‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 48 sur 166 · Voir ci-dessus, p. 19i · texte numérisé non relu

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celui (le la Liberté et de la sainte Egalité, je viens vous déclarer hautement que je renonce à exercer mes fonctions de ministre du culte catholique. Les citoyens mes vicaires ici présents se réunissent à moi. En conséquence, nous vous remettons tous nos titres. » Laloi, qui présidait, répond : « L*htre suprême ne veut d'autre culte que celui de la raison; il n'en prescrit pas d'autre, et ce sera désoi^iais la religion nationale. » Gobel dépose alors son anneau et sa croix d'évèque, et se coifTe du bonnet rouge. Les représentants du peuple « l'accueillent avec transport » ; le président lui donne l'accolade, et l'admet « avec les citoyens ses vicaires » aux honneurs de la séance. Aussitôt, les ecclésiastiques membres de la Convention, Coupé, Lindet, Gay-Vernon, etc., se précipitent pour abdiquer à leur tour. Grégoire seul refuse. Jusqu'à la fin de la Convention, il siégea, avec un certain courage, en costume d'évèque.

Ainsi fut décidé le « culte de la Raison », qui fut inauguré à Paris le 20 brumaire, un décadi, par une fête pompeuse célébrée à Notre-Dame. Une actrice de l'Opéra, vêtue d'une robe blanche, d'un manteau bleu et d'un bonnet rouge, représentait la Liberté. Assise sur un trône de verdure, « au lieu et place de la ci-devant Sainte Vierge », elle reçoit les hommages des républicains; puis quatre hommes la portent à la Convention, où Chaumette prononce une harangue. Après s'être félicité de la chute du fanatisme : t Un seul vœu, dit-il, un seul cri s'est fait entendre de toutes parts. Le peuple a dit : Plus de prêtres, plus d'autres dieux que ceux que la Nature nous offre. Nous, ses magistrats, nous avons recueilli ce vœu ; nous vous l'apportons du temple de la Raison » ; et il conclut en demandant que Notre-Dame soit consacrée à la Raison et à la Liberté. L'Assemblée, « voyant avec la plus vive satisfaction le triomphe que la Raison remporte aujourd'hui sur la superstition et le fanatisme », vote le vœu, pendant que le président et les secrétaires donnent à la déesse de la Liberté « un baiser fraternel au milieu des applaudissements j».

Des scènes du même genre se passèrent dans les provinces, auxquelles les Ilébertisles avaient évidemment envoyé un mot d'ordre; car, le jour même de l'abdication de Gobel, les repré-

sentants en mission à Strasbourg avaient supprimé Texcrcico public (lu culte catholique et arrêté : « Tous ceux qui retarderont le triomphe de la raison et la destruction des préjugés, soit par leurs discours, soit par leurs actions, seront traités en ennemis du genre humain et déportés dans les déserts destinés aux prêtres réfractaires. » Trois jours plus tard, en môme temps qu'à Paris, des fêtes de la Raison ont lieu à Nancy et à Rochefort. Puis le mouvement se propage : à Lille, Bourges, Marseille, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Blois, Nantes. Brest, Rouen, etc. Le culte de la Raison est partout implanté par les conventionnels en mission, et devient une des formes de la Terreur. Tantôt, comme à Nancy ou à Chartres, il a ce caractère de sentimentalité vague et froide que Rousseau avait mise à la mode; tantôt il est accompagné de violences, comme dans le Gers et le Lot, de profanations cyniques, comme à Quimper. Les églises sont partout transformées en temples de la Raison ou en magasins à fourrages; les clochers, « dont la domination sur les autres édifices semble contrarier les principes de l'égalité », sont démolis; les reliques et les objets consacrés au culte, missels, calices, ostensoirs, sont brûlés ou fondus; à Perpignan, on livre aux Qammes « cent quintaux de saints et de saintes p; à Notre-Dame de Paris, on se contente de les masquer avec des planches. Les municipalités ouvrent des registres pour inscrire les « déprêtrisations », qu'un décret de la Convention les autorise à recevoir (23 brumaire). La Convention les accueille de son côté, tolérant parfois de honteuses mascarades, comme celle du 30 brumaire. Chaque jour, à la Commune de Paris, les sections viennent annoncer qu'elles renoncent au culte catholique, et qu'elles organisent dans leurs ci-devant églises le culte de la Raison : les unes le font à grand renfort de discours philosophiques, politiques, ou autres, comme la section de Guillaume-Tell, qui prit la chose au sérieux; les autres, qui la prirent plus gaiement, préfèrent les banquets populaires (Saint-Eustache) ou les bals (Saint-Gervais). Le 5 frimaire (23 novembre), Chaumette fit prendre à la Commune l'arrêté suivant : « 1"* Toutes les églises ou temples de toutes religions et de tous cultes qui ont existé à Paris

MESURES RELATIVES AU CULTE ol9

seront sur-le-champ fermés; 2* tous les prêtres ou ministres de quelque culte que ce soit demeureront personnellement et individuellement responsables de tous les troubles dont la source viendrait d'opinions religieuses ; S'* celui qui demandera l'ouverture, soit d'un temple, soit d'une église, sera arrêté comme suspect, etc. » Cet arrêté, qui fut exécuté de suite, marque le point culminant de la déchristianisation à Paris (Aulard). C'est à peine si le culte constitutionnel continua quelque temps dans deux ou trois chapelles louées par des laïques ; il dut cesser en février 1794.

Lie culte de l'Être suprême. — Les Hébertistes triomphaient. Mais une redoutable opposition s^annonçait déjà, celle de Robespierre, que le culte de la Raison ne satisfaisait pas, et qui en rêvait un autre dont il serait le grand pontife. Déjà le 4" frimaire (21 novembre), après quinze jours de silence, il avait prononcé au club des Jacobins son célèbre discours sur les idées religieuses, où il attaquait « les hommes qui, sous prétexte de détruire la superstition, veulent faire une sorte de religion de l'athéisme lui-môme ». Le 6 frimaire, à la Convention, un prêtre marié étant venu exhiber à la barre sa femme et ses enfants, Danton, alors d'accord avec Robespierre, s'était écrié : c Je demande qu'il n'y ait plus de mascarades antireligieuses dans le sein de la Convention, p Le 1-6, Robespierre avait fait voter la liberté des cultes, mesure préparatoire au culte de TEtre suprême.

Mais la réaction robespierriste ne s'exerçait nullement en faveur du culte catholique. A ce même décret du 16 frimaire qui proclame la liberté des cultes, on ajouta, deux jours plus tard, un article ainsi conçu : c La Convention nationale n'entend déroger en aucune manière aux lois ni aux précautions de salut public contre les prêtres réfractaires ou turbulents, ou contre tous ceux qui tenteraient d'abuser du prétexte de la religion pour compromettre la cause de la liberté; elle n'entend pas non plus improuver ce qui a été fait jusqu'à ce jour en vertu des arrêtés des représentants du peuple, p C'était net; et les mesures hostiles au christianisme ne s'arrêtèrent pas. Le 9 nivôse, la Convention assujettit les religieuses au serment. Le

27 pluviôse, elle déclare que les jugements rendus contre les ecclésiastiques « seront exécutés sans appel ni recours au tribunal de cassation »; et, de fait, deux cents prêtres sont guillotinés à Paris jusqu'au 9 thermidor.

Robespierre, Tinspirateur de la loi du 16 frimaire, alors tout-puissant, ne fit rien pour assurer celte liberté des cultes promise et non donnée. II s'occupait seulement d'affermir sa dictature et de faire disparaître tous ceux qui s'opposaient à ses projets. En germinal, il frappe coup sur coup les Hébertistes et les Dantonistes ^ Il fait ensuite annoncer par Couthon la nouvelle religion d'État, qui doit remplacer celle de la Raison*, et que la Convention décrète le 18 floréal (7 mai). — Pour le dogme, il n'y avait qu'un article : « Le peuple français reconnaît l'existence de l'Être suprême et l'immortalité de l'àrae. > Pour la morale, un seul article également : € Le peuple français met au rang de ses devoirs de détester la mauvaise foi et la tyrannie, de punir les tyrans et les traîtres, de secourir les malheureux, de respecter les faibles, de défendre les opprimés, de faire aux autres tout le bien qu'on peut, et de n'être injuste envers personne. » Quant au culte, il devait consister en une double série de fêtes : les unes, politiques, étaient destinées à célébrer chaque année le 14 juillet 1789, le 10 août 1792, le 21 janvier et le 31 mai 1793 ; les autres, au nombre de trente-six, une pour chaque décadi, étaient dédiées à l'Etre suprême et à la Nature, au Genre humain, au Peuple français, aux Rienfaiteurs de l'humanité, etc. Tout cela porte l'empreinte Ju Vicaire savoyard, et montre en Robespierre un disciple de Rousseau. La fêle de l'Être suprême fut célébrée le 20 prairial (8 juin), avec une pompe inouïe, dont les détails avaient été réglés par David. Robespierre y joua le principal rôle, avec une ostentation telle qu'elle indisposa plusieurs de ses collègues. L'un d'eux lui parla du Capitole et de la Roche tarpéienne. Cinquante jours plus tard , Robespierre tombait.

Pendant ces cinquante jours, le nouveau culte s était répandu en province; mais malgré les efforts de son auteur

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