LE GABON, LE CONGO, L*OL'BANGHI, LE TCHAD
principal débouché le chemin de fer belge. La majeure partie de ce vaste territoire fut partagée, de 1898 à 1900, en concessions dont beaucoup égalaient ou dépassaient en superficie la Bretagne ou la Franche-Comté. Elles furent attribuées à une trentaine de compagnies françaises, sous la condition de protéger les indigènes établis sur leur territoire, d'entretenir des steamers sur les cours d*eau, d'assumer certains services publics, de remplacer par de jeunes plants les pieds de caoutchouc détruits par l'exploitation, de favoriser la colonisation individuelle. Le temps où le Congo sera une source de richesses est beaucoup plus rapproché qu'on ne l'avait d'abord supposé. La colonie du Tchad : destruction de la puissance du sultan Rabah (1900). — Dans le bassin du Chari et sur tout le pourtour du lac Tchad, une sorte de sultanat avait été fondé par Rabah, fils d'esclave, mamelouk, puis lieutenant de Zobéir-Pacha, gouverneur dans le Soudan égyptien. Avec des esclaves ou des mercenaires dressés à la discipline turque, avec des déserteurs de l'armée anglo-égyptienne ou de l'armée du Madhi, Rabah avait conquis le nord-ouest du Darfour (1880), le sud du Borkou (188i), le Dar Rouna (1887), le Baghirmi, le Chari. Il épuisait ces pays par tous les excès de la traite. Notre expansion vers l'est, les traités avec l'Angleterre qui nous reconnurent la plupart de ces territoires le mirent en conflit avec nous. C'est lui qui, en 1891, fit massacrer la mission Crampel, et, en 1899, la mission Bretonnet. Le 29 octobre 1899, M. Gentil, commissaire du gouvernement dans le Chari, lui infligea, à Kouno, une première défaite; la faiblesse de nos contingents ne permit pas de compléter la victoire. En mars 1900, le gouvernement français envoya au secours de la mission du Chari celle de l'Afrique centrale (mission Joalland et Meynier, ancienne mission Voulet-Chanoine) ainsi que la mission Fourreau-Lamy, réunies sous le commandant Lamy. Ces deux colonnes avaient, le 3 mars, enlevé d'assaut une des résidences de Rabah, Koussouri, située dans une île au confluent du Logoué et du Chari; le 9, elles avaient battu un fils du sultan, qui essayait de reprendre la ville. Le 21 avril elles firent leur jonction avec la mission du Chari. Les Français comptèrent
alors 700 fusils, 30 sabres, 4 canons, plus 1500 auxiliaires conduits par le sultan du Baghirmi. Rabah disposait de 5000 guerriers, dont 2000 avec des fusils, de 600 cavaliers et 3 canons. Le 28 avril 1900, une nouvelle bataille s'engagea à cinq kilomètres au N.-O. de Koussouri. Le camp fortifié de Rabah fut canonné, puis enlevé à la baïonnette. Le sultan, blessé à mort, fut décapité par un tirailleur. La victoire avait été chèrement achetée par la mort du commandant Lamy, du capitaine de Cointet et de 19 soldats. D'autres défaites infligées aux fils de Rabah achevèrent de pacifier la région.