‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 145 sur 166 · Voir ci-dessus, t. V, p · texte numérisé non relu

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qui crut voir un objet de fortune plus réelle en retournant à Macao, pour y faire un armement, remercia le roi, qui lui fil promettre en partant de revenir Tannée suivante. Ce qui (il croire que cet Anglais ne comptait pas venir en Cochinchine et qu'il n'y était pas envoyé par la Compagnie d'Angleterre, c'est qu'il y a laissé quelques marchandises à l'usage des Hollandais à Batavia dont on n'avait pu encore trouver la défaite à notre départ de la Cochinchine. »

Les Anglais retrouvèrent, à la fin du xvni' siècle, une autre occasion pour se mettre en rapport avec l'empire d'Annam. Le hasard leur amena, en février 1778, deux mandarins annamites venant de Calcutta à bord d'un navire anglais, le Rumbold; ce vaisseau, en route pour la Chine, s'était arrêté au retour en Cochinchine à Tourane, où le P. Lorico *, jésuite, avait obtenu du commandant un passeport pour lui et deux mandarins, alliés à la famille rovale, afin de se rendre avec eux dans la province de Saigon, où se réfugiait le roi. En 176i, le P. Lorico avait eu l'occasion de rendre à Tourane de grands services aux officiers et à l'équipage de VAdmiral Pocock, réfugié dans la baie par suite d'une violente tempête. ,

Le capitaine du Rumbold accueillit ces trois passagers, mais, un irros temps l'ayant empoché de les débarquer selon leur désir au Donnai, il fut obligé de les conduire jusqu'à Calcutta. Arrivés dans cette ville, le P. Lorico et ses deux compagnons furent présentés à Warren Ilastings, fort bien traités, et l'on mit au mois d'avril suivant à leur disposition, pour les reconduire, un petit navire de 70 à 80 tonnes appartenant à Croftes et Killican, copropriétaires du Rumbold.

Chapman, auquel on doit le récit de cette campagne, so résolut à les accompagner et en prévint le gouverneur général : la compagnie des Indes aussitôt affréta pour lui un petit navire, VAmazon, capitaine Mac-Clenan, et le 16 avril, Chapman et l'un des deux mandarins prirent la mer. Quelques jours avant.

{. (\e nom csl l>ien cerlainement estropié: les Anglais sont la source <li^ <v renseignement, et nous devons penser qu'il s'agit du P. Joào de Lourein>. le ci'Ièhre botaniste auteur de la Flora Cochinchinensis, mort à Lisbonne le IH octobre 1791.

était partie la Jenny, autre petit navire de Croftes et Killican, sous le commandement du capitaine Hutton, ayant à bord l'autre mandarin, qui mourut pendant le trajet. Le but de Chapman était d'obtenir du gouvernement annamite tous les privilèges qu'il voudrait accorder aux bâtiments anglais et à établir de bonnes relations entre la Cochinchine française et la compagnie des Indes Orientales. \j Amazon arriva dans la baie de Qui-nho'n le 13 juillet, après s'être arrêtée à plusieurs endroits, principalement dans la Basse-Cochinchine et à MalacQa. Nhac, un des chefs rebelles, reçut fort bien Chapman et le mit au courant de quelques-uns de ses futurs projets. Repartie le 28 juillet, Y Amazon arriva le 2 août à Touranc.

La crainte fit d'abord bien accueillir Chapman à Hué, qu'il était allé visiter. En peu de temps, les sentiments changèrent à son égard, et, dès le mois d'octobre, il s'aperçut des mauvaises dispositions du gouvernement. Rentré à bord le 7 novembre, car le danger était imminent, Chapman aperçut, le 8, autour de VAmazonj qui était à l'entrée de la rivière de Hué, quantité de jonques qui menaçaient d'envahir le bateau, et à terre nombre de préparatifs hostiles. Chapman ouvrit le feu le 14, et, après avoir essuyé celui de ses ennemis pendant quelques jours, et failli sombrer dans une tempête, il parvint, grâce à la nuit, à quitter son mouillage. Le lendemain la Jenny, fort endommagée, jetait Tancre dans la baie de Tourane. Le 18 décembre, les Anglais quittaient Tourane; ï Amazon était le 23 à Malaca et enfin, le 16 février suivant, mouillait à Calculla, de retour d'un voyage aussi pénible que malheureux. Lors de la célèbre ambassade de lord Macarlney en 1792-94, ce dernier s'arrêta à Tourane pendant son voyage d'Angleterre en Chine.

Les Français dans l'Annam. — En 1684, un agent do la Compagnie française des Indes Orientales, nommé Le Chappelier, avait été envoyé au Tonkin, où il put établir un comptoir, grâce aux bonnes dispositions des habitants. En 1686, Verret, un autre agent de la même Compagnie, se rendit également en Cochinchine pour fonder un autre comptoir. Poulo-Condor lui parut favorable.

Mais les désastres de la fin du règne de Louis XIV influaient

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sur le succès de nos projets d^élablissements et tout restait «n suspens. Tous les rapports d^aulres agents français envoyés depuis concluaient d ailleurs à la formation d'un comptoir soit à Poulo-Condor, soit à un autre point de la Cochinchine. En 1720, deux officiers français de la Galatée^ étant descendus à lerrc dans un canot pour faire de Teau, à Phanri, dans le Binh-thuan, furent faits prisonniers, gardés pendant un mois et seulement relâchés contre rançon de 420 piastres d'Espagne. Le véritable point de départ de nos relations avec la Cochinchine date du voyage de Pierre Poivre dans ce pays en 17iî) <?l 1750. Son récit, extrêmement intéressant, fut publié dans la lievue de C Extrême-Orient. Parti à bord du Machault^ Poivre avait pour objectif en Cochinchine d'établir un comptoir, d'y ouvrir le commerce, et, par la voie de Manille ou des places voisines, d'obtenir des plants de noix de muscade et de girofle qui devaient être ensuite portés aux îles de France et de Bourbon. Presque à la même époque, Dupleix recevait sur le Tonkin les renseignements les plus précis : ils lui étaient rapportés par un membre de la Société des missions étrangères, Charles-Thomas de Saint-Phalle. Une autre occasion d'agir dans ce pays allait bientôt nous être fournie par la rébellion 4iui éclatait en Cochinchine, celle des Tay s'on.

Révolte des « Tay s'on ». — Celle terrible révolte, dite Jes Taij s'oHf à cause des montagnes où s'étaient cachés les premiers rebelles, éclata sous le règne du vingt-sixième roi de la dynastie Lé, Lô Hién-tông (Lé Duy-dao, 1740-1786), et sous le gouvernement de Duê-tông (Dinh-vu'o'ng, ou Huô-vu'o'ng- Nguyen Phu'o'c-lhuàn ou Duô-tong-hieu-dinh Iloang-dé, 17C5- 1778). Cette révolte, qui faillit anéantir entièrement la dynastie ■lies Nguyen, et qui en tout cas fut la cause principale de l'unité de l'empire d'Annam, était due à l'impopularité du gouvernement et à la faiblesse des Nguyen.

Depuis le règne de Lé Thàn-long, était établie à Qui-nho'n

une famille tonkinoise du Nghè-an, prisonnière de guerre. Un

de ses membres, qui était employé des douanes à Yan-dôn,

Nguyen Van-nhac, prit dans sa caisse pour payer ses dettes de

jeu et s'enfuit. Il se réfugia dans les montagnes de Tay s*on.

OÙ, organisant une bande, il attaqua les douaniers. Quinli^ou tomba en son pouvoir.

Profitant de ces troubles, le souverain du Tonkin se rendit maître de Hué (1774). Duô-tông, Chua de la Gochinchine, ainsi que son fils, fut fait prisonnier dans la Basse-Gochincbine. Le.s Tay s'on mirent les captifs à mort. Pendant ce temps, le chef des rebelles, Nhac, placé entre les Tonkinois et les troupes de Duê-tong était passé aux premiers en qualité de général, el s'était fait acclamer roi (1777). D*aulre part, Nguyen-Anh (devenu Gialong depuis), neveu do Duê-tông, qu*il avait accompagoé dans sa fuite, était désormais Théritier de la couronne. Il put reprendre Saigon (1776), et, en 1777, devenu général en chef et régent, il s'empara de la Basse-Cochinchinc.

Les Tay son j eux, ne restaient pas non plus dans l'inaction . Hué, frère de Nhac, attaquant les Tonkinois, prenait la ville de Hué, et pénétrait à Hanoi, après une courte expédition. Toutefois, Nhac partagea la Gochinchine entre lui et ses deux frères et laissa le Tonkin à son roi. Nhac accorda à son frère Hué le pays depuis Tourane jusqu'au Tonkin, à son frère Lu,, une portion du Binh-thuan et la Basse-Gochinchine, que lui disputait Nguven Anh, et se réserva la contrée de Tourane au sud de Binh-dinh. Huè, qui était fort ambitieux, marcha sur le Tonkin et s'en fit élire roi. Au Sud, Nguyen Anh, tour à tour victorieux, enfin boltu, forcé de quitter la Gochinchine, se réfugia chez le roi de Siam. Pendant son séjour à Saigon, il se mit en rapport avec Pigneaux de Béhaine, évêque in partibus d'Adran, originaire d'Origny en Thiérache, qui le décida à implorer l'aide du gouvernement français pour reprendre possession de ses Etats. Nguyen Anh chargea donc le prélat français de se rendre en mission à Pondichéry, accompagné du prince Ganh, son fils, alors héritier présomptif du trône. Le gouverneur, ne pouvant disposer de troupes pour une semblable expédition, engagea le missionnaire à partir pour nie de France, d'où il fut renvoyé à Paris. Bien reçu à Versailles, l'évêque d'Adran obtint un secours de 1650 hommes,, de l'artillerie, des armes, quatre frégates et deux ou trois bâtir ments de transport nécessaires à l'expédition. Pigneaux de

Béhaine, de son côié, s*engageaîl € à 1^ faire donner à Sa Majesté très chrétienne en toute propriété File qui forme le port principal de toute la Cochinchine appelée par les Européens le port de Tourane et par les Cochinchinois //oi-Aan, pour y faire les établissements en la manière qu*il jugera convenable pour les biens de son service; 2® qu'il soit de plus accordé à la nation française, conjointement avec les Cochinchinois, la propriété du dit port afin de pouvoir y construire, garder et caréner tous les vaisseaux qu'elle jugera convenable d'y entretenir; 3** obtenir la propriété de l'île appelée Poulo-Condor; 4* obtenir la liberté du commerce dans tous les Etats du rov de la Cochinchine exclusivement à toutes les autres nations européennes; o* obtenir tous les secours dont la France pourrait avoir besoin comme soldais, matelots, vivres, vaisseaux, galères, etc., toutes les fois que le roy de la Cochinchine en serait requis cl partout où besoin serait; bien entendu que Ton aurait toujours égard à l'état des forces du roy de la Cochinchine et à la situation de ses affaires; 6** ce que le roy de la Cochinchine s'oblige à faire construire à ses frais, pour remettre à Sa Majesté très chrétienne en toute propriété, le même nombre de vaisseaux et de la même qualité que ceux qui auront été employés à cette expédition, à raison d'un vaisseau par an, et ce à compter du jour où le roy de la Cochinchine aura été rétabli dans ses Etats. > Ce traité en bonne forme fut signé par le comte de Montmorin, le 27 novembre 1787, à Versailles. L'évêque d'Adran repaiiit pour Pondichéry, dont le gouverneur, le comte de Conway, Irlandais d'origine, devait commander l'expédition. L'historien anglais John Barrow raconte que l'évèque d'Adran, ayant à son arrivée rendu visite aux femmes des différents fonctionnaires, omit d'aller voir M"* de Vienne, maîtresse du gouverneur et femme d'un de ses aides de camp. Fort irritée, la maîtresse de Conway aurait usé de son pouvoir pour faire retarder l'envoi des troupes. Ce qui est plus sûr, c'est que le gouverneur, peu favorable à cette expédition, qu'il ne considérait pas avantageuse pour la France, ne donna pas de suite à ces projets, et le traité de Versailles ne fut pas exécuté. Des instructions secrèies, ignorées de l'évèque, laissaient à Conway toute luti-

tude. Pigneaux de Béhainc n^obtint donc que Tescorte de la frégate la Méduse pour deux navires de commerce qu*il arma et équipa à ses frais, au lieu di^ secours important qui lui avait été promis. Il partit cependant, accompagné ou rejoint par des officiers français, parmi lesquels se trouvaient quelques ingénieurs distingués *.

Les citadelles de Saigon et de Hanoï furent construites et la rivière de Hué fortifiée. Grâce à ces secours, Nguyen Anh, reprenant Toffensive, s'emparait de Qui-nhon, refoulait les Tay s'on débandés en Basse-Cochinchine et dans le Laos, et reconquérait en 1801 toute la Cochinchine.

En 1802, Nguyen Anh faisait la conquête du Tonkin en quelques semaines, et, le dernier roi Lé ayant fui en Chine, prenant le nom de Gia long, il réunissait sous un môme sceptre tous les pays de la côte orientale de l'Indo-Chine.

BIBLIOGRAPHIE

Cliine. — Mémoires concernant les Chinois, 1. 1 (Eleuthes cl Tourgoulcs): l. lII(Miao-tseu). — C.-R. Markham, Narrative of the mission of George Bogie, F^ondres, i876, in 8. —H. Cordier, Bih. Sinica, col. 26i-2G7, et la France en Chine au XVflf*^ siècle, voir ci-dessus, l. V, p. 931.

Birmanie. — Phayre, History ofBurïuah, Londres, in-8. — C. Imbault- Huart, Conquête de la Birmanie (Journ. Asiatique, i878, p. 135-178).

Aiinam. — Voir les sourcos citées, t. V, p. 931.

Presque tous les éléments de ce chapitre ont été puisés, en dehors des livres chinois dont la traduction est indiquée dans la Bibliothcca Sinica, dans les travaux publiés ou inédits de Tautcur, d'après ses recherches personnelles aux Archives nationales, des AITaires étrangères et des Colonies à Paris, à Tlndia-Office, etc.

I. C'était J.-B. Chaigneaii, Philippe Vannier, de Forçant, Jean-Marie Dayot, Victor Ollivier, orficier du génie, Théodore Le Brun, ingénieur. Laurent Barisy, lieutenant-colonel, Julien-Girard de risle-Sellé, Despiaux, méderin, et Louis- Guillon et Jean riiiilloux. lieutenants de vaissiviu.

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