LE RÉGIME DE LA SÉPARATION
Doubs, on en complaît plus de 400; à Paris, 300; dans le diocèse de Rennes, d'après Le Coz, au moins 200. Habitués pour la plupart à dire la messe où ils pouvaient, ils eurent bientôt trouvé des granges, des maisons, d'anciennes chapelles abandonnées, dont ils se contentèrent, en attendant mieux. Partout les paroisses se reforment autour d'eux.
L'ancienne Église constitutionnelle et la loi du 11 prairial. — De leur côté, les anciens évéques constitutionnels agissaient. Cinq d'entre eux, sur l'initiative d'un prêtre assermenté de Seine-et-Oise, l'abbé Clément, et sous la direction effective de Grégoire, s'assemblaient à Paris depuis le mois de novembre 1794, pour aviser aux moyens de réorganiser l'Eglise constitutionnelle. Le décret de venlôse, en abrogeant la Constitution civile, qui était à la fois leur appui et leur raison d'iMre, ne les satisfit qu'à demi. L'abbé Audrein, un conventionnel, lui reproche t d'avoir trop favorisé les insermentés, qui prêchent le royalisme, et d'avoir trop peu protégé les prêtres républicains », auxquels on aurait dû restituer les églises. Le Coz regrette que les prêtres < ne soient attachés à la République par aucun lien ». Au lieu de profiter de l'abolition de la Constitution civile, pour rentrer en communion avec le Saint-Siège et travailler de concert avec leurs confrères, restés fidèles, au rétablissement général du culte, Grégoire et ses partisans cherchent â reformer l'ancienne Eglise constitutionnelle, que les mariages et les abdications de ses prêtres avaient fort entamée.
Pour en arriver là, il fallait trois choses : restaurer la discipline ébranlée, « épurer » l'ancien clergé assermenté, obtenir des pouvoirs publics une sorte de reconnaissance officielle. Grégoire et les évéques « réunis », comme on les appelait, y travaillèrent activement. Le 15 mars 1795, ils envoyèrent à leurs anciens collègues une € encyclique » très sévère sur la discipline : on devait rejeter tous les prêtres apostats et sacrilèges, tous ceux qui avaient abdiqué, tous ceux qui s'étaient mariés, quand même ils renonceraient au mariage. Pour les remplacer, l'encyclique organise un système d'élections imité de la Constitution civile, dont elle ne fait le sacrifice qu'à regret. En même temps, les Annales de la Religion, journal
fondé et dirigé par les évoques « réunis », réclamaient la revision du décret de ventôse et, chaque jour, attaquaient les prêtres « réfractaires » (expression qui n*avait plus de sens) avec une acrimonie telle qu'elle indisposait même certains assermentés (avril 1795). Sermet (de Toulouse) écrivait à Grégoire : « L'esprit de parti ne pacifiera jamais. » Trente évêques constitutionnels adhérèrent à l'encyclique des évêques « réunis ». Des cinquante autres, vingt étaient morts; huit s'étaient mariés; douze avaient abdiqué pendant la Terreur, ou, comme Séguin, avaient cessé purement et simplement leurs fonctions. Les dix restants, comme Héraudin et Sermet, refusèrent leur adhésion, jugeant l'entreprise des « réunis » impraticable. « Lors de la Révolution, écrit Sermet (15 avril), on vit à Toulouse, sur cent catholiques, soixante au moins tourner le dos aux évêques et prêtres constitutionnels, et ceux-là ont tenu bon pour la foi; sur les quarante autres, il faut aujourd'hui compter au moins vingt-cinq apostats... On a beau dire, jamais, sans le concours du pape, nous n'aurons la paix intérieure. » Mais Lien peu, parmi les assermentés, eurent la franchise d'en convenir.
La politique des évêques constitutionnels porta ses fruits. Le 11 prairial (30 mai), sur le rapport de Lanjuinais, un des auteurs de la Constitution civile, un nouveau décret, revisant celui de ventôse, vint accorder aux constitutionnels une double satisfaction : les églises non aliénées sont rendues provisoirement aux communes c tant pour les assemblées ordonnées par la loi que pour l'exercice de leurs cultes ». En revanche, « nul ne pourra remplir le ministère d'aucun culte dans lesdits édifices, à moins qu'il ne se soit fait décerner acte, devant la municipalité du lieu où il voudra exercer, de sa soumission aux lois de la République ». C'était un nouveau serment que la Convention exigeait « pour lier les prêtres à la République »; mais il n'avait pas, comme le serment de 1790, un caractère schismatique. Aussi l'ancien clergé constitutionnel ne fut pas seul à en avoir le bénéfice; sur le conseil de M. Emery, prêtre de Saint-Sulpice, beaucoup d' « insermentés p le prêtèrent également. Quelques-uns, mus par des sentiments plus politiques
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que religieux, s^abstinrent, et durent cesser leur ministère, ou, comme jadis, le remplir clandestinement.
Au mois de septembre, la situation s'aggrave : la Convention ordonne le bannissement à perpétuité de tous les prêtres déportés rentrés en France, et Tincarcération de tous ceux qui, n*ayant pas prêté le serment de soumission aux lois, < exerceraient encore un culte quelconque dans les édifices publics ou les maisons particulières ». Ceux qui, après Tavoir prêté, le rétracteraient devaient être également bannis à perpétuité (20 fructidor an III et 1 vendémiaire an IV). — Après la conspiration royaliste du 13 vendémiaire, dans laquelle les constitutionnels impliquèrent les « réfractaires » \ la Convention, sur le point de se séparer, vota un dernier décret rétablissant toutes les lois de 1792 et 1793 relatives aux prêtres insermentés (3 brumaire an IV). — Malgré ce retour offensif de l'esprit jacobin, les églises, réclamées par les communes, se rouvraient partout. Au début de 1796, plus de 32000, d'après Grégoire, étaient régulièrement desservies, t presque toutes, ajoute-t-il, par des pvèires assermenlés ». Mais, par ce dernier mot, il est impossible d'entendre l'ancien clergé constitutionnel , dont TelTectif, d'après les évaluations les plus favorables, était alors réduit à 10000 prêtres au plus, souvent sans évêques. Il faut entendre évidemment, si l'on veut conserver quelque valeur à ce témoignage, des prêtres ayant prêté seulement le serment prescrit par le décret du 11 prairial.
Nouvelle persécution sous le Directoire. — La loi de brumaire était tout à fait conforme aux idées du Directoire : il en surveilla l'application avec rigueur. Beaucoup de prêtres, dans les premiers mois de 1796, furent encore incarcérés, déportés, ou même fusillés par les colonnes mobiles. Mais Tattitude des populations et les élections antiterroristes do l'an V forcèrent le Directoire à fermer les yeux sur un mouvement qu'il était impuissant à comprimer. Il y eut quelques mois d'accalmie, pendant lesquels les prêtres insermentés rentrèrent de nouveau. Le 19 mai 1797, Roy, vicaire cpiscopal du