L ALGERIE
fût ». € L'Algérie, avait dit Tempereur, n'est pas une colonie proprement dite, mais un royaume arabe. >» Apres son second voyage, en 1864, Napoléon III essaya d'atténuer la portée de cette grave déclaration. « Ce pays, écrivait-il au gouverneur Hac-Mahon, est à la fois un royaume arabe, une colonie européenne et un camp français. > On démentit le bruit d'une liquidation totale de la colonisation. Le « royaume arabe » n'en resta pas moins la formule de la nouvelle politique. Le sénatusconsulte de 1863 avait prescrit la délimitation du territoire des tribus, la répartition de ce territoire entre les douars, et enfin rétablissement de la propriété individuelle au profit des membres de ces douars, « partout où celte mesure serait reconnue possible et opportune >. Les deux premières opérations s'exécutèrent, mais la troisième ne fut nulle part entamée. Comme le sénatusconsulte disposait « que la propriété individuelle qui serait établie au profit des membres des douars ne pouvait être aliénée que du jour où elle aurait été régulièrement constituée par la délivrance des titres >, la masse des territoires indigènes demeurait immobilisée, les transactions foncières étaient arrêtées, la colonisation paralysée. De 1850 à 1860 il avait été créé 85 centres avec 15000 habitants. De 1860 a 1870 on n'installa pas plus de 4 500 colons agricoles.
Insurrection des Ouled-Sidi-Gheikh. — Depuis la grande expédition de Kabylie, nous n'avions plus eu à réprimer que quelques troubles partiels, dans l'Aurès en 1858-59, dans le Hodna en 1860. Les seules opérations de quelque importance avaient été dirigées contre les tribus marocaines des Angad, des Beni-Snassen et des Beni-Guil, voisins incommodes auxquels il fallait apprendre à respecter notre frontière. Dans le Sahara, Duveyrier exécutait sans être inquiété une exploration de deux ans à travers les oasis de la Tripolitaine et les parcours des Touareg, le commandant Mircher et le capitaine de Polignac allaient à Ghadamès signer avec les Touareg-Azguer la convention commerciale de 1862. La région du Sud-Ouest, de Géryville jusqu'à Ouai^la, avait été érigée en grand commandement au profit des Ouled-Sidi-Cheikh, dont la clientèle religieuse s'étendait bien au delà de nos vagues frontières en pays saharien
et marocain. Nous nous étions ainsi épargné les frais d*une conquête et les embarras de Tadministration directe. Mais notre tranquillité dans toute cette partie de TAlgérie dépendait du bon vouloir d'une grande famille de marabouts. Le khalifa ou lieutenant général Si-Hamza, qui nous avait fidèlement servis, mourut subitement en 1861, au retour d'un voyage à Alger. Les malintentionnés firent courir le bruit qu*il avait été empoisonné. Son fils aine Bou-Beker, qui le remplaça avec le titre un peu moins relevé de bach-agha, ne se montra pas moins attaché à notre cause. Ce fut lui qui^ dans un raid brillamment poussé jusqu'aux grandes dunes, nous débarrassa du chérif Mohammed* ben-Abdallah. Mais il ne survécut que quelques mois a ce fait d'armes. Il eut pour successeur son cadet Si-Sliman, jeune homme ombrageux et hautain dont on ne sut peut-être pas assez ménager le vindicatif orgueil. Quelques froissements éprouvés dans ses rapports avec nos oftîciers, les excitations de son oncle Si-El-Ala le décidèrent à la révolte. Dès le mois de février 1864 son attitude ne laissait plus de doute. Le lieutenant-colonel Beauprêtre, un des plus vigoureux officiers des bureaux arabes, marcha vers Géryville, à la tète d'une petite colonne composée de 100 hommes d'infanterie, d'un escadron de spahis et de contingents indigènes. Le goum des Harars fit défection. Le 8 avril, Beauprêtre, brusquement attaqué dans son camp d'Aïn-bou-Beker, non loin de Géryville, était massacré avec ses troupes, non sans avoir opposé une résistance désespérée qui coûta la vie à Si- Sliman. A cette nouvelle, les tribus douteuses se déclarèrent en masse, les montagnards du Djebel-Amour prirent les armes, le commandant supérieur de Boghar, posté en observation aTaguin, eut son avant-garde détruite et n'échappa au sort de Beauprêtre que par une retraite précipitée. Un autre fils de Si-Hamza, Si- Mohammed, reconnu comme chef suprême, appela tous les Sahariens à la guerre sainte. Pendant que nos généraux s'efforçaient de lui interdire l'accès des Hauts-Plateaux, derrière eux, en plein Tell, le marabout Si-Lazreg soulevait entre Tiaret et le Ghélif la belliqueuse tribu des Flittas. Le caravansérail de la Raouïa, sur la route deMoslaganem, fut attaqué et brûlé avec ses défenseurs; des villages de colonisation, Ammi-Moussa et Zemmora,