I. Voir ci-dessus, p
La république de Mayence. — Maître de l'Électorat, Cusline avait déclaré qu'il ne voulait imposer aucun régime administratif aux habitants. Se renfermant dans les attributions qu'il s'était données de « protecteur », il se borna à favoriser la réouverture des tribunaux, de l'Université, des écoles, et à assurer aux fonctionnaires le paiement de leurs traitements.
Aussi bien il pouvait rester à l'écart. Les esprits les plus distingués, et à leur lôlc le célèbre naturaliste Georges Forster, pleins d'admiration pour l'œuvre émancipatrice de la Révolution, agitaient déjà les meilleurs moyens de travailler à l'affranchissement non seulement de Mayence, mais de l'Allemagne tout entière. Le Suisse Jean deMûUer, qui considérait la Révolution française comme un bienfait providentiel, vint à Mayence leur donner Tappui de son autorité.
L'enthousiasme des républicains de Mayence se heurta bientôt à l'opposition d'une partie de la bourgeoisie, spécialement des marchands, qui déclarèrent qu'ils voulaient une constitution monarchique, le maintien de l'union avec l'Empire, et des États élus par la bourgeoisie pour limiter le pouvoir du prince.
La Convention venait de déclarer, par son décret du 19 novembre 1792, « qu'elle accorderait secours et fraternité à tous les peuples qui voudraient recouvrer leur liberté ». Elle avait décrété que dans tous les pays où entreraient les généraux français, ils proclameraient sur-le-champ la souveraineté du peuple, rabolition des dîmes et des droits féodaux, le séquestre sur les biens des nobles et des prêtres, la destitution des anciennes autorités et l'élection de nouvelles administrations, où entreraient nécessairement des « sans-culottes ».
Le dissentiment qui se manifesta entre les nobles ou bourgeois partisans d'une monarchie constitutionnelle et les « amis de la liberté » inaugura une nouvelle période dans les pays rhénans.
Ce fut alors que Custine se décida à nommer une administralion générale pour les pays occupés. Le régime nouveau fut sanctionné par un plébiscite, qui, en dépit de quelques résistances, fut pour les amis de la liberté un véritable triomphe. Les commissaires de la Convention, Rewbell, Haussmann, Merlin de Thionville, arrivèrent à Mayence le 1" janvier 1793.
Mais les habilants n'acceptèrent pas sans appréhension le serment d'égalité et de liberté qu'on exigea d'eux. A côté des réactionnaires endurcis, il y avait des timides, comme ces marchands qui craignaient, devant les ordres donnés par l'Empereur, qu'il ne leur fût plus possible d'aller aux foires de Francfort.
La période des violences commença. Après qu'on eut volé < la réunion de l'Allemagne libre à la République française » à l'unanimité des cent membres présents, Custine eut l'idée malheureuse de lancer un appel à l'Allemagne opprimée. La république mayençaise commit la faute de chercher à entraver l'émigration des citoyens hostiles au nouvel ordre de choses. On punit les députés qui ne venaient pas occuper leurs sièges. Les belles idées de fraternité se traduisent par des contributions de florins levées sur les habitants.
Les pays conquis sont ruinés par une série de réquisitions. A côté de généraux d'une remarquable probité, d'autres donnent l'exemple de la cupidité; tel Augereau, qui finit par soulever tout le monde contre lui, et Custine lui-même, qui indispose l'opinion par ses procédés. On l'accuse de faire la guerre aux greniers et aux cassettes. Le pays est envahi par une tourbe de traitants qui s'entendent avec quelques fripons indigènes, et le gouvernement français, qui ne retire de toutes ces violences qu'un maigre profil, n'a pas assez d'énergie pour intervenir. Les habitants désertent, la misère devient bientôt générale, les anciens maîtres du pays retrouvent un regain de popularité. Mais si ce désordre relarde l'assimilation, il ne crée cependant pas un mouvement profond d'hostilité contre la France. Il y a chez les populations de ces contrées comme une sorte de c renonciation tacite » (Denis) dont on ne saurait méconnaître l'importance.
La théorie montagnarde, qui s'est substituée à la théorie girondine de la guerre, accroît les inquiétudes. La guerre n'avait élé déclarée d'abord qu'à la maison d'Autriche; voici la Diète qui intervient: elle propose la création d'une caisse d'Empire (janvier 1793) et vote le prélèvement par anticipation de trente < mois romains ». Elle proteste contre les théories de la Convention, s'indigne de ses efforts pour < séduire les
peuples » et dénonce « les rôveries néfastes et les conseils inconstitutionnels des philosophes »; elle se décide enfin, le 22 mars 1793, à déclarer la guerre d'Empire. Bien que cette déclaration fût très mal accueillie de plusieurs Etats de l'Empire, dès la fin de mars il fallait abandonner les places du Palatinat.
Bientôt Mayence, que la Convention s'était engagée d'honneur à défendre, est menacé par les armées prussiennes. On a vu combien la défense fiit héroïque *. Merlin put consoler les vaillants « mayençais » en leur prédisant que les Français reviendraient chercher leurs canons et venger les injures qu'on leur avait faites.
La réaction autrichienne et princière commença. Tous les actes du gouvernement républicain furent annulés. Les anciens fonctionnaires et les anciens abus furent rétablis. Les rancunes de l'Eglise et de la haute bourgeoisie purent se donner libre carrière. La restauration du passé sembla complète. Mais les peuples venaient de faire une expérience : ils avaient compris qu'il était possible de vivre sans les vieilles servitudes d'autrefois, et les leçons qu'ils avaient reçues ne devaient pas être perdues.
Au mois d'octobre 1794, les Français étaient de nouveau sur le Rhin *, les quatre armées du Nord, de Sambre-et-Meuse, de la Moselle et du Rhin occupaient bientôt tout le fleuve depuis Bâle jusqu'à la Hollande. Mayence nous coûta plus cher. Ce fut seulement après la paix de Campo-Formio que les Autrichiens l'évacuèrent. La ville fut bloquée pendant qu'on négociait à Rastatt. Elle devait retomber pour dix-sept ans entre nos mains.
Administration des pays rhénans. — Nous verrons plus loin comment les pays rhénans furent administrés pendant la période de l'Empire. Les principes durent se modifier avec les gouvernements mêmes de la France. Au début on ne trouve pas d'organisation régulière. Ce sont les représentants en mission qui administrent d'après leurs idées particulières, laissant ordinairement en place les fonctionnaires. Il importe toutefois de signaler quelques tentatives d'organisation plus