‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 60 sur 166 · ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR · texte numérisé non relu

ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

n'a pas promulgué moins de douze lois sur l'organisation des bibliothèques. L'un de ses premiers actes, le 10 octobre 1792, fut d'interdire la vente des collections de livres et d'objets scientifiques ou artistiques, commencée par nombre de municipalités. On aboutit à l'organisation d'une bibliothèque au chef-lieu de chaque déparlement; ce fut là surtout l'œuvre do Grégoire, qui apporta une admirable ardeur à faire dresser lo catalogue de toutes ces richesses pour empêcher leur destruction. A Paris, la Bibliothèque du roi^ ouverte au public deux fois par semaine, quand le conservateur n'emportait pas la clef pendant les deux années d'un voyage, comme le fît Barthélémy, devint la BihUoihèque nationale. Elle s'enrichit rapidement, grâce à la loi de 1793 sur le dépôt légal. La surveillance était confiée à un conservatoire de huit membres, qui se recrutaient eux-mêmes. On agrandit et l'on ouvrit au public la Mazarino, la Bibliothèque dn Panthéon (Sainte-Geneviève) et V Arsenal,

La Convention s'occupa également de sauver, de réunir et de classer les innombrables documents dispersés dans les dix mille archives des couvents, des châteaux et des villes.

La Législative, sur la proposition de Condorcet, avait, le 19 juin 1792, puis le 10 août, ordonné la destruction par le feu de tous les titres de noblesse, en quelque dépôt qu'ils fussent, des titres relatifs aux droits seigneuriaux et de toutes les pièces des ci-devant Chambres des comptes remontant à plus de trente années. La Convention, dès le 30 octobre 1792, faisait surseoir à l'exécution. Quatre décrets furent successivement promulgués. Le dernier fut préparé par une commission spéciale prise dans les Comités de salut public, de législation, des domaines, d'instruction publique et des finances. La loi votée le 25 juin 1794 (7 messidor an II) divisait les titres et les pièces en trois classes : papiers domaniaux, papiers judiciaires, papiers historiques. Chaque déparlement devait avoir son dépôt; à Paris, les documents intéressant l'histoire, les sciences et les arts (levaient être déposés à la Bibliothèque nationale. En fait le dépôt général des Archives fut établi au Louvre.

La création du Conservatoire des arts et métiers sortit d'une double préoccupation : aider au développement de l'industrie

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el par là de la richesse générale, en niellant sous les yeux de tous et par conséquent à la portée de tous, les modèles do machines et d*appareils; rendre aux arts utiles la dignité à laquelle ils ont droit, leur rendre Thonneur que leur refusaient les préjugés de Tancien régime. La création du Conservatoiiv fut décrétée le 10 octobre 1794 (19 vendémiaire an 111) sur un rapport de Grégoire. Trois démonstrateurs et un dessinateur étaient attachés à rétablissement. Car c'était un véritable enseignement industriel que Ton voulait constituer. Dans Torga* nisation des grands établissements scientifiques Tabbé Grégoire tient la môme place que Lakanal et Daunou dans Torganisation de rinstruction publique. A tous il est dû une place d'honneur dans l'histoire de la Révolution.

L'Institut. — Le couronnement de l'édifice scolaire et scientifique de la Convention fut Vlnsiituty dont la première idée se trouvait à la fois dans le plan de Talleyrand et dans celui de Condorcet. Il devait remplacer les Académies, donl Mirabeau avait déjà demandé la suppression. Quand, le 8 août 1793, on procéda à cette suppression sur le rapport de Grégoire, il fut spécifié que l'Académie des sciences continuerait de jouir de ses honoraires habituels jusqu'à l'achèvement des travaux que lui avait confiés la Convention; puis, que le Comité d'intruction publique devrait présenter incessamment un plan d'organisation d'une société destinée à Tavancement des sciences et des arts. Le rapport ne fut présenté que deux années plus tard, le 29 octobre 1795, par Daunou. Il en sortit le titre IV de la loi organique du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795). En créant l'Institut, on entendait a tenir les sciences et les arts dans un perpétuel rapprochement et les soumettre à une réaction habituellement réciproque de progrès et d'utilité ». On voulait en faire comme « l'abrégé du monde savant, le corps représentatif de la république des lettres ».

L'Institut était divisé en trois classes : sciences physiques et mathématiques; sciences morales et politiques; littérature el beaux-arts. Il comprenait 144 membres résidant à Paris, 144 associés répandus dans toute la République, 24 associés étrangers. Il se recrutait lui-même. Sa tâche devait être de « perfectionner les

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sciences et les arts par des recherches non interrompues, par la publication des découvertes, par la correspondance avec les sociétés savantes et étrangères; suivre les travaux scientifiques et littérairesqui auraient pour objet l'utilité générale et la gloire de la République >. Chaque année il devait rendre compte au Corps législatif des progrès des sciences et des travaux de chacune de ses classes. Daunou avait raison d'écrire que la création était « g^rande et majestueuse ». Avec ses vingt-quatre sections^ rinstilut embrassait l'ensemble des connaissances humaines; il était bien, selon le mot de Lémontey, V Encyclopédie vivante.

Travaux scientifiques. — La Convention ne se contenta pas d'organiser l'enseignement des sciences. Des travaux des savants elle a tiré des conséquences pratiques. La Constituante avait en i789 chargé l'Académie des sciences de préparer un système unique et rationnel de poids et mesures. L'Académie pensait avoir achevé son travail en 1794 : elle fut prête dès 1793, et, le 1" août de cette année, Arbogast, au nom du Comité d'instruction publique, venait présenter à la Convention un rapport concluant à l'adoption du système métrique établi par l'Académie des sciences *.

La science au service de la défense nationale. — Bouleversant tout en matière d'organisation politique et sociale, la Convention ne devait reculer devant aucune idée neuve, devant aucune tentative audacieuse, surtout quand elles intéressaient la défense nationale.

Au temps de Louis XIV on avait déjà proposé la transmission rapide des nouvelles à de grandes distances à l'aide de signaux observés à la longue-vue. L'idée avait paru plus plaisante que pratique. L'abbé Chappe la reprit et la présenta à la Législative, qui n'y prèla aucune attention. Romme et le Comité d'instruction publique de la Convention retrouvèrent le projet. Le 12 juillet 1793 des expériences, pour lesquelles la Convention avait ouvert un crédit de 6000 francs, eurent un plein succès. La Convention ordonna donc l'établissement d'une série de postes télégraphiques de Paris à la frontière du Nord.

!. Voir ci-flessiis, p. 193, rétablissement «lu caletulrier révoliilionnairo.

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Chappe, nommé ingénieur télégraphe, dirigea le service avec ses deux frères. Le 30 août 1794, le premier télégramme transmis annonçait la reprise de Condé sur les Autrichiens.

Les premières expériences A' aérostat ion militaire furent faites à Meudon sous la direction du capitaine Goutelle. Sa compagnie d'aérostiers, attachée à l'armée de Sambre-et-Meuse, servit pour Ja première fois à la bataille de Fleurus. En 1795, plusieurs corps d armée avaient leur compagnie d'aérostiers.

Pour la marine, le 25 juin 1795, Grégoire faisait décréter la création du Bureau des longitudes; Lagrange, Laplace, Lalande, Cassini, Méchin, Delambre, Borda, Bougainville et Buachc en furent les premiers membres.

La science, réquisitionnée pour la défense nationale *, donna au pays le moyen de fabriquer Tacier, des procédés rapides dr préparation de la poudre. Le salpêtre, tiré jusqu'alors de llndc. fut extrait du sol des caves. En neuf mois on réussit à extraire du sol français pour 12 millions de salpêtre. On créa trenteneuf fonderies de canons, dix-neuf manufactures d'armes blanches; on trouva des procédés pour le tannage rapide des cuirs. Pour que tout le monde put travailler à Tœuvre du salul public, des instructions très simples et très précises, formant un véritable programme de cours révolutionnaires en quatone leçons, furent, en Tan II, rédigées par Guyton de Morveau, Fourcroy, Berthollet, Monge, etc., et répandues à un grand nombre d'exemplaires.

Si les Français donnèrent pendant toute la période révolutionnaire d'admirables exemples de dévouement et de patriotisme, la Convention eut l'impérissable mérite de diriger ce patriotisme et de susciter les dévouements. Que l'on songe au milieu de quels périls fut accompli cet énorme travail d'organisation scolaire et scientifique, et l'on ne pourra s'empêcher de s'incliner avec admiration, avec respect devant les Convenlionnels. Et cependant ce n'est encore là qu'une très faible partie de leur œuvre créatrice *.

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