‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 118 sur 166 · I. Le Rh«Hle-!sIan<l ne se fU point représenter · texte numérisé non relu

I. Le Rh«Hle-!sIan<l ne se fU point représenter

Presque tous avaient participé à Télaboration des constitutions des Etats. Ils apportaient une provision de matériaux tout préparés pour Tœuvre constitutionnelle commune.

Le Plan virginien. — Les premières délibérations portèrent sur les propositions des délégués virginiens (plan Randolph, du nom du gouverneur de la Virginie), constituant un système centraliste, où Tindividualité et l'autonomie des Etats disparaissaient sous l'application de la règle stricte de la proportionnalité du nombre dans la représentation : les Etats sont représentés dans la législature nationale en proportion du montant des contributions et du nombre des habitants libres; la législature se compose de deux chambres, dont Tune est élue par le peuple des divers Etats, la seconde par la première sur des désignations faites par les législatures particulières; les attributions de la législature sont très élargies; elle est armée du droit de veto sur les lois des Etats. Le pouvoir exécutif est conféré à un seul titulaire, choisi par la législature nationale et armé d'une autorité effective, agissant directement par des organes spéciaux, distincts de l'autorité des Etats, sur la masse de la population; il est investi, avec les membres du pouvoir judiciaire, d'un droit de veto suspensif sur les actes de la législature nationale.

Dans cette première ébauche de son œuvre, la Convention proposait en résumé la création d'un gouvernement national comprenant : les trois départements exécutif, législatif et judiciaire; pour l'exécutif, un président nommé par la législature ' pour sept années et non rééligible; pour le législatif, un congrès composé de deux chambres dérivant du peuple sur la base du suffrage proportionnel au nombre; pour le judiciaire, un tribunal suprême et plusieurs tribunaux inférieurs, l'inamovibilité des juges.

Les petits États contre les grands. — Ce plan aurait eu quelque chance d'être agréé immédiatement, s'il n'avait supprimé le principe même de la souveraineté et de la personnalité

1. « L'exécutif, avait dit Sherman du Connecticut, doit être entièrenieni dépendant du corps dont il est chargé d'exécuter la volonté. S'il est indépendant de la législature, on va droit à la tyrannie. . L'avis prévalut, et ce n'est que dans les dernières séances de la Convention qu'un mo<le tout difTérent de nomination fut adopté.

CONSTITUTIOiNS DES ETATS ET CONSTITUTION FÉDÉRALE 855

politique des Etats. C'est pour la défense de ce principe que le New- York, le New-Jersey, le Delaware, le Conneclicut, c'està dire les petits Etats, se soulevèrent contre le système de la représentation proportionnelle soutenu par le Massachusetts, la Pensylvanie, la Virginie, les Carolines et la Géorgie, qui arguaient de leur prépondérance actuelle ou comptaient sur un rapide développement de leur population et de leur richesse *.

Les grands Etats offrirent alors, à titre de transaction : 1** l'application, à Téleclion de la première branche de la législature, du mode de proportionnalité établi en avril 1783 pour les contributions que les Etats devaient fournir au Trésor fédéral (le nombre des habitants libres accru des trois cinquièmes des autres personnes); 2° la nomination de la seconde Chambre, ou Sénat, par les assemblées locales, d'après le montant de la population, chaque Etat ayant au moins un sénateur.

Les délégués des pelits Etats ne voulurent rien entendre. Ils aimaient mieux rompre l'Union que de consentir à la privation pour les Etats de leur droit à l'égalité du vote dans l'Assemblée fédérale. « On a poussé les choses trop loin, fît observer Dickinson à Madison; voilà les petits Etats amenés pour leur défense à se rejeter sur les Articles de confédération. » En effet les délégués du New-Jersey proposèrent le 13 juin à la Convention de substituer au projet virginien un ensemble d'amendements aux Articles, qui, laissant aux Etats toute leur souveraineté, ne changeant rien au mode de représentation, confiant toujours aux autorités locales la lâche d'appliquer les mesures votées par le Congrès, attribuaient à cette dernière assemblée le droit, tant discuté de 1782 à 1787, de lever un revenu général (douane, timbre et poste) et de réglementer le commerce des Etats entre eux et avec l'étranger. Tous les pouvoirs non expressément délégués . étaient réservés aux Etats. Le Congrès restait un grand conseil fédéral, et le pou-

4. La Virginie était quatorze fois plus peuplée et trente fois plus grande que le Delaware; la Pensylvanie, sept fois plus peuplée et quarante fois plus étendue que le Rhode-Island ; la Géorgie, trois fois moins peuplée, mais douze fois plus vaste, que le Connecticut.

voir exécutif une sorte de directoire composé de plusieurs membres, élus et révocables par le Congrès.

Une réaction se produisait dans rassemblée contre les idées de centralisation, qui avaient paru d*abord devoir l'emporter. Plusieurs jours se passèrent sans que le débat fit un progrès. Franklin, craignant de voir la Convention se dissoudre, proposa que chaque séance fût ouverte par une prière. Cette motion d'un sceptique, revenu sur ses vieux jours à la foi, calma un peu Tacrimonie des discussions. L*intransigeance des petits Etats n'en rendait pas moins difficile la solution de cette crise. « La Confédération a été déclarée perpétuelle, disaient-ils, et elle a élé fondée sur l'égalité des Etats pour le suffrage; voulezvous manquer à la parole donnée? » On leur répondait : € Pour qui faisons-nous une constitution? Pour des hommes, ou pour des entités imaginaires appelées Etals? »

La Convention s'abstint de siéger du 2 au 4 juillet pour la célébration de l'anniversaire de l'indépendance. Lorsqu'elle reprit ses travaux, les idées de conciliation prédominaient et le premier des grands compromis qui sont la marque distinctivo de l'œuvre constitutionnelle de la Convention de Philadelphie, fut voté le 16 juillet.

Les compromis de la Constitution. — La Convention décidait en efTet de donner satisfaction, au moins dans une des deux chambres, au principe de l'égalité de vote : la seconde

chambre serait composée de deux sénateurs par Etat, chacun des sénateurs volant séparément. Le caractère fédératif de la Constitution était sauvé, les petits Etals obtenaient gain do cause. Il fut arrêté en même temps que, pour la première chambre, la représentation serait proportionnelle au nombre des habitants libres accru des trois cinquièmes des autres habitants * et que le nombre total des représentants serait fixé par la législature nationale après chaque recensement.

Ainsi chaque Elat enverrait au Congrès un nombre de re'prèsentants variable selon sa population, et invariablement deux

1. Le compromis relatif h Tadjonction des trois cinquièmes de la population nèf^re esclave au nombre de la i>opula(ion libre, pour rétablissement de la proportionnalité dans la représentation, resta en vigueur jusqu'à la guerre civile de 1801-63 et disjMirut naturellement avec l'esclavage.

sf^iiateurs *, système absurde en théorie, mais dont les Américains ne regrettent point l'introduction dans leur système gouvernemental. Il est à noter que la concession faite par les grands

Elats aux petits, le 16 juillet 1787, est la seule clause de la Cons-

iitution des Etats-Unis qui ne puisse jamais être modifiée et soit expressément soustraite à l'action de la procédure de Tamendément : Tarticle 5 dit qu'aucun Etat ne pourra jamais être privé sans son consentement de Tégalité du vole dans le Sénat.

La Convention s'occupa ensuite de la tâche délicate de la distribution des pouvoirs entre le gouvernement général et les Elats. Le principe dominateur fut celui-ci : la législature nationale aura le pouvoir de légiférer pour les intérêts généraux de la nation, dans tous les cas où les Elats sont individuellement incompétents et où l'harmonie des Etats-Unis pourrait être troublée par l'exercice de la législation locale. Les attributions de pouvoir au gouvernementcentral, qui avaientdepuis plusieurs années tant occupé les membres du Congrès, furent alors votées sans débat : droit d'établir des iaxes^ impôts et accises^ et de les percevoir par des agents fédéraux; droit de réglementer le commerce extérieur et domestique, de frapper des monnaies, d'emprunter, mais non d'émetlre des billets de crédit; ce droifc fut en outre formellement retiré aux Etals *. La Convention donna spécialement au Congrès le pouvoir d'établir une taxe de dix dollars par tête d'esclave importé aux Etats-Unis, et d'interdire complètement l'importation des noirs d'Afrique à partir de 1808.

A la fin d'août la Convention revint sur la décision qu'elle avait prise, au début de ses délibérations, de faire élire le détenteur du pouvoir exécutif par la législature nationale, pour sept années, sans rééleclion. Sur la proposition de Gouverneur Morris, déclarant que ce mode d'élection ne signifiait que

1. C'est le système encore en vigueur aujourd'hui : le New-York envoie à Washington 34 représentants et 2 sénateurs, le Nevada 1 représentant et 2 sénateurs.

2. Les désordres que venaient de provoquer dans certains États, surtout dans le Rhode-Island, des émissions exagérées de papier-monnaie, donnaient alors un grand intérêt à cette question. Quant aux 346 millions de dollars de billets de rrédit, créés pendant la guerre civile et qui circulent encore aux États-Unis, le 39* Congrès a sauvé ladifticulté en otHcnant de la nation un bill d'indemnité au moyen du quatorzième amendement constitutionnel.

« cabale et corruption », un système tout différent prévalut, celui qui est encore en vigueur aujourd'hui : le terme de la présidence limité à quatre années; le président élu par des électeurs désignés dans chaque État selon le mode qu'adoptera la législature locale, mais dont le nombre devra être égal à celui des représentants et des sénateurs de TEtat au Congrès; ce collège électoral choisissant en même temps un vice-président, dont Tunique attribution (sauf celle de succéder éventuellement au président en cas de décès de celui-ci) serait de présider de droit le Sénat; le président et le vice-président rééligibles. La Convention définit les pouvoirs du président, dota le Sénat, en dehors de ses fonctions législatives, de hautes attributions judiciaires et executives, fixa les principes de l'organisation du pouvoir judiciaire, et confia à ce pouvoir Tinterprétation constitutionnelle des lois soit nationales, soit des Etats.

Instruite par l'exemple des Articles de confédération dont on avait tant de peine à se délivrer, elle rendit relativement facile l'introduction d'amendements dans le texte constitutionnel, et décida que la Constitution nouvelle entrerait en vigueur aussitôt que neuf des treize Etats l'auraient ratifiée dans des Conventions populaires.

L'œuvre était achevée. Faite de concessions et de sacrifices réciproques, elle ne satisfaisait complètement personne. Plusieurs délégués du Massachusetts, du New-York, du Maryland, de la Virginie, déclarèrent qu'ils ne pouvaient la signer. Quelques-uns même avaient déjà quitté la Convention.

Le n septembre, le texte de la Constitution fut définitivement adopté . Washington , qui n'était intervenu à aucun moment dans le débat, fit un dernier appel au sentiment de la concorde. Il fut entendu que les signatures qui allaient être données seraient précédées de la formule d'attestation suivante : « Fait en Convention par le consentement unanime des Etats représentés le 17 septembre 1787, douzième année de l'indépendance des États-Unis d'Amérique. En témoignage de quoi nous avons ci-dessous signé. » Le document ne porte que trente-neuf signatures sur les cinquante-cinq délégués que comptait la Convention.

CONSTITUTIONS DES ÉTATS ET CONSTITUTION FÉDÉRALE 8o9

Formation des partis : fédéralistes et antifédéralistes. — Lorsque le projet de constitution fédérale eut été publié, le peuple des États-Unis se divisa en deux grandes fractions politiques dans lesquelles disparurent bientôt, absorbées et fondues, au moins pour quelque temps, les divisions locales qui s'étaient formées dans la plupart des Etats depuis la guerre de rindépendance.

Les amis de la Constitution nouvelle se donnèrent le nom de fédéi-alisles et traitèrent leurs adversaires ' à' anti fédéralistes, appellation contre laquelle ceux-ci protestèrent, se prétendant les vrais fédéralistes, alors que les amis de la Constitution allaient bien au delà d'une simple fédération.

Les antifédéralistes se tinrent d'abord dans Texpeclative. Ils manquaient de discipline et n'avaient rien à offrir à la place du plan proposé. Mais ils étaient très nombreux dans quelques-uns des Etats les plus importants, et s'appuyaient sur les préjugés, la vanité locale, la crainte du changement. Les fédéralistes, pour éviter de blesser les susceptibilités populaires, ne prônèrent point le résultat de leurs travaux comme devant avoir pour effet de nationaliser l'Union, mais seulement de rétablir l'ordre civil et de faciliter l'harmonie. Ils présentèrent la Constitution au peuple comme la moins mauvaise combinaison qui pût être en tout cas réalisée. Entre les deux partis, la masse de la population, indécise, prit le temps d'écouter le pour et le contre. Il fallut une année aux fédéralistes pour gagner leur cause devant l'opinion.

Les antifédéralisles reprochaient principalement à la nouvelle constitution de tendre à ruiner la souveraineté des Etats, surtout de ne fournir aucune garantie explicite contre les arrestations et les saisies arbitraires, et contre le refus de jugement par jury dans les affaires civiles. Ces critiques, notamment celle qui signalait le défaut d'une déclaration expresse des droits individuels, donnèrent lieu à la proposition de nombreux amendements. Au contraire, le mécanisme électoral, fort mal réglé, et les concessions à l'esclavage ne furent môme pas relevés. En réponse à ces objections, Hamilton publia à New-York, avec la collaboration de Madison et de Jay, sous la forme d'une

série de quatre-vingt-cinq études, dont la collection porte le nom de The Federalist (octobre 1787 à mars 1788), un chaleureux plaidoyer de cette constitution, qui ne le satisfaisait cependant lui-môme que bien imparfaitement parce qu'il ne la trouvait pas assez centralisatrice.

Le Delaware, le New-Jersey et la Pensylvanie donnèrent leur adhésion dès le mois de décembre 1787, la Géorgie et le Connecticut dans les premiers jours de 1788. Le Massachusetts suivit, le 6 février 1788, mais par une très faible majorité (187 voix contre 168), et il subordonnait sa sanction à la présentation de plusieurs amendements. Avril apporta la ratification du Maryland, mai celle de la Caroline du Sud.

Ratification par dix États. — La Virginie hésitait encore. Les antifédéralistes avaient, dans cet État, des chefs éminents, Mason, Monroe, Patrick Henry. Les grands planteurs avec les pionniers de Touest constituaient le gros de la faction. Jefferson était parti en France avec la pensée que quelques relouches suffiraient pour faire des Articles de confédération un instrument viable et efficace. Lorsqu'il reçut un exemplaire du texte définitif de la Constitution, il fut perplexe. Si maintes clauses lui plaisaient, la séparation des pouvoirs, les deux chambres, une certaine centralisation du gouvernement, il s'étonnait de ne trouver aucune « déclaration de droits », aucune garantie formelle, positive, pour la liberté de la presse, le jugement par jury, la sécurité individuelle. Il se déclara alors indifférent. Mais lorsque le Massachusetts eut inventé l'expédient des amendements, il n'eut plus d'hésitation et écrivit à ses amis de Virginie (mai 1788) que là était la vraie solution, et qu'il fallait ratifier, sous réserve de correction, ce qui fut fait le 25 juin par 89 voix contre 79.

Le New-Hampshire venait d'adhérer quatre jours auparavant (21 juin). Dix conventions avaient ratifié la Constitution. Il était donc certain que celle-ci allait entrer en opération. De grandes fêtes populaires célébrèrent l'événement à Boston, à Baltimore, à Charleslon, à Philadelphie.

La minorité opposante cependant était encore considérable, même dans les Étals qui avaient ratifié. A Albany, le 4 juillet.

les anlifédéralistes firent un feu de joie du texte de la Constitution. Les fédéralistes dominaient dans la ville même de New- York, les opposants tenaient la chambre basse de la législature et avaient avec eux le gouverneur Clinton, qui, dans la pensée des brillantes destinées réservées à son Etat, ne se souciait pas de le voir se fondre dans l'Union. En janvier 1788, il avait présente à sa législature les recommandations du Congrès, mais sans les appuyer. La Convention de TÉtat s'étant enfin réunie à Poughkeepsie, les fédéralistes, sous la direction d'Hamilton, de Jay et de Livingston, y gagnèrent peu à peu du terrain contre Clinton, Lansing et Melanchton Smith. L'Assemblée vota la ratification le 26 juillet, par 30 voix contre 27, sous la réserve de l'adoption de certains amendements et de la convocation d'une nouvelle Convention de tous les Etats. La Virginie et la Pensylvanie appuyèrent ce dessein, et les deux Etats qui n'avaient pas encore ratifié, Caroline du Nord et Rhode Island, se déclaraient prêts à soutenir le projet d'une nouvelle Convention. Ce courant d'idées était bien fait pour inspirer aux défenseurs de la Constitution des craintes assez sérieuses, la majorité fédéraliste ayant été très faible dans le Massachusetts, comme dans la Virginie, le New- York et la Pensylvanie. Le mouvement toutefois n'alla pas plus loin. L'idée de la réunion d'une autre Convention générale fut abandonnée; le Congrès, par une résolution votée le 13 septembre 1788, déclara officiellement la Constitution ratifiée.

^Washington premier président des États-Unis. — La Confédération avait vécu. Pour mettre en marche le nouveau mécanisme constitutionnel, le Congrès fixa au premier mercredi de janvier 1789 le choix des électeurs présidentiels; au premier mercredi de février, l'élection du président et du viceprésident; au premier mercredi de mars (qui se trouvait le 4), l'inauguration du gouvernement. Washington était le candidat désigné d'avance, sans concurrent, et acclamé par l'unanimité du peuple, pour la présidence. John Adams, qui arrivait d'Angleterre, fut le candidat des fédéralistes pour la vice-présidence. Il venait de publier une Apologie des constitutions américaines^ dont on se hâta, dans les rangs des opposants, de dénoncer les

tendances anglaises. Les antifédéralistes prirent pour candidat Clinton, le gouverneur du New- York.

Pendant Thiver de 1788 à 1789 les Etats procédèrent aux élections pour les électeurs présidentiels et pour les membres du Congrès. Les sénateurs furent nommés par les législatures, les représentants par la population. Les fédéralistes l'emportèrent partout, sauf en Virginie *.

Les électeurs présidentiels, nommés soit par les législatures, soit par le peuple, se réunirent dans chaque Etat au jour fixé (février 1789). Washington fut élu à l'unanimité président. John Adams obtint la vice-présidence, mais par 34 voix seulement sur 69, les 35 autres voix s'étant dispersées sur divers noms.

La ville de New-York avait été désignée comme siège provisoire du nouveau gouvernement. Les distances étaient longues, les deux Chambres ne purent être organisées qu'en avril, et la présidence de Washington fut inaugurée le dernier jour de ce même mois. Mais, en vertu d'une décision antérieure du Congrès, le gouvernement fédéral était censé fonctionner officiellement depuis le 4 mars 1789. Les États-Unis terminaient leur révolution au moment même où la France commençait la sienne.

/ V. — i Le gouvernement national aux mains des fédéralistes (lySg-iSoo).

L'œuvre du premier Congrès fédéral. — Washington prenait le pouvoir dans des conditions exceptionnelles d'autorité sur le peuple. Respecté, admiré par tous ses concitoyens, on voyait en lui Thomme le plus capable d'assurer la marche régulière du nouveau mécanisme gouvernemental. Planant au-dessus

1. Le New- York, toujours divisé, avait un sénat fédéraliste et une chambre antirédéraliste. L'accord ne put s'établir sur un mode d'élection des deux sénateurs fédéraux et des électeurs présidentiels. Il en résulta que le New-York ne prit point part à l'élection du président, et, pendant la première session du Congrès, ne fut pas représenté au sénat fédéral.

de toutes les opinions, il ne devait d'égards particuliers ni à Tune ni à Tautre des deux factions qui venaient de diviser le pays pendant la période des débats sur la Constitution dans les Etats. Il put donc, sans étonner ni froisser personne, appeler aux postes principaux de son cabinet Mes deux hommes en qui se personnifiaient les tendances contraires : il confia les finances à son ancien aide de camp, le colonel Hamilton, et les affaires étrangères avec l'intérieur à Jefferson, de retour en Amérique après un long séjour en France. Un des membres les plus importants du Congrès était James Madison, qui avait eu une part si considérable dans la préparation et la discussion des projets de réforme d'où sortit la constitution actuelle des Etats-Unis.

Madison, dans la chambre des représentants, Hamilton au pouvoir, prirent immédiatement l'initiative des grandes mesures propres à consolider le nouveau gouvernement, à rétablir la confiance et à développer la prospérité nationale. Le Congrès vota, sur la proposition de Madison, et conformément aux vœux formels exprimés par plusieurs Etals dans leur acte d'adhésion à la Constitution, une série d'amendements ' énonçant des garanties pour la liberté individuelle, dont ne s'occupait qu'incidemment le texte élaboré à Philadelphie en 1787. Madison fît en outre voter le premier tarif douanier des

Etats-Unis, tarif modéré, purement fiscal, avec des tendances protectionnistes cependant sur certains points. Un revenu régulier, susceptible de rapides accroissements, fut ainsi assuré au trésor. Pour accroître encore les ressources du gouvernement, Hamilton proposa des lois d'accise sur la fabrication des

1. Il n'y eut pas alors, pas jikis qu'il n'y a encore aujourd'hui, aux États-Unis un cabinet, au sens européen du mot. Les ministres portaient le nom de secrétaires et étaient vraiment les secrétaires du président, la constitution ne leur conférant aucune autorité ni responsabilité spéciale, en dehors de celle d'aides du chef du pouvoir exécutif. Les secrélaires du trésor, d'étal, de la guerre, de la marine, etc., chefs, par la volonté du président, de leurs départements respectifs, ne sont point choisis dans le Congrès, n'y peuvent prendre la parole, n'y ent pas même accès en leur qualité officielle, ne sont responsables que devant le président. Leur nomination toutefois doit être ratifiée parle Sénat, de même que celle des ambassadeurs et ministres plénipotentiaires, et des titulaires de quelques autres hautes fonctions.

2. Ces amendements (au nombre de dix) furent soumis à la ratification des États et proclamés en vigueur le 15 décembre 1791.

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liqueurs spiritueuses, et décida, non sans quelque peine, le Congrès à les adopter. Il fit agréer aussi à celte assemblée un système financier reposant sur la reconnaissance intégrale et l'unification, sous la responsabilité directe de TUnion, de toutes les dettes de la confédération défunte et des Etats particuliers. Afin de mieux assurer la réalisation de ce plan, il se fit autoriser par le Congrès à constituer une Banque des Etats-Unis, qui commença ses opérations en 1792, et fut « incoi"porée » pour vinirt années. Toutes ces mesures relevèrent à tel point le crédit fédéral que les titres de la dette publique, presque sans valeur avant l'inauguration du nouveau régime, atteignirent le pair. L'Union, à peine constituée, se trouva en mesure de contracter des emprunts à 5 p. 100. Les affaires commerciales étaient en pleine activité, la prospérité publique faisait de rapides progrès. Hamilton, autour de qui gravitait à New-York la haute sociélé américaine, ne cachait point qu'il avait emprunté à l'Angleterre le secret des mesures qui venaient d'avoir un si grand succès, et professait hautement son admiration pour les mœurs et les institutions de la Grande-Bretagne.

Scission dans le cabinet : Jefferson contre Hamilton. — Jefferson avait approuvé les premières mesures de son collègue, mais non l'ensemble de son œuvre. Il estimait qu'il y avait trop de finance et de spéculation dans cette méthode de gouvernement. Après avoir obtenu que le siège de la future capitale des Etats-Unis fût établi sur les bords du Potoroac (emplacement de la ville de Washington, où le transfert matériel du gouvernement eut lieu en 1800), il se renferma dans une attitude de réserve et se rapprocha de Madison, effrayé, lui aussi, des hardiesses de la politique d'Hamilton. La divergence entre les tendances représentées par les deux conseillers de Washington s'accentua, et les antifédéralistes, rejetés dans l'ombre depuis l'adoption de la Constitution, se déclarèrent sous un nouveau nom, celui de « républicains », partisans de la constitution, mais interprétée dans sa signification la plus étroite, et considérée surtout comme une limitation du pouvoir fédéral, une sauvegarde des droits des Etats. Les fédéralistes interprétaient au contraire le texte de la Constitution dans sa

sijçniQcation la plus générale et comme offrant les moyens d'organiser un pouvoir central de plus en plus fort. Hamilton, John Adams, Jay, Washington lui-même dans ses dernières années, étaient les principaux chefs des fédéralistes; Jefferson, Madison, Livingston, plus tard Monroe, Gallatin, furent les chefs des républicains. Tandis que le fédéralisme était surtout Topinion des classes riches, éclairées, de la bonne société daqs les villes de commerce, d'industrie et de finance comme Boston et New -York, le républicanisme recrutait ses adhérents dans la masse du peuple, chez qui se maintenaient vivaces les instincts particularistes. Lorsque Hamilton proposa de constituer une Banque nationale, les opposants objectèrent que la Constitution ne donnait au Congrès aucun droit formel de créer un établissement de ce genre, et que celte création n*était nécessaire pour r« exercice » d'aucun pouvoir expressément attribué au Congrès. Ils ajoutaient, surtout ceux du sud, qu'une banque donnerait trop de facilités au gouvernement pour emprunter *. Ces arguments et d'autres du même genre pouvaient sembler puérils à Hamilton et à ses amis. Ils faisaient impression sur le peuple, dont la susceptibilité était éveillée dès que les droits des Etats étaient déclarés en péril.

Seconde présidence de ^Washlng^on (1793-1797). — Malgré la vivacité du conflit entre les deux influences rivales dans son cabinet, Washington, toujours respecté et maintenu au-dessus des luttes quotidiennes, fut réélu président à l'unanimité pour un second terme (1792). Quelques cofntés de l'ouest de la Pensylvanie s'élant opposés à la perception des droits d'accise, très impopulaires auprès des républicains, il fallut que le président mobilisât quelques milliers d'hommes de la milice et fit procéder à l'occupation militaire des comtés insultés pour avoir raison de cette résistance obstinée au pouvoir fédéral. Une guerre indienne mit d'autre part à l'épreuve la force matérielle de ce pouvoir. Les tribus du nord-ouest avaient infligé en 1790 un désastre au général Harmar.

1. JelTerson écrira en 1"98 que, pour ramener le gouvernement des Élats-Unis aux vrais principes de la Conslitulion, il suffirait d'un amendement retirant au pouvoir fédéral le droit de contracter des emprunts.

Histoire' générale:. VIII. 55

Washington confia la tâche de le venger à un de ses compagnons d^armes, le général Saint-Clair, qui subit à son tour une défaite complète. Le général Wayne réussit enfin à battre ces Indiens et la paix fut rétablie en 1795. L'Union s'était accrue déjà de deux États, le Vermont et le Kentucky (1791); le Tennessee devint, en 1796, le seizième membre de la confédération. Relations avec la France : la mission Gtenet. — Les graves événements qui s'accomplissaient en France donnèrent une nouvelle animosilé aux luttes intérieures des partis. Washington était effrayé et indigné des excès où tombait la France révolutionnaire. Ses conseillers fédéralistes, animés de sympathies persistantes pour l'Angleterre, appuyaient sa résolution de maintenir les Etats-Unis complètement étrangers aux violences qui allaient se déchaîner en Europe. Le parti républicain, au contraire, avouait hautement ses sympathies pour la République française et inclinait à l'cdder dans sa lutte contre les monarchies européennes. Les Girondins envoyèrent en Amérique le citoyen Genêt'; ce représentant de la nation française opéra avec une décision dépourvue de préjugés, qui, dans la disposition où était alors le peuple américain, obtint de suite un grand succès (1793). Il venait demander pour la France, avec l'appui moral des Etats-Unis, une alliance qui ne tînt compte ni des obligations des traités ni du droit des gens. Son voyage de Charleston à Philadelphie fut une marche triomphale. Les républicains lui faisaient fête; des clubs démocratiques s'organisèrent. Washington dut publier (22 avril 1793) une proclamation de neutralité afin d'empêcher ces sympathies pour la France de se manifester d'une manière dangereuse. La presse républicaine prolongea quelque temps l'agitation. Mais lorsque Genêt, irrité de la froideur du monde officiel, commit 1 imprudence de déclarer qu'il en appelait du président au peuple, tous ses amis antifédéralistes l'abandonnèrent, et bientôt après son propre gouvernement le désavoua. Genêt eut pour successeur Fauchet, dont l'attitude mesurée et prudente ne (arda pas à nous ramener de nombreuses sympathies américaines.

1. Prcrédemment ministre à Pélersbourg; voir ci-dpssus, p. 366.

Relations avec l'Angleterre : le traité Jay. — Les

difficultés étaient à peine apaisées entre les Etats-Unis et leurs anciens alliés lorsqu'un orage se forma du côté de TAngleterre. Dix ans après la signature du traité de Versailles, le gouvernement britannique refusait encore de retirer ses garnisons des postes situés dans le nord-ouest des Etats-Unis, bien que cette évacuation fût une stipulation formelle du traité. Les procédés de sa marine de guerre étaient aussi arrogants qu'ils avaient jamais été avant Tindépendance. Un ordre du Conseil (6 novembre 1793), en réponse à la proclamation de neutralité de Washington, interdit aux puissances neutres tout commerce avec les colonies françaises. Le Congrès répondit à son tour par le vote (26 mars 1794) d'un embargo de deux mois sur les navires en partance des ports d'Amérique pour TAngleterre. Les sentiments des Anglais à l'égard de leurs anciennes colonies semblaient si hostiles que l'on commençait, autour de Washington, à songer sérieusement à une guerre. Le président cependant était décidé à ouvrir de nouvelles négociations : John Jay, envoyé à Londres, y conclut (19 novembre 1794) un traité dont l'annonce excita en Amérique une émotion extraordinaire. Il semblait que Jay eût trahi les Etats-Unis. Il n'avait pas obtenu sans doute toutes les satisfactions, mais le traité stipulait l'évacuation immédiate des postes de l'Ouest par les garnisons anglaises, et Washington, pour ce motif, se décida, en dépit des clameurs de l'opposition, à ratifier le traité. Cette décision le classa définitivement comme fédéraliste, et les injures de la presse républicaine cessèrent de l'épargner.

Depuis longtemps la présence de Jefferson et d'Hamilton dans le même cabinet ne pouvait plus se comprendre, le secrétaire d'Etat dirigeant presque ostensiblement les attaques de l'opposition contre la politique de son rival; Jefferson se décida enfin à donner sa démission (janvier 1794). Sa situation officielle avait été pour ses amis politiques plus une gêne qu'un appui. Sa retraite consolida le parti républicain dont il fut dès lors le chef reconnu. Hamilton, à son tour, devant les tracasseries du Congrès et l'humiliation d'une enquête sur sa gestion financière, dont l'intégrité fut d'ailleurs clairement établie, abandonna le

pouvoir. Si la retraite de Jefferson n'avait point fortifié le gouvernement de Washington, celle d*Haniilton TafTaiblit. Les successeurs de ces deux hommes d^Etat étaient d'honorables médiocrités; le président servit de cible désormais aux traits acérés d'une presse dont la violence passait toute mesure. Aussi Washington, sensible plus qu'aucun de ses concitoyens aux injures, était-il vraiment las du pouvoir lorsqu'arriva le terme de sa seconde présidence : il refusa absolument de se laisser présenter pour une troisième élection (1796).

Présidence dé John Adams (1797-1801). — Washington se dérobant, il n'y avait plus un seul homme sur le nom duquel toute la nation pût s'unir. Les fédéralistes avaient constitué le gouvernement, établi son crédit, mis ses ressorts eii mouvement; mais déjà ils s'étaient trouvés plusieurs fois en minorité dans la chambre des représentants. Leur chef le plus éminent, Hamilton, que personne n'égalait pour l'éclat des services rendus à son pays, était impopulaire. On le trouvait trop anglais.

Les fondateurs de la république américaine, après huit années d'exercice du pouvoir, ne pouvaient présenter un candidat qui fût assuré dans son parti d'un appui sincèrement unanime. Ils avaient bien John Adams, dont l'ardeur pour l'indépendance des États-Unis n'était pas oubliée, mais nombre de fédéralistes lui reprochaient sa vanité, son caractère à la fois violent et vacillant. Les républicains au contraire étaient unis sur le nom de Jefferson. S'il ne put obtenir d'abord (1796) que la vice-présidence, il dut cette déception au zèle un peu intempérant du minisire français, Âdel, successeur de Fauchet, qui déclarait hautement que la conduite de la France à l'égard des Etats-Unis dépendrait du résultat de l'élection. Jefferson apparaissait ainsi comme le client du gouvernement français, ce qui valut une petite majorité à John Âdams (une voix de plus que le chiffre strictement nécessaire), malgré les intrigues qu'avait nouées Hamilton en faveur dePinckney, le second candidat des fédéralistes. Les divisions de ce parti étaient le signe précurseur de sa prochaine défaite ; elles ne firent que s'accentuer sous la présidence de John Adams (1797-1801).

Rupture avec la France : la guerre fédéraliste. —

L'affaire la plus importante de celle administralion, à Texlérieur, fut le long démêlé avec la France, qui aboutit à un commencement d'hostilités. Le gouvernement de la République française ne pouvait pardonner aux fédéralistes la signature du traité Jay, dont les stipulations relatives au commerce entre les Etats-Unis et l'Angleterre lui paraissaient une violation des accords signés en 1778 entre la France et l'Amérique. Pendant la dernière année de présidence de Washington, les journaux et l'administration en France n'avaient cessé de dénoncer V « ingratitude » de l'Amérique. Monroe, qui avait remplacé à Paris Gouverneur Morris comme ministre des Etals-Unis, était un ami des républicains français; mais ceux-ci l'accueillirent avec des démonstrations d'un enthousiasme si intense, et lui-même se laissa entraîner, dans ses expansions démocratiques, si loin de toute réserve diplomatique, que Washington crut devoir le rappeler. Un fédéraliste le remplaça : le gouvernement français lui refusa même l'entrée à Paris. Les ordonnances les plus rigoureuses furent édictées contre les navires marchands américains; les saisies se multiplièrent. L'opinion publique commença de se monter très vivement aux Etats-Unis contre un gouvernement aussi arrogant; les fédéralistes Hamilton, Pickering, Wolcot, triomphaient : une guerre avec la France était le meilleur moyen de relever le parti et de lui assurer le pouvoir après Adams. Le Congrès vota des emprunts; on forma une armée dont Washington fut nommé commandant en chef, avec Hamilton pour second. Il y eut même quelques faits de guerre, une ou deux rencontres entre des frégates des deux nations. Mais le président Adams, qui avait déjà presque entièrement rompu avec les fédéralistes exaltés, et qui se méfiait même de son cabinet, ne se laissa pas emporter par ce courant et saisit la première occasion qui s'offrit pour renouveler les négociations. Il quitta la présidence avant qu'elles fussent terminées. Le général Bonaparte, qui avait remplacé le Directoire, semblait tenir à se concilier les États-Unis; un arrangement fut conclu; la ratification n'en eut lieu d'ailleurs que le 19 décembre 1801, lorsque Jefferson était déjà président.

Dif&cultés intérieures : les « Résolutions n du Kentucky et de la Virginie. — C'est sur la politique intérieure que devait sombrer le fédéralisme. Les conseillers du président Âdams, imitant un exemple que donnait dans le même temps le gouvernement anglais, cherchèrent à réprimer par la législation les violences auxquelles s'abandonnait la presse républicaine contre la politique belliqueuse des fédéralistes. Comme ils disposaient de la majorité au Congrès, ils firent passer deux lois destinées à armer le pouvoir contre les injures et les menées de Tennemi intérieur : Tune, Alien Law, contre les étrangers (voyageurs, publicistcs, émissaires français et anglais, exilés politiques, éditeurs de journaux) ; l'autre, Sédition Law, contre les écrits et les actes séditieux. Le parti républicain dénonça le vote de ces lois comme une violation des garanties de liberté individuelle introduites par voie d'amendement, en 1*791, dans la constitution. Il fit plus; par l'organe de JelTerson et de Madison, promoteurs des < Résolutions » du Kentucky et de la Virginie, il exposa publiquement la théorie du droit qu'aurait tout Etat, membre de l'Union, à considérer comme nulle {void and ofno force) une loi votée par la législature nationale, lorsqu'il la juge lui-même contraire à l'esprit comme a la lettre du pacte fédéral. Ainsi la doctrine de la souveraineté des Etats, reprise plus tard cl développée par Calhoun, puis, invoquée par les sécessionnistes de 1861, a eu sa première expression, sur le terrain de la politique pratique, dans le double manifeste du parti républicain contre des lois votées par un Congrès infatué de fédéralisme. Les « Résolutions » ne conduisirent à aucune conséquence positive; la législation incriminée n'avait qu'une durée temporaire, et, lorsqu'elle cessa d'être en vigueur, l'agitation tomba. Mais cette politique répressive, timide en fait et vouée à l'insuccès, précipita le mouvement d'opinion qui, peu de mois après, devait enlever le pouvoir à l'état-major affaibli et divisé du parti fédéraliste.

Chute du fédéralisme : Jefferson président. — Adams était accusé de trahison par ses propres troupes; en arrêtant la guerre avec la France, il avait rendu impossible tout retour immédiat de fortune pour son parti. Il croyait s^ns doute faire

son devoir, et il est probable qu'il en était venu à détester beaucoup plus ses prétendus amis, et en premier lieu ses ministres, que ses adversaires politiques. Les masses se désintéressaient des ambitions particulières, des intrig'ues personnelles, des intérêts de caste, qui semblaient maintenant composer tout le bagage politique des hommes qui avaient fait la Constitution. Le parti avait encore quelque prise sur lopinion dans les Etats du nord-est; mais il avait perdu beaucoup de terrain dans le sud et à Philadelphie. La mort de Washington (1799) lui enleva son chef le plus respecté.

Le parti républicain faisait au contraire de grands progrès; il dénonçait chez ses adversaires tout ce que la foule ne pouvait souffrir : la tendance à la centralisation et à Tamoindrissement des droits des Etats; la propension à la guerre, aux emprunts, aux dépenses exagérées, au fonctionnarisme bien rétribué; des sympathies pour les institutions anglaises, peut-être pour le monarchisme ; Tintention de créer une forte armée permanente, dont Tentretien exigerait de nouveaux et lourds impôts. D*autre part, les « républicains démocrates » se disaient maintenant les plus fervents partisans de la Constitution dont ils avaient naguère combattu Tadoption; ils voulaient la paix avec la France, un gouvernement économe, une autorité centrale réduite à un petit nombre d'attributs essentiels et respectueuse des libertés et des droits de tous les membres de TUnion. Jefferson avait dirigé lui-même toute l'évolution qui avait fait ainsi passer son parti de la négation vague à la politique positive, et lui assurait les sympathies de la grande majorité du peuple. Aux élections de 1800, Thomas JefTerson et Aaron Burr, candidats du parti républicain, furent élus président et vice-président par 73 voix du collège électoral, contre 65 données à Adams et 64 à Pinckney. C'était la (in du fédéralisme, l'avènement de la démoct*atie jeffersonnienne.

Le Canada. — L'Angleterre, devenue maîtresse du Canada, avait maintenu en vigueur les lois françaises et accordé toute liberté d'exercice à la religion catholique. Grâce à cette habile politique et à la prudente modération avec laquelle sut Tapplic|uer le gouverneur Carleton jusqu'à son départ (1778), le Canada ne fut point tenté de se joindre à la rébellion des colonies purement anglaises. Carleton fut remplacé par Haldimand, général suisse de l'armée de Burgoyne, qui traita les Français avec une extrême rigueur, leur imposant d'insupportables corvées, les jetant en prison par centaines et les gardant sans les juger pendant plusieurs années, exerçant enfin dans tout le bassin du Saint-Laurent une véritable tyrannie.

Le parti anglais mit à profit ces dispositions du gouverneur Haldimand et fit de grands efforts pour obtenir le retrait de tout ou partie des concessions qui avaient été faites à la race vaincue. Le revirement fut favorisé par l'arrivée en 1783, dans les domaines britanniques nord-américains, de vingt mille colons environ, loyalistes chassés ou exilés volontaires des Etats-Unis, et qui s'établirent au nord des lacs et sur la rive gauche du Saint-Laurent, aussi dans les provinces orientales,

Nouvelle-Ecosse et Nouveau-Brunswîck. Sur les réclamations réitérées des Canadiens français (Du Calvet, Appel à la justice de l'Étal), la Grande-Bretagne accorda à ses colons du Saint- Laurent le privilège de Vhabeas corpus; Haldimand dut promulguer lui-même la loi (1785). L'année suivante il fut rappelé. Son prédécesseur, Carleton, devenu lord Dorchester, revint prendre sa place et commença une série interminable d'enquêtes sur l'état de la colonie. Les résultats en auraient été s'enfouir dans les cartons du gouvernement anglais, si, la Révolution française éclatant, le cabinet britannique n'avait eu l'idée de faire un certain état de ces cahiers des vœux de la possession transatlantique. De là sortit la Constitution de 1791 votée par le Parlement pour le Canada. Le pays était divisé en deux pro-

vinces : le bas Canada ou vallée du Saint-Laurent (Montréal et Québec) habitée par les Français; le pays d*en haut, ou terre des grands lacs, habité par des Anglais. Chaque province eut son gouvernement particulier et son parlement spécial sous Tautorité commune du gouverneur royal. La Constitution fut mise en vigueur le 26. décembre 1791. Elle devait durer cinquante ans, sous dix gouverneurs et quinze parlements.

Le haut Canada n*avait encore que 40 000 habitants, le bas Canada en avait 160 000, dont 20 000 Anglais. Celte dernière province élut (1792), sur cinquante députés, trente-quatre Français et seize Anglais; le pays d*en haut élut seize Anglais sur seize députés. Carleton, lord Dorchester, se retira en 1796 et fut remplacé par Robert Prescott, puis par Milnes. Le Canada donna asile à un grand nombre de prêtres catholiques, arrivant de France, chassés par la Révolution. L'histoire locale était alors et resta longtemps pleine des incidents de la lutte entre les Anglais, protestants et s*occupant principalement de commerce, et les Français, catholiques, adonnés surtout à Tagriculture.

Le domaine hispano-américain. — L'immense empire des colonies hispano-américaines était encore, au milieu du xviii* siècle, une sorte de monde inconnu dont les étrangers étaient tenus écartés avec les précautions les plus jalouses. Il occupait dix-neuf cents lieues de la côte du Pacifique, de Tîle de Chiloe au sud à la baie de San-Francisco au nord. Sur TAtlanlique, le Brésil et les Guyanes interrompaient la continuité des possessions de la couronne d'Espagne entre les plaines du pays Uruguayen et Tembouchure de rOrénoque. Au sud tout le bassin de la Plala, au nord toutes les terres situées sur le golfe du Mexique appartenaient au souverain de Madrid. Sur le continent septentrional, TEspagne occupait plus ou moins effectivement, outre le domaine du Mexique, les Florides et la Louisiane, mais ne possédait que de nom les solitudes du Texas et toutes les terres situées à Touest du Mississipi avec le massif des Montagnes-Rocheuses, jusqu'au fleuve Columbia.

Déclin de l'ancien système commercial. — Cadix avait succédé à Séville en 1720 dans la jouissance du monopole du commerce avec TAmérique. Chaque année partaient de ce port

deux convois de marchandises européennes, les « galions » et la <K flotte 9. Les galions, chargés d'approvisionner Caracas, la NouvelIe^Grenade, le Pérou et le Chili, débarquaient leur cargaison à Carthagëne et à Porto-Bello; la « flotte » portait à Vera-Cruz les marchandises destinées à la Nouvelle-Espagne. Galions et flotte se retrouvaient à la Havane, chargés des métaux précieux et de quelques produits du Mexique et des pays du Paciflque, et revenaient de compagnie à Cadix. Ce régime commercial procurait de grands bénéfices à quelques négociants espagnols parce qu'il maintenait à un très haut prix en Amérique les marchandises d*Europe, transportées en quanlité très limitée. Flotte et galions, au moment où le commerce de Séville avait été le plus actif, ne portaient pas plus de 27 000 tonnes de marchandises par an au nouveau monde. Tout traflc naturellement était interdit aux possessions espagnoles avec les pays étrangers et entre elles-mêmes.

L'organisation d'un commerce formidable de contrebande et les grandes guerres du xvui" siècle eurent finalement raison de ce système colonial fondé sur l'exclusivisme le plus absurdement étroit. Des négociants espagnols ou étrangers en arrivèrent à expédier directement des navires par le cap Horn au Chili et au Pérou. Mais l'entrée des marchandises européennes se fît surtout par la Plata. L'envoi des galions cessa vers 1750; les ports de Panama et de Porlo-Bello tombèrent en décadence. Le dernier coup fut donné en 1764 au monopole de Cadix par l'établissement d'un service régulier entre la Corogne et les ports espagnols d'Amérique. L'année suivante, l'ile de Cuba fut autorisée à commercer directement avec les pays de la Plata, et celte autorisation fut étendue en 1774 à toutes les colonies espagnoles, qui purent désormais échanger entre elles leurs propres produits ou ceux de la métropole. L'interdiction était toujours rigoureusement maintenue pour toutes marchandises étrangères.

Malgré la richesse fabuleuse des mines d'argent du Mexique et du Pérou, on a calculé que le revenu net annuel de l'Espagne levé en Amérique n'excédait pas, entre 1750 et 1800, 31 millions de livres tournois, dont 12 du Mexique, et à peu près autant du

Pérou. Les mines produisaient annuellement dans les dernières années du siècle, une trentaine de millions de pesos, soit i80 millions de livres \ dont le quint ou cinquième, 36 millions, appartenait au roi. Mais la moitié au moins de cette dernière somme restait en Amérique pour les frais d'administration. Le roi tirait donc un revenu net d'environ 18 millions de livres des mines; le reste, 12 à 13 millions, de diverses impositions.

Nulle part d'ailleurs la moindre industrie, sauf dans la province de Quito, où, à cause de la grande difficulté des communications, l'Espagne avait permis la fabrication de chapeaux, de cotonnades et de lainages grossiers. L'agriculture seule était assez prospère, surtout dans les parties les plus peuplées de la Nouvelle-Espagne, et ses produits commençaient vers 1780 à dépasser en importance ceux mêmes des mines. De grandes richesses se trouvaient accumulées dans les mains de quelques particuliers, surtout au Mexique. Si le bas clergé de la Nouvelle- Espagne (cinq mille séculiers, cinq mille réguliers, trois à quatre mille frères lais ou servants et sœurs converses), comme celui des autres colonies d'Espagne, était très pauvre, le revenu annuel de neuf sièges épiscopaux (Mexico, Puebla, Yalladolid, Guadalajara, Durango, Monterey, Yucatan, Oajaxa, Sonora) s'élevait à plus de 2 700000 livres.

La Nouvelle-Espagne. — La Nouvelle-Espagne l'emportait sur toutes les autres colonies par le chiffre de la population, le nombre des villes, l'état de civilisation, la valeur des exploitations métalliques, déjà aussi par la valeur des produits du sol. La partie vraiment riche de cette possession était toujours le plateau d'Anahuac et une partie de ses pentes vers l'ouest et le sud, mais l'empire de Montézuma, conquis par Cortès en 1521, n'égalait pas en superflcie la huitième partie de la Nouvelle- Espagne du xviii" siècle. La race conquérante avait étendu peu à peu ses domaines au nord du plateau mexicain, portant l'étendard espagnol dans le bassin du Rio Grande del Norte, puis dans celui du Rio Gila et du Colorado. Au nord-ouest de la Sonora

i. La quantité d'or et d'arpent envoyée chaque année par le nouveau continent en Europe faisait plus des neuf dixièmes du produit total des mines dans le monde entier.

et du Nouveau-Mexique, des missionnaires franciscains fondaient, de 1769 à 1798, sur le rivage de la Nouvelle-Californie, une douzaine de villages, dont San Carlos de Monterey en 1770 et San Francisco en 1776.

Humboldt évaluait la production de Tagriculture du Mexique, vers 1800, à 145 millions de livres, valeur de 9 600 000 quintaux de froment, et la masse des métaux précieux recueillis annuellement, à la même époque, à Téquivalent de 7 400 000 quintaux de froment, soit environ 110 millions de livres, ou 2 500 000 marcs, qui passaient en Europe et en Asie par Vera-Cruz et Acapulco. Plus de la moitié de ce produit était fourni par les trois dislricls miniers de Guanajato, de Zacatecas et de Catorce, dont les deux premiers (filons de Veta Madré et de San Barnabe) étaient exploités depuis 1548 et 1558; le dernier avait été découvert tout récemment. Ces cliifTres de production se rapportent aux vingt dernières années du xvnf siècle, période où le rendement des mines de la Nouvelle -Espagne accusa une augmentation considérable ^ due à la liberté commerciale relative donnée par TEspagne à l'Amérique en 1778, à rabaissement des prix du fer et du mercure, et à la découverte des nouveaux filons de Valenciana et de Catorce (1760 et 1778).

Les vice-royautés. — La grande vice-royauté du Pérou, qui couvrait encore en 1700 toute l'Amérique du Sud, fut démembrée au cours du xvni* siècle par la formation en 1718 de la vice-royauté de la Nouvelle-Grenade et de celle de Buenos- Ayres en 1776. Au-dessous et à côté de ces vice-royautés étaient les capitaineries générales de Guatemala, de Porto-Bico, de Caracas, du Chili, et de la Havane avec les Florides. Aucun progrès dans ces pays du Pacifique, fermés à toute lumière du

1. Les deux chiffres les plus élevés sont : 25 600 000 pesos en 1796, et 27 16000i> en 1805, soit 128 et 138 millions délivres. Le chiffre moyen fut 110 à 112 millions en 1800, contre 77 à 82 en 1780, 57 à 60 en 1760, 27 à 32 en 1700. M. de Launay {Gites minéraux et mélaUifères) estime que le seul filon de Valenciana donna plus de 30 millions de livres chaque année de 1770 à 1810. La richesse de ces mines était donc bien supérieure à celle des gttes argentifères des autres colonies, même du Pérou. Potosi n'avait donné en effet, en moyenne, par année, que 11500000 livres de 1556 h 1578 et 20200000 de 1579 à 1730. La production déclina ensuite : 13 millions par an de 1737 à 1800. On peut évaluer à une cinquantaine de millions le produit annuel des autres mines d'argent ou d'or en Amérique, ce qui donne le chiffre général moyen de 180 millions vers 1800.

dehors, exploités au bénéfice de quelques courtisans. En 1781 éclatèrent au Pérou les premières révoltes, avant-coureurs de la prochaine révolution.

Trois centres de peuplement dans le bassin de la Plata, Paraguay, Buenos-Aires, Tucuman. Par cette dernière province les basses régions argentines communiquaient avec le Pérou. Les Jésuites y avaient su conquérir un grand ascendant, comme au Paraguay. Leur université de Cordoba était très prospère. Lorsqu'ils furent expulsés en 1767, le mouvement de colonisation fut assez longtemps arrêté. Le gouvernement de Buenos-Aires avait été constamment occupé à lutter contre eux à Tintérieur, tandis qu*il conquérait pas à pas la province contre les Indiens des Andes et du Ghaco.

L'Espagne ayant dû céder en 1713 à l'Angleterre le privilège de VasientOy un gouverneur de Buenos-Aires, pour lutter contre le commerce interlope qui se développait à la faveur de ce privilège, construisit en 1714 le fort de Montevideo, au pied duquel se forma une ville peuplée de créoles des Canaries. Buenos- Aires, vers 1750, comptait 17 000 habitants: elle en eut 35000 en 1776, et c'est alors que l'Espagne détacha une partie du haut Pérou, le Tucuman, le Paraguay, l'Uruguay et tout le bassin du Parana pour en former une nouvelle vice-royauté dont Buenos-Aires fut la capitale et don Pedro de Ceballos le premier lilulaire.

En 1741, le comte de Fuen-Clara étant vice-roi, la Nouvelle- Espagne était divisée en trois audiences et comprenait neuf diocèses ou évèchés. Un recensement fait à celte époque accusa 119 000 familles indiennes dans le diocèse de Mexico, 170 000 dans les trois suivants, 6 000 seulement dans la Nouvelle-Galice, soit pour cinq évêchés 300 000 familles ou 1 200 000 Indiens.

Le nombre des Indiens étant évalué à 800 000 dans les quatre autres évèchés, on arrive à un total de 2 millions d'Indiens, contre un million et demi d'Espagnols et de métis. D'après Robertson le nombre des Indiens au Pérou aurait été de 2 millions et demi en 1760. Le chiffre total des Indiens de race pure dans toute l'Amérique espagnole a été évalué d'autre part à 6 mil-

lions en 1810 *. Au Mexique et au Pérou on nommait chapetonea ou gachupines les blancs nés en Europe et criollos les blancs nés dans le pays. Le gouvernement, plein de méfiance à Tégard des créoles, donnait toutes les places, même les plus petits emplois dans les douanes ou dans la régie du tabac, aux Espagnols d'origine. Aussi existait-il entre chapetones et créoles une haine profonde qui fut un des fadeurs principaux de la révolution au commencement du xix* siècle.

L'autorité suprême dans toutes les possessions espagnoles était exercée par les vice-rois, en qui étaient réunis les pouvoirs civils, militaires et judiciaires. Ils nommaient aux emplois, présidaient les tribunaux, avaient une cour à l'image de celle de Madrid, des gardes à pied et à cheval. Dans les provinces la justice était rendue par des tribunaux appelés audiencias, formés sur le modèle de la chancellerie d^Espagne, au nombre de onze à la (in du xwif siècle (y compris celle de Manille aux îles Philippines). L'autocratie des vice- rois avait pour contrepoids le droit des Audiencias de leur présenter des remontrances, et, en cas de désaccord absolu, d'en référer au roi et au Conseil des Indes.

Saint-Domingue. — La proportion des blancs dans l'ensemble de la population était de 20 pour 100 dans la Nouvelle- Espagne, de 12 pour 100 au Pérou, descendait plus bas encore à Saint-Domingue, mais se relevait à 40 ou 45 pour 100 à Cuba. La Nouvelle-Espagne ne comptait qu'un très petit nombre de nègres ou d'esclaves (il n'y avait guère de noirs qu'à Mexico, pour le service domestique), et le nombre en était encore très restreint au Pérou, au Chili et dans l'Argentine. Ils composaient au contraire plus des deux cinquièmes de la population du Brésil et la plus grande majorité des habitants des Antilles. Dans la Jamaïque, par exemple, en 1789, sur 100 habitants, 10 étaient des blancs, 4 des noirs libres, 86 des noirs esclaves.

Dans la partie française de Saint-Domingue, la population s'était élevée entre 1763 et 1788, de 260 000 à plus de 500000,

1. Population de l'Âin rique espagnole en 1S23 : l)lancs, 3 215 000: Indiens. 7 530 000; nègres 2 350 000; métis de toutes nuance», 5 300 000: ensemble 18 millions.

dont 30 000 blancs, 25 000 noirs alTranchis et 450000 esclaves. G*était la plus étendue et la plus florissante des colonies qui nous restaient. Elle faisait à elle seule plus des trois quarts du commerce total des Antilles, qui s'élevait à plus de 100 millions de francs'. La partie espagnole de Tile n'avait encore que 125000 habitants, presque tous noirs. C'est à Saint-Domingue que la Révolution française eut son premier contre-coup en Amérique. Un décret de l'Assemblée nationale du 28 mars 1790 ayant conféré les droits politiques aux mulâtres, la discorde se mit dans la colonie et les noirs se soulevèrent (1791). Le commissaire de la République, Santhonax, les déclara libres (29 août 1793). Ces an*ranchis furent dès lors les vrais maîtres de l'île et commirent des atrocités. Un de leurs chefs, Toussainl-Louverture, délivra le général Levaux assiégé dans Portde-Paix parles Anglo-Espagnols, fut nommé général de brigade, puis général de division, et enfln commandant en chef en 1795. Il avait enlevé successivement les principales places de la colonie française et pris possession de la partie espagnole de l'île, que l'Espagne se décida à abandonner à la France (1795). Cinq ans plus tard, Toussaint-Louvcrture, singeant Bonaparte, se fit nommer gouverneur à vie.

Les Guyanes. — Les Hollandais avaient fait leur première apparition sur le Demerara, l'Essequibo, le Surinam, en 1561, les Français à Cayenne en 4604. Les premiers fondèrent en 1596, à l'embouchure du Demerara, un chétif établissement dont les Anglais s'emparèrent, deux siècles plus tard (1796), pour en faire, sous le nom de Georgetown, la capitale d'une Guyane britannique. Les Hollandais fondèrent encore Paramaribo (1673), capitale de la partie de la Guyane (colonie de Surinam) qui leur est restée. Les Français firent de vaines tentatives, pendant la première moitié du xvn° siècle, pour s'établir sur le territoire de Cayenne. La Compagnie des Indes Occidentales réussit enfin en 1664 à en chasser les Hollandais et à s'y maintenir. La colonie passa en 1674 dans le domaine royal. Après maintes luttes contre les Hollandais et les Espagnols,

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