IV. — Le régime de la séparation
La liberté des cultes (8 ventôse an UI). — Après la chute de Robespierre, la situation religieuse ne s* améliora pas de suite. Aucune des lois hostiles au catholicisme ne fut rapportée. En décembre 1794, le Comité de salut public enjoignait encore aux autorités constituées de « surveiller tous ceux qui voudraient ressusciter Timbécile liturgie du sacerdoce, sous prétexte de la liberté des cultes ». La Convention était cependant assaillie de pétitions qui réclamaient cette liberté, « un des droits sacrés de Thomme », c la plus chère et la plus sacrée des propriétés ». Elle n'en tint pas compte. Tout ce qu'on peut constater à cette date, c'est une certaine tolérance pour les personnes. Grégoire parvint à faire élargir 228 prêtres détenus à Rochefort sur des pontons, et 37 prôtres ou religieux, âgés et infirmes, maintenus en prison à Landerneau (décembre 1794); mais quand il voulut prononcer à la Convention son grand discours, prêt depuis cinq mois, sur la liberté des cultes, sa voix fut étouffée par des clameurs furieuses : il dut descendre de la tribune, sans rien obtenir (1*' nivôse an III).
L'idée cependant faisait son chemin. Dès le mois de janvier 1793, les populations reprennent çà et là les exercices religieux- Cinq ou six églises se rouvrent dans le Loir-et-Cher, où Grégoire rentre en communication avec ses vicaires. Le mouvement se propage dans le Centre, la Nièvre, la Meuse, l'Alsace. Il est si marqué en Bretagne que, dès le 13 janvier, deux représentants en mission, Guesno et (luermeur, proclament à Lorient la liberté des cultes, « conformément aux droits de
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rhomme et aux lois ». Quinze jours après, la messe est célébrée à l'église cathédrale de Quimper, puis à Vannes, à Sainl-Brieuc, au milieu d'une énorme affluence.
Sous la pression de Topinion, la Convention céda, mais avec une mauvaise grâce manifeste. Le 3 ventôse (21 février), après un rapport du calviniste Boissy d*Ânglas, outrageant pour toutes les pratiques religieuses, mais concluant à les laisser libres, la Convention vota le décret suivant, rédigé en un style net et tranchant : « L'exercice d'aucun culte ne peut être troublé. La République n'en salarie aucun. Elle ne fournit aucun local, ni pour l'exercice des cultes, ni pour le logement des ministres. Les cérémonies de tous cultes sont interdites hors de l'enceinte choisie pour leur exercice. La loi ne reconnaît aucun ministre du culte. Nul ne peut paraître en public avec les habits, ornements ou costumes affectés à des cérémonies religieuses. Aucun signe particulier à un culte ne peut être placé dans un lieu public. Aucune inscription ne peut désigner le lieu qui lui est affecté. Aucune proclamation ni convocation publique ne peut être faite pour y inviter les citoyens. Les communes ou sections de communes, en nom collectif, ne pourront acquérir ni louer de local pour l'exercice du culte. » — Ce décret, on le voit, établissait la liberté des cultes, mais avec de fortes restrictions, des entraves gênantes : tout devait se passer à huis clos; aucune église n'était rendue. Le décret n'en constituait pas moins un progrès sensible; car avec lui disparaissait, ce qui était important, toute espèce de religion d'Etat : la Constitution civile du clergé était abrogée ; le culte de la Raison et le culte de l'Etre suprême perdaient leur caractère officiel. C'était un régime tout différent qui prévalait désormais : le régime delà
séparation de l'Eglise et de l'Etat.
Le décret fut accueilli avec enthousiasme par les populations. Les prêtres insermentés reparurent en foule, les uns sortis de prison ou revenant d'exil, les autres quittant simplement les retraites où ils avaient vécu cachés. En Bretagne, en Normandie, dans le Midi (Ariège, Aveyron, Lozère), dans l'Est surtout (Alsace, Franche-Comté), ils déployèrent un grand zèle pour restaurer le culte catholique. Dans le seul département du