments de l'émigration parisienne s'éliminèrent d'eux-mêmes. Les autres s'attachèrent au sol et firent souche de véritables colons. Malgré les erreurs qui

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en avaient compromis le succès, ce grand effort ne fut pas tout à fait perdu.

Siège de Zaatcha. — Des causes toutes locales, la turbulence traditionnelle des populations berbères, un remaniement malencontreux de Timpôt des palmiers, peut-être aussi des rumeurs, grossies par Téloignement, qui représentaient la révolution de 1848 comme un cataclysme où s*abtmait la puissance de la France, déterminèrent Tinsurrection de Zaatcha. C*était une oasis du groupe des Ziban, à sept lieues au nord-ouest de Biskra. Un certain Bou-Zian, jadis porteur d*eau à Alger, puis cheikh d*Abd-el- Kader et par surcroit marabout, en avait fait le foyer d*une agitation qui s^étendit bientôt à toute la contrée. Le lieutenant Seroka, du bureau arabe de Biskra, essaya d*y couper court en enlevant le principal meneur, mais les gens de Zaatcha s*ameutèrent et délivrèrent Bou-Zian. Le colonel Carbuccia voulut les châtier. Il fut repoussé avec perte (juillet 1849). A lautomne le général Herbillon, qui commandait alors la province deTEst, s'avança avec 4 000 hommes. Zaatcha, enfouie au milieu de ses palmiers, dans un enchevêtrement de jardins, de clôtures, de canaux d'irrigation, était protégée par un fossé de 7 mètres et une haute muraille crénelée. Les habitants, bien armés et très excités, opposèrent une énergique résistance, devant laquelle échoua le double assaut du 20 octobre. Il fallut faire un siège en règle, appeler des renforts d*Aumaleet de Sétif. Les assiégés, exaspérés par la destruction de leurs palmiers, exécutaient de furieuses sorties, les oasis voisines s'agitaient pour les^secourir, les nomades menaçaient nos derrières. Cependant les approches avaient été déblayées, les brèches étaient reconnues praticables. Le 24 novembre, une dernière sortie est repoussée; le 26, à sept heures du matin, trois colonnes se lancent à Tassaut. Le colonel Canrobert entraine la pi*emière. En un instant, les 4 offlciers et 12 hommes sur 16 du peloton d*élite qui marche en tête avec lui sont mis hors de combat. Lui seul reste sans blessure et continue de mener la charge. Une fois dans la ville, la guerre de rues commence. Chacune des maisons est une forteresse. Bou-Zian avec 150 fidèles s'est retranciié

dans une des plus solides. Une fusillade meurtrière rend impossible Tescalade ; un canon est mis en batterie, les artilleurs sont tués; mais une explosion de mine déracine un pan de mur, tout est massacré; la tète sanglante du marabout est jetée aux pieds de Canrobert. Aucun des défenseurs de Zaatcha ne fut épargné. La ville fut rasée, Toasis détruite. Mais cette bourgade saharienne nous avait tué ou blessé 1 SOO hommes, sans parler des ravages exercés dans nos rangs par le choléra. Au retour, Canrobert passa par TAurës qui s'était soulevé; la prise et Tincendie de Nara, dans la vallée de l'oued Abdi, mirent fin à toute résistance.

Les mouvements qui s'étaient produits dans les deux Kabylies motivèrent de 1849 à 1851 diverses expéditions, dont la principale, celle de la Petile-Kabylie, entre Philippeville, Djijelli et Mila, valut à Saint-Arnaud les étoiles de divisionnaire.

Grouvemement de Randon. — Gavaignac nommé en remplacement du duc d*Aumale, Changarnier qui lui succéda en avril 1848 ne Orent que passer au gouvernement de l'Algérie. Le général Charon l'occupa deux ans (septembre 1848oclobre 1850), le général d'Hautpoul, quatorze mois (octobre 1850décembre 1851). On envoya alors à Alger le général Randon, qui avait quitté le ministère de la guerre avant le coup d^Etat pour faire place à Saint-Arnaud. Il prit possession de son poste le 1**" janvier 1850 et yresta jusqu'en juin 1858, pluslongtemps qu'aucun des gouverneurs qui l'avaient précédé et que la plupart de ceux qui l'ont suivi. De son commandement datent la soumission du Sahara et la conquête définitive de la Grande- Kabylie.

Extension dans le Sahara. — Dans le Sahara avait reparu le chérif Mohammed-ben-Abdallah, dont nous avions essayé de nous servir pour l'opposer à Abd-el-Kader. Il rêve* nait du pèlerinage de la Mecque et prêchait la guerre sainte. Les Turcs, qui n'avaient pas encore abandonné l'espoir de remettre un jour la main sur l'Algérie, lui avaient facilité le passage par Tripoli et Ghadamès. II était venu s'établir à Ouargla •et avait réussi à entraîner avec lui presque tous les nomades do sud*est. En 1852, ses partisans soulevèrent Laghouat, où il

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se hàla d*accourir. Trois colonnes furent alors mises en mouyement. Tandis que Youssouf marchait sur Laghouat, Pélissier se portait vers le Sud oranais, Mac-Mahon couvrait la région de Biskra. Youssouf rejeta le chérif dans Laghouat; mais, devant une résistance qui s'annonçait comme aussi déterminée que celle de Zaatcha, il s'arrêta pour attendre Pélissier qui venait à son aide. La jonction s*opéra le 2 décembre, le 3 Tattaque commença, le 4 au matin Tarlillerie avait ouvert une brèche par laquelle s'élancèrent les troupes de Pélissier, tandis que Youssouf escaladait sur un autre point la muraille. La bataille des rues fut presque aussi sanglante qu'à Zaatcha. Laghouat, définitivement occupé, se repeupla lentement et devint notre poste avancé dans la province d'Alger.

Mohammed-ben-Abdallah avait réussi à s'échapper avec quelques cavaliers. Notre nouvel allié Si-Uamza, le chef des Ouled- Sidi-Cheikh, alla le relancer dans Ouargla qu'il lui enleva. Après le combat de Meggarin et la perte de Touggourt, il se réfugia dans le Djerid tunisien, puis chez les Touareg des envi< rons dTnsalah. En 1861 on apprit tout à coup qu'il était rentré dans Ouargla. Si-bou-Beker, fils de Si-Hamza, l'en débusqua presque aussitôt, se lança à sa poursuite à travers le désert et le ramena prisonnier. Dans l'intervalle, nos troupes étaient entrées à Touggourt et à El-Oued. Dès 1836, le général Desvaux faisait commencer dans TOued-Rir les forages artésiens qui allaient revivifier tout ce groupe d'oasis. Par l'Oued-Uir et l'Oued-Souf nous nous étendions jusqu'aux confins de la Tripolitaine. Au delà de Laghouat et de nos postes du sudouest^ les Ouled-Sidi-Cheikh constituaient avec notre appui une grande marche saharienne, qui couvrait au sud les provinces d'Alger et d'Oran.

Conquête de la Kabylle. — Retranchés dans leurs âpres montagnes, les Kabyles étaient restés pendant des siècles un peuple à part. Ils avaient échappé à l'assimilation romaine. Lors de l'invasion arabe, ils s'étaient laissé convertir à l'islamisme, mais en gardant leur idiome berbère, leurs kanoun ou coutumes locales, leur organisation si différente de celle de la société arabe. Ils ne se soumirent jamais à la domination

turque. Après 1830, ils bataillèrent souvent contre nos garnisons de Bougie, de DJijelIi, de Collo, mais ils eurent toujours soin de ne pas s'engager à fond avec Abd-el-Kader, dont les allures de souverain excitaient leurs défiances. Bugeaud aurait voulu les réduire; il n*eut que le temps de leur imposer une soumission apparente qu'ils supportèrent d'ailleurs impatiemment. Tous les agitateurs qui se montrèrent chez eux, les Bou- Barla, les Si-Djoudi, les Bou-Sif les trouvèrent prêts à les suivre. Entre 1848 et 1857, il fallut presque chaque année recommencer une campagne de Kabylie. Ni l'expédition des Babors en 1853, ni celle du Haut-Sébaou en 1854 ne donnèrent des résultats décisifs. Les Kabyles demandaient l'aman, payaient une contribution de guerre, puis se soulevaient de nouveau. Bandon réclama les moyens et l'autorisation d'en finir. Son influence grandissait, il avait été fait maréchal en 1856. En 1857 il put mettre ses projets à exécution. Une armée de 35 000 hommes fut mobilisée. Pendant que des corps d'observation postés à Dra-el-Mizan, chez les Beni-Mansour, chez les Beni-Abbès, au col de Ghellata, cernaient de toutes parts la forteresse du Djurjura, trois divisions avec de la cavalerie et de l'artillerie de montagne l'abordaient de front par Tizi-Ouzou. Les Beni-Irat,en, assaillis les premiers, résistèrent avec vigueur, mais, après une lutte de deux jours, ils se rendirent. La division Mac-Mahon, dans la sanglante journée du 24 juin, enleva sur les Beni-Menguillet le village fortifié d'Icheriden. Leur défaite entraîna celle des Beni-Yenni et des lUilten. Les combats d'Aït- Hassen et de Taourirt-Mimoun, la capture de la prophétesse Lella-Fathma furent les derniers épisodes de cette rude campagne de soixante jours. Toutes les tribus acquittèrent l'amende de guerre et livrèrent des otages. Le fort Napoléon (aujourd'hui Fort-National) s'éleva sur le plateau de Souk-el-Arba, chez les Beni-Iraten, au cœur de la Grande-Kabylie ; des routes militaires s'ouvrirent au milieu des montagnes. Les Kabyles conservaient leurs institutions particulières et l'autonomie de leurs communes, mais ils étaient domptés. Il faudra pour les jeter de nouveau dans la révolte la grande commotion de 1871.

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Colonisation. — Tout soldat qu*il était» le maréchal Randon ne se laissa pas absorber par les seules préoccupations militaires. L^œuvre de la colonisation fut activement poursuivie. On mit à Tessai diflérents systèmes : celui de la vente des lots de terre, celui des grandes compagnies foncières. En 1853, 20 000 hectares furent attribués à la Compagnie genevoise, à charge pour elle de construire des villages et d*y installer des colons. En même temps le régime des concessions individuelles était modifié; au lieu d'un titre provisoire, le colon obtenait un titre de propriété immédiate avec clauses résolutoires, qui lui permettait de transmettre à un tiers ses droits et ses obligations ou de se procurer des ressources en hypothéquant sa terre. 85 centres nouveaux furent ainsi créés. On s'occupait d'améliorer les ports, de protéger les forèls, d'expérimenter des cultures. Il y eut encore là bien des tàlonnemenls et dos erreurs. Mais malgré tout rAlgérie se développait. La loi du 22 juin 1851, qui accordait à presque tous les produits algériens, traités jusqu'alors comme des provenances étrangères, l'entrée en franchise dans la métropole, fut le plus efficace de tous les stimulants. En une seule année les exportations doublèrent. En 1857, un décret rendu sur la proposition du maréchal Vaillant décida la construction d'un réseau de chemins de fer algériens; les travaux commencèrent en 1860. A cette date, le commerce extérieur atteignait à 157 millions. En 1861 la population européenne dépassait le chiffre de 200 000.

La présence de cette population complétait la prise de possession du pays, mais elle compliquait singulièrement le problème de l'organisation politique, beaucoup plus simple tant qu'on n'avait eu affaire qu'aux seuls indigènes. On avait pu laisser à ceux-ci, non seulement leurs coutumes et leur statut, mais tout le régime féodal ou patriarcal sous lequel ils vivaient avant la conquête, en y superposant le commandement militaire français. Il fallut créer à l'usage des Européens des juridictions et des administrations civiles. Depuis 1848, les villes etle pays colonisé formaient dans chaque province un département. Mais les territoires civils et militaires se touchaient, se pénétraient, s'enchevêtraient parfois les uns dans les autres. Généraux et préfets,

tribunaux, parquets et bureaux arabes avaient quelque peine à distinguer et à respecter les limites de leurs attributions et de leur compétence. Cependant lautorité militaire conserva longtemps une prépondérance absolue. La constitution de 1852 avait supprimé la députation algérienne; les conseils généraux créés sur le papier en 1848 n'avaient jamais fonctionné, les conseils municipaux institués à la même époque étaient depuis 1854 à la nomination du pouvoir exéculif. Le gouverneur général, chef de la colonie en môme temps que de Tarméc, administrait comme il commandait, sans aulre contrôle que le contrôle lointain du ministre de la guerre et de l'empereur.

Le ministère de l'Algérie. — En 1858, le pays paraissant définitivement pacifié, le moment sembla venu de faire Tessai d'un aulre régime qui porterait tout son effort sur le développement économique de l'Algérie. Le décret du 24 juin constitua un ministère de l'Algérie et des colonies, à la tèle duquel était placé le prince Napoléon. Le maréchal Randon donna aussitôt sa démission. Le gouvernement général de l'Algérie fut alors supprimé; on ne laissa a Alger qu*un commandant supérieur des forces de terre et de mer. Les pouvoirs des préfcls furent élargis, des conseils généraux dont les membres étaient nommés par l'empereur furent établis dans chacune des trois provinces. On se proposait « de gouverner du centre et d'administrer sur les lieux ». Mais, avec les moyens de communication dont on disposait en ce temps, l'Algérie élait bien loin de Paris. Le ministre et ses collaborateurs connaissaient peu le pays; leur ardeur réformatrice se manifesta par des mesures précipitées et quelquefois malheureuses qui donnèrent lieu à des récriminations bruyantes. Le prince Napoléon très vite rebuté se retira dès le mois de mars 4859. Son successeur, Chasseloup-Laubat, administrateur distingué, signala son passage par d'utiles innovations : extension à l'Algérie du privilège et par suite des opérations du Crédit foncier, réorganisation du service des postes, emploi pour les attributions de terres domaniales du système de la vente, substitué à celui des concessions gratuites. Cependant l'anlagonisme des autorités civiles et militaires ne faisait que s'accentuer; à chaque instant surgissaient des con-

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flits que le ministre était souvent impuissant à trancher. Solli* cité par des influences puissantes, Napoléon III se rendit en Algérie. Le 17 septembre 4860, il débarqua à Alger, le 19 il convoqua en conférence le ministre de l'Algérie, le commandant supérieur des forces de lerre et de mer, les trois généraux de division, les trois préfcls. Il assista silencieusement a la discussion, puis leva la séance et repartit le jour même. Son siège était fait. Deux mois a[)rès, un décret impérial supprimait le ministère de l'Algérie et des colonies et rétablissait le gouvernement général. On ne revint pas encore tout à fait à Torganisation d'avant 1858. A côté du gouverneur furent placés à peu près sur le même plan le sous-gouverneur militaire, qui centralisait les alTaires indigènes, et le directeur des services civils; au conseil consultatif, composé des principaux chefs de service, s'ajouta le conseil supérieur de gouvernement, où entraient des délégués des conseils généraux. Le nouveau gouverneur Pélissier déclara < que le gouvernement de l'Algérie avait une mission essentiellement civile » et « qu'il ne dévierait point de ce but entre ses mains >. Mais après sa mort, en 1864, la direction des affaires civiles fut supprimée; le sous-gouverneur, chargé de suppléer le gouverneur général en cas d'absence, put exercer par délégation même ses attributions civiles; les généraux de division reprirent le titre de généraux commandant la province, avec droit de contrôle sur tous les services, y compris celui des préfectures. Cette fois, la restauration du pouvoir militaire était complète.

Le royaume arabe. — Les partisans du régime civil avaient invoqué les intérêts de la colonisation, leurs adversaires se constituèrent les défenseurs des indigènes. S'il était également difficile d'appliquer aux deux populations un régime uniforme et de constituer pour chacune d'elles une administration séparée, la lâche devenait bien autrement ardue quand il s'agissait de régler leurs rapports, de concilier les intérêts, les besoins, les droits des nouveaux habitants et des anciens occupants. Pour coloniser il fallait des terres. On avait eu d'abord les domaines du beylik ou gouvernement turc, les habbons ou biens de mainmorte sur lesquels l'Etat avait mis la main. Cette

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réserve s'élait bien vite épuisée. On ne pouvait la reconstituer sans toucher à la propriété indigène. Or la loi du 16 juin 1851 avait déclaré la propriété inviolable « sans distinction entre les possesseurs français ou autres ». Mais, en pays musulman, existait-il vraiment des droits de propriété, le Coran ne disait-il pas que « toute terre appartient à Dieu et au sultan son vicaire »? Les tribus avaient>elles autre chose qu'un droit de jouissance sur ces vastes étendues des terres arch^ incessibles et inaliénables, qu'elles détenaient collectivement et dont elles n^exploitalent que la moindre partie? Ce droit, partout où elles n*en usaient pas, n'était-il pas par là même périmé? Ne serait-ce pas chose légitime de leur laisser seulement ce qu'elles étaient capables d'utiliser, et de leur relirer, pour le donner à d'autres qui sauraient en tirer parti, ce superflu stérile entre leurs mains? Le léger préjudice qu'elles éprouveraient serait d'ailleurs largement compensé si, dans la partie conservée, leur droit d'usage se transformait en un droit de propriété désormais intangible. Ce fut de ces idées qu'on s'inspira pour procéder sur difl'érents points à des opérations de reconnaissance que suivait une sorte de partage enlre l'Etat et la tribu. On appelait cela le caniotir nement. Toutes les précautions qu'on y apporta n'empêchèrent pas les indigènes de se sentir lésés. Ils ne savaient pas s'ils étaient usufruitiers ou propriétaires, mais ils voyaient bien qu'on leur prenait une partie de leurs terres. Ceux mêmes qui n'étaient pas touchés se crurent menacés. Les bureaux arabes, en contact direct avec les tribus, signalèrent cet état d'inquiétude. Ils commençaient à former dans l'armée d'Afrique une sorte de corporation avec laquelle le haut commandement était obligé de compter. Ils éclatèrent en protestations quand il fut question de généraliser le cantonnement.

Battus à Alger, ils eurent gain de cause à Paris. Le projet de décret préparé par le gouvernement de l'Algérie et déjà soumis

au Conseil d'Ëtat fut retiré. Une lettre-manifeste, adressée par l'empereur au maréchal Pélissier, annonça Tabandon du can* tonnement. Le sénatus-consulte de 1863 déclara les tribus de l'Algérie « propriétaires des territoires dont elles avaient la jouissance permanente et traditionnelle à quelque titre que ce

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