‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 84 sur 166 · Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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3. Hertzberg fui remplacé par les comtes de Schulenburg et d'AWensIeben, relégué dans la position elTacée de Directeur des soieries, et repoussé froidement par Frédéric-Guillaume chaque fois qu41 lui oiïrit ses conseils ou ses services.

rope monarchique ». BischofTswerder fut chargé de sonder Léèpold sur ses intentions à Tégard de la Révolution française et de lui faire comprendre qu'il était du devoir des rois (surtout chez le frère de Marie-Antoine Ite) de ne pas laisser impunies de pareilles rébellions. Léopold renonça donc à toute conquête eh Turquie, tandis que la Prusse promettait de s'abstenir de toute manœuvre hostile. Mais BischofTswerder avait d'autres projets : il convoitait les comtés de Juliers et de Berg; leur souverain, l'Electeur palatin, serait indemnisé par la cession de l'Alsace, tandis qu'on abandonnerait la Flandre à l'Autriche. C'était un démembrement de la France que, dès 1790, la Prusse projetait ainsi par pure cupidité. Mais le traité fut en somme peu avantageux à la Prusse. La Saxe échappa à sa direction, pour revenir à ses anciens principes de neutralité, et de nouveau la balance pencha du côté de l'Autriche.

Bien que la Révolution française inspirât de vives craintes à Léopold II, et provoqua un rapprochement avec la Prusse, Tentrevue de Pillnitz n'aboutit en somme qu'à des menaces. Le maréchal Lascy n'avait pas eu de peine à lui persuader qu'une guerre contre les Français serait périlleuse et entraînerait inévitablement la perte des Pays-Bas. Il était resté sourd aux sollicitations des émigrés que sa réserve avait d'autant plus exaspérés qu'il avait donné l'ordre de faire dissiper leurs rassemblements. Léopold ne se souciait pas au fond de lier partie avec Frédéric-Guillaume II; mais il ne voulait pas non plus abandonner à celui-ci le soin de protéger les droits de l'Empire contre les usurpations de la Constituante. Il s'était d'ailleurs engagé vis-à-vis des princes ecclésiastiques au moment de son élection (septembre 1790) à « ne rien tolérer de ce qui serait contraire aux croyances générales et aux bonnes mœurs, ou de ce qui pourrait compromettre le maintien de la constitution et menacer l'ordre public ».

Répression des troubles en Hongrie. — La politique de Léopold en Hongrie et en Bohème fut assez habile. Elle est caractéristique de ses idées et de son mode de gouvernement. Joseph II avait méconnu les idées de nationalité et de patriotisme local. Il avait aboli les privilèges des Etats provinciaux, '

et blessé les populations en établissant des démarcations de provinces tout arbitraires. A Tavènement de Léopold II le mécontentement était grand; Tespoir d'être soutenu par la Prusse avait encouragé les Hongrois à la rébellion, et Texplosion de la Révolution française avait encore accru Teffervescence. Léopold adopte une lactique différente : il rétablit les Etats, respecte le patriotisme local et la langue hongroise, supprime la division en cercles introduits par Joseph II et évite de froisser les populations. Il se fait couronner sans peine à Presbourg le 15 novembre 1790. Puis il calme les appréhensions des Magyars en rattachant à une chancellerie nouvelle, créée par lui, Texamen de certaines difficultés. Il promulgue le 8 février 1791 un édit de tolérance abrogeant les mesures de rigueur de Joseph II. Mais il sait habilement faire appel aux Illyriens et aux Slaves contre les Hongrois, et se réserve, grâce à cette tactique, les droits essentiels et les prérogations souveraines que Marie-Thérèse s'était fait reconnaître jadis. Sa conduite en Bohême, où les procédés arbitraires de son frère avaient fait bien des mécontents, est la même. Dès le 27 mars 1790 les prétendues réformes de Joseph sont retirées, la Diète est convoquée de nouveau, et le 6 septembre 1791, François est couronné à Prague.

S'il est vrai que « le plaisir servit à abréger ses jours », il est difficile d'admettre avec Barthélémy que Léopold II ne

€ pensait qu'aux moyens de s'alléger le fardeau des affaires qui lui pesait ». Non seulement il s'est occupé de calmer l'esprit de ses sujets par son affabilité, sa condescendance, et par la révocation de celles des mesures de Joseph II qui avaient provoque le plus de récriminations, mais il a travaillé avec ardeur à tempérer l'absolutisme de l'administration, à adoucir au nom de la liberté quelques- unes des entraves apportées au commerce, a améliorer le système judiciaire. Son œuvre fut comme le noyau de l'organisation constitutionnelle qui se maintint jusqu'en 1848. Elle atteste un progrès sur tous les terrains : dans le droii criminel où l'arbitraire de la police et des juges s'adoucit, dans les écoles, dans les séminaires, dans les finances. Des innovations de Joseph II, il ne laisse guère subsister que l'édit de tolérance.

S*il a senti que rAutriche n*était pas encore mûre pour Télat constitutionnel qui était son idéal à lui, on peut dire du moins que, pendant son court règne, il n'a abandonné aucun droit de quelque importance.

Avènement de François II. — La mort inopinée de Léopold II fit monter sur le trône un jeune prince dont Tavènement provoqua les plus vives espérances. Sa naissance (12 février 1768) avait excité jadis de vifs transports parmi les Viennois lorsque son aïeule Marie-Thérèse, ayant reçu la nouvelle de rheureux événement pendant une représentation au théâtre de la cour, l'annonça elle-même au public. Elevé d*abord sous les yeux de son père à Florence, François se rendit ensuite (1784) à la cour de Vienne, où son oncle Joseph II Tinitia à Tart de gouverner. Il prit part en 1788 à la guerre contre les Turcs, en reçut même Tannée suivante la direction, de concert avec le maréchal Laudon, mais sans se signaler ni par ses talents militaires ni par de grandes capacités. Sa première femme,

Elisabeth de Wurtemberg, étant morte dès 1790, il épousa en secondes noces Marie-Thérèse des Deux-Siciles, dont il devait avoir treize enfants. Élu à l'unanimité le 5 juin, il était proclamé, le 6, roi de Hongrie. Le 14 juillet, son couronnement à Francfort fut l'occasion de ces grandes fêtes et de ce cérémonial pompeux qu'on ne devait plus revoir. Le 5 août, il était couronné roi de Bohème.

Aimable, instruit, doué d'un esprit observateur, poussant l'amour de l'ordre jusqu'au pédantisme, François II avait peu d'expérience politique; il manquait d'idées personnelles ; il avait une défiance naturelle à l'égard des hommes de valeur qui étaient en contact avec lui.

Pénétré des droits héréditaires de la maison d'Autriche et de la grandeur de sa dignité, il croyait à l'immortalité de l'Empire : il était au fond très absolutiste sans avoir les idées libérales de Joseph II. Hostile aux tendances constitutionnelles de l'époque, il en était encore à la conception de la royauté patriarcale des anciens temps. Aussi n'avait-il pas apprécié justement, dans le début, l'importance de ce qui se passait en France. Il y voyait surtout des difficultés intérieures qui, pour un temps, annule-

raient le caoïnet de Versailles en Europe. Il n'avait pas lardé à s'apercevoir que les conséquences des doctrines auxquelles tant de gens avaient d'abord imprudemment applaudi allaient plus loin qu'il n'avait supposé, et qu'elles pouvaient ébranler Bon propre pouvoir. D'un tempérament pacifique, mais faible, il se laissa aisément exciter contre la France par l'orgueilleux et perfide Cobentzel. Surpassant en complaisance et en déférence les courtisans les plus dociles et les plus dévoués (Ségur), Cobentzel croyait en politique tout moyen convenable pourvu qu'il réussît. Sachant faire oublier une laideur peu commune par des manières obligeantes, âa conversation vive et sa gaielé inaltérable, il prit d'abord à la cour un ascendant considérable. Représentant à son maître la France comme un « ramassis de brigands qu'il serait facile de mettre à la raison », il détermina l'Empereur à prendre une altitude menaçante, et une note du cabinet de Vienne irrita tellement l'Assemblée nationale que Louis XVI se vit forcé de déclarer la guerre à l'Autriche. Le roi de Prusse, fidèle à l'alliance contractée avec Léopold II, fil marcher ses troupes sur le Rhin *.

Conséquence des victoires françaises. — On a vu quel fut le sort de ces armées coalisées qui avaient reçu mission de détruire l'anarchie, de sauver le trône, de défendre l'Eglise, de rendre au roi le pouvoir. Médiocrement oi^anisées, commandées par des officiers qui avaient subi l'influence des idées cosmopolites du temps et discutaient les ordres des généraux, elles furent vaincues par les volontaires qu'unissait un même sentiment de foi et d'enthousiasme. La belle armée formée par Frédéric II s'évanouit. Dès le niois d'octobre 1792 les Prussiens avaient repassé la frontière, et, quelques semaines plus tard, Gustine occupait la rive gauche du Rhin.

Situation du pays rhénan. — C'est surtout en étudiant la désagrégation^ de l'Allemagne occidentale sous les pas de l'armée française victorieuse qu'on peut voir comment se fil en Allemagne, à partir de 1793, la liquidation du passé. L'admirable pays du Rhin était à la fin du xvni** siècle, au dire même des

\, Voir ci-dessus, p. 131. 233, 237.

historiens allemands, le point le plus gangrené de FÂUemagne. € L'oisiveté et le plaisir, écrit Forster, remplissaient la vie des classes supérieures, insolentes, sensuelles, paresseuses, profondément ignorantes... Partout avec cela, ce n'étaient que coteries, jalousies, discordes. » Nulle part n'apparaissaient plus nettement les vices de la constitution impériale et ce morcellement qui avait amené une complète indifTérence pour la patrie allemande. < Le caractère national, dit M. Ghuquet, se façonnait i peine dans ce pays qui ne portait pas même de nom général, comme celui de Souabe, de Franconie, de Weltéravie. La langue seule rappelait aux habitants qu'ils étaient de môme race. » Dans les anciennes villes libres, les rivalités des corporations et l'intolérance des oligarchies qui les gouvernaient avaient ruiné toute prospérité matérielle. Les finances étaient dans le plus triste état, les forteresses mal entretenues, la noblesse, en partie étrangère au pays, profondément impopulaire. Presque partout il existait de vifs dissentiments entre les évèqucs et leurs chapitres; les chanoines se recrutaient dans la noblesse de l'Empire entier ; on les accusait de penser beaucoup plus à leurs intérêts propres qu'à ceux d'une contrée à laquelle ne les attachait aucun lien. Aussi désirait-on « un changement des formes présentes.., La raison se soulève contre la tyrannie politique » (Forster), Mayence était devenu un véritable foyer pour la philosophie des lumières; ses archevêques y avaient appelé des littérateurs et des savants; on y suivait avec attention les événements de Paris. On y réclamait l'appui de la France contre les oppresseurs.

Aussi l'assemblée nationale rhéno-germanique de 1793, présidée par Hoffmann et Forster, n'eul-elle aucune peine à transformer en « Etat libre » tout le territoire compris entre Bingen et Landau. Elle déclara tout lien brisé avec l'Empire et proclama l'abolition définitive des droits féodaux des princes ecclésiastiques ou laïques de Mayence, Worms, Spire, Nassau, Bade, Salm, Leiningen, de ceux des comtes ou des chevaliers d'Empire et des villes impériales. C'était comme la formation anticipée d'une république rhénane.

Il n'est pas dans le génie de l'Allemagne de mettre en pratique les hardiesses de sa pensée. Le désir d'une véritable révo-

lution sociale n'existait en définitive que chez un petit nombre de lettrés, et si certains esprits rêvaient un renouvellement de la société, la masse des habitants restait attachée aux vieilles * institutions; ils donnaient sans murmurer argent et soldats, et on ne saurait découvrir comme en France de véritables mouvements populaires capables de renverser les puissances établies.

L'apparition des Français à Spire et à Worms avait suscité une panique générale dans tous les pays rhénans. Les archevêques de Trêves et de Mayence, avec leurs employés et une partie de la noblesse, avaient pris la fuite : « Jamais, dit un historien, le Rhin n'avait été aussi animé. » Le départ des nobles et des prêtres avait provoqué chez les habitants un redoublement de vœux en faveur des armées françaises. A la frontière du Palatinat bavarois on avait dressé de grands écriteaux avec l'inscription € Territoire neutre du Palatinat ». Le landgrave de Hesse- Darmstadt avait retiré jusqu'à Giessen les troupes qui eussent dû défendre le Rhin. Ailleurs on s'était défendu pour la forme, et Custine avait été surpris de ses faciles succès ^

Mayence étant la plus importante des forteresses de l'Allemagne sur le Rhin et comme la clef de l'Empire, c'est sur la défense de cette ville que s'était concentré, si faible qu'il fût, le principal effort. Sa chute accrut l'effroi des princes allemands. Partout les privilégiés tremblaient, tandis que les libéraux continuaient à appeler de leurs vœux le drapeau tricolore. Le sort de Mayence entraîna celui des deux Electorals de Trêves et de Coblèntz. Ce fut ensuite la riche cité de Francfort qui devint l'objectif du Français. On lui reprochait d'avoir prêté de l'aient à l'Empereur pour nous faire la guerre, d'avoir donné l'hospitalité aux émigrés et attaqué avec violence la Révolution. Elle dut payer une contribution de deux millions de florins.

La chute de tous ces gouvernements était donc inévitable; et la plus grande difficulté que va trouver la France, ce ne sera pas l'opposition de ces populations, mais leur inertie (Denis), c Nous admirons la Révolution, disait à Custine un habitant du pays, mais notre situation et notre flegme naturel ne nous donnent pas la force de la suivre et de l'atteindre. *

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