IV. — U industrie
Progrès généraux. — De même que l'agriculture, l'industrie a eu à supporter une concurrence étrangère de plus en plus redoutable; elle a cherché à y faire face par le développement de sa puissance de production. Ce développement, malgré son importance, à été cependant bien inférieur à celui de l'Allemagne et des Etats-Unis, qui, loin derrière la France avant 1870, l'ont grandement distancée depuis, et rivalisent aujourd'hui avec l'Angleterre, dont ils bsttent en brèche l'ancienne suprématie industrielle.
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. En 1871, après la perte de TAlsace, Tindustrie française employait 26000 machines produisant une force motrice de 315 000 chevaux. En 1897, le nombre des machines était de plus de 68 000, et la force motrice produite s*élevait à 1330000 chevaux, représentant une somme de travail égale à celle de 28 millions d*hommes. C*est plus que six fois le nombre de la population industrielle active. Celle-ci était évaluée, par le recensement de 1891, à 4 548 000 individus : patrons, employés et ouvriers. Sur ce nombre, Tindustrie textile occupait 835 000 personnes ; les industries métallurgiques en employaient 535 000 et les industries exlractives 240 000.
La consommation de la houille a également augmenté, mais grâce aux nombreux perfectionnements introduits dans laçonstruction des machines, elle ne s*cst pas accrue dans la même proportion que la puissance de celles-ci. Depuis 1869, elle a presque doublé; en 1896, la consommation totale était de 38 millions de tonnes, dont 30 millions étaient extraits de nos mines. Il y a un quart de siècle, notre production de houille n'atteignait que 13 millions de tonnes. L'emploi d'autres combustibles que la houille, du pétrole notamment, tend d'ailleurs à se généraliser. Concurremment, de grands progrès ont été réalisés quant à l'utilisation de l'électricité comme force motrice, et il y a certainement là une source de modifications nouvelles au point de vue économique, peut-être même au point de vue social, dans un avenir plus ou moins prochain.
L'industrie métallurgique. — L'industrie métallurgique demeure toujours une des plus importantes. L'augmentation continuelle de l'emploi des métaux dans la construction a été pour le fer, et l'acier surtout, qui se substitue de plus en plus au fer, une source de débouchés nouveaux.
La production totale de la fonte, qui était de 1 381 000 tonnes en 1869, a atteint le chiffre de 2 339000 tonnes en 1896. Par suite de l'amélioration des procédés de fabrication, le nombre des hauts fourneaux, a diminué, s'abaissant de 288 à 107. Les hauts fourneaux au bois ont presque entièrement disparu; on n'en compte plus que 8. La* fabrication du fer s'est sensiblement réduite, passant de 924000 à 828000 tonnes; par
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contre, celle de Tacier a augmenté dans des proportions considérables, s'élevant de liOOOO à 900 000 tonnes.
Les industries textiles. — Les industries textiles ont également progressé. En 1871, l'importation nette de laines en masse était d'environ 90 millions de kilogrammes; depuis cette époque, elle est allée en augmentant graduellement, malgré quelques périodes d'arrêt. En 1886, elle s'élevait à 150 millions, et en 1896 elle dépassait 200 millions de kilogrammes, auxquels il faut ajouter la production indigène, évaluée à 40 millions de kilogrammes environ, pour connaître la consommation réelle de l'industrie de la laine. C'est donc 240 millions de kilogrammes de matière première que cette industrie met annuellement en œuvre, à peu près le double de ce qu'elle employait en 1869.
L'industrie cotonnière, qui n'utilisait pas 100 millions de kilogrammes de coton en 1869, en absorbe aujourd'hui plus de 150 millions.
Ces deux industries sont toujours parmi nos premières industries d'exportation. L'exportation moyenne annuelle de l'industrie de la laine avait été, pour la décade 1867-76, de plus de 1 million 1/2 de kilogrammes de fils, et près de 9 millions de kilogrammes de tissus; pour la décade 1887-96, elle a été de plus de 2 millions de kilogrammes de fils, et de plus de 17 millions de kilogrammes de tissus. L'industrie du coton a pu dans ces dernières années, par suite du développement de la filature, diminuer l'importation nette de ses filés. Pour 1887-96 elle a été en moyenne de 8 millions de kilogrammes, tandis que pour 1877-86 elle avait dépassé 11 millions de kilogrammes; pour la décade 1866-76, cette importation n'était que de 4 millions de kilogrammes. Notre exportation de tissus de coton a considérablement augmenté, s'élevant de 1740 000 kilogrammes, moyenne annuelle pour 1867-76, à plus de 13 mil-
lions de kilogrammes pour 1887- 96.
L'industrie linière a vu diminuer l'exportation de ses tissus; pour 1887-96, elle n'a atteint en moyenne que 480 000 kilogrammes, à peine le quart de son chiffre pour 1867-76; par contre, l'exportation des fils s'est accrue, passant de 760 000 kilogrammes à près de 3 millions de kilogrammes.
Seule, Texporlation nette de nos tissus de soie n'a guère varié, demeurant aux environs de 3 millions de kilogrammes.
En résumé, le total de Texportation nette de nos industries textiles a plus que doublé en quantité depuis vingt ans. Le chiffre moyen annuel pour 1867-76 était de 21 millions de kilogrammes; pour 1887-96, il était de 45 millions de kilogrammes environ. Mais, malgré celte augmentation considérable, la valeur avait diminué de plus de 1/6, passant de 668 millions de francs pour la première période, à 548 millions de francs pour la seconde.
La baisse des prix. — La baisse des prix qui a eu lieu, à la fois, nous Tavons vu, pour les produits agricoles et pour les produits industriels, est le phénomène économique le plus important du dernier quart du xix* siëele, et celui qui a eu au point de vue social les plus heureuses conséquences.
Cette baisse est le résultat de Tapplicalion des multiples découvertes de ce siècle, en mécanique, en physique, en chimie, à rindustrie. Grâce au développement des moyens de transport, des régions éloignées, inutilisées jusqu'alors, ont pu être mises en culture : il en est résulté une augmentation considérable de la production du blé, notamment, la denrée alimentaire par excellence de près du tiers de la population du globe; et, par suite de rabaissement des frets, ce blé a pu être transporté des pays producteurs aux pays consommateurs à des prix de plus en plus bas. L'industrie, de son côté, pouvait s'approvisionner d'un grand nombre de matières premières que l'éloignement maintenait autrefois hors de sa portée. D'autre part, l'utilisation de plus en plus grande, dans la fabrication, des forces mécaniques et l'emploi de méthodes nouvelles permettaient de diminuer dans des proportions considérables les frais de transformation des matières premières. La baisse des prix n'a été que la traduction économique de ces faits. Suivant les chiffres de la commission des valeurs de douane, le coton en laine qui valait 2 fr. 13 le kilogramme en 1873, ne valait plus que 0 fr. 94 en 1895; la laine en masse tombait de 2 fr. 70 le kilogramme à 1 fr. 41 ; les fers en barre voyaient leur prix baisser de 29 fr. le quintal à 11 fr. Pour les objets fabriqués, on enregistre