L'AGRICULTURE
des fils de cotoD aux fils de lin et de chanvre dans la fabrication des toiles. La culture de la betterave à sucre, favorisée par la législation fiscale, est, par contre, en progrès considérable. Sa superficie a plus que doublé, s'élevant de 135 000 hectares en 1862, à 271000 en 1892; la production actuelle dépasse 75 millions de quintaux.
L'élevage. — L'élevage a compensé en partie pour Tagri- Gulture, dans certaines régions, les déceptions que la culture lui causait. Près de 9 millions 1/2 d'hectares sont occupés à présent par les prairies naturelles et artificielles. La diminution du nombre des animaux de l'espèce ovine a été en continuant; l'enquête de 1892 n'évalue leur nombre qu'à 21 millions; c'est une diminution de 8 millions depuis 1862. Par contre, la population bovine a fort augmenté; elle a gagné près de 1 million de tètes et dépasse aujourd'hui 13 millions 1 /2. En même temps, les soins donnés à l'amélioration du bétail ont permis d'obtenir un rendement beaucoup plus avantageux en viande de boucherie. L'accroissement de la consommation de la viande, qui est passée de 26 kilogrammes environ par habitant, en 1862, à 35 kilogrammes en 1892, amenait une augmentation des prix favorable aux éleveurs. Le kilogramme de viande de bœuf, qui se vendait il y a trente ans 1 fr. 11, se vend aujourd'hui 1 fr. 50 environ, et le prix du kilogramme de viande de mouton à passé de 1 fr. 24 À 1 fr. 80. Bien qu'incitée par ces prix à développer sa production, l'industrie de l'élevage ne peut suffire encore à approvisionner la consommation.
La propriété foncière. — Sous l'influence de la crise éprouvée par l'agriculture, la valeur de la propriété foncière non bâtie, qui avait augmenté de 50 0/0 de 1850 à 1875, a été en diminuant depuis cette époque. Elle n'a cependant perdu qu'une partie de l'avance antérieurement acquise. Le prix de l'hectare s'est abaissé successivement de 2000 francs, valeur moyenne vers 1874, à 1800 francs en 1882, et à 1500 francs en 1892.
La population et les salaires agricoles. — C'est une marche contraire qu'ont suivie les salaires agricoles; ils ont vu se continuer, quoique avec une moindre intensité, l'augmen-
iation qui avait signalé la période précédente. Quant à la population agricole, son effectif est allé en diminuant. En 1876, on Tévaluait à 19 millions d^individus, un peu plus de la moitié — 51,4 0/0 — de la population totale; lors du recensement de 1891 elle n*était plus que de 17400000 individus, soit 45,5 0/0 seulement de la population totale. Les mouvements survenus dans sa composition sont intéressants à relever. Suivant Tenquète de 1862, la population agricole active, y compris 1 Alsace-Lorraine, était de 7 360 000 personnes, dont 3 200 000 étaient classées comme chefs d'exploitation et 4 000000 comme salariés. Depuis, la proportion de ces chiffres s*est renversée. En 1892, on évaluait à 6600 000 personnes la population agricole active; dans ce total, les salariés ne comptaient plus que pour 3 000 000, tandis que le nombre des exploitants s'était élevé à 3 600000. C'est là un indice d*un changement favorable dans la situation de là masse de la population agricole.
La crise agricole. — La baisse des prix des produits agricoles que nous avons déjà signalée à propos des céréales a été à peu près générale au cours de ce dernier quart de siècle; les prix de la viande et des produits de la laiterie y ont seuls échappé. Elle est un effet direct du développement des moyens de transport. Si elle a été, somme toute, avantageuse pour la masse des classes ouvrières, elle a pesé lourdement sur la population agricole, sur la moyenne culture surtout. Le propriétaire, le fermier qui vend la plus grande partie de sa récolle, n'en ont pas trouvé sur le marché un prix rémunérateur.
Dès le début de la crise, les agriculteurs ont fait appel à Tintervention du gouvernement pour les aider à la supporter. Ils ont demandé le retour à la politique protectionniste abandonnée par l'Empire, et réclamé rétablissement de droits protecteurs sur les produits agricoles importés de l'étranger. Ils les ont obtenus, mais ils n'ont pas trouvé dans cette mesure tout le secours qu'ils en espéraient. Force a été de chercher d'autres remèdes plus efflcaces contre la crise ; on les a demandés à l'association et au développement de l'enseignement agricole.
Depuis 1884, nous avons assisté aune éclosion extraordinaire de syndicats agricoles sur tous les points du territoire. Au com-
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mencementde 1900, quiaze aas seulement après le vole de la loi qui leur a donaé naissance, leur nombre est déjà voisin de 2 500, et ils groupent près de 800 000 agriculteurs. Ils contribuent à répandre les méthodes de culture nouvelles, Temploi des engrais chimiques et des machines perfectionnées, dont ils facilitent Tacquisition à leurs membres; à côté d*eux, souvent appuyées sur eux, se sont créées des sociétés de crédit agricole, qui, par un heureux emploi du crédit mutuel, mettent à la disposition du petit agriculteur les capitaux qui lui sont nécessaires pour améliorer son exploitation et lui permettre de lutter contre la concurrence étrangère.
Un grand essor à été donné à renseignement agricole, longtemps négligé. Le second Empire en avait jeté les bases; depuis 1870, il a été réellement organisé.
Ces efforts n*ont pas encore donné tous les résultats dont ils sont susceptibles. Cependant, ils se font déjà sentir. L'emploi des engrais chimiques, facilité par la diminution de leur prix de revient, s'est accru, et l'outillage agricole s'est fort amélioré. L'enquête de 1862 évaluait à 3200000 le nombre des charrues, à 100000 celui des machines à battre, et à 60000 le nombre des autres outils mécaniques; en 1892, les chiffres correspondants étaient de 3 600 000 — 234 000 — et 420000. L'outillage mécanique a largement compensé, on le voit, la diminution du nombre des bras adonnés à la culture.