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LE GABON, LE CONGO, L'OUBANGHI, LE TCHAD

3 000 noirs, dispersés sur sept kilomètres autour de Testuairc- Quelques cases de traitants et quelques huttes de douaniers y formaient nos seuls c établissements ».

Pourtant de hardis explorateurs, Paul du Chaillu (1850-1865), le lieutenant Aymès (1867), Marche et de Compiègne (1 872-1 874), le docteur allemand Lenz (1873), s'étaient avancés à des centaines de kilomètres dans Tintérieur et avaient signalé la richesse de ces régions.

Les missions Savorgnan de Brazza : formation du Congo français. — Leurs découvertes allaient être dépassées par celles de Savorgnan de Brazza et de ses émules. Brazza, Ballay et Marche, de 1875 à 1878, explorèrent la région comprise entre la petite colonie française et la rivière Alima. Vers le même temps, Stanley, au nom de c TAssocialion internationale africaine », patronnée par le roi des Belges, menaçait de livrer, soit à celui-ci, soit à l'Angleterre, toute TAfrique centrale. Piquées d'émulation, les Chambres françaises votèrent un crédit de 100000 francs pour permettre à Brazza de compléter ses explorations. La mission fut placée sous Taulorité du ministre de Tinstruction publique. De 1879 à 1882, Savorgnan fondait Franceville sur le haut Ogôoué, Brazzaville sur la crête de Tescalier que descend le Congo. Il signait avec Makoko, roi des Batéké, un traité qui cédait à la France tout le territoire autour de Brazzaville et reconnaissait son protectorat sur les deux rives du Congo entre Brazzaville et le confluent de TOubanghi. Les Chambres françaises ratifièrent ce traité et votèrent un nouveau crédit de 1 275000 francs (10 janvier 1883). Savorgnan de Brazza repartit, cette fois avec tout un état-major de savants et d^explorateurs, avec 60 Européens civils, militaires ou marins, 25 tirailleurs algériens, 2 850 noirs, terrassiers, porteurs et pagayeurs, plus un matériel considérable. Du 21 avril 1883 au 26 mai 1885, il explora les rives de rOgôoué, du Kiliou-Niari, de TAlima, de la Sangha, de TOubanghi, de divers affluents, opéra 4 000 kilomètres de levers hydrographiques, fonda vingt-six stations qu*abrita le drapeau tricolore. La mission française se trouva bien vite en conflit avec« TAssociation internationale ». C'est alors qu'interviennent

l'accord entre Jules Ferry et Strauch, président de celte association (23 et 24 avril 1884), accord qui réserve à la France un droit de préemption sur le Congo belge; puis la conférence internationale et TActe de Berlin; enfln les traités avec TAIIemagne, le Portugal, et avec le nouvel « Etat libre du Congo » (29 avril 1887). En dépit de regrettables sacrifices de territoires, nous restions, pour une dépense totale de 2055000 francs affectée aux missions Brazza, presque sans avoir tiré un coup de fusil, en possession d'un domaine évalué alors àSOOOOO kilomètres carrés et d'une admirable fécondité. Le 26 mai 1885, la mission confiée à Brazza par le ministère de l'instruction publique avait pris fin; elle faisait place à la colonie de c l'Ouest africain », relevant du ministère de la marine. Le soin d'administrer la colonie, d'en continuer l'exploration, d'en développer les ressources, était confié à Brazza avec le titre de c commissaire général du gouvernement ».

Vers le lac Tchad : missions Grampel et DybOTVSki (1891). — En 1888, Crampel avait découvert la rivière Djah, un affluent du Congo, mais, attaqué par les M'fan, il avait été blessé et forcé de rétrograder. En 1890, il fut chargé par le Comité de V Afrique française de traverser, en parlant de l'Oubanghi, une région marquée en blanc sur les cartes, d'atteindre le fleuve Cliari, qui se jette dans le lac Tchad, et, par Kouka, capitale du Bornou, de revenir sur la Méditerranée. Il atteignit le Chari, mais, le 8 avril 1891, à EUKouti, il fut assailli par des musulmans esclavagistes, et massacré avec presque tous les siens.

Une seconde mission, confiée par le Comité à Jean Dybowski, devait appuyer et ravitailler la première. En octobre 1891, Dybowski quitta Banghi, sur l'Oubanghi, suivit la trace de la mission Crampel, arriva chez les N'Gapou, qui lui donnèrent des détails sur le désastre d'El-Kouti. Il tomba sur les assassins, en tua onze, reprit une partie des objets enlevés à Crampel. Il dut rétrograder, faute de vivres, sans avoir atteint El-Kouli, mais après avoir afTermi les droits de la France sur le territoire situé entre l'Oubanghi et le Chari.

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Conflits avec TÊtat belge du Congo. — Les Belges de rElat libre ne se contentaient pas de la grosse part qui leur avait été faite sur le Congo, au détriment de la France. Ils rêvaient, par cette région, d'atteindre l'Egypte équatoriale et le Nil. Dès 1884 ils remontaient TOubanghi. En amont de ses grands rapides, ils fondaient le poste de Djabbir. Au début de 1893 ils atteignaient le Nil auprès des ruines de Lado et organisaient, sur sa rive gauche, un district belge congolais, avec Doufilé pour chef-lieu. Un conflit faillit s'ensuivre avec les Anglais ; puis un arrangement intervint entre le roi Léopold II et la Grande-Bretagne (1894). Assurés de ce côté, les Belges continuaient à empiéter sur le Congo français. A la faveur de certaines obscurités géographiques qui permettaient de tourner le traité du 29 avril 1887, leurs postes, dépassant le 4« parallèle, franchirent l'Oubanghi, puis le M'bomou, entamèrent le Bahr-el-Ghazal et la région du Tchad.

La colonie de TOubanghi. — M. Liotard fut chargé en 1891 de réoccuper les territoires français au nord du 4"" parallèle. Il n'eut jamais avec lui qu'une poignée de tirailleurs, tandis que les indigènes au service de l'Etat libre se chiffraient par milliers. Ce fut surtout par son habile fermeté qu'il fit évacuer par les Belges nombre de postes qu'ils avaient usurpés, qu'il fit reconnaître son autorité chez les sultans de la région, même chez les Dinka du Bahr-el-Ghazal.

Survint le traité anglo-congolais du 12 mai 1894, par lequel la Grande-Bretagne donnait à bail à la Belgique toute la rive gauche du Nil, depuis le lac Albert jusqu'au nord de Fachoda, y compris le Bahr-el-Ghazal, c'est-à-dire qu'elle livrait aux Belges un territoire égyptien qui ne lui appartenait pas et les chargeait de couper toutes communications entre les possessions françaises et l'Egypte. La France, comme l'Allemagne, protesta hautement. Nos Chambres votèrent 180 000 francs « pour renforcer nos postes sur le Haut-Oubanghi ». Les Belges, comprenant que l'affaire devenait sérieuse, se décidèrent à signer avec nous le traité du 14 août 1894. La frontière fut désormais constituée par l'Oubanghi, puis par le M'bomou jusqu'à sa source, enfin par la ligne de partage des eaux entre le

Histoire cÉNtuALE. Xll. '* '

Congo et le Nil. Le 13 juillet, le Haut-Oubanghi avait été séparé du Congo, formant désormais une colonie autonome. M. Liotard y reçut le titre de « commissaire du gouvernement ».

La mission Marchand : convention du 21 mars 1899. — On peut s'étonner que le gouvernement français ait alors mêlé la question du Nil à la question des empiétements belges; déjà sans doute il se proposait de diriger une reconnaissance sur ce fleuve, peut-être dans le dessein de soulever devant TEurope la question de Tocccupation de TEgyptepar les Anglais. Le 24 février 1896, Guyesse, ministre des colonies dans le cabinet bourgeois, signait les instructions données au capitaine Marchand. Le 23 juillet 1896 celui-<;i débarquait à Loango (Congo); ce fut seulement en mars 1897 qu'il put se mettre en route de Brazzaville pour TOubanghi. M. Liotard lui avait préparé les voies, retenu des porteurs, procuré le concours des sultans et des tribus pour le transport de la mission dans le Bahr-el- Ghazal. On sait comment les Français occupèrent solidement cette province par des postes fortifiés, se concilièrent les peuplades Dinka et Chillouk, traversèrent avec des peines inouïes 500 kilomètres de marécage, parvinrent à Fachoda sur le Nil (12 juillet 1898), y repoussèrent, à 150 contre 1200, une attaque des Derviches, n'évacuèrent leur conquête que par ordre supérieur et devant l'imminent danger d'un conflit avec la Grande-Bretagne. Ils poursuivirent leur marche parl'Abyssinie, après avoir accompli la traversée de l'Afrique, sur plus de 6000 kilomètres, de l'Atlantique au Nil. La convention francoanglaise du 21 mars 1899 stipulait l'évacuation du Bahr-el- Ghazal par les postes français, fixait la limite orientale de nos possessions à la ligne de partage des eaux entre Nil et Congo, mais reconnaissait à la France la possession d'importants territoires à l'est et au nord du lac Tchad : le Baghirmi, le Ouadaï, le Kanem, le Borkou, le Tibesti.

Mise en valeur du Congo. — Les Belges avaient établi un chemin de fer sur le cours inférieur du Congo : la création d'un chemin de fer français, plus ou moins parallèle, était pour longtemps écartée et l'immense éventail de rivières et d'affluents constituant le Congo français se trouvait avoir pour

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