‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 125 sur 203 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

De 1870 à nos jours.

Le mot « colonis<alion » a, pour les Russes, un sens plus étendu que pour les autres peuples d'Europe. Ceux-ci colonisent, au delà des mers, dans les parlies du monde autres que TEurope; les Russes colonisent non seulement en Asie, mais encore à l'intérieur des limites européennes de la Russie. Le peuplement de ses steppes du Sud n'est pas achevé; dans le bassin de la Volga, ou sur les rives de la mer Noire, des populations allogènes, musulmanes ou païennes, conservent encore leur individualité distincte. Il y a donc lieu de parler de colonisation intérieure avant de passer aux progrès réalisés par les Russes dans la Transcaucasie, l'Asie centrale, la Sibérie et l'Extrême-Orient.

/• — La colonisation intérieure.

Les steppes du bassin de la mer Noire étaient encore à peu près désertes au commencement du siècle. Jusque vers 1870, leur peuplement a été presque exclusivement agricole; depuis vingt-cinq ans, il est devenu, par surcroît, industriel. Dans le

bassin du Dniepr, et, plus encore, dans celui du Don et du Donetz, de riches gisements de houille et de minerai de fer ont été mis en exploitation. Il en est résulté un développement rapide des voies de communication, et la naissance d'une multitude d'industries nouvelles. On peut, dès à présent, prédire à cette région la fortune du pays noir de l'Angleterre. lékaterinoslav, qui n'avait que trente mille âmes au milieu de ce siècle, en a cent vingt mille maintenant, et, dans la masse des gouvernements du Sud, du Pruth à la Volga, le recensement de 1896 accuse, pour une période de dix années, un accroissement de population qui n'est pas inférieur à 30 p. 100.

Dans leurs provinces de l'Est et du Sud, les Russes ont eu affaire à des populations en majorité d'origine asiatique et de religion musulmane. Dans ces trente dernières années, elles ont subi le contre-coup de la politique de russification suivie dans les provinces de l'Ouest. Les autorités religieuses ont déployé plus de zèle à la recherche des apostats, c'est-à-dire des musulmans baptisés plus ou moins malgré eux et retournés secrètement à leur ancienne foi; les autorités scolaires ont étendu leur surveillance jusque dans l'intérieur des écoles musulmanes. Il ne semble pas qu'il en soit résulté grand'chose. Plus important est l'afflux constant des colons russes dans les provinces du Sud ou de l'Est. Les Tatars, les Tchouvaches, les Tchérémisses du bassin de la Volga ne forment plus que des îlots à demi submergés par le flot slave. En Crimée, Tachèvement des lignes de Sévastopol et de Féodosia, en faisant de la côte le vignoble et le sanatorium de la Russie, a eu pour conséquence une diminution de l'importance relative de la population tatare.

//. — Provinces du Caucase.

La conquête de ces provinces avait été terminée, avant la période qui nous occupe, par la reddition de Scharayl et l'émigration des Abkhazes *. Depuis 1870, à part quelques troubles

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