L ADMINISTRATION ANGLAISE
ciliés par la crainte d'une faveur trop grande de Haslings auprès du roi, étaient d'accord! Le chef d'accusation fut retenu par 190 voix contre 79. L'année suivante, ce fut Sheridan, qui, par un discours éloquent sur l'aiTaire des Begums de l'Aoude, fit retenir encore ce chef d'accusation. On finit par en retenir ainsi vingt-deux : trafic pour AUahabad et Korah, affaire de Nuncomar, présents reçus, désobéissance à la Cour des Directeurs, etc. Alors la Chambre vota la mise en accusation de Hastings devant les Lords (10 mai 1787) et désigna vingt de ses membres, présidés par Burke, pour aller soutenir l'accusation à la Chambre haute. Le 13 février 1788 commença ce procès monstre. Prodigieusement éloquent, d'une rhétorique' pittoresque et pathétique fut le réquisitoire prononcé par Burke, et qui ne dura pas moins de quatre séances. Puis Fox et Grey reprirent l'affaire de Bénarès, Sheridan celle des Begums. Après trente-cinq jours d'audience, la maladie du roi apporta une interruption au procès; il ne put être repris avant avril 1789, et cette année-là les Lords ne siégèrent que dix-sept jours. Des incidents politiques survinrent. Burke, aux Communes, subissait un vote de censure. En 1790, les Communes furent dissoutes. Ce fut seulement au printemps de 1796, neuf ans après ses débuts, que le procès fut clos. Sur les 165 pairs qui avaient siégé à l'origine de la cause, 60 étaient morts. La Chambre des Communes s'était renouvelée. La politique avait divisé, dispersé les accusateurs de Haslings : d'un côté, Burke et Windham; de l'autre. Fox, Sheridan et Grey. On était mieux au fait des affaires de l'Inde : Cornwallis, d'abord hostile à Haslings, témoignait en faveur de son glorieux prédécesseur. Sur les vingtdeux chefs d'accusation, Haslings fut absous par des majorités comprenant en moyenne les deux tiers des suffrages.
Il était absous, mais il était ruiné par les frais du procès et les honoraires de ses défenseurs, le tout s'élevant à plus de 70 000 livres sterling. De plus il avait racheté le manoir patrimonial de Daylesford et y avait dépensé une somme énorme. La Compagnie lui vota une pension de 4000 livres, plus un prêt, sans intérêts, de 50 000. Il était ruiné aussi dans ses ambitions : que n'avait-il pas espéré de la faveur du roi? mais Pill s'était
tourné contre lui, barrait le chemin, et ne tomba qu*en 1801 quand Ilastings avait déjà soixante-dix ans. Puis de nouveau Pitt s^élait dressé, puis Fox. Certaine, mais tardive, une réaction se faisait en faveur de Hastings. Lorsqu^en 1813 il fut mandé à la barre des Communes pour donner son avis sur le renouvellement de la charte à la Compagnie, tous les députés, debout et découverts, le saluèrent de leurs acclamations. Il reçut le même accueil aux Lords. L* Université d^Oxford lui conféra le titre de Doctor of laws. En 1814, il reçut la visite du roi de Prusse et du tsar Alexandre. Il mourut en 1818, à quatrevingt-six ans, et fut enterré dans son église seigneuriale de Daylesford.
Com^Tvallis et le « settlement » du Bengale (1789- 1793). — La partie de Flnde la plus compacte, on même temps la plus directement soumise aux Anglais, c'était toujours le Bengale avec le Béhar. C^estlà que tout d*abord se posa un grand problème économique et social. Quel était le vrai prcpriétaire du sol? Etait-ce le raïa (ryot) ou laboureur, était-ce la communauté rurale, ou bien était-ce le zemindar, le percepteurfermier de Tépoque mongole, cumulant cette fonction avec celle de juge et de commandant militaire, devenu par là même une sorte de seigneur? La thèse de Francis avait été que la terre appartient au paysan. Celle de Cornwallis fut tout opposée : il ne vit ni le paysan, ni la communauté rurale; il ne vit que le zemindar. Le gouvernement (indou, mongol, anglais) étant dans rinde le seul propriétaire supérieur, le propriétaire réel ne pouvait être que son délégué le zemindar, sous la condition d'acquitter exactement Timpôt foncier. L'instinct aristocratique de Cornwallis lui fit retrouver dans cette classe d'anciens fonctionnaires une véritable caste de landlords, grands propriétaires terriens, une sorte de gentry à l'anglaise. C'était elle qui versait l'impôt foncier; donc c'était elle qui possédait. Il mit le paysan à sa discrétion, dépouilla sans remords quarante millions d'hommes, fit du Bengale une grande Irlande, avec tous les abus des rachrents et des évictions. Une enquête approfondie, conduite surtout par John Shore (1786-1789), permit de déterminer l'étendue de chaque zemindarie et la contribution
foncière qu'elle devait au gouvernement britannique? C'est ce qu'on appelle le € seulement » du Bengale. Il fut d'abord essayé comme « decennial » (1789-1794). puis déclaré « permanent » (1793).
Toutefois Cornwallis interdit au zemindar de percevoir des droits de transit sur ses terres, d'exiger du paysan plus que ne permettait la coutume du pays (1790-1793). Il lui relira la fonction judiciaire. Sous le gouvernement général de John Shore, ce régime fut étendu à la province de Bénarès (1795). Nous verrons que, plus tard, pour d'autres parties de l'Inde, les Anglais donneront à la queslion agraire une solution très différente de celle qu'avaient adoptée Cornwallis et John Shore.
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