I. Voir ci-dessus, l. VII, p
gement de pavillon. La cour Taccepla parce qu'elle ne pouvait pas faire autrement, mais elle ordonna d'arrêter tous les Français sans domicile fixe et tous ceux qui se permettaient des propos indiscrets contre le clergé et l'aristocratie. Au mois d'octobre 1791, le gouvernement français notifia au Portugal l'acceptation de la Constitution par Louis XVI ; le gouvernement portugais ne répondit pas à cette communication.
Vers la même époque, la reine, qui était tombée dans un étal alarmant de mélancolie et d'abattement, présenta de tels symptômes de démence que son fils, don Joâo, prince du Brésil, dut prendre en main le gouvernement du royaume. On espéra un instant que le docteur Willis, médecin de George III, pourrait guérir la reine; après cinq mois d'essais infructueux, il regagna l'Angleterre : la maladie de la reine était incurable.
Le prince du Brésil, élevé par des prêtres, passait, même en Portugal, pour superstitieux et bigot. Sa tournure gauche, sa parole hésitante marquaient l'indécision de son caractère, indécision encore a^ravée par une extrême défiance qui ne permettait à personne de prendre un empire durable sur son esprit. Avec une reine folle et un régent aussi faible, le Portugal était vraiment tombé dans l'anarchie.
Le régent ne vit pas la Révolution d'un œil plus complaisant que n'avait fait la reine sa mère. Après le 10 aoôt, il refusa de recevoir l'ambassadeur de France et édicta de nouvelles mesures contre les Français suspects de jacobinisme.
La Convention essaya tout d'abord de s'entendre avec le Portugal. Son envoyé, Darbaud, eut une entrevue au mois de mars 1793 avec le ministre des affaires étrangères, Pinto; mais il ne put voir le régent et reprit bientôt le chemin de la France. Sans déclarer officiellement la guerre à la République, le Portugal se joignit à ses ennemis, mit neuf vaisseaux à la disposition de l'Angleterre, et donna à l'Espagne six régiments commandés pardon Joâo Forbes Skallater et le comte d'Assumar. Ces troupes prirent une part honorable aux campagnes de Roussillon et de Catalogne.
A la paix de Bâle, l'Espagne offrit sa médiation en faveur du Portugal; mais, comme elle devint bientôt l'alliée de la France
et que le Portugal resta Tallié de l'Angleterre, les deux royaumes voisins se trouvèrent dans la plus singulière situation. Les deux dynasties étaient unies par des liens de famille et une mutuelle affection, les deux pays désiraient vivre en paix, et cependant la France poussait TËspagne à déclarer la g-uerre au Portugal, et l'Angleterre songeait à opposer le Portugal à TEspagne.
- Le régent temporisa le plus qu'il put, puis se décida à traiter par l'intermédiaire de don Antonio de Araujo, ministre plénipotentiaire de Portugal en Hollande. Un traité fut signé, le iO août 1797, entre Araujo et le Directoire. La paix était rétablie entre la France et le Portugal : les limites de la Guyane française étaient reportées jusqu'au Rio Vincent Pinson et une indemnité de 10 millions de francs était payée à la République. Les Anglais réussirent à empêcher le régent de ratifier le traité. Le parlement britannique vota un subside de 200 000 livres sterling et envoya à Lisbonne 8000 émigrés suisses et français. Le Directoire, outré de la mauvaise foi du régent, fit mettre Araujo au Temple et l'y retint prisonnier jusqu'au mois de décembre 1797.
Le régent songea alors à mettre le pays en état de défense. Don Luiz Pinto, ministre de la guerre, réorganisa l'armée. La durée du service militaire fut fixée à dix ans. Chaque année le capitan-mor de chaque district dressait la liste des hommes en état de porter les armes; les autorités civiles en défalquaient les exempts; on tirait au sort parmi ceux qui restaient les conscrits destinés au recrutement de l'armée. Ceux qui n'étaient point pris faisaient partie de la milice, ou d'une sorte de réserve appelée le corps des ordonnances. Le Collège des nobles, fondé par Pombal, et l'Académie royale de fortification, instituée par la reine doila Maria, fournissaient à l'armée quelques sujets distingués; mais les officiers, recrutés pour les deux tiers parmi les cadets, et pour un tiers parmi les sergents, étaient peu considérés. On augmenta leurs appointements; on fonda un Montde-Piété pour donner des pensions à leurs veuves; l'ordre d'Avis fut réservé aux militaires. L'effectif de l'armée fut porté à 36000 hommes d'infanterie et à 10000 cavaliers, mais l'artil-
lerie resta médiocre, et il était presque impossible de la mouvoir à cause du mauvais état des chemins. Les milices pouvaient comprendre une quarantaine de mille hommes. C'étaient là des forces imposantes; malheureusement Fétat-major ne valait rien, et les officiers étrangers qu*on aurait pu employer étaient bien vite rebutés par les tracasseries et la malveillance des nationaux.
Les armements du Portugal n eussent pas suffi à le protéger contre la France si TEspagne n'avait opposé une résistance invincible aux projets belliqueux du Directoire. Désespérant de venir à bout du Portugal par la force, le Directoire reprit les négociations, non plus avec Araujo, mais avec don Diego de Noronha, présenté par TEspagne, qui se portagarante de sa bonne foi. Le Directoire demandait que le traité de 1797 fût considéré comme non avenu : il voulait étendre la Guyane française jusqu'au fleuve des Amazones, obtenir une indemnité plus considérable et des privilèges commerciaux. Le Portugal refusa d'admettre les nouvelles conditions qu'on lui faisait, et Noronha quitta la France. L'Espagne essaya encore une fois de se porter médiatrice : le Directoire ne voulut rien entendre. De nouvelles négociations furent ouvertes en mars 1799 par des commerçants français avec le banquier du régent de Portugal : elles n'avaient pas encore abouti lorsque le Directoire fut renversé. Le Premier Consul finit par traiter, en prenant pour base le traité de 1797, et en portant l'indemnité de guerre à 16 millions de francs.
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